CHAPITRE IX
Le souverain poniife commet au légat la cause (le Luther. Ce qui se passa entre ces deux personnages,
1. Ce fut sans difficulté que le souverain pontife acquiesça aux instances de Frédéric et consentit à faire examiner la cause de Luther en Allemagne, parce que la pré-
cardinal par un bref dont il se trouve une copie dans les OEuvres mêmes de Luther (tome I) , et dont voici la teneur en substance : 11 était notoire auxyeuxdu souverain pontife, et par la rumeur publique et par d'autres renseignements, queMarlin Luiher était cou pable d'opinions hérétiques ; néanmoins, si celui-ci voulait comparaître et rétracter ses erreurs avec des marques d'une sincère pénitence, le légat s'empresserait de le rétablir avec bonté dans l'unité de l'Eglise ; autrement, il invoquerait le bras dos princes séculiers et le ferait emprisonner : dans le cas où il ne pourrait mettre la main sur lui , il devrait l'excommunier avec tous ses partisans et tous ceux qui, excepté l'empereur, le soutiendraient. Il devrait aussi interdire tous les Etats des souverains qui lui donneraient asile , et tous les lieux où il logerait pendant tout le temps de son séjour et trois jours après. Au contraire, le légat pourrait accorder une indu'gence plénière, avec d'aulres privilèges el d'autres faveurs, à tous ceux qui lui obéiraient en ce point.
4. Soave en impose , en racontant qu'il fut ordonné au cardinal de promettre des béné-
^ ... fices et des récompenses à Luiher, si l'on
sence du légatdans ce pays lui fournissait le pouvait espérer qu'il obéirait. Cela n'est point moyen de l'en établir juge, ce qui à Jous Jjit dans la commission imprimée dans les égards était fort à propos. En effet c'était OEuvres de Luther lui-même. Et véritabletout à la f'is et obliger ce prince à execu 1er ce que déciderait le juge désigné sur sa
ment c'eût été acheter de lui une obéissance feinte , et non le plier à une obéissance vraie.
demande, et en même temps mettre l affaire D'ailleurs on y aurait moins vu l'obéissance
entre les mains du plus éminent et du plus ^'y^j gyjç^ ^ l'égard de son prince, qu'un renommé d'entre les théologiens de l'époque.
Ainsi la décision ne pouvait dans aucun autre (I) Loiiro «lu cardinal Caiéinn .indue de Saxe,
juge se présenter à la renommée ni mieux d ns le premicT Ioukî des CEuvrcs de Luiher.
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flccord et une convention entre deux plai- de s'en rapporter avec obéissance à ce que deurs indépendants. Luther lui-même ne déciderait le souverain pontife, et de suivre laisse paraître aucun indice de pareilles offres dans la longue relation qu'il a donnée de tous ces pourparlers. La narration de Soave diffère aussi, même pour les autres détails, de ce que racontent, d'un côté Luther, de l'autre Jean-Baptiste Flavius , qui servait
alors de secrétaire au légat (l).Ge qui montre qu'il n'a pas fait preuve ou d'un grand zèle à se procurer des renseignements ou d'une grande fidélité à s'en servir, et que, plus semblable à un poète qu'à un historien , il s'inquiéta peu d'être exact.
5. Martin se rendit auprès du légat, qui le reçut avec la plus grande bienveillance, comme il le confesse lui-même. Il exigea de lui trois choses , si nous l'en croyons (2): qu'il rétractât les propositions témérairement avancées; qu'il ne les soutînt plus à l'avenir; qu'il s'abstînt de toute autre doctrine opposée à l'autorité de l'Eglise romaine. Je dis 61 nous en croyons Luther , i^arcG que, dans la narration déjà citée de Jean-Baptiste Flavius, secrétraire du cardinal, il est dit
qu'il se contentait d'un écrit dans lequel Lu- récompenses divines, avec la certitude parthcr s'en remettrait généralement à la doc- ticulière d'être présentement dans les dispo^ trine enseignée par l'Eglise romaine, sans le sitions qu'exigent les divines promesses pour contraindre à unerétractationîexpresse. Mais récompenser celui qui cherche Dieu comme comme ceci ne s'accorde pas avec le récit des il faut.
avec une soumission entière les sentiments de l'Eglise romaine, n'étaient que des feintes tendant à gagner du temps et à ne pas faire parade de plus d'audace qu'il n'en aurait successivement besoin. En effet si. lorsqu'il se vit pressé, il accusa d'erreur Clément et Sixte; et si en général il déclara faillible le siège apostolique, on put bien voir qu'il ferait dans la suite ia môme chose à l'égard ^ de Léon , quand il serait nécessaire. Et ''luimême assure que de pareilles démonstrations n'étaient que des formes polies qu accompagnait la ferme résolution de ne pas se rétracter.
