LIVRE PREMIER
peut moins que dans les choses de la na- auquel il ne voulait pa« correspondre.
ture,d'aprèç la qualité de la semence pré- 6. Je trouve dans les lettres de Jérôme
sager celle des fruits. Méandre» que le pontife envoya bientôt
3. Pette église, dédiée au culte de tous les après en Allemagne pour la même affaire de
saints, et pieux dépôt de leurs reliques les Luther, comme nous le raconterons plus
plus vénérées, fut le premier théâtre de l'hé- tard, qu'il sentit que Frédéric, lequel d'ail-
résie de Luther, qui bientôt déposséda tous leurs n'avait pas de mauvaises intentions,
les saints de leur culte et livra leurs reliques était porté à défendre Luther, non-seulement
aux flammes et au vent. André Carlostad, par les suggestions de ses conseillers, mais
eucharistie, fut le prmcipal hérésiarque qui avait été le premier but des traits décochés l'outragea , en niant d'une manière absolue par la langue du moine, soit contre la cour la présence réelle du corps et du sang de Je- romaine, dont la prééminence était contessus-Christ dans le sacrement. Martin Luther, tée : contre le clergé et l'électeur de Maycnce, qui fut professeur ordinaire de théologie à cause d'un procès relatif à la terre d'Erscolastique dans l'université de Witten- fort; contre la cour romaine, parce qu'un berg, devint le plus grand ennemi de la fils naturel et secret du duc ayant obtenu à théologie scolastique. Philippe Mélanchton, Rome la coadjutorerie d'une commende,et qui y fut appelé pour enseigner les lettres ayant appris à Bologne, en revenant en Ailehumaines, devint un grand corrupteur des magne, la mort du commendataire, mort arrilettres divines. Tant il est vrai de dire que vée avant l'expédition des lettres de coadjude même qu'on tire de la vipère morte l'anli- torerie, il lui fallut de nouveau payer une dote le plus salutaire, de même la corruption forte somme pour obtenir la commende. de ce qui est excellent engendre le poison le Aléandre comprit alors que cette affaire, sur plus funeste; et la société des hommes n'a laquelle Frédéric, homme caché et taciturne, nasà craindre de ueste nlus terrible aue celle dissimula ttYl^rif»iirpmpnf l'aimU i.-rA.^A^:„
*. Mais reprenons notre naaration (IJ : les particulier, lui fit croire aussi en général titres de piété dont nous avons parlé ou- tout ce que l'exagération répandait sur l'avraient carrière au pontife pour honorer varice de Rome. En réalité, si dans toutes les Frédéric du présent de la rose, sans montrer cours l'avidité des ministres enlève souvent ni flatterie ni affectation. Il choisit pour la lui aux princes Taffection et la vénération des porter Charles Miltiz, son camérier secret, peuples, à plus forte raison il en doit être noble chevalier de cette contrée, auquel l'u- ainsi dans la cour romaine, où la sainteté du niversité de Wittenberg avait d'abord écrit, pouvoir et le côté spirituel de toute concesafin que, par son intercession auprès du pape, sion rendent plus révoltante toute tache d'ail obtint que la cause de Luther, cité à Rome, vs?rice.
fûl examinée en Allemagne. Il portait avec 7. Le duc ne disait pas qu'il voulût soute-
lui des brefs très-pressants, que le pontife nir ce que Luther avait enseigné contre les
adressaitnon-seulement au duc, mais aussi à indulgences, mais il ne voulait pas consentir
Spalalin et à d'autres principaux ministres à être son juge pour le condamner et l'op-
pour dissuader ce prince de protéger Luther, primer. De cette manière il lui accordait au-
Il portait aussi des lettres conformes à ces brefs t .ntde liberté et de sûreté qu'il en fallait pour
et adressées aux mêmes personnages p::r Ici qu'il pût d'un lieu couvert décocher ses traits
cardinal Jules de Médicis, très-proche parentde contre le pontife et contre le siège de Rome.
Léon, et placé près de lui au plus haut rang 8. Miltiz voyant donc qu'on ne pouvait
d'autorité et de confiance. Dans la suite élevé mépriser Luther à cause de ses partisans, ni
au pontificat, il prit le nom de Clément Vil, et l'effrayer à cause de sa force, pensa à le
il aura une large part dans nos récits. gagner par la douceur. Suivant la coutume
5. Miltiz demanda par la route en quelle des nouveaux ministres qu'on envoie traiter
estime était Luther : et comme le plus sou- une affaire qui a mal réussi entre les mains
vent il fit ces questions à des personnes du d*un autre, il pensait à rejeter le mauvais
peuple, pour lesquelles tout ce qui est nou- succès, non sur la difficulté même de l'affaire,
veau est grand, il en entendit parler avec ««ais sur la dureté même de Cajétan. Aussi
admiration. Arrivé près du duc, il ne trouva prit-il une marche tout à fait opposée; maii
point un accueil affectueux et honorable. La tandis que le cardinal avait, du moins, main-
those alla si loin, qu'il ne put obtenir la fa- tenu la dignité du siège apostolique et em-
veur de lui présenter la rose de sa propre péché Luther de l'outrager en face, Miltiz se
main et avec solennité. Il lui fut seulement dégrada jusqu'à lui parler sur le ton de l'hu-
accordé de la remettre à un personnage qui la miliation et de la crainte : il consentit même
prit au nom du duc : car celui-ci ne voulait à recevoir par écrit des réponses outragean-
pas montrer de l'estime pour yn présent les pour le pontife. 11 fît voir que la juste mesure des éloges ou des reproches que mérite
j, (U ^^ <IJ"i regarde l'arrivée et la iiégociaiion de ^^ négociateur ne se trouve pas seulement
Mitiiz, est également imprimé dans le tome I de Lu- dans les résultats bons ou mauvais q»u'il a
^*'' obtenus, mais encore dans de plus grand»
raaux que sa prudence a détournés, ou dans de plus grands biens que son imprudence n a pas obtenus.