‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 267 sur 368 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

On raconte sommairement la dispute de Leip' sick, entre Eckius et Carlostad, avant que Luther entrât en lice.

1. Luther vint à Leipsick avec une grande suite, et spécialement avec André Bodenstein qui , du nom de sa ville natale, en Franconie, se faisait appeler Carlostad. Nous avons déjà dit qu'il était archidiacre de Wittenberg. 11 avait donné à Luther le titre de docteur en théologie. Alors très-chaud par-

^ (1) Voyez sur celle dispute surtout Cochlée, de

\Actis lutherie à rannée 1519; et Bzoviusà la même

'aimée, d( puis le n" 9,2 jusqu'au n** îO. On en lit aussi

i les actes imprimés parles iiéréiiques , jivec diverses

/ lettres et apuiui^ic: .

tisan de ses défendre.

lIISTOmEDU CONCILE DE TRENTE, doctrines, il voulut venir les

pération naturelle et distincte de l'opération de la grâce. Mais Eckius fit voir aussitôt qu ayant avancé treize propositions combattues par dix-sept autres de Carlostad, celui-ci, dans Il quatorzième, parlait ainsi : Jean Eckius ne voyant pas comment la bonne action vient tout entière de Dieu et est tout entière l'œuvre de Dieu, lit et reçoit encore l'Ecriture à travers le voile de Moïse; paroles par lesquelles . . , .^, ' 1 . u v,i . ^^ réfutait la septième proposition, avancée

rait utile d en donner quelque échantillon a par Eckius en ces termes : Celui-là se trompe mes lecteurs, de manière toutefois à éviter, qui nie que le libre arbitre de l'homme soit autant qu'il me sera possible, la prolixité et maître de ses actes, parce qu'il n'est actif que

Ecki

lèrent . .

rien de ce qu'ils pourraient dire, combattre

le sentiment de l'Eglise catholique. LMm-

mense retentissement qu'eut cette lutte

scientifique dans les entretiens et les écrits

(le celte époque, m'a porté à croire qu'il se-

la sécheresse.

3. Le premier article qu'Eckius voulut combattre dans les conclusions de son adversaire fut celui qui disait que la volonté dans nos bonnes actions n'opérait rien, mais qu'elle les recevait de la grâce, comme puissance purement passive. On argumenta pendant six jours sur cet article. Et d'abord Eckius allégua ce passage de l'Ecclésiastique où il est dit que Dieu fit l'homme et le laissa dans la main de son propre conseil. Et en-

pour le mal et est seulement passif pour le bien. Il rappela encore à son adversaire quelquesuns de ses ouvrages, où il était dit ouvertement que la volonté ne faisait que recevoir Tacte bon ; il ajoutait cependant que s'il admettait maintenant en elle une activité que lui communiquait la grâce, il se tiendrait pour satisfait. Ici Carlostad ne parait les coups que d'une manière pitoyable; et, parfois accablé par la force des arguments, il maudissait Aristote, dont la doctrine avait

suHq: Si tu veux observer les commandements, corrompu la théologie. Une fois seulement

ils te conserveront. J'ai placé devant toi l'eau il réfuta Eckius avec avantage: car celui-ci

et le feu étends la main pour prendre ce que s'appuyant sur la lettre publiée sous le nom

tu préfères. Devant l'homme est la vie et la de saint Jérôme, et adressée à la vier<ye Dé-

mort, le bien et le mal. Ce qu'il aura choisi métriade, il fit remarquer (chose que Im avait

lui sera donné. Ces paroles expriment autre apprise depuis peu Erasme, qu'il appelait le

chose qu'une acceptation privée de toute li- prince des théologiens) qu'elle n'était pas réel-

berté et de toute coopération active. lement de saint Jérôme, mais de quelque au-

k. Carlostad espéra échapper à ce trait en teur pélagien.

répondantqqel'Ecclésiastique parle de l'hom- 8. A son tour Carlostad fît aussi valoir ses

me créé dans l'innocence, et non de l'homme raisons contre Eckius ; mais elles ne repo-

tel qu'il est après le péché originel. Mais la saient pas sur autre chose que sur quelques

réponse fut réfutée par Eckius : parce que, endroits de l'Ecriture et des Pères, où il est

h\Qi\ qu'à la vérité l'écrivain sacré commence dit que ce n'est pas moi qui fais le bien mais

en cet endroit à parler de la création d'Adam, i) est certain néanmoins que dans les paroles suivantes, que nous avons citées, il parle avec les hommes qui existent maintenant et non avec Adam, qui n'est plus dans cemondî^ ni avec sa race, considérée dans l'état où elle aurait été si Adam ne fût pas tombé.

5. D'ailleurs les saints Pères, ajoutait-il, établissent entre le libre arbitre, avant et

la grâce de Dieu avec moi : que sans la grâce de Dieu nous ne pouvons rien, et que toute la bonne œuvre est l'œuvre de Dieu. Eckius rétorqua les premiers arguments, en disant que si la grâce de Dieu opère avec moi, elle n'opère pas seule ; que si je suis aidé de Dieu, je coopère donc de mon côté, puisque celui qui est aidé met nécessairement quelque chose du sien. Il répondit aux dernières pa-

après le pèche, la même comparaison qu en- rôles que quoique toute l'œuvre soit l'œuvre

tre un homme sain et un homme malade.

Aifssi saint Ambroise parlant du libre arbitre, tel qu'il est maintenant, le dit blessé, et saint Augustin le dit boiteux. Mais celui qui est blessé vit, et celui qui est boiteux marche, bien qu'ils aient besoin l'un et l'autre d'un secours particulier. ,^ ^^....v.

6. Eckius, pour confirmer son sentiment, duire ^o^a/m^n/, quresrTonnue'd'e

cita la parabole de l'Evangile, où le servi-

leur fidèle dit à son maître qu'avec les talents qu'il avait reçus il en avait gagné une fois autant : ce qui porta son maître à le louer el à le récompenser. Ainsi, concluaitil, au capital de la grâce que Dieu nous confie, nous pouvons ajouter quelque gain par l'active industrie de notre trafic.

7. Carlostad, se voyant ainsi pressé, répondit qu'Eckius ne combattait pas fidèlement sa thèse ; qu'elle ne refusait pas à la volonté toute coopération active dans les bonnes œuvres , qu'elle lui refusait seulement une coo-

de Dieu, elle n'est pas pour cela totalement l'œuvre de Dieu ; de même que tout le fruit est produit par le soleil, mais non totalement par le soleil, ni sans aucune part d'activité du côté de l'arbre.

9. Il est surprenant que cette distinctioi qui se trouve entre produire le tout et pro-* duire totalement, qui est connue de quiconque a mis le pied sur le premier degré de la philosophie et qui est si facile à comprendre, ait paru à Carlostad et à ses partisans une chimère sophistique, de manière qu'on demanda avec dérision à Eckius de montrer que celle distinction avait été remarquée par les Pères; mais il répliqua que c'était ainsi que procédèrent les ariens contre saint Alhanase, en lui demandant de trouver dans les Ecri-tures et dans les anciens Pères la disi'ncticn qui se trouve entre le mot ^^oûa-tov, c'est-à-dire de la même substance, et celui .de ô/xo/oéstov, c'est-à-dire de semblable substance : qu'ainsi

as

Page 1