CHAPITRE XXV
Soins empressés d'Aléandr.) pour obtenir le décret impérial contre Luther. Obstacles quil rencontre. Discours de trois heures quil fait à ce sujet dans U diète générale.
1. Aléandre commença par aplanir les \oies par trois moyens. Le pren '<er consistait à faire venir de Rome une bulle (elle parut
le trois janvier suivant), dans laquelle on déclarerait Luther hérétique, non plus sous la condition d'une désobéissance opiniâtre, comme on avait fait dans la précédenie, mais d'une manière absolue , puisque le terme qu'on lui avait prescrit était déjà écoulé. Dans cette bulle toutefois on ne devait nommer ni Hutten , ni personne de ce parti; car une bulle ainsi conçue allait arracher des mains des partisans de Luther ce bouclier qui n'était une défense qu'aux yeux des simples, savoir, que jusqu'à ce jour, il n'avait pas été condamné absolu i;enl par l'Eglise. D'un autre côté, en évitant de flétrir le nom de ses partisans, cette bulle ne pourrait les irriter , ni leur donner prétexte de se venger à main armée contre les ministres pontificaux qui seraient chargés de la publier, cair Hutleti avait eu l'audace d'écrire à rélecteur de Mayeiice que, s'il avait brû'é ses livres, iL aurait, en revanche, brûlé ses châteaux.
2. Le second moyen fut d.^ chercher à fairecomprendre généralement que le procès intenté à Luther ne roulait pas seulement sur la juridiction et les usages de la c()ur romaine, contre lesquels le peuple allemand avait conçu les plus sinistres préjugés, au point que celui qui les attaquait lui semblaiiêtre un Moïse, sauveur des Allemands , qui les arracherait à la tyrannie de l'Egypte ; mais il fallait que tous comprissent bi(*n quece procès avait pour objet la doctrine des sacrements et les autres dogmes sacrés de l'E— glise, séparés de tout intérêt du pontife, reconnus pendant tant d'années par leurs pères, et approuvés, en dernier lieu, par le concilede Constance contre Wicleff et Jean Hus , noms détestés dans l'Allemagne. Une chose qui contribua beaucoup à éclaircir ce second point, ce fut la censure que l'université de Paris fit paraître {lei^ d'avril, dans Bzovius, à l'année 1^'li, n. 221) peu avant l'arrivée de Luther contre les opinions de cet homjne, et qui était précisément restreinte à des matières entièrement séparées de l'autorité du pontife. Les docteurs de cette université déclarèrent qu'ils avaient agi ainsi pour le motif que nous venons d'indiquer;: mais la plupart attribuèrent celte précaution à l'opinion qui dominait dans cette Académie relativement au pouvoir du concile au-dessus du pontife. Quelle qu'en fût la raison, l'effet était heureux.
3. Le troisième moyen employé par Alé.indre fut de faire comprendre à Rome la gravité et la difficulté de l'entreprise, et d'en tirer les secours nécessaires; car, comme on avait vu qu'AIéandre, dès les premiers jours qu'il eut conféré avec l'empereur dans les Pays-B is, avait obtenu que les livres luthériens fussent brûlés dans ces provinces, et l'édit contre eux publié dans touG les domaines de Charles, Rome se laissa aller à la sécurité et à la négligence, par rapport à ces troubles, comme s'ils avaient été apaisés : rien de plus commun, en effet, que de voif les hommes surchargés d'occupations et le* princes croire volontiers tout ce qui les délivre de l'importunilé des soucis et les dis-
tîîl LIVRE PilKVilEK.