8. Quant au second chef, Martin alléguait différents passages de l'Ecriture qui nous recommandent la conflance en la miséricorde divine , ou qui déclarent que celui qui s'approchedeDieu doit nécessairement croire qu'il est le rémunérateur de ceux qui Je cherchent. De cette manière il confondait tantôtla foi avec l'espérance, tantôt la cer-r titude générale que nous avons touchant les
autres, nous nous abstiendrons de le suivre, quoique cette version fût plus favorable pour décharger le légat de l'imputation de dureté qui lui est généralement faite en cette affaire. 6. Luther nia qu'il eût avancé jusqu'à ce
9. Le légat comprit bien qu'il n'était ni convenable ni utile de disputer avec un homme qui niait l'autorité de l'Eglise romaine, et qui était venu, non comme un sujet disposé à la soumission , mais comme un
jour aucune proposition contraire aux ensei- ennemi disposé au combat: prenant l'esprit gnements de l'Eglise. Alors le cardinal lui pour avocat de sa passion, il aurait louiours
en cita deux
La première était que le trésor de l'Eglise ne contenait pas les mérites de Jésus-Christ, et des saints ;
La seconde, que, pour obtenirroffet du sacrement, il était nécessaire de croire avec une certitude de foi qu'on l'obtiendrait.
L'une, lui dit le cardinal, est contraire à la constitution de Clément VI qui commence ainsi : Unigenitus , l'autre est réfutée par plusieurs endroits de l'Ecriture, d'après lesquels il est évident que personne ne peut avoir la certitude d'être en état de grâce.
7. Luther répondit, au sujet de la première, qu'il avait lu ladite constitution et une autre de Sixte IV qui lui ressemble , mais qu'il n'en était nullement ébranlé , parce qu'il faut préférer aux opinions des pontifes les oracles de l'Ecriture, dont différaient en bien des choses les deux décrétâtes , comme il s'efforçait de le montrer ; que du reste l'autorité des papes n'était pas infaillible, qu'elle était au contraire soumise à la censure des conciles : et là il voulut ressusciter le senti- »nent deGerson et du concile récent de Baie. ^En cela il fit voir clairement que les paroles par lesquelles il avait promis plus d'une fois
(1) Dans la Vie de Cajélon, décrite par lui dans le discours qu'il fil à sa mon.
{ 2 ) Dans les letlres et dans la relation que nous citerons ci-après, el qui sont imprimées dans le premier toii.c dos OKiivrcs de Lullier.
touj< trouvé une foule de subterfuges. D'un autre côté, si, comme il arrive dans la chaleur et dans l'improvisation de la dispute , le cardinal eût donné quelque raison ou quelque réponse peu solide, Luther et sa faction n'auraient pas manqué là-dessus de chanter victoire au son de mille trompettes par toute l'Allemagne; ce qui aurait tourné à Ici honte du siège de Rome et aurait discrédilc la bonne cause dans l'esprit du vulgaire ignorant, lequel a finalement la puissance souveraine, et qui est en conséquence, si non de droit, au moins de fait, le tribunal suprême. C'est pourquoi le légat déclara à Luther, avec un sourire mêlé de bonté, qu'il ne voulait pas disputer avec lui , mais l'exhorter paternellement à rétracter ses erreurs et à se soumettre au jugement de l'Eglise. Dans cet entretien il sut allier, par un tempérament salutaire, la douceur et la force de paroles toutes bienveillantes avec quelques menaces ; car il savait bien que la crainte est intérieurement le motif le plus efficace sur l'esprit des hommes, toutes les fois qu'à l'ex* térieur ils ne peuvent en présenter un autre qui soit plus honorable. Et, comme Luther parut se rendre à ses conseils et se retira sans opposer autre chose, le cardinal, suivant la propension que nous avons tous à nous promettre un grand effet de nos propres paroles, conçut une ferme espérance de l'avoir g.igné.
liïSTOiUE DU CONCILE DE TRENTE.
