‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 272 sur 368 · LIVRE PREMIEft · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEft

Grégoire de Rimini, qui seut, dit-il, pense [ comme saint Augustin et saint Paul. Mais ce n'est pas sans une grande surprise que je lis ces assertions si hardies de Méîanchton et de Luther. Certes, que ce soit la l'enseignement \ commun des scolasliques, comme ils l'assuraient, ou seulement l'opinion particulière de quelques-uns, c'est ce que n'ignore auj cun de ceux qui sont familiarisés avec leurs \ écrits. Je n'aurais pas de peine à mettre ici I la vérité au jour, si le but que je me suis I proposé me permettait de m'arrêter à une (Chose si notoire. D'ailleurs Eckius ne combattait pas tout ce que Luther avançait de contraire à quelques scolastiques, puisque I ceux-ci peuvent licilement être opposés entre eux dans beaucoup de questions; ilcom- ; battait seulement ce qui paraissait opposé au sentiment de l'Eglise et au torrent des scolastiques unis ensemble. Or c'est là aussi seulement ce qui fut condamné depuis par le pape Léon X et par le concile de Trente.

2. Méîanchton et Garlostad se moquent de la réponse d'Eckius : que la bonne action est toute de Dieu, mais non entièrement, lis di-

(sent que par-là ils ont appris ce que c'est ,que de faire des sophismes, de perdre sa jPeine, et d'imaginer à son gré de nouvelles Idistinctions. Quelle malice! ou plutôt quelle ignorance! Et en effet, comme Eckius l'a I écrit dans une courte apologie, quel est cejlui qui a les oreilles si peu accoutumées au 1 langage de l'école pour n'avoir pas entendu des milliers de fois cette distinction si bien ifondée, lorsque nous disons : que toute l'esisence du genre, par exemple, des animaux, est dans l'espèce, mais non totalement, puisqu'elle est aussi dans les autres espèces ; que les bienheureux voient Dieu tout entier , mais non totalement, parce qu'ils ne peuvent embrasser l'immensité de son être; que l'âme est tout entière dans le pied, mais non totalement, parce qu'elle anime aussi les autres ifflembres ?

3. Luther ajoute avec dérision que de tant de dépenses faites dans la dispute de Leipsick, il avait retiré l'avantage d'apprendre que le pape n'était pas évêque universel, mais bien évêque de VEglise universelle. Cepenidant il sufQt de savoir lire pour voir que cette distinction est conforme au sentiment des papes qui refusèrent le titre d'évêques universels^ puisqu'ils donnèrent pour raison ^e ce refus que ce serait donner à croire que les autres n'étaient pas évêques. Ils ne voulaient donc pas de cette qualification qui irTurait pu signifier que de même que le pape |?st évêque de Rome, de même aussi il était pyéque de toute autre Eglise. Mais ils ne nièrent pas qu'il ïùi évêque de VEglise uniï^erselle, c'est-à-dire en tant qu'on ne la conl'idère pas divisée en plusieurs diocèses, nais en tant qu'on la prend comme une jicule société qui exige un chef visible pour [a gouverner. Du reste, à l'appui de cette lislinction, les exemples ne manquent pas •ans le langage ordinaire. La métaphysique ï;est pas appelée science universelle, mais >hn une science particulière des choses sous ,

le rapport d'universalité. Au contraire, la connaissance de Dieu est la science universelle de toutes les choses en particulier. k. Luther conclut, en plaisantant, qu'on pourra dire aussi en même temps du même homme qu'il n'est pas évêque mayençais , mais qu'il est évêque de Mayence. Mais' que dirait-il si, même dans ces sortes de dénominations et de qualifications, la distinction qu'il veut ridiculiser par des exemples , paraissait recevable? En voici la preuve : On élit deux patriarches de Constanlinople, l'un grec , l'autre latin; on pourra donc dire que celui-ci est un des patriarches de la Grèce, mais on ne pourra pas dire qu'il est un patriarche grec. Bien plus, les exemples de celle espèce sont très-fréquents. Charlemagne fut prince des Allemands , et cependant il n'est pas certain s'il a été prince allemand. Le roi d'Espagne est bien compté parmi les souverains d'Italie ; mais on ne peut le compter proprement parmi les souverains italiens. En un mot , le mépris pour Arislote et pour la scolaslique a fait que des hommes pleins d'esprit et de science, comme Luther et Méîanchton, ont confondu dans la controverse ce qui est subtil avec ce qui est sophistique ; et conséquemmcnt ils ont, dans leurs paroles et dans leurs écrits , employé des raisons plus accommodées au peuple qu'aux savants. De là vient que leur secte est restée sans considération, et que parmi leurs partisans on peut à peine compter quelques écrivains d'un mérite supérieur.

5. Luther et Méîanchton parlent diversement d'Eckius. Le premier ne cesse de s'en moquer comme d'un homme dont la loquacité intarissable n'était qu'un arsenal d'inepties. Le second, au contraire , avoue que^ dans la dispute de Leipsick, Eckius avait ééé, pour la majeure partie de son auditoire , un grand sujet d'admiration, à cause des qualité» si variées et si remarquables de son esprit.

6. Néanmoins le triste résultat de cette dispute fit voir, non-seulement la justice, mais encore la sagesse avec laquelle le légat ferma les oreilles aux instances que faisait Luther pour soumettre sa doctrine à une pareille confrontation; car on put voir que les débats de Leipsick n'opérèrent d'autre effet sur lui que de l'affermir dans la révolte. C'est qu'il aurait craint , en se rétractant , de paraître , non pas obéir au souverain pontife , mais s'avouer vaincu par son adversaire. Aussi arriva-t-il qu'il se plaignit et de l'université de Leipsick , et même du duc George en termes outrageants , les accusant d'avoir montré de la partialité pour Eckius lorsqu'ils avaient prescrit le mode et les conditions de la dispute.

Quant à l'effet que ces débats produisirent sur le public , il arriva que , suivant la mobilité des esprits , la lecture des procès-verbaux inspira des doutes à quelques-uns sur les mêmes articles qu'ils croyaient auparavant sans aucun doute; car si dans quelques endroits les arguments ou les réponses d'Eckius ne leur paraissaient pas irréfragables , ils se persuadaient que dans sa bouche étaient

résumées toutes les raisons que l'Eglise pouvait faire valoir. Néanmoins ces inconvénients furent accompagnés de quelques avantages. En effet , ces débats firent yoir avec quelle audace Luther se révoltait contre le siège de Rome et se moquait du sentiment commun des scolastiques. Or quoique dans la dispute ou ne s'appuyât point sur des arguments de raison, qu'il traitait de vaines subtilités, mais sur l'autorité seule des Ecritures et des Pères , en quoi il se vantait de triompher, il s'était vu précisément par là réduit plus d'une fois aux dernières extrémités.

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