pense de s'abaisser à prier. Aussi Aléandre ne recevail-il ni les pouvoirs nécessaires dans celte cause pour intimer, selon le besoin, des ordres ou des défenses au nom du pape, ni rarerenl pour subvenir à diverses déoenses
irgenl pour subvenir à diverses dépenses ^ue cette cause entraînait, ni des brefs pour acheter par les prières et les remerciements du pape la protection des seigneurs les plus puissants. D'un autre côté, le pontife n'était pas disposé à de semblables démarches : il craignait, en s'abaissantà ces sortes de civilités, de confesser sa faiblesse et la néc(^ssité d'être appuyé par l'empereur, et il ne voulait pas que Charles s'en prévalût plus tard pour agir avec lui comme de supérieur à inférieur, et lui imposer des lois dans les au-
gucil attend de ceux que nous obligeons est l'aveu du besoin et du bienfait. C'est pourquoi ils procédaient avec une sorte de tiédeur, non dans l'intention de laisser prévaloir Luther, mais dans l'intention de forcer le souverain pontife par les pngrès mêmes du mal à mieux apprécier celui qui pouvait y porter remède. Aléandre mit donc sous les jeux du cardinal de Médicis le nombre des partisans de Martin, l'aversion du peuple allemand pour la cour romaine ; la difficulté incomparablement plus grande pour l'avenir d'obtenir des exécutions de la part de l'empereur dans ses Etats impériaux que pour le passé dans ses Etats patrimoniaux ; la froideur que les grands même bien disposés témoignaient pour les intérêts du pape, et cela, par suite de la froideur du pape à leur égard; le danger de perdre l'Allemagne pour vouloir épargner une monnaie dont les princes trouvent toujours sous leur pluir^e un trésor inépuisable.
4. Celte lettre éveilla à Rome, avec la sollicitude pour le danger imminent, l'attention à le dominer; c'est pourquoi on envoya aussitôt à Aléandre et des pouvoirs et de l'argent, et des brefs très-pressants adressés à tous ceux qui pouvaient avoir une grande part dans cette délibération. Par les trois moyens dont nous avons parlé, Aléandre obtint des dispositions plus favorables dans la diète, sans le consentement de laquelle le conseil de l'empereur crut qu'on ne devait pas prendre une détermination si grave. Et, en etîet, elle ne pouvait être ensuite mise à exécution qu'autant que ceux qu'il aurait consultés lui prêteraient plus tard l'appui de leurs bras.
5. Cependant les luthériens mettaient tout en œuvre pour se défendre, comme c'est l'ordinaire dans toute société nombreuse et répandue en différents lieux, toutes les fois que
^Vintérêt commun est réellement propre à chalue membre, ou le devient par l'affection. Vest ainsi que dans les armées si chaque soldat considérait que la cause est autant la sienne que celle du prince, ils seraient invincibles. Ils avaient donc beaucoup d'espions salariés, même à Rome, et ils savaient tout ce qui s'y faisait ou s'y préparait. Ils s'ingé-
C42 niaient à détruire la vénération profonde qu'on avait pour le pontificat en en faisant un objet de dérision, tant dans leurs vers et leur prose que dans leurs peintures. Suivant le bruit public, on voyait dans la maison de Frédéric (fait indigne de ce prince) une de ces peintures où étaient représentés Hutten et Luther, l'un devant, l'autre derrière, qui portaient un coffre sur lequel étaient deux calices, avec ces mots : Arca vera Dei, Devant ce coffre marchait Erasme avec une guitare comme un autre David, derrière sui>aitJean Hus. Dans un coin était représenté le pape avec les cardinaux, environné de hallebardiers. Ils répandirent dans l'Allemagne une gravure qui représentait Aléandre pendu par les pieds : au bas de la gravure étaient des vers allemands pleins d'outrages, et ils écrivaient contre lui les plus grandes infamies qu'on puisse exprimer ou concevoir. Ils envoyaient à l'empereur et aux électeurs des lettres, dont les unes portaient le nom de Hutten et les autres étaient sans signature. Ils y menaçaient de leur vengeance, de la guerre, de la mort. Ils en affichèrent une pendant qu'on se disposait à condamner Luther, qui était déjà arrivé à la diète, comme nous le dirons. Effrayé par celte lettre, l'électeur de Mayence, chef de l'assemblée, sentait se refroidir tout son zèle. On y disait que quatre cents nobles avaient formé le complot de venger celte injure. Toutefois Charles se montra empereur, non-seulement de nom, mais encore de caractère. II blâma la frayeur de l'é ecteur de Mayence et dit à Aléandre, avec autant d'esprit que de sang-froid, que ces quatre cents devaient être comme les
trois cents de Mutins, c'est-à-dire réduits à un seul.