10 Mnrtin ï'elourna le jour suivant , mais le blâme de ii»epnser l autorité de 1 Eglise
ovn^'nn VnDarcil auqiiel ne s'attendait pas romaine. Ainsi lisant de nouveau la consti-
înar^în ni -c'est-à-dire avec un notaire et tulion Unigenitus avec ce microscope qui,
..^nîrP V/naleurs. Peu de temps après arriva non-seulement découvre tous les atomes ,
Mn^\ Jean Staupitz, vicaire-général de son mais encore les fait vojr comnie de grands
ordre en Allemagne. Le notaire lut un écrit corps, il remarque qu il y est di que le tre^
un grand nombre de moyens de défense, comme c'est l'usage de cf^lui qui plaide avec ^ passion ; mais le principal et celui qui lui donnait le plus d'assurance était que cette constitution paraissait le favoriser, puisqu'elle dictait que Jésus-Christ avait acquis
avait dit et ce qu'il dirait , ou dans le temps présent, ou dans le temps à venir. 11 ajoutait que les propositions qu'il avait soutenues iusqu'alors étaient bonnes et conformes a l'Ecriture. 11 disait encore qu'il était prêt a
In cnntpnir dans toute dispute : qu'il adne- ^ . , -
rerait au sentiment de chacune des trois plus le trésor de l'Eglise par ses propres mentes ; Lmeuses uni^rsités impériales, c'est-à-dire que par conséquent il fallait que ce trésor fu îleMle de Fribourg et de Louvain , et qu'il différent des mérites mêmes , comme 1 effet ne récuserait pas la mère commune des études, qui était l'université de Pans.
11. Mais le légat ne pouvait, sans compromelli-e la dignilé de son prince» laisser porter la cause à aucun autre tribunal. D'ail-
l'est de la cause.
ik. Mais on découvrait trop lo vide de la réponse. Premièrement la décrétale dit que le trésor laissé à l'Eglise a été acquis par Jésus-Christ; elle ne dit pas que Jésus-Chnst
^Zu"ls aWoi è o„r a coniamna.ion l.lùiuo, cl aulres semblables ; l'aulre expri-
~n L par k pape. Ccsl pourquoi le me le Jroit à une récompense, lequel nous
."^rZ^r^unanl court aux paroles inutiles, reste en vertu de ces ad.ons, et en ce sens
■exhoASamn'rt de nouveau à révoquer nous disons qu'un homme a beaucoup de
icTerrtur's': V,i montrant la néçessUé de ce --Ue pour ob.en.r quelque g^^^^^^^^^
dre prononcer le jugement, il demandait, avec les plus vives instances , qu'on voulût bien voir et discuter ses raisons , par écrit, puisque la veille le légat avait assez ferraille contre lui {diglacUatus csl).
que pour le saisir, il suffit de lire sans affecter de se fermer les yeux.
15. Mais le cardinal, qui voyait à quels sophismcs la nature ou l'orgueil portait Luther, s'affermit d'autant plus dans la per-
49 A ce lan-affe telle fut la réplique du suasion que la dispute n'était pas un bon
léffaî VoV^"s!^ n'ai jamais conÂuu con- expédient pour le convertir. Et, en effet, ce -
I .o'af, je ni veux pas qrCil y ait combat taines télés se courben moins ^'^^^^^^^^^^^^
o' Zpùte entre nous, 'rai 'seulement essayé, par une soumission volontaire deva l au
Td:^^'2Tu^^^^^^^ [^r^'àla^^sonî ^«el^f^- f^i
13. Se rétracter était chose trop difhcile a ce cerveau si arrogant et dans une affaire aussi avancée. D'un autre côté Luther venant à mesurer, non plus par la pensée , mais de ses yeux, le précipice sur le bord duquel il s'était déjà mis, fut saisi d'effroi, et, se repentant d'avoir fait tant de chemin , il désirait
faiblesse.
11 lui fit donc voir en peu de mois combien | était faible cet autre fil auquel il s'attachait;
il écarta les arguments et les discussions, se livra tout entier à des exhortations fortes ci pleines d'amitié pour l'engager à se rétracter, et lui ordonna de ne pas revenir sans avoir fait cette rétractation : car le cardinal ptn-
uani le uos. ^o iroume nu... eu sait que toute "^"y^jif/^//^^^^^^^^
que cette nuit-là il employa toutes les forces du.rail d'aulre et et que ^^^ j™^.^.^;^;?^
de son esprit à imagilier une nouvelle ma- tage le cerveau de t^"»»^^7 ,^,;\"^J^ a
nier- de souti^nir son opinion sans encourir ainsi de 1 engager encore plus avant dam»
reculer, pourvu que ce ne fût pas en tour uant le dos. Ce trouble intérieur fut cause