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CHAPITRE XVI

Dispute entre Eckius et Luther,

. Comme on l'a dit, ces deux dernières

ses ne furent agitées qu'après une inter-

j*3tion : car voyant le peu de succès de Car-

l'iad, Luther le remplaça dans l'arène (îa

dispute entre Eckius et Luther est imprimée dans le premier tome desOEuvres de celui-ci). Il confirma la protestation qu'avait failq Eckius en faveiir de l'Eglise romaine , et déclara que c'était contre sa volonté qu'il ayait été entraîné à cette discussion, nullepaent nécessaire et si odieuse. Mais cette protestation, que réitéra Luther, même au niilieq de 1^ dispute, était opposée à la réalité du faj.t, puisqu'il disait dans ses conclusions [treizième conclusion de Luther) : « qu'on ne prouve 1^ supériorité de l'Eglise Romc^îne sur toutes les autres que par de très-insignifiants décrets dos pontifes romains qui ont vu le jour depuis 4Q0 ans , contre lesquels s'élèvent les histoires authentiques qui remontent à 1100 ans , les textes de la divine Ecriture, et les décrets du copciledeNicée,le plus saint de tous. » Eckius entreprit donc de réfuter cette assertion , apportant pour preuves les passages de l'Evangile , l'antique et commune interprétation des saints Pères en faveur de saint Pierre, et de ses successeurs ; à cela Luther n'hésita pas de répondre : « Si Augustin lui-même et tous les Pères ont vu Pierre dans la pierre (dont parle Jésus-Christ au chapitre XVI de saint Matthieu), je leur résisterai moi seul avec l'autorité de l'Apôtre : » prétendant ainsi mieux entendre lui seul le langage de l'Apôtre que tous les Pères. Eckius répliqua que tout hérétique allègue en sa faveur l'Ecriture: que c'était ainsi qu'avait agi Arius , lorsque, niant la divinité du Fils , il citait ces paroles de Jésus-Christ : « le Père est plus grand que moi;» mais qu'il y avait entre Arius et saint Athanase cette différence, que celui-là donnait un sens erroné aux paroles citées de l'Evangile , tandis que celui-ci les expliquait selon l'Espril-Saint ; et que pour savoir quel'le est l'explication donnée selon l'Esprit-Saint, aucun témoignage n'est plus sûr que l'autorité unanime des anciens et saints docteurs. 2. Luther produisit en sa faveur le concile d'Afrique, cité sous la distinction quatre-vingtdix-neuvième , dans le canon primœ , où l'on défendàl'évêquedupreîïiîer siège da s'appeler grand prêtre ou prince des prêtres , et oii l'on ajoute que l'évêque de Rome ne doit pas non plusse donner le i'iire d'évêque universel .Dans cette citation on tomba dans plusieurs méprises de part et d'autre : ce qui montre combien s'expose celui qui commet à l'improvisation d'une dispute verbale les différends d'une grande importance. La première partie du canon mentionné ci-dessus est bien du concile d'Afrique ; mais quand on y nomme l'évêque du premier siège, on ne parle pas du pontife romain, qui, lors même qu'il n'eût été , comme le prétendait Luther, que patriarche d'Occident, n'aurait pu recevoir de lois delà part d'un concile national de l'Afrique : on y parle donc des primats particuliers de ce pays. Ensuite la seconde partie , où il est fait mention expresse de l'évêque de Rome, n'est pas de ce concile , et Gratiep ne la rapporte pas comme telle; mais il l'écrit sous le canon précité en caractères différents , comme un sor^majre qu'il fait de deux autres panûjis qu'il donne immédiatement après, et qu'il j)

e07 HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. ^]

recueillis des lettres de Pelage II et de Grégoire mation solennelle par ce concile, comme 1<

le Grand , pontifes deRome. Cependant Luther racontent saint Thomas et saint Léon O

et Eckiu's traitèrent de cette défense dans cités en cet endroit dans les notes ajoutées

plusieurs conférences , comme si elle avait Gralien, comme un titre qui leur était dû

