LIVRE PHEMIEK
guerre, en Faccautumant à perdre de plus en plus chaque jour le respect dû à la majesté du pontife dans la personne du légat.
16. Soave commet deux erreurs manifestes dans le récit qu'il fait de ces entrevues : l'une peu importante, en n'en rapportant que deux, sans rien dire de la troisième ; l'autre plus grave, en assurant que le cardinal chassa Luther avec injures. La fausseté sur le premier point est prouvée et par la lettre du légat et par celle de Luther ( Dans le l" tome des OEuvres de Luther), qui racontent tous les deux le fait à l'électeur de Saxe et rapportent également les trois entrevues dont je viens de parler. La fausseté sur le second point n'est pas moins bien établie par les mêmes lettres et par une relation particulière que Luther a publiée sur ces affaires: car non-seulement il ne parle jamais de ces injures qui auraient aidé à justifler sa cause , eldes raisons d'en appeler du cardinal comme d'un juge suspect ; mais encore il dit qu'il avait été reçu par lui avec la plus grande civilité, qu'il l'avait trouvé en fait de politesse un autre homme que ces prédicateurs du même ordre des dominicains dont il fait beaucoup de plaintes, que le cardinal lui avait fait des exhortations paternelles. 11 l'appelle un homme excellent, un homme plein de courtoisie. Il se plaint seulement qu'il ait voulu le faire rétracter sans le convaincre. Mais convaincre un esprit qui ne veut pas être convaincu, est chose qui surpasse toute sagesse qui ne possède pas la toute-puissance : aussi le cardinal désespérant de ce moyen, s'attacha à celui des exhortations. Il employa aussi à celte œuvre Staupilz , qui avait du pouvoir sur l'esprit de Luther, et par son autorité et par son amitié, étant vicaire général de son ordre réformé d'Allemagne et son conûdent le plus intime. Mais Luther, que sa science et son génie rendaient supérieur à son supérieur, et qui partageait ses sentiments de rivalité contre les quêteurs dominicains, l'avait engagé dans son parti ( F lorimond de Rémond, de Origine heresium, lib.l , cap. 8; Sponde dans le Supplément de l'année 1517 ). Bien plus, on prétend que Staupitz avait d'abord chargé Luther d'attaquer les indulgences, ne mesurant pas l'étendue du jeu de cette mine qu'il allumait. Staupitz montra de la répugnance à se charger de la commission que lui confiait le légat. Il ne s'en acquitta pas fidèlement, au contraire il détourna Luther [Dans la relation citée ), comme celui-ci le raconte, de ce qu'il faisait semblant de lui conseiller.