CHAPITRE VIL
Effets du monitoire expédié contre Luther.
1. Cette citation jeta Luther dans une grande perplexité: bien résolu à ne pas obéir, il ne savait s'il pourrait le faire impunément. Le duc de Saxe lui avait promis de ne jamais le laisser entraîner de force hors de l'Allemagne; mais il savait que les princes euxmêmes ne peuvent pas toujours exécuter ce qu'ils croient pouvoir faire au moment où ils promettent. D'ailleurs, il n'avait pas encore assez d'audace pour braver et subir sans boute une condamnation pontificale en matière de foi. 11 écrivit donc plusieurs ( lettre XLI, tome 1) lettres pressantes à l'électeur, qui était à Augsbourg pour la diète, et à Georges Spalatin, courtisan de ce prince et gon confident. Dans les unes, il priait l'électeur et l'empereur de s'employer auprès du pape poor lui obtenir des juges en Allemagne : ce qui le dispensait de se livrer entre es mains du pontife, et lui donnait la faculté, après la première sentence, d'en appeler à
lui , et de se faire en attendant des protecteurs et des partisans {tome 1 des OEuvres do Luther). Il fit solliciter la même faveur auprès du pape par l'Académie de Wiltenberg , qui certifia à Léon que Luther n'était imbu d'aucune doctrine contraire à l'Eglise romaine pour laquelle la même Académie, dont il était membre, professait une entière conformité de principes et une obéissance parfaite. Elle assurait qu'il n'avait fait que présenter par manière de doute et non affirmativement quelques propositions, et cela avec plus de liberté que ses adversaires n'avaient pu en souffrir.
2. Mais Luther craignant que le pape n'accédât pas à cette demande (LeltreLVl,tomel) adressa d'autres lettres à Télccteur pour le prier de faire semblant que lui, Luther, eût sollicité un passe-port pour se rendre à Rome, et de lui répondre par un refus. Il l'engageait à antidater sa lettre, afin que la demande parût avoir été faite assez à temps (or le temps était déjà passé), pour qu'elle fût suivie d'effet , avant l'expiration dos soixante jours qui lui avaient été assignés.. Et il ajoutait à cela quelques-unes de ses subtilités ordinaires pour excuser ce mensonge : toutefois je n'ai par devers moi ^ rien qui prouve que l'électeur se soit souillé de cette infamie. Il se contenta de prier le Cardinal Cajétan, dont il a été question plus haut , et qui remplissait auprès de l'empereur la charge de légat, de faire tout son possible pour obtenir du souverain pontife que la cause fût jugée en Allemagne. Et ici je veux rem;irquer en passant que presque tous les écrivains se sont trompés en racontant que Cajétan, enqualilé de théologien distingué, fut envoyé en Allemagne pour s'opposer aux nouveautés de Marlin : sa légation était accidentelle et avait un autre objet. En effet l'Italie étant alors effrayée par les conquêtes des Turcs, qui chaque jour gagnaient du terrain, le pape se proposait d'amener les princes chrétiens à une ligue générale contre l'ennemi commun. C'est dans ce but que le Ik mars de l'an 1518, il nomma (1) en consistoire quatre légats qui devaient se rendre auprès de l'empereur, du roi de France, du roi d'Espague et du roi d'Angleterre. On destina pour la cour du premier le cardinal Alexandre Farnèse, auquel Sadolet , secrétaire du pape, donna des instructions qui ne touchèrent en rien aux nouveautés lulhériennes, qu'on regardait alors comme sans aucune importance. Farnèse étant ensuite tombé malade, on lui substitua (2), dans le consistoire du 20 avril, le cardinal Cajétan ; celuici se trouvant à Augsbonrg pour toute autre affaire, s'il s'interposa auprès du pape pour la cause de Luther , ce ne fut qu'à la prière de l'électeur.
3. Mais à Rome l'indignation contre Luther allait croissant, parce qu'on y apprenait
(1) Bi.igiodeCésène, dans les journaux de Léon X. à l'année 1518, el aclcs consisloriaux du 14 ni.irs.
(2),Biagio deCésène, à l'endroit ci-dessus, el .'icles consisloriaux du 20 avril.
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de jour en jour le progrès de ses erreurs en supposer pour cause un dessein prémédité.