été contenue dans le concile d'Afrique. cause d'une suprématie antérieure sur toul

3. A la vérité, Eckius devait aussi répon- l'Eglise, que le concile reconnaissait en eus >

dre àces autorités de Pelage et de saint Gré- et indépendamment de cette suprématie, c

goire que lui opposait pareillement Luther, titre ne pouvait leur appartenir, mais comme des passages autres que ceux 6. Eckius et Luther tombèrent égalemet

des deux, canons. Quant à ces autorités, ce- dans une autre erreur: le premier en faisar

pendant, la défense d'Eckius était évidente, une allégation, le second en l'admettan

Il suffit de dire que ces pontifes n'avaient re- Eckius dit que Grégoire le Grand en refusai

fusé ce titre qu'autant qu'il paraissait signi- le titre d'évéque universel, ne pouvait pense

fier que le seul évêque et patriarche de Rome que la primauté ne lui appartenait pas, coa

jouissait de la dignité et de la juridiction me le concluait Luther, puisque dans une d

épiscopale ou patriarcale. On ne peut réel- ses lettres encycliques rapportée par Gratiei

lement douter que ce n'ait été leur propre dans la question sixième delà seconde caus<

sentiment, puisque la raison que nous avons au canon qui commence par ce mot : Décru

donnée d'une telle défense est formellement tiun, il affirme que l'Eglise romaine a telle

exprimée par eux dans ces mêmes lettres ment réparti aux autres Eglises sa jurij

d'où ont été extraits les canons précités. Et diction, qu'elles participent à sa sollicituq

comme Luther objectait qu'il ne pouvait y sans p.îrticiper à la plénitude de sa puissance

avoir d'homme assez insensé pour douter si Dans la réalité, cependant, cette lettre n'e;

l'évéque de Rome était seul évéque; par con- pas de Grégoire le Grand, mais de Gré

séqucnt, l'interdiction de ce titre ne pouvait goire IV: chose qui n'était peut-être pas ei

avoir pour but de prévenir une pareille sup- core bien connue, parce qu'on n'avait pé

osition ; Eckius répondit que s'il voulait lire encore fait dans les endroits cités par Gra

dans son livre De planctu Ecclesiœ, tien les remarques et les confrontations qi

pos Alvaro

le. cardinal Turrecremata dans sa Somme de V Eglise, Guillaume Océan i dans son Dialogue, il verrait que cette folie avait néanmoins trouvé place dans quelques têtes. Mais il n'était pas nécessaire déraisonner sur des conjectures, puisque ces pontifes donnent ou-

eurent lieu depuis par ordre de Grégoire XU Ainsi , les deux antagonistes voyant Gn goire pape cité en cet endroit, s'imaginèrei que c'était celui que par antonomase on coutume d'appeler ainsi, sans rien ajoute, Du reste, que Grégoire le Grand ait reconn

vertement cette raison pour refuser ce titre, en lui une primauté, c'est ce que prouva ei

comme nous l'avons montré. core Eckius par l'histoire, et ce qui pouva

k. Eckius (1) disait ensuite que, ce sens être rendu évident par plusieurs passages (

écarté, le titre en question pouvait leur con- ses écrits. Eckius conclut la discussion sur

venir, et que les pontifes Sixte et Victor l'a- litre d'évêque universel en disant que poi

valent employé ainsi. Rien plus, que dans la faire disparaître l'équivoque dont nous avoi

même lettre de saint Grégoire, il est rapporté parlé, il fallait appeler le pontife, non évêq

comme un fait avéré que ce titre avait ete offert à ses prédécesseurs par le grand concile de Chalcédoine et par les Pères qui ont vécu depuis.

