‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 266 sur 368 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plus, je confesse hautement que la puissance i!o cette Eglise surpasse tout, et qu'on ne doit mettre avant elle, soit dans le ciel, soit sur la terre, que Jésus-Christ.»

6. Voilà ce qu'il écrivit : mais quant au silence qu'il offrait, comment Luther pouvaitil le garder, puisqu'il parlait par autant de bouches qu'il avait publié d'écrits , et il en avait publié sans nombre tant en laiin qu'en allemand ; et comment ses adversaires pouvaient-ils, de leur côté, garder le silence lorsque ses erreurs embrassaient les principaux articles de la foi? C'était chose impossible, à moins de vouloir rendre muettes la théologie et la religion elle-même.

7. On pensa donc à un a^itre expédient, et Miltiz chercha à engager Luther à s'en rapporter à quelque juge : chose dont il n'avait jamais paru s'éloigner. On convint sur le choix de l'archevêque électeur de Trêves, et la conférence devait avoir lieu dans la ville de Conflans [idem); mais quand on pressa l'exécution, Martin retira sa parole, alléguant diverses excuses dans une longue lettre qu'il écrivit à Miltiz. Plusieurs de ces excuses étaient artificieuses ou palliées. Il disait : qu'il craignait des embûches contre sa propre vie; qu'il manquait d'argent pour fournir aux frais du voyage ; que, dans la même ville était le légat avec lequel il ne voulait pas traiter, parce qu'il ne le croyait pas chrétien. D'autres étaient plus spécieuses. C'était : que Rome n'avait pas encore envoyé ni consentement, ni délégation à l'électeur de Trêves pour cette cause. Et dans la réalité il y avait peu d'espoir d'une semblable délégation. Depuis que la cause était sortie d'entre les mains d'un légat a latercy et que le pape s'était tellement avancé qu'il ne pouvait plus la déléguer qu'à un des personnages les plus avancés dans les dignités de sa cour et dans sa confiance, Luther put al léguer une autre excuse assez heureuse : ce fut la dispute à laquelle Eckius l'appelait à Leipsick.

8. Eckius avait plus d'une fois conféré avec Luther à Augsbourg, et animé soit par son zèle pour le bien, soit par quelque esprit de rivalité, il ne désirait rien tant que de se mesurer avec son émule dans une dispute solennelle. Eckius avait été merveilleusement formé par la nature pour une lutte de ce genre : il ne lui manquait ni la présence d'esprit, ni la mémoire, ni la facilité de l'élocution. Dans sa voix , dans son geste, tout était âme, tout était nerf; et il n'avait pas négligé de cultiver ces dispositions par un exercice assidu. Aussi aspirait-il à entrer dans la lice avec la même impatience qu'on voit les soldats bouillants de courage demander le signal du combat. Il lui semblait que c'était une grande ignominie pour la foi orthodoxe de voir sans cesse Martin défier insolemmenttoutcontradicteurà venir comme en champ clos faire assaut de science avec lui , et comme personne n'acceptait le défi , de le voir, comme un Goliath redouté, insultieràtoutle peuple de Dieu. Ainsi, de son auiorité privée il provoqua Luther à ce combat.

Ce dernier chercha sous différents prétextes à l'éviter, parce qu'il connaissaitle mérite de son adversaire et ses opinions, qu'il n'était guère disposé à partager. D'ailleurs il ne voulait pas s'exposer au danger de faire malgré lui cette rétractation pour laquelle il avaii plus d'horreur que pour l'enfer. Mais, pressé par les instances d'Eckius , il convint enfin d'engager le combat à Leipsick, ville près de laquelle ils demeuraient l'un et l'autre, et qui était la résidence de Georges, duc de Saxe , cousin de Frédéric.

9. Mais l'évêquedeMersebourgjdans le diocèse duquel est Leipsick, s'y opposa , et avec raison : parce que comme dans les lieux où l'exercice de l'hérésie est permis par les princes, ces disputes servent à éclairer les incrédules, ainsi dans ceux où règne seule la religion catholique, elles ne servent qu'à obscurcir la vérité pour les fidèles, mettant en litige ce qu'on possédait paisiblement. Us obtinrent cependant du duc Georges un sauf-conduit et un local destiné à être le théâtre de ce débat solennel. La dispute eut lieu dans une grande salle, en présence du prince, du sénat et de l'université. On choisit des juges pour terminer tous les différends qui pourraient se rencontrer sur la manière de disputer. On imprima des thèses opposées pour les deux partis, et on les publia en différents endroits de l'Allemagne, en invitant les voisins à ce spectacle. On convint, en outre, que des notaires publics enregisteraient successivement ce que disait ou faisait l'une ou l'autre partie. Mais il fut difficile de s'accorder sur l'arbitre qui devait, après la discussion, prononcer sur les questions agitées. Luther voulait avoir pour juge tout le monde, afin de n'en avoir aucun. Il disait que tous avaient le droit de juger; c'est-à-dire qu'il voulait un tribunal dont aucune urne n'aurait jamais pu recueil lir les suffrages. Eckius demandait qu'on choisît quelque arbitre particulier; et il ne refusait aucune Académie, si ce n'est celle de Wittenberg et un petit nombre d'autres.

Après différents débats, Luther désigna les universités d'Erfurt et de Paris. Il se fiait à la première comme à sa nourrice, à la seconde, à cause de quelques désagréments qu'elle venait de recevoir de Rome (1). Eckius les agréa l'une et l'autre.

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