Allemagne (OEuvrcs de Luther, t orne \). Avnnt Si donc, comme cela est possible, il m'étail
d'être cité, il avait proposé dans l'université arrivé de me tromper, je ne crois pas agir
d'Heidelberg plusieurs points qu'il avait in- témérairement en cherchant à voir comment
titulés Paradoxes, et il y avait ajouté un a été ourdie cette trame de Luther dont nous
discours pour les appuyer. ne voyons que la toile.
Il y affirmait que toutes les œuvres humai- 2. Comme nous Tavons dit, ce n'est pas
nés sont des péchés mortels, et qu'elles ne tant la vérité que la nouveauté qu'il affec-
devienncnt vénielles que lorsqu'elles sont tionnait. Ce fut par hasard qu'il commença
ffiites avec la crainte qu'elles ne soient mor- à innover sur la matière des indulgences ;*il
telles; y fut poussé par la passion et encouragé par
Que la foi seule suffit pour le salut; les applaudissements de ses confrères. Au
Que, depuis le péché d'Adam, il ne reste moment donc où il voulait détruire le respect
dans l'honmie aucune trace du libre arbitre ; dû aux indulgences, il trouva réfutée par
Que la volonté n'a aucune part dans les saint Thomas (In 4, distinct. 20, quœsl. 1,
bonnes œuvres; qu'elle ne fait que ramollir la ar/. 3) l'opinion qu'elles ne sont utiles que
fonction de cause matérielle et p issive pour pour remettre les peines canoniques ; et
les recevoir sans les produire, et que la même parce que le saint docteur, pour montrer
chose avait lieu avant le péché d'Adam. l'inconvénient de cette doctrine, conclut que,
k. Ces opinions, de l'aveu même de Luther, si elle était vraie, les indulgences seraient
parurent à cette université si étranges, que funestes, puisque les pénitences canoniques
plus d'une fois les assistants ne purent s'em- ne sont que des remèdes : d'où il arriverait
pêcher d'en rire. 11 y en eut même qui dirent qu'en décharger les pécheurs, ce serait la
que si les paysans s'entendaient débiter de même chose que de dispenser les malades de
pareilles propositions , ils y répondraient à prendre des remèdes. Luther saisit avidement
coups de pierres. C'est dans le même temps cette opinion pour accorder la conséquence
que pour obéir à sa malheureuse passion de dont saint Thomas se sert pour la réfuter,
s'attaquer à tout ce qu'il y a de plus respecté C'est que le novateur voulait arriver à un
en philosophie, il soutint plusieurs proposi- but directement opposé à celui du saint doc-
tions, tant générales que particulières, dans leur : celui-ci voulait faire valoir, celui-là
lesquelles il professait le plus souverain mé- voulait déprécier l'avant.ige que les fidèles
pris pour Aristote, et mettait bien au-dessus espèrent tirer des indulgences. Mais, d'un
de sa doctrine celles d'Anaxagore, de Pylha- autre côté, il n'osait pas ainsi de prime abord
gore et de Platon. professer pour elles un entier mépris; il pré-
THAPITRF VI II ^^^'^ ^^"^ soutenir en même temps celte au-
^ tre opinion, que la concession des indulgen-
Pourqiioi Luther enseigna de pareilles opi- ces, relativement à la peine du purgatoire,
nions, et surtout celles qui sont incroyables, n'était que la déclaration de la valeur qu'ont
et pourquoi néanmoins il trouva des par^ par elles-mêmes les bonnes œuvres pour la
isans. rémission de la même peine. Et ce sentiment
se rapprochait de cet autre qu'avait émis
1. Véritablement si on voyait attribuera sans assez de précaution le maître des sen-
Lulher de telles opinions, et qu'on ne les lût tences, et à sa suite plusieurs scolasliques,
pas dans ses ouvrages, on les prendrait ou savoir : que, dans le tribunal de la péni-
pour des exagérations ou pour des interpré- lence, l'absolulion n'est autre chose que la
talions malveillantes de ses adversaires , déclaration du pardon que Dieu accorde en
con)me cela arrive souvent. Mais en le voyant vertu de la contrition dont le pénitent affir-
si clairement les dire et les redire, et les dé- me au prêtre qu'il est pénétré. Luther s'at-
fendre si longuement, on trouve surprenant tacha donc encore à cette opinion. Mais corn'
qu'il n'en ait pas reconnu la fciusseté et qu'il me il suivait de là que les sacrements de
soit parvenu à en persuader la vérité aux loi nouvelle, et entre autres la pénitence, \u
)]^utres. Toutefois, la chose bien examinée en produisent pas vraiment la grâce, mais seu'
/elle-même, nous comprendrons que, le pre- lement la signifient, et par conséquent ne
mier pas fait, il ne pouvait en quelque sorte sont pas supérieurs en cela à ceux de la lof
suivre une autre voie pour arriver où il aspi- ancienne, Luther admit aussi cette consé-
rait. Souvent, je le sais, les écrivains se figu- quence.