5. Alors Luther chercha à rétorquer la preuve contre son adversaire, prétendant conclure de là que puisque la primauté du pape lui avait été offerte, elle est de droit humain et non de droit divin. Mais cette rétorsion parut bien faible, parce que le concile et les Pères qui vécurent depuis n'offrirent pas un pareil titre à l'évéque de Rome, comme pour lui donner alors tout nouvellement la primauté sur toute l'Eglise : ce qui n'aurait pu se faire, si Jésus-Christ avait établi un gouvernement partagé entre plusieurs cile œcuménique tenu récemment dans 1'/^ personnes égales, et non présidé par un chef suprême. Les Pères qui sont venus depuis pouvaient bien moins encore lui offrir cette primauté, puisqu'ils n'avaient pas le pouvoir de soumettre toute l'Eglise. Ce titre tut donc offert aux papes, et même donné avec accla-

tiniversel, mais évéque de l'Eglise catholiqu ou de r Eglise universelle (1).

7. C'est ainsi que répondit Eckius à principale objection de Luther : quant àui autre objection tirée d'un canon du conci de Nicée, elle présenta moins de diffîcull D'ailleurs, comme elle a été dans la sui mieux traitée par les modernes , et enl autres par Jean-Matthieu Cariophile cont Nil de Thessalonique, et par Jacques Si mond, il n'est pas nécessaire de nous y an ter ici davantage.

8. Mais bien autrement difficiles à romp furent les noeuds dans lesquels Eckius près Luther en l!k*isant valoir l'autorité d'un ce

(1) Sur le litre d'universel ou d'œcuménique ou auire semblable, employé par les papes ou à Tégard des pftpes Voyez Horace Juslinieri , depuis cardinal, dans les notes à la vingt-deuxième conlérence du concile de Florence, au n'* 9, p. 325).

(1) Celui qui voudrait voir la question concern: riiitenlian que pouvait avoir s;>ii)t Grégoire le Grai lorsqu'il î>'élevait contre re l,»re (Vévêque univers que s'arrogeait Jean, évéque de Coiisianlino|)le, • lui, dis-je, fjui voudrait voir celle question irai avec plus d'éiendue , n'a qu'à cousulier et mon A fébroniiis (t. Il, de rédiliondi; Césène, p. 7 et suivi tes, et Ï^Antifebronius vimlicalus, l. 11, p. ()8 el sui\ et quelqu'un des nombreux auleurs que j'ai elles à sujet. Dans l'un et l'autre ouvrage on peut voir ai le bollandiste Cuper, dans VHisloire chronologique évêques et patriarches de Consiantinople,

09 LIVRE PREMIER. 6ia

Bmagne elle-même, c'est-à-dire du concile nifestement catholiques^ et il en indiqua

le Constance. Là sont condamnées les quatre quatre.

iropositions suivantes de JeanHus. Voici la première : La sainte et universelle

i" Pierre n'est pas et ne fut pas chef de la Eglise, qui est runiversalité des prédesti-

ainte Eglise catholique. nés.

; 2° Ainsi il n'y a pas ambre d'apparence Voici la seconde : L'universelle et sainte

u'il soit nécessaire d'un chef dans les choses Eglise est unique, comme unique est le nombre

pirituelles, qui gouverne l'Eglise et qui vive des prédestinés, oajours dans l'Église militante. 11 prétendait que ces deux propositions

T Cette dignité papale a pris sa source dans étaient de saint Augustin et du Maître des

^ésar. sentences.

h" La suprématie et l'institution du pape Voici la troisième : Deux natures , c'est-à-

st venue de César. dire la divinité et l'humanité , sont un seul

11 résultait clairement de la condamnation ^'^f*^/*

le ces quatre propositions que la puissance , ^^*^* ^^ quatrième : La division immédiate

lu pape commençait à saint Pierre, qu'elle «^^ œuvres humâmes, c est qu'elles sont ou

st nécessaire, qu'elle ne dépend pas de la 'Vertueuses ou vicieuses ; parce que si l'homme

olonté des hommes, et qu'elle ne fut point f ^ vicieux , et qu'il fasse quelque action, il

nlroduite par autorité impériale, comme '« fait dune manière vicieuse ; et s'il est ver-

affirmait Luther, attirant ainsi à sa doctrine ^j^^**^ ^^ ^V^ f^^^^ quelque action , il la fait

lar cet appât de supériorité l'ambition de dune manière vertueuse. empereur, des princes et des partisans de ^f • ^^ ^,'sait donc que dans ce concile

empire. avaient prévalu les adulateurs des pontifes,

q A Hps narnlPs /inssi nrps^anfps à Vaii- ^' ^^'^" "® pouvait regarder comme néces-