6. Mais le principal obstacle que rencon-^ Irèrent les partisans du pape fut rélecleur Frédéric, qui assistait à la diète avec une grande autorité, et qui, dans la discussion de cette affaire, s'emporta une fois jusqu'à se faire entendre des chambres extérieures qui avoisinaient la salle de l'assemblée. Au fort de la dispute il s'échauffa tellement contre le marquis de Brandebourg, que des paroles ils furent sur le point d'en venir aux coups; incident qui n'avait jamais eu d'exemple, comme étant trop opposé au souverain respect que les princes ont coutume d'avoir les uns pour les autres, surtout dans ces réunions solennelles. Il était donc comme l'eau qui éteignait tout le feu de la diète, en alléguant différentes raisons pour défendre Luther, raisons qui, faibles par elles-mêmes, acquéraient de la force dans la bouche d'un si puissant avocat.
7. LV^mpereur désirant donc que l'assemblée fût détrompée par un personnage qui dût par état et qui sût par ses talents parler avec chaleur et efficacité, y fit introduire quelquefois Aléandre ; et particulièrement un jour, qui fut le premier du carême, après que de Chièvreset l'empereur lui-rmême lui eurent signifié de parler avec liberté, sans craindre personne; le prince saxon, pour éviter de s'y trouver ce jour-:!à, feignil une
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indisposition; mais il y envoya ses lieutc- emportera votre conviction. Non-soulement nants qui notaient sommairement par écrit je ne crains pas cet examen attentif, mais je ce que disait Méandre. Celui-ci, voulant d'à- le sollicite ardemment, parce que les raisons bord rendre manifestes, aux membres de l'as- que je dois vous soumettre, comme c*tst le semb'.ée. les nombreuses îïérésies que répan- propre delà vérité, vous paraîtront plus dait Luth; r, apporta quelqui's-uns des livres certaines lorsque vous les verrez d'un œil que celui-ci avait fait imprimer et il en mar- plus ùxc et plus pénétrant. V^)us avez à déqua les endroits convenables ; il les fit voir libérer en ce moment pour savoir s'il faut ensuite successivement, selon que son dis- proclamer le ban impérial contre la secte cours lui en donnait l'occasion, à ceux de ses luthérienne, c'est-à-dire lancer l'arme la auditeurs qui étaient les plus proches, et ils plus redoutable qui soit en la puissance lui servirent ainsi de lémoijçnages présents et de l'empereur. Pour prononcer dans celte irrécusables. Etant donc entré muni de tou- affaire, il faut considérer trois choses : la tes ces pièces de conviction, il parla pendant première, s'il faut étouffer celte secte; la trois heures et se fit écouter de tout l'audi- deuxième, si l'on peut obtenir ce résultat toire avec une attention profonde. Or comme par des moyens plus doux et avec moins de il produisit dans son discours les arguments retentissement; la troisième, si ce décret les plus forts qui peuvent déterminer, par des doit entraîner de plus grands dangers que la considérations de conscience et d'État, les condescendance et la lenteur, rois et les royaumes chrétiens à poursuivre 9, « Je commencerai par la première q-uesl'hérésie et à maintenir l'obéissance due au lion, laquelle, étant bien approfondie, éclairpontife de Rome, je crois à propos, pour l'in- cit toute la cause. Et à cet égard il est né^ struction du lecteur, de donner ici la sub- cessaire de dissiper entièrement une illusion stance de cette hirangue [Elle est dans un qui jusqu'à ce jour prédominait dans l'esprit livre des archives du Vatican, intitulé : Acta d'un grand nombre de personnes: c'est que Wornialiœ,àla feuille (jij ef 99). Autant que je tout ce différend entre Luther et Rome gît dans puis le conclure de ses lettres et de deux in- quelques points qui servent les intérêts du struclions, l'une qu'il porta à Rome, l'autre pape et qui sont niés par Luther. Gela est si qu'il remit à des gens de l'empereur pour faux, que parmi les quarante et un articles engager le prince saxon à procéder contre condamnés par le pontife dans sa bulle, ceux Luther, cette harangue revenait pour le sens qui concernent l'autorité du pape sont une au discours que nous