sente. Mais si, d'un côté, c'est le propre dis recherche de toutes les opinions probables
esprits faibles de donner à toutes les actions ou improbables qui pouvaient porter atteinte
humaines un but très-profond, de même que à ce point. 11 se rangea donc d'abord de l'à-
nos yeux, soit à cause de leur faiblesse, soit vis de quelques auteurs (1) qui prétendent
a cause des ténèbres, ne manquent jamais de que toutes ces âmes ne sont pas certaines de
s'exagérer les plus petits objets, d'un autre leur salut : d'où il conclut qu'elles ne peucote la nature nous enseigne que toutes les
f<Ms que les effets PéponUent exactement aux (i) Denys le Chartreux, suivi ensuite par Michel
actes qui les ont produits^ nous devons leur Baïus.
TlTSTOinE DU CONCiLi: DE TRENTE.
vent pas atcepler ce don, puisqu'elles ne savent pas même si elles en sont capables. Ainsi il ne considérait pas que ces âmes, puisqu'elles ne se sentent pas de haine contre Dieu, savent qu'elles sont hors de l'enfer, et par conséquent dans un lieu de salut, à moins que nous ne supposions qu'elles ont entièrement perdu toutes les notions de foi qu'elles avaient dans cette vie. En outre, il parut fortement pencher vers le sentiment de quelques autres qui soutiennent que ces âmes refusent quelquefois ce soulagement, afin que la justice divine s'accomplisse sur elles ; comme si elles aimaient mieux voir en elles les effets de la justice que ceux de la miséricorde, prix des mérites du Sauveur.
4. Troisièmement, parce que la principale raison qui porte les fidèles à secourir ces âmes est l'impuissance où elles sont de se soulager elles-mêmes, n'étant pas en état de mériter. Luther nia encore cet article, affirmant qu'elles peuvent croître en charité, et qu'ainsi les fidèles ne doivent pas se priver eux-mêmes de leur bien pour le donner à ceux qui peuvent beaucoup mieux se secourir avec le leur propre.
5. Or, bien que plusieurs de ces opiiuons aient été soutenues, comme je l'ai remarqué, par quelques théologiens scolastiques, néanmoins saint Thomas, voyant les absurdités qui en découlaient, les réfuta; et les docteurs les plus estimés sont d'accord avec lui. Cette doctrine a obtenu l'adhésion de l'Eglise, tantôt expressément dans les conciles,, comme pour ce qui regarde l'efficacité des sacrements de la loi chrétienne, et en particulier de l'absolution sacramentelle , ainsi qu'il fut décidé dans le concile de Florence ; tantôt par les bulles et la conduite des souverains pontifes, comme pour ce qui regarde le trésor de l'Eglise et la valeur des indulgences pour les vivants et pour les morts , comme en fait foi la célèbre constitution de Clément VI. Aussi Luther s'appliqua-t-il à décrier non-seulement saint Thomas et le sentiment commun des scolastiques , mais encore l'autorité du pape et de l'Eglise et ses traditions.
6. Il vit ensuite que, ce fondement renversé , tombaient nécessairement beaucoup d'autres articles de notre foi, puisqu'ils ne se trouvaient point contenus en termes clairs dans l'Ecriture. Semblable au soldat qui sent son courage s'accroître dans la chaleur du combat, il ne recule pas devant ces difficultés ; loin de là, le goiit de la nouveauté no fit qu'augmenter en lui, et il se déclara l'ennemi (le tous les articles qui ne lui parurent pas avoir d'autre fondement. De ce point il en vint à nier qu'il y eût sur la terre un interprète infaillible et reconnu des divines Ecritures ; et pour ne pas être obligé d'avouer que les fidèles croyaient au hasard et sans aucune certitude, il établit que chacun était pour soi-même l'interprète de Dieu , ayant pour règle infaillible de sa croyance l'inspiration intérieure qu'il sentait en lui.
