CHAPITRE XII
Appel de Luther au concile ; déclaration du pape au sujet des indulgences. Mort de rempereur Maximilien.
1. La lettre dn cardinal au duc fit craindre à Luther sa prochaine condamnation à
Rome , et il résolut appel la honte dont
de prévenir par un il était menacé. Il ne
nât pas ou le mépris des enseignements de voulait pas différer cet appel jusqu'après la l'Eglise romaine, ou le mécontement du souve- sentence ; car alors il aurait paru nier l'au-
'ité suprême du pontife par la seule raison 'il l'avait condamné. Ainsi jusqu'à cette
'Egl
rain pontife, comme l'Académie pensait bien que Son Altesse l'avait résolu d'elle-même, sans le secours de ses avertissements. Pour moi , d'après la connaissance que j'ai acquise de cette affaire, au point où elle en était alors, voici quel est mon sentiment:
torité
qu'
époque il avait, dans ses écrits et dans les actes judiciaires, professé une entière soumission au pape pour lui et pour tout ce qui le concernait ; mais alors il déclara , par un acte notarié, que d'abord il n'avait pas Tin-
dinaux, sans la restreindre aux deux erreurs
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fut vivement repris de Paul en celte occa- le pouvoir des papes, relativement aux in-
sion ; que par conséquent, de même qu'il dulgences, n'était pas, comme ils le disaient»
était tout disposé à obéir au pape, bien in- une exagération des frères quêteurs , mais
formé, de ^aiême, si celui-ci, malconseillé par le sentiment de l'Eglise romaine. D'ailleurs
ses ennemis, portait par lui-même ou par l'en- par cette décision générale, qui n'aurait con»
Iremise de ses juges une décision contraire damné le nom de personne en particulier,
à la, justice et au sens des Ecritures, selon on donnait à Luther occasion de se rétracter
la menace que faisaient les lettres du car- sans honte, puisque plusieurs Pères de l'E-
dinal légat au duc, il en appelait au futur glise, éminents en science et en sainteté,
concile général de l'Eglise, qui était supé- avaient eux-mêmes soutenu des opinions
rieur au pape; ce qui faisait qu'il n'avait qui, après les définitions survenues depuis,
pas été au pouvoir des papes d'empêcher de seraient maintenant des hérésies. Et cepen-
semblables appels. Dans cette pièce, MarUn dant cela ne diminue rien de l'estime qu'on
s'efforce de justifier les raisons de sa dé- a pour eux.
fiance ; il se plaint des procédés du cardinal 4. Le pape fit donc une bulle (1) dans la-
à son égard, et il les traite de tyranniques, à quelle il déclarait que le trésor de l'Eglise
cause de l'ordre qu'il lui avait intimé de se contient les mérites de Jésus-Christ et des
rétracter, sans lui en donner les raisons ; il saints, et qu'en vertu des clefs , les pontifes
les traite même de cruels, à cause des châ- peuvent disposer de ce trésor, dans les indul-
timents dont il l'avait menacé s'il ne se sou- gences en faveur des vivants et des morts:
mettait, mais ici non plus il ne dit mot il envoya cette bulle au légat, qui se trouvait
des injures avec lesquelles Soave raconte que alors à Linz, ville delà Haute- Autriche. Le
le cardinal le chassa de sa présence. légat la fit publier et en fit répandre un grand
2. Cependant on apprit à Rome le résultat nombre d'exemplaires dans l'Allemagne,
des entrevues du cardinal et de Luther avant 5. Soave commet en cet endroit trois er-
que celui-ci en vînt au second appel dont reurs: la première, en donnant à l'appel de
nous avons parlé. Soave rapporte que la Luther au concile un sens non-seulement
cour pontificale blâma le légat de n'avoir pas mutilé et confus, mais encore différent de offert à Luther même la pourpre s'il voulait se
la vérité. Pour en donner ici un échantillon, il raconte que Luther y dit qu'il ne veut vas
taire. Mais| ces bruits ont été inventés pour il raconte que Luther y dit qu 11 ne veut pas déshonorer la cour romaine , ou sont sortis s'opposer à Vautorilé du pontife quand il de la bouche de courtisans insensés et qui enseigne la vérité. Ce qui aurait élé une mane sont que des statues vivantes. D'ailleurs, nière ridicule déparier, car il est certain on ne voit pas dans les mémoires qui rap- que personne ne déclare jamais qu'il s'op- • portent ces fiiits le moindre indice qu'une pose à la vérité; mais Luther dit qu'il ne si grande autorité ait été donnée au cardi- prétend pas s'opposer aux décisions du pape nal; et parmi les personnes versées dans ( 6ewe consw/a') bien informé. 11 tombe dans les affaires de la cour romaine, il n'en est d'autres bévues, comme le vérifiera quiconpas une qui puisse ignorer que les légats que prendra la peine de confronter sa narn'ont pas le pouvoir d'offrir la plus grande ration à la nôtre, ou à l'écrit même de Lufaveur qu'aient à leur disposition les pon- ther;maisje ne m'étendrai pas là-dessus tifes, ou comme bienfait ou comme récom- parce que si je tiens à prouver aux lecteurs pense , surtout à cette époque où le petit que Soave a été à leur égard négligent et nombre de ces titres en rehaussait l'estime infidèle, je ne veux pas les ennuyer par des et les rendait plus difficiles à obtenir. Mais minuties.
supposons que le légat ait eu ce pouvoir, 6. La seconde erreur est d'affirmer que ce
quel homme de bon sens lui aurait con- fut cette bulle, publiée par le légat, qui pro-
scillé de déshonorer la pourpre en la pla- voqua cet appel; cependant la publication de
çanl sur cette tête que peu auparavant l'em- cette bulle eut lieu à Linz le 13 de décembre
pereur et le ponlife avaient désignée comme et l'appel de Martin avait eu lieu à Witten-
un cloaque d'hérésies manifestes? Où voit-on berg dès le 28 de novembre. Bien plus, puisque
de pareils exemples dans l'Eglise catholique? cette bulle a été, comme on le voit, signée à