CHAPITRE XIX
Commencements de l'hérésie de Zwingle.
1. L'exemp'e de Luther en Allemagne produisit ce que produisent ordinairement les révoltes : c'esl que l'une conduit à l'autre ; car il y a toujours assez d'esprits séditieux qui , sous prétexte de ramener les peuples à la liberté, ambitionnent pour eux-mêmes la primauté, soit de la puissance, soit de la doctrine, et sont animés à la saisir toutes les fois qu'ils voient dans les autres d'heureux succès en ce genre. Ce penchant était dans Ulric Zwingle né, en Suisse, de basse origine, mais doué d'un génie capable de tout apprendre , et en même temps d'une complexion si heureuse, qu'il pou vaitégalement s'appliquer aux exercices les plus laborieux et fiire parade des études les plus profondes. 11 apprit diverses langues et s'enrichit d'une érudition variée : agréable et éloquent quaii- Marlinez de Ripalda, deEnte supernaturali, lés précieuses dans un gouvernement popu- et contre Michel Bains ), s'il ne l'avait délaire, il se fit aimer et estimer dans sa patrie, pravé en y ajoutant des impiétés. Enfin il
églises, et, qui plus est, des églises elles-mêmes, alléguant pour raison de ce mépris que Dieu est partout et qu'il n'a pas de résidence particu ière. Il condamnait le cuite des saints comme si l'on eût ravi à Dieu l'honneur qui leur était rendu. Il affirmait que jusquelà l'Evangile n'avait point été annoncé et que tout le monde vivait dans les ténèbres de l'infidélité; mais il disait que nîcme dans l'infidélité chacun pouvait se sauver. Et pendant que Martin ne demandait (|ue la foi pour le salut, Zwingle ne la croyait pas uiême nécessaire. En CL/Uséquence , il ne croyait pas moins en possession du ciel Ovide et Martial, que ceux que nous vénérons comme saints. 11 s'efforça loulelois de donner, dans la suite de cette doctrine une explication {^Dans le livre intitulé DeclarcUio peccali origincdis), qui est plutôt fausse qu'hérétiijue, disant que ces hommes pouvaient avoir par les mérites de Jésus-Christ une connaissance de Dieu, en tant qui! est auteur de la nature, connaissance qui mériterait dans un sens plus étendu, le nom de foi, et qui pourrait les porter à des actes bons et suffisants pour leur salut. C'est là un sentiment qu'on pourrait ramener à ce qu'ont soutenu plusieurs scolastiques ( Voyez entre les modernes Jean
Ou dit que, dans sa plus tendre enfance, le vœu le plus ardent et le plus ordinaire qui s'échappât de son cœur dans ses entretiens familiers était celui de trouver un moyen d'éterniser son nom. 11 entra dans la milice ecclésiastique, dont la destinée est de recevoir les plus terribles coups de la main de ceux qu'elle a formés. Après avoir exercé le ministère des âmes dans d'autres localités moins considérables, il devintcuréde Zurich, ville princi[)alc qui donne son nom à un des cantons de la république Suisse. Alors les nouveautés enseignées par Luther n'y étaient pas sans retentissement; Zwingle lui fit écho et en devint grand admirateur; mais il admirait la révolte de Luther de manière à prétendre devenir son émule et non son disciple. I Ainsi, plein d'ardeur pour lever l'étendard, |nou pour le suivre, il se vante de n'avoir pas même entendu parler de Luther lorsqu'il rommença à prêcher contre l'Eglise. Ses 'partisans ( voyez Sponde à Vannée 1519 ) , l'apportent ce comn^encement à l'an 1516. plais si Luther n'a pis été son maître en hé- |résie, il Ta été en audace, parce que sa voix n'a fixé l'attention qu'après les premières lintonalions de Luther. Bien plus, même après CoNC. DE Trente. L
n'admettait aucune différence entre un pape et un évêque, entre un évoque et un prêtre, entre un prêtre et un laïque.
"2. Etant ensuite passé à Zurich, comme nous l'avons dil, il choisit celte ville pour siège de son hérésie, comme Arnauld de Brescia l'avait fait un siècle auparavant (1) , et il couimença à la répandre au commencement de 1519. Le pape avait député ( /e 5 de janvier, dans le k" livre des Brefs secrets de Léon ), comme commissaire chargé de publier les indulgences dans les cantons de la Suisse, François Lichetto de Brescia, général des mineurs et théologien célèbre, qui se substitua un nommé- Samson , religieuse du même ordre. Celui-ci étant venu à Zurich et ayant commeiicé à y exercer l'office dont il était chargé, fut reçu par les paysans avec de grandes marques de dévotion; mais Zwingle fit bientôt contre lui ce que Luther avait fait contre Tet^el. Soave manque ici de fidélité en attribuant à l'arrivée de Samson,et ainsi à l'avidité de Rome pour les collectes
(1) Il y a ici une erreur. Arnauld iiiiil sa vie eu il55. C'était par conséquent plus d'un siècle avan< l'iiérésic de Zwingle , eu 1519 {Le traducteur.). j.
IlISTOmE DU CONCILE DE TRENTE.
d'argent, la nouvelle hérésie de Zw'mgle. Celle hérésie avait réellement pris naissance ^vapt l'arrivée de Samson, et elle ne- débuta pas. comme celle de Luther, par le chapitre des indulgences, mais par beaucoup d'autres articles bien plus graves et tout-àfait différents ; elle enfanta la désunion dans le corps delà république suisse comme celle de Luther dans l'empire d'Allemagne. Mais retournons à ce qui concerne rhércsie lulhé' rienne, laquelle a été le premier et le principal objet du concile dont nous écrivons l'histoire.