7. Celte doctrine entraînait à sa suite la nécessité de refuser au souverain pontife la
juridiction qu'il exerce sur toute l'Eglise, comme vicaire de Jésus-Christ , juridiction désagréable à quelques princes, qui la regardaient comme une diminution de leur puissance. Joignons à cela l'avidité qu'ils avaient de jouir des amples revenus que la piété de leurs ancêtres ou de leurs sujets avait donnés à l'Eglise, et dont le pape, comme chef de l'Eglise, avait la libre disposition. Luther donc, en conséquence de s€s principes et conformément à ses fins, se mit à saper abijolument toute autorité des lois canoniques et de la juridiction ecclésiastique, et toutes les érections de bénéfices, tant séculiers que réguliers.
8. Mais ces amorces n'étaient pas du goût du peuple, qui trouvait son avantage dans ces immunités attachées à l'état clérical et dans ces revenus que le pape, ne pouvant garder pour lui-même, distribue aux particuliers et le plus souvent à ceux du pays. Aussi a-t-on vu que les provinces qui se sont soustraites ci l'obéissance de l'Eglise n'en sont pas devenues plus riches et plus opulentes qu'auparavant. D'un autre côté, c'était une chose qui plaisait à tous, que de trouver dans la chrétienté une cour, centre de tous les intérêts, laquelle accueille indifféremment tous les fidèles, et qui sans une grande distinction de patrie ou de naissance, y choisit le prince suprême et tant d'autres grands sénateurs auxquels la plus considérable et la plus noble partie du g^enre humain décerne des honneurs dignes des rois. Ajoutez à cela d'innombrables prélatures, dignités et prébendes qui se distribuent dans cette cour : en sorte qu'un grand nombre les obtiennent en réalité et tous les autres en espérance. Or, dans celte vie, l'espérance procure peutêtre plus de jouissances que la réalité même, parce qu'elle offre à nos désirs des biens qui ont plus de prix et de douceurs pour celui qui en repaît son imagination que pour celui qui les possède.
9. Afin donc d'attirer les peuples, sans lesquels tout prince ne peut rien de plus qu'un homme du peuple, il fallut trouver un; autre appât : ce fut la licence des mœurs et l'affranchissement de la crainte de l'enfer et des remords de la conscience. On pouvait faire servir à ce dessein que nous l'avons vu prendre cette abolition de toute loi ecrlésiastiqu,e, dont nous parlions plus haut ; mais cela ne suffisait pas : restaient encore les loi^ naturelles et divines, qui sont peut-être les chaînes les plus dures et sans contredit les plus indissolubles, parce qu'elles sont moins sujettes aux dispenses. Luther entreprit donc aussi de les renverser. 11 avait vu que saint Paul, dans l'Epître aux Romains, reprend et les Juifs et les gentils, parce qu'ils se promettaient le sahil en vertu des œuvres faites pour accomplir ou la loi écrite ou la loi naturelle; qu'il montre que ni les uns ni les autres n'avaient pu accomplir ces lois par leurs propres forces, et que la justice de l'âme n'est pas la récompense des œuvres que nous faisons de nous-mêmes, mais le .fruit de la foi qui nous est donnée. par le
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llcdeinplcur. Il prit cps parolos sans aucun forces de la uaUirc raccoinpijsscmcal de la
adoucissement et enseigna que l'observation loi et le salut. Voici donc la base sur la-
des préceptes est impossible, que les œuvres quelle il appuyait son raisonnement contre
sont inutiles pour le salut, et que la foi seule ce que le cardinal Gajélan avait écrit (1).
