‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 258 sur 368 · LIVRE PREMŒR · texte numérisé non relu

LIVRE PREMŒR

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CHAPiïRE XL

Ve f/uî se passa entre le cardinal Cajétan et r électeur de Saxe, Artifices de Luther auprès de ce prince, et ce qui en résulta.

1. Le légat, déçu de l'espoir qu'il avait conçu de gagner ou l'esprit de Luther par la science, ou sa soumission par l'autorité, ou son cœur par la bienveillance, ou sa réduction par la terreur, ne fut pas pour cela désenchanté de la confiance excessive qu'ont les grands dans leurs prérogatives ; mais il espéra le ruiner dans l'estime de l'électeur par le seul poids de son témoignage plein de franchise. Il écrivit donc à Frédéric (1), l'informa de tout en peu de mots et sans en venir aux raisons; il pensa que ce prince n'en pouvait saisir la force, mais il l'assura par son témoignage que Martin était un hérétique, et qu'aux arguments qu'on lui avait opposés il n'avait donné que des réponses indignes d'être rapportées. Par ces dernières paroles, le légat faisait allusion à ce que Luther avait dit concernant les erreurs où étaient tombés les pontifes romains dans les constitutions alléguées contre lui en faveur des indulgences. En conséquence, il priait le prirce saxon de pourvoir à sa conscience et à son honneur en envoyant l'accusé à Rome ou en le chassant de ses Etats, et en lui retirant l'appui de sa protection. Il lui déclarait que cette affaire contagieuse ne pouvait rester dans cet état, qu'il s'en laverait dès lors les mains, qu'après cela la cause serait appelée à Rome, et qu'on procéderait à la sentence.

2. Mais comme un petit charbon placé près de nous nous chauffe plus que le globe entier du soleil, qui est éloigné , de même les bons offices de Staupitz et de Spalatin présents furent plus puissants sur l'esprit de Frédéric pour défendre Luther [Cochlée^ de Actis Lutheri, unno 1517) que ceux du cardinal absent pour le décréditer. Staupitz était d'une famille noble de la domination de Frédéric ; il avait un génie élevé, peu de connaissances, mais assez pour dominer un homme qui en était entièrement dépourvu. La dignité de vicaire général lui donnait de l'ascendant, et de son aveu cette cause était bien celle de Luther, comme instrument, mais en réalité la sienne, parcequ'il en était le moteur principal. Spalatin , qui exerçait auprès du duc la charge de secrétaire et en même temps celle de grand chapelain (preuve évidente que son maître le regardait comme un homme pieux et fidèle), avait aussi dans cette affaire un intérêt qui était le plus puissant de tous, quoique peu remarqué, et par là même plus puissant encore ; c'était de soutenir, non pas tant Luther que le jugement porté précédemment en sa faveur ; car il arrive souvent que le premier bienfait est dû ou à l'amitié ou au hasard, et que les autres sont dus au désii*

(1) Toules les leiires et les autres pièces qui sont successivement ciiées dans la suite relativement à cei(e matière sont imprimées dans le premier tome des OEuvrcs de Ludier.

de justifier le premier comme inspiré par la prudence.

3. Ces deux hommes obtinrent de l'électeur que la lettre du cardinal fût communiquée à Martin. 11 n'eut garde de se manquer à luimême dans un si grand besoin. Dans la réponse qu'il envoya à l'électeur il employa tous les artifices qu'enseigne la vraie rhétorique , j'entends la rhétorique naturelle, dont il était pourvu, et qui sert au bon succès des affaires ; et non celle qui est acquise, dont il était dépourvu, et qui attire les applaudissements des écoles Là il témoigne la plus haute estime pour le génie de Frédéric, li le demande lui-même pour juge. Il lui présente quelques raisons vulgaires, de ces raisons qui, méprisées des personnes instruites , paraissent concluantes au commun des hommes, surtout quand elles sont isolées de la réponse. Il rapporte à son avantage ses entreliens avec le cardinal ; mais avec une modération capable de lui attirer la confiance, comme un homme qui, s'il avait voulu mentir, n'aurait pas menti pour si peu. Il se montre animé d'un plus grand zèle pour la cause de Dieu que pour sa propre gloire. Aussi ne témoigne-t-il pas la même répugnance à révoquer les deux propositions, croyant que l'une est d'une légère importance, à savoir, celle qui est relative au trésor de l'Eglise. Il dit qu'en rétractant celte proposition, il ne changerait pas pour cela la nature des indulgences.

4. Quant à l'autre proposition, celle qui exige de celui qui approche des sacrements la pleine certitude de recevoir la grâce , il se montre inflexible, parce que la conscience ne lui permet pas de renier l'Ecriture. II feint que le respect pour le cardinal, auquel il donne en cet endroit, comme nous l'avons dit , le titre d'homme excellent et plein de politesse, l'empêche délirer complètement, pour sa propre défense , un avantage complet des armes que le cardinal lui-même lui fournirait dans l'accusation adressée contre lui à l'électeur. Il dit aussi qu'il désirerait que ces choses eussent été écrites par quelque Sylvestre de Prierio. Cependant, sous forme de réticence, il allègue contre lui tout ce qu'il rencontre. Et comme le cardinal dit que Martin avait glissé ces erreurs dans ses conclusions, non d'upe manière affirmative et seulement par fffrme d'argumentation , mais qu'il était constant , par quelques autres de ses écrits, qu'il les tenait pour indubitables , il chante alors victoire d'une voix retenue et raisonne ainsi : J'ai été cité à Rome, non pour les autres écrits , mais pour les conclusions susdites ; par conséquent, si je n'y ai rien affir-^ mé , le titre du délit pour lequel on procède contre moi s'évanouit. Dans cette manière de raisonner, il fait parade d'une courtoisie fastueuse; semblable à un habile maître d'escrime qui pose la pointe de l'épée sur la poitrine d'un homme d'un plus haut rang que lui, mais inexpérimenté dans cet art, et ensuite lui épargne le coup. Comme si la manière dont Luther avait arrangé ses conclusions, n'indiquait pas assez qu'il les regardait

impiétés et à toutes les folies que Lulher avait déjà écrites , et qu'on remarquera dans la bulle suivante publiée depuis par Léon , l'électeur ne s'était pas encore jusqu'alors tellement passionné pour Luther, qu'il eût voulu le soutenir. Mais peut-être iustrctTune force nouvelle de ses autres écrits agit-on alors selon les règles de la prudence, nrJvp«. parce que si l'on ne prit pas le meilleur

parti , on prit celui qui aurait paru tel à un

et voulait les faire regarder comme vraies^ quoique d'ailleurs sentant bien l'opposition qu'elles avaient avec la doctrine de l'Kglise romaine, il s'abstint , par crainte, de les affirmer expressément en public; et comme si cette présomption ne pouvait recevoir en

prives. ^

5. 11 attaque ensuite avec des termes tresamers cette manière tyrannique de forcer les autres à se rétracter, sans les payer d'auraison , sans les admettre à discuter

homme sage , d'après la connaissance qu'on avait alors de l'affaire.

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