9. A des paroles aussi pressantes, a 1 au- g^j^.^ ^^^ ^^j^j j ^ j ^ ^ souveraineté du

onte d un concile gênerai pour lequel on ^„^^ ^ ]a«„«ii« ^^«^o ^ cv^i^t^* annule uu

vait encore en Allemagne une profonde vé- P^^^^ ? laquelle, pendant quatorze cents

vau encore en Allemagne une proionueve ^^ n'avait pas eu fo l'Efflise orientale

ération, Luther opposa plus d une fois que ^, • ' ^„,,„;j c'h^w.r.r«« a^ 7i • "ncmaitr ,

.« ^iriPs dp. ne condlp avaient m, étrP allé- ^"* P^^™^ ^' honorer de Si saints person-

nes

les par quelque imposteur. Mais la mémoire fo *i7„i,:.,o o^»*:..* „, . • . i

eces faits était si fraîche dans ces provinces, *H,p^'^'"L'r/^"* ^" conlrarre que si les

u'il fut aisé de lui couper retraite ^de ce côté! '?"'i*!:T"."l "?"?,' pouvaient se tromper,

à. Il ajouta que toutes les propositions de 'Irn. tiX^^J v. r^'i"'''' *'" ''*'"" "^'

Mn H ns. frannéns d'interdiction nar l« ron- ?."?'«".' réellement ajoute de nouveaux ar-

articles de foi, établis de l'Eglise jusqu'alors,

'Ônd"amàée7dâns"irform7"dilj;n;Ti;rsous' ™?irturîl!^H''".^'/''''"/*''"'rp''l: "'''"'''

i'autres censures qui pouvaieit réellement "f,rrit,?i 1 ' P lj,iT ",•*""' ' ^^'"^ ' ''"^

!, T / ^ ! •*• • ïiul concile ne pouvait être moins susnect

tre appliquées a des propositions vraies: ce ri'ori..io»:^r. ««,,«il i^ « "x^jins dus^kli

[ui fut nareillement réfuté car Eckius oarce ^ adulation envers le pape que celui de Gon-

,u mipareiiiemeni reiute par i^cKius, parce gtance , où turent déposés ceux qui se

uau moins toutes mentent quciqu une de ^«.^,,n:««f w^or.«o «*^^ e \ i *" i

L autres censures que le concile^ dans sa "H^t^'l^^Pn'ir'l ''"/"''? "^ condamnes les

'ondamnation,emploiedanslaformedisjonc- tT^l^ltt!,^^^^

ive, c'est-à-dire ou d'erronées, ou descLda^ nripnti^^P H^/f/nL^" "" *''• V?^^ ^^^^"^

mses, ou de téméraires, et autres de ce genre : ^[J'h/pi .Lll ilZVl h"!'"^' tres-remar-

e qui mettait Luther dans la nécessité d'à- ?"n,^ ptl fp m ..?" ' ''''"'' ^^ '^''3"?

ouer que sa doctrine était digne de quel- l'f ,^' f^i''? ,t f,"^-"^^"^^^ reconnaissaient

'u'une des censures mentionnées, selon la LTmpn niv i "^ T^ '""T" à ^' ^'T""

écision de ce concile ; et qu'en les Soutenant '^?,T'H fc^i Ft^^i^^

ubliquement, il violait les lois solennelles "^l ?n il nn.vi i w ' 'T ^"^^ "T~

e l'Eglise universelle, et se rendait digne ^/'rtVUînu Jn '. . ^7n^' docteurs, les

esDeinesaui vsont décernépsronlrplpsrp- grands saints qui avaient fleuri en Orient,

elles aecernees contre les re- depuis sa séparation de l'Eglise de Rome.

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