‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 275 sur 368 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Bulle que Léon X promulgue contre Luther.

1. Ayant perdutout espoir de gagner Luther par la douceur du pontife ou par l'autorité de l'électe'jr, le légat pensa et chercha à persuader à Léon ( voyez une lettre du cardinal Jules de Médicis , au cardinal de Bibicma, dans le I"" tome des Lettres des princes, sous la date du 27 mars 1519 ), qu'il fallait déclarer sa doctrine hérétique , afin qu'elle inspirât de l'horreur au moins à ceux qui jusque-là n'en élaient pas souillés; car ii est plus facile d'empêcher de prendre une nourriture empoisonnée avant qu'on en ait goûté, que de la faire sortir de l'estomac quand on s'en est repu, et cette nécessité ne faisait que s'accroître davantage avec les accroissements que prenaient chaque jour les erreurs de Luther. En effet, de même ^u'unelignequidévie dudroitchemin nelaisse pas apercevoir d'abord sa légère obliquité, mais qu'elle présente un écart plus sensible à mesure qu'elle s'éloigne davantage du point de départ , de même en est-il d'un génie qui commence à s'écarter de la rectitude des principes, soit dans le champ de la philosophie, soit dans celui delà foi. Luther, s'étant donc permis une fois de mépriser l'autorité et les usages de l'Eglise, et d'interpréter à son gré les Ecritures, non-seulement tomba dans les erreurs dont nous avons parlé, mais encore il en vint à nier que les sacrements aient la vertu de répandre la grâce et que le baptême efface la faute originelle. 11 accorda le pouvoir d'absoudre, même aux femmes. Il blâma dans l'Eglise le refus fait aux laïques de l'usage de la coupe. Il écrivit en général contre les ordres de mendiants. Il affirma que les âmes commettent dans le purgatoire de nouveaux péchés. Il alla jusqu'à trouver mauvais que les chrétiens se défendissent contre les Turcs. Quant au pape, aux cardinaux, à la cour romaine, il eu disait et en écrivait tout ce qui peut s'offrir de plus outrageux à l'esprit d'un homme que la nature et plus encore la fureur ont rendu éloquent. Le légat écrivit tout cela à Léon ; mais, comme les lettres ne sont que des paroles peintes et inanimées, Eckius vint en personne à Rome et représenta, avec toute la puissance de sa voix, les ravages que faisait en Allemagne celte Bcste des âmes, par la raison qu'elle n'était pas aulhentiquement signalée.

9. C'est en ses propres mains que fut rcn mise la bulle contre Luther, et il la porta en Allemagne comme un trophée de ses vie toires [il fut délégué le 18 de juillet 1^20) : revêtu de la qualité de commissaire et de nonce apostolique auprès de plusieurs princes allemands , et particulièrement auprès de l'électeur de Saxe , il publia partout cette bulle, cl la fit mettre à exécution de tout son pouvoir. Aussi, serais-je porté à croire que la grande pari qu'eut Eckius dans la condamnation des doctrines luthériennes, ne fut pas une des moindres raisons qui firent que Luther reçut ce coup, non comme porté par la hache d'un légitime justicier , mais par l'épée d'un ennemi acharné. De là il suivit que dans Luther la mortification dégénéra en fureur, et de là il prit avantage pour faire entendre à ses partisans que ce n'était pas la vérité de la foi qui avait combattu contre lui, mais la haine et l'artifice de ses adversaires. Il eût été plus sage de tenir éloigné de toute procédure tendante à lu condamnation quiconque s'était mesuré avec lui dans la dispute; car ce ne sont pjis les choses, mais les apparences, qui entrent dans les têtes, et qui remuent les esprits et les volontés.

3. Le pape, sans perdre de temps, eul soin de tenir à Rome plusieurs assemblées des principaux théologiens et canonistes ( c'est ce que nous apprennent d'anciens mé' moires laissés par le cardinal Morone^j, Enfin la bulie fut rédigée par le cardinal Pierre AccoUi, surnommé d'Ancône, du nom de son évêché (1). Il avait été auditeur de rote, et fut ensuite promu à la plus haute dignité par Jules IL Le cardinal Sadolet dit de lui {libro Vil Epist. ) que les papes et l'Italie entière déféraient en tout à ses avis; qu'admis à délibérer sur toutes les affaires d'Etat, on eût dit qu'il était le président de l'assemblée, et que tout le poids du gouvernement semblait reposer sur ses épaules.

On examina la rédaction d'Accolti dans une réunion qui eut lieu devant le souverain pontife , et , quoiqu'on fût assez unanime dans le fond des choses, quelques cardinaux présentèrent des objections diverses louchant les expressions. Enfin arriva le touF du cardinal Laurent Pucci , alors dataire^ lequel, persuadé que c'était là une des attributions de sa charge, avait rédigé un autre projet de bulle, qu'il voyait avec peine mis décote. Aussi censura-t-il beaucoup de choses dans celui du cardinal d'Ancône, plutôt avec l'aigreur d'un émule qu'avec le zèle d'un conseiller. Mais le cardinal d'An cône ne manqua pas de bien se défendre C'est pourquoi , comme chacun d'eux ne cessait de découvrir dans son esprit et dans sa rivalité nouvelle matière à d'amères ccn sures, et comme le pontife ne pouvait par la majesté de ses regards abréger ou modé-

(1) Sur Accolii.on peut voir, outre Ciaconiiis. MozzuclieUi , dans les Ecrivains (Vllalie, t. I, p. 77, où il rapporie au^si loul ce que dit ici noire cardinal d ! la bulle (ju'il rédigea co;il!0 Lutlicr.

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rer la discussion, il la (criuina par l'aiîtoriîé celui qui est en usage sans autre avantage (le sa parole. Ensuite, après avoir réuni plu- qu'une diction plus dégagée et plus élégante, sieurs fois en conférences particulières des l)ans les républiques les plus sages on main-

hommes éclairés, et fait modifier le projet du cardinal i\ccoUi en quelques endroits, le souverain pontife le fil lire en sa présence dauîs une nouvelle assemblée et il y fut unalïijinement approuvé.

k. Dans cette bulle sont condamnées 41

lient certaines coutumes qui ont pris naissance dans un siècle plus grossier et qui n'exciteraient que la risée si elles commençaient à paraître aujourd'hui. Néanmoins les conserver est l'œuvre d'une grande prudence , pour les raisons que donne Aristote

ont été mûrement exaininées par les cardinaux, par les généraux d'ordres religieux, par les théologiens et les canonistes. On y raconte les égards qu'on a eus pour Luther, comment on l'a exhorté à venir à Rome, en lui offrant un sauf-con<luit et les moyens de faire le voyage. On y dit enfin que, quoiqu'on pût maintenant procéder contre lui comme on procède contre un hérétique manifeste , néanmoins, par surabondance de douceur, on lui prescrit, à lui et à ses adhérents, pour rétracter leurs erreurs et brûler leurs écrits empoisonnés, un nouveau terme, passé lequel ils sont condamnés aux peines les plus rigoureuses établies contre L s hérétiques , et l'exécution en est enjointe à tous les princes et à tous les peuples, avec menaces des censures les plus sévères.

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