CHAPITRE XIV
Entrevues de Miltiz et de Luther : leurs résultats.
1. Miltiz voulait donc gagner Luther, mais il eut beaucoup de peine à lui parler, parce que celui-ci se refusait à entendre celui qu il ne voulait pas écouter. Enfin il obtint ce qu'il désirait par l'autorité du duc ; il l'entretint avec une haute estime de son nom et des applaudissements qu'il voyait l'Allemagne donner à sa doctrine; au point que, si nous en croyons Martin lui-même, il lui dit que, depuis un siècle, l'Eglise n'avait pas eu d affaire qui lui inspirât plus d'inquiétude, et que, dans sa route, pour un qui s'était montré favorable à Rome , il en avait trouve trois qui étaient partisans de Luther : mais il le pria , même avec larmes , de ne pas exciter dans la chrétienté une si horrible tempête ; et afin ou de l'apaiser ou de punir les excès bien connus de Tetzel, son ennemi , excès négligés peut-être par Gajétan , il reprit si amèrement Tetzel de ses procédés dans la charge de quêteur, qu'il le fit mourir de chagrin, comme le raconte Luther, qui de plus se glorifie de lui avoir, par humanité, envoyé des lettres de consolation. Luther ajoute que si l'on avait agi ainsi envers lui dans le principe, il ne se serait pas excité un si grand trouble, mais que toute la faute en était à l'électeur de Mayence , dont la dureté l'avait exaspéré. Preuve nouvelle qui fait voir combien Soave trompe ses lecteurs quand il attribue la révolte de Luther à l'emploi que fit le pape de l'argent recueilli pour les indulgences, n , * J
2. On en vint ensuite au fond même de l'affaire : Luther ( dans le premier tome de Luther, page 221, selon V impression citée) recul de la main de Miltiz un écrit contenant cinq chefs, c'est-à-dire, comme il l'affirmait, les premières causes de ces troubles. C'était : que le peuple avait été entraîné par séduction à de nouvelles opinions concernant les indulgences ; que Martin avait été l'auteur de cette séduction; que Tetzel en avait fourni l'occasion à Luther; que l'archevêque de Magdebourg (celui-ci n'était autre que l'électeur de Mayence) avait, par l'appât du gain, excité Tetzel ; que celui-ci ne s'était pas tenu dans les bornes de la mission qui lui avait été confiée. Miltiz espéra ainsi réussir à faire .iccepter le remède en mêlant l'amertume à la douceur, et tempérant l'accusation qui pesait sur Luther, parles reproches adressés à ses adversaires.
3. Luther répondit également par écrit : que la faute en était au pape, qui ne devait pas, par dispense, autoriser l'électeur à gariler un si grand nombre d'évêchés, ou ne devait pas, en exigeant de lui le paiement des redevances pour les pallium, le porter à se procurer de l'argent par les abus des quêteurs qu'il avait délégués dans la promulga