CHAPITRE Xin
Léon envoie Charles. Miltiz vers Vélecleur de Saxe pour la cause de Luther : commencement de sa négociation.
1. On comprenait bien à Rome que pour éteindre ce feu, il fallait obtenir qu il cessât d'être alimenté et soufflé par l'électeur. Mais on voyait dans celte entreprise une grande difficulté, parce que ce prince avait fait des démonstrations telles , qu'en condamnant Luther il fallait qu'il se condamnât lui-même. Après donc qu'on eut fait auprès de lui plusieurs autres tentatives infructueuses, Léon résolut de lui en adresser un message spécial par l'intermédiaire de quelque noble personnage, qui lui fût agréable, qui connût les
donnances en ces sortes de choses, pourvu que ces ordonnances ne fussent pas évidemment contraires à TEcriture et à la loi de Dieu. Cette évidence, Luther ne pouvait l'invoquer, puisqu'un si grand nombre de chrétiens et de théologiens combattaient ses nouveautés.
8. Ce fut donc par un autre motif, motif déjà remarqué par nous, que la constitution perdit toute sa force auprès de la multitude ; ce fut parce que la décision commença par les indulgences. Le peuple pensait que le pontife agissait à cet égard avec une partialité intéressée, et que cette bulle lui avait été arrachée par le crédit des frères dominicains, qui avaient sur ce point déclaré la guarre aux ermites et à Luther. De plus, on n'avait pas de témoignages bien clairs tirés de l'Ecriture et des Pères qui parussent entièrement favorables à cette décision.
9. Si cette condamnation avait commencé d'abord par quelques-unes (ie ces doctrines odieuses et déjà soutenues par Luther, doctrines pour lesquelles il avoue, comme nous l'avons rapporté plus haut, qu'il fut tourné en dérision sur le théâtre d'Heidelberg, le monde aurait bien autrement rabattu de Teàtime qu'il avait pour lui; de cette manière, il aurait été forcé ou de se rétracter, et dès
à flatter et honorer l'électeur. Les papes ont la coutume de bénir solennellement, le quatrième dimanche de carême, une rose d'or et d'en faire présent quelque temps après à un prince qui a bien mérité de la religion : parmi ces princes on pouvait bien compter Frédéric, non-seulement à cause de la piété de ses ancêtres , mais encore à cause de la sienne propre [Voyez Cochlée, de actis Lutheri, anno 1517), si nous le considérons avant qu'il fût infecté par Luther.
2. Il avait bâti une magnifique église, comme il a été dit, en l'honneur de tous les saints, dans sa forteresse de Wittenberg, et il s'était appliqué avec un zèle incroyable à l'enrichir de reliques fameuses, à la doter de gros revenus et à l'illustrer par la fondation d'un brillant chapitre. Il avait également fondé dans la même ville une université florissante, y faisant venir d'excellents maîtres, tant pour les lettres sacrées, que pour les lettres profanes, de tous les coins de l'Allemagne. Il avait obtenu du pape pour ces deux établissements de très-honorables privilèges. Mais on voit bien ici qu'en politique on
(l) LeUre du cardinal Cajéian à Léon X, dans le premier lome des Lettres des princes, datée du 29 de janvier 1519.