suffit. Il ne voulut pas faire attention que le Selon Luther, accuser saint Augustin d'av^jfr
même apôtre, dans la seconde partie de la exagéré en combattant les hérétiques, c'était
même Epîlre et en pusicurs autres lieux, détruire les raisons de l'Eglise contre Pé-
r.'commande instamment les bonnes œuvres lage, et en général l'autorilé des anciens
et Tobservalion des préceptes, protestant que Pères. Or saint Augustin dit que le péché
ceux qui font des actions défendues n'entre- d'Adam nous ayant enlevé les dons de la
ront pas dans le paradis. Et parce que l'hom- justice originelle, nous ne pouvons faire le
n)c est un être présomptueux, qui se jette bien si Dieu ne nous aide de nouveau libéra-
volontiers dans une coniiance téméraire et lement par la grâce du Rédempteur, et que
croît celui qui lui promet le bonheur, il s'em- tout ce que nous faisons par nous-mêmes et
para de quelques paroles du même apôtre, non en vertu de celte grâce, est péché ;'au
laissant les autres paroles par lesquelles le aux fidèles, même Paul rappelle l'humble crainte que 12. C'est ainsi que, sous apparence d'huchacun doit concevoir de son propre état aux milité et de reconnaissance en\ers Dieu, Luyeux de Dieu, il prononça que nous devons ther ôtail à Thoinme tout pouvoir et,' par croire avec une certitude de foi que nous suite, toute obligation de bien faire; il émoussommes en état de grâce. sait la pointe des importuns remords, ûdèles 10. Bien plus, paraissant vouloir humble- instruments d'une conscience sévère et il ment laisser toute la gloire de nos bonnes s'affranchissait en même temps de cette in- (Kuvres à la miséricorde de Dieu, mais vou- nocen e de vie à laquelle l'oblio-eait d'aillant en réalité débarrasser la paresse des ' ■ «• ■ » hommes de tout fardeau et de tout soin, il
leurs le rôle de messager divin qu'il avait pris sur la scène de ce monde, rôle qu'avant
nia que noire âme fût un principe actif de d'émettre une pareille opinion il n'aurait pu ces bonnes œuvres; il dit qu'elle en était soutenir sans s'exposer aux sifflets du seulement un principe passif; qu'elle les re- théâtre, lui qui ne cessait de trahir, dans la cevait de la grâce divine comme l'eau reçoit partie irascible de son âme, tant d'effronlerie la chaleur du feu: et il voulut plier de force à et de fureur, avec non moins d intempérance ce sentiment différents endroits de lEcriture et de dissolution dans la partie concupiseible. et de saint Augustin, qui disent que nous 13. Mais, parce qu'une pareille doctrine ne pouvons rien par nous-mêmes, et que, paraissait opposée aux principes de la saine non-seulement tout notre pouvoir, mais en- philosophie qu'enseigne Aristote, il s'elîorca core toute notre action est un don de Dieu, de détruire toute estime pour ce phiiôcomme si ces manières de parler ne prou- sophe, sous prétexte qu'il avait écrit beauvalent pas tout le contraire; car, si notre coup d'erreurs contre la foi. Il ne \ouLil pouvoir est un don de Dieu, nous avons pas distinguer ceque Aristote avance comme donc le pouvoir; et, si notre action est un douteux et tiré de raisonnements loii^s dan de Dieu, nous agissons donc réellement, et obscurs, en quoi la faiblesse de l'esprit C'est de la sorte qn'on est aussi dans Tusage humain l'a fait errer quelquefois, d'avec dédire que tout le pouvoir et toute l'action ce qu'il assure comme propositions'natureldes corps inférieurs est un bienfait du ciel, lement évidentes, par exemple, que nous non pas que ces corps ne puissent être con- avons et la liberté de nos actions, sans lasidérés comme causes actives d'elYels non- quelle elles ne mériteraient ni châtiment ni veaux, mais parce que c'est des influences récompense, et le pouvoir inné de les faire célest's qu'ils reçoivent cette intpulsion, sans lequel elies ne ser.iient ni volontaires* celte force, ce |secours, sans lesquels ils ne ni douées de vitalité. * feraient rien, ils ne pourraient rien. Une circonstance le porta aussi à prêcher 11. L'opinion qui détruisait ainsi la néces- ces doctrines et lui facilita les moyens de silé des œuvres ordonnées par les lois di- les répandre : c'est que dans une contrée vines était incroyable en elle-même; il s'ef- voisine, dans la Bohème, subsistait encore força de l'adoucir par un mystère. Il dit donc vivace la secte des hérétiques hussites, qui que ces œuvres n'étaient pas en notre pou- professaient un grand nombre des erreurs voir, parce que le péché d'Adam nous avait dont nous venons de parler: car il faut une enlevé le libre arbitre, non pas à la vérité force infiniment plus grande pour créer de pour les actions civiles (et de cette manière rien, que pour propager avec peu. il ne portait atteinte ni aux relations des 14. Autant que nous pouvons prudemhommes entre eux, ni aux lois, ni aux peines ment conjecturer, telles furent les raisons inîligées par les princes temporels), mais d'après lesquelles Luther, une fois qu'il pour les œuvres de la piété qui conduisent
au Kalut. Or afin de persuader cette doctrine, (,) yoir ,es conclusions, so.uennos sous I. prési-
il se servit de que ques propositions de dence de Luther, par Frmçois Gunier à Wm^^^^^
saint Augnslin contre les pelagiens, qui berg, l'..n i5l7, ,r 1, 2 ci 5, dans le , muicr ion.*»
niaient le pèche originel et attribuaient aux des Œuvres de Luiher.