allons donner ci-des- faible portion de ce nombre. Et ne croyez sous. Je ne crains pas d'être repris par ni'^s pas que les autres impiétés lui soient attrilecteurs comme observateur peu religieux buées par la calomnie. J'ai apporté ici avec de la vérité si, voulant'leur présenter ce dis- moi les livres qu'il a écrits en latin et en cours mémorable, non avec les traits d'une allemand et qu'il a fait imprimer et répandre statue inanimée, mais avec l'animation d'une partout. Il suffit d'avoir des y ux pour les figure vivante, je le mets directement dans y voir clairement établies et plusieurs fois la bouche d'Aléandre lui-même. Je m'abstien- répétées. Mais n'est-ce point en matière lédrai pourtant de suivre celte mélhoile dans le gère? Il nie la nécessité et l'utilité de toutes cours de l'histoire, malgré les exemples et les nos œuvres pour obtenir le ciel; il nitHa autorités qui la jusliient ( Foî/fi;s entre autres liberté dans l'accomplissement de la loi na- Mascardi, dans ie livre \\l de d'Art historique^ turelie et de la loi divine; bien plus, il chap. k. ) ; cai* j'ambitionne l'éloge d'écrivain affirme que dans toute action nous péchons fidèle et non celui d'écrivain éloquent. nécessairement. Quelle doctrine plus diabo- 8. rtïrès-auguste empereur, très-puissants lique pour émousser tous les remords de la princes et très-illustres députés, jamais dans conscience , pour briser le frein do la honte , aucune réunion publique l'auditoire n'eut pour enlever à la vertu l'heureux soutien de moins à craindre de se voir trompé par un l'espérance ? Quel poisoai plus dangereux orateur, que vous qui m'écoutez dans la a-t-on imaginé, même dans la fcibie, pour diète présente. Les orateurs ont coutume de transformer les hommes en bêtes, et en bêles tromper en feignant pour le bien de ceux d'une condition d'autant plus malheureuse auxquels ils parlent un zèle tout à fait sans que les autres, que seuls ils peuvent pécher passion, tout à fait désintéressé ; aussi per- et mettre au service de l'iniquité toutes les suadent-i!s quelquefois plutôt par l'idée qu'ils ressources de la raison ? Pourquoi les sages donnent de leur bienveillance, que parle de l'antiquitc ont-i!s tant abhorré la secte poids de leurs raisons. Mais pour moi, j'a- d'Epicure, sinon parce que, bien qu'il admît voue que je suis très-intéressé et très-pas- dans le ciel la Divinité, il niait qu'elle sionné dans la cause dont je vous entretiens ; nous punît pour nos fautes ou qu'elle nous cause dans laquelle il est question de main- récompeiisal pour nos bonnes actions ? Pour- (enir le diadème révéré sur le front de mon quoi un sage a-t-il dit qu'une ville pouvait prince, et pour laquelle, même en suivant plutôt subsister sans feu et sans eau que mes propres affections, je me laisserais sans religion, sinon parce que l'homme, idobrûler tout vivant, si le monstre de l'hérésie làtre de lui-même, ne pourra jamais ê:re naissante devait être brûlé en même temps amené à observer les lois et à soumeUre ses qi'.e moi. C'est pourquoi je vous avertis de appétits rebelles, s'il n'est attiré par la rén'ajouter aucune foi à mes paroles qu'autant compense et effrayé par le châtiment qu'il que la force de mes preuves, examinée par attend d'une justice toute-puissante? Pour vous avecî'atlenlion la plus scrupuleuse, obtenir que notre cupiditése prive d'un p'ai-
Ci.")
LIVRI^: PREMŒI
sir sensible, enivrant et actuel, c'est peu de chose que la considération des récompenses et des cfiâtimenls décernés par les magislrals de la terre. Ceux-ci sont quelquefois Iroiupcs , quelquefois corrompus, tantôt évités, tantôt repoussés : les châtiments infligés par ]es hommes ne sont jamais, après tout, un mal plus grand que celui que la nature prépare inévitablement à tout homme, j'entends la mort. Ensuite la récompense qu'on reçoil des hommes, non-seulement est peu de chose, mais elle est rare. D'un côté, la félicité éternelle, de l'autre l'éternelle misère dispensée par un juge très-puissant , très-sage , lorsqu'elles s'offrent à nous en perspective , sont le soulien de la vertu des hommes, et par conséquent du repos public.
10. « Estce-làune doctrine qui serve les intérêts du pape? Sert-elle aussi les intérêts du pape, la vertu de communiquer la grâce dont Luther prive les sacrements, ruinant ainsi dans l'esprit des fidèles toute la confiance qu'ils mctt(>nt dans ces remèdes célestes préparés par Jésus-Christ sur la croix pour notre
une réputation perdue, dos biens dissipés dos cœurs pleins de haine. ^*
12, « Je passe sous silence celte folio presque bestiale, qui fait dire à Luther qu'ii n'est pas permis de résister aux attaques des Turcs, parce qu'ils sont, dit-il, les ministres de la vengeance divine contre nous : ce qui prouverait également qu'il n'est pas permis de se soigner dans les maladies, pour ne pas résister à Dieu, qui nous enlève la santé en punition de nos péehés. L'insensé ne voit-il pas que cette nécessité même do résister et de combattre, parmi tant de fatigues et d"alarmes, est un grand supplice, un supplice tel, que nous devons espérer que la bonté divine s'en contente à l'égard de ses fidèles serviteurs ? Ne voit-il pas que dans tous les cas, nous n'avons pas à craindre de nous exposer peut-être à contrarier les volontés secrètes de Dieu, qui voudrait nous punir plus grièvement, puisqu'il est certain que toute notre résistance ne serait qu'une armure de toile d'araignée opposée aux coups de son glaive? Mais plus cette démence do
salut, et composés du baume de son propre Luther est grande, moins elle est pernicieuse, lirons-nous du pouvoir d'absou- paj'ce qu'il est impossible qu'elle gagne les
sang? Que dirons-nous du poi
dre qu'il accorde, chose inouïe dans l'Eglise,
non-seulement aux laïques, mais encore ^ -i- • — *- v., . tv«u u un
aux femmes ? Ne dépouiile-t-il pas ainsi l'or- ^^^ prophète, et quelle est la charité de cet
dre sacerdotal do son principal titre à la vé- homme, votre libérateur, qui aimerait mieux
nération , et combien n'altère-t-il pas le \^^^ l'Allemagne dévorée par les chiens de
pouvoir qu'a le sacrement de la pénitence de Constantinopte que gardée par les pasteurs
préserver des péchés, tant par la honte qu'in- ^^ Rome.
spire l'obligation de les déclarer ensuite à 13. « Puisque j'ai parlé du respect qui est
une personne vénérable, que par les avis et ^^ ^ Rome, et que tous les applaudissements
la direction qu'on y reçoit pour son amen- donnés à Luther par les simples me parais-
dement? * sent être la récompense qu'on lui décerne
il. «Allons plus loin: quelle impiété, Ppu.^^vojr proclamé cet afîranchissement si
non-seuloment plus sacrilège, mais encore ^^j^'^^^^J^V^''^""'^ ''^"''^'"^^ P^^^^'^' j« vous
esprits ; elle montre seulement quelle est la lumière divine qui brille dans le cerveau d'un
plus subversive pour la république chrétienne, que d'annuler la force des vœux de religion, et de briser ces liens sacrés, qui retiennent irrévocablement les réguliers de l'un et de l'autre sexe dans les cloîtres ? Une pareille doctrine suffit pour faire connaître Luther: chacun sait que le premier soin des séducteurs, des chefs de bandits, des auteurs de révolte, est d'accorder toute licence, assurés qu'ils sont avec une solde pareille d'enrôler un grand nombre de partisans, au prix de la ruine do tout un peuple. Quelle confusion, quel scandale, quelle discorde dans toutes les villes, dans tous les pays, quand on verra ceux qui, par leurs prédications et par leurs exemples, étaient au milieu dos peuples le ferment de la foi> fascinés maintenant par les charmes dune doctrine qui flatte les sens, jeter ces habits si vénérés, abandonner les églises oii los saints offices attiraient auparavant une si grande affluonco, oser impudemment contracter d'infâmes et incestueux mariages ? Les poignards dos frères et des pères se tourneront contre les corps déshonorés do leurs sœurs et de leurs filles : les apostats, affranchis de leurs liens, réclameront de tous leurs parents leurs patrimoines, comme si la renoneiation avait été nulle; et bientôt, on verra dans toute famille