insToiriE nu con( île de itrente.
^so
fut entré par hasard dans cette partie de jeu appuyée jiar la science , ni entourée de plus de ot qu'il eut trouvé le damier ainsi disposé, vénération. Et il fallait ici déférer beaucoup se détermina pour cette combinaison des à la renommée, soit pourPhonneur du pontife, échecs plutô* que pour une autre. Et, s'il soil poui* que la sentence obtînt par le resparvinl à réaliser des gains considérables, pect ce qu'on ne pouvait obtenir par la force.
2. Ma>s cette délégation fut désagréable à Luther, parce que le cardinal réunissait au souverain degré les trois qualités qu'il re-
doutait Iq plus : non-seulement le juge était membre de Tordre des dominicains, mais encore il l'avait gouverné comme chef. 11
quoique bien malheureux, il en auraitoblenu de bien plus grands encore s'il n'avait rencontré deux obstacles. Le premier venait <iu côté des souverains : car ils comprirent que, s'ils s'affranchissaient de l'obéissance tiue au pape , ils affranchissaient en même
temps leurs sujets de l'obéissance qui leur avait l'esprit rempli des doctrines scolasliétaitdue à eux-mêmes. D'une pari, en effet, ques, au point que dans ce siècle il fut rel'aulorité temporelle de quelque prince que gardé conime le prince de l'école. Il s'était ce soit, n'est pas plus fondée sur une longue tellement citlaché à la théologie enseignée possession et sur l'estimation commune que par saint Thomas, que, dans lescommentaicelle du pape pour le spirituel, de sorte que res qu'il en fit, il avait surpassé tous les en attaquant celle-ci ils apprenaient aux au- autres et s'était surpassé lui-même. Toutetres à douter de la première ; et d'autre part, fois, rassuré par Frédéric et muni d'un ^rand en déiruisant la persuasion que le gouverne- nombre de ses recommandations, il se rendit ment fondé par Jésus-Christ est le gouverne- à Augsbourç; mais il ne voulut pas se prément monarchique, à cause qu'il est, au senter au cardinal avant d'avoir obtenu un moins pour l'Eglise, le plus parùiit, on arrive sauf-conduit de l'empereur, et l'empereur ne beaucoup plus aisément à exclure la mo- voulut pas lui donner ce sauf-conduit sans narchie dés Etals séculiers dans lesquels sonder auparavant la volonté du légat (1). celte forme de gouvernement ne paraît pas Celui-ci pour faciliter l'entrevue y consentit; avoir des raisons aussi fortes en sa faveur, il ne voulut pas cependant que son consente- 15. Le second obstacle qui arrêta les pro- ment parût , pour ne pas autoriser ainsi un grès de Luther vint du côté des peuples : prince séculier à donner sûreté à un accusé car dès lors qu'ils eurent abandonné Tunilé dans une cause religieuse déférée au souvedans la foi. il devint impossible de s'arrêter rain pontife, aune première division; mais les fractions 3. Léon avait donné ses instructions au
nouvelles durent nécessairement aller presque à rinfini. Et la raison de cela est manifeste. Quand on rejette une règle certaine et palpable de croyance, pour y substituer la règle de l'inspiration intérieure, il faut que la multitude des socles égale aussitôt le nombre de ceux qui, s'«arrogeant quelque supérioriié d'esprit, se figurent qu'ils ont dans leur cœur la clef des Ecritures où sont contenus pour nous les messages du ciel. Or cette même division de partis qui enlève à une secte l'avantage de l'unité, lui fait perdre en même temps la concorde, la stabilité , et par conséquent la vénération et la force. Aussi l'Eglisecatholique en retenant sa règle de foi et, par suite, l'unité avec la stabilité, reste toujours vénérable et puissante.