prie, la valeur du service qu il a rendu par cette entreprise salutaire. A ce propos je me réjouis d'avoir à parler dans une réunion d'hommes qui n'ont point l'esprit asservi aux opinions vulgaires, à ces opinions dont la fausseté ne saurait être démontrée à l'intelligence du peuple, même à l'aide des raisonnements les plus lumineux; mais je m'adresse à une assemblée dont la pénétration, qui est si vive et si clairvoyante, sait atteindre jusqu'aux vérités les plus cachées, dont la connaissance esl nécessaires quiconque tient en ses mains le sort dos nations et des empires. D'abord je déclare que je neveux pas contester ici au sujet de toutes les formalités et de toutes les coutumes usitées auprès des tribunaux et des dignitaires de la cour romaine. Comme les chambres mêmes des rois ont une poussière dont il faut les nettoyer de temps en temps, de même dans toutes les cours des princes il s'introduit des abus qui ont besoin d'être corrigés de temps en temps par quelque réforme. L'empereur et cette illustre assetnblée ne sont pas tellement inhabiles à conr.aître les besoins de l'Allemagne, ni tellement dénués d'autori'é auprès du pontife, qu'ils ne puissent faire d'énergiques représentations à Sa Sainteté, et qu'elle ne s'empresse de satisfaire à leuns justes demandes , sans toutes ces clameurs
lîIhTjIP.F. nli CONCILE DE TilENTE.
tragiques d'un roligii'iix quo iréclairo point IVxpérience et qui est aveuglé par la rage. Mais ce que Luther s'eiïoree de renverser, :'est cette autorilc du pontificat romain sur toute l'Eglise en général, pour interpréter los divines Ecrilures et pour diriger les .'jffiiires ecclésiastiques. Son premier et le plus vulgaire argument pour décrier celte autorilé si sainte, c'est de dire qu'on «Tgit à Home autrement qu'on n'y enseigne, et (lu'ainsi ou n'est pas instruit par la vérité, mais par le mensonge. Je ne dirai pas que celui qui voudra voir sûrement de ses propres yeux, et non entendre sur les rapports malins d'autrui, ce qui se fait à Rome, examiner toutes choses d'un regard impartial, et tout soumettre à une censure éclairée parle bon sens et non idéale, y trouvera tant de temps et tant d'or continuellement employés au service de Dieu, tant de profusions d'aumônes, une si complète privation de tout ce que les sens convoitent, et qu'on se permet s^ns aucune retenue partout ailleurs , une vie si
religieux déchaussé a un pontife orné du diadème. Or à quel attrait du plaisir, à quel intérêt peut-on attribuer une telle doctrine? Gomment les papes, qui sont quelquefois vicieux et fort opposés entre eux sur d'autres points, auraient-ils été si constants et si unanimes à soutenir cette doctîinej si elle ne leur avait été dictée par la vérité même et inspirée d'en haut? Qu'il y ait à Rome, jusque dans Tordre des prélats, des défauts même fort graves, c'est une chose qui n'y est pas niée avec orgueil, mais qu'on y avoue avec humilité. Rome est cette même ville qui, il n*y a seulement que quelques siècles, a décerné dis autels et des honneurs religieux cà ce Bernard, après qu'il l'eut si rudement flagellée dans ses écrits.
ik. « Luther s'écrie que Rome est le séjour de l'hypocrisie. D'abord c'est la calomnie ordinaire du vice licencieux contre la vrrtu édifiante et honorée d'un respect dont ilest jaloux. Mais accordons qu'il y ait hypocrisie dans quelques habitants de Rome; quel est
l'u^.^..... r,^^ : : III '• •
exemplaire dans un grand nombre de mem- l'homine sage qui ignore que l'hypocrisie ne
bres du sénat apostolique et des autres ordres qui y sont le plus en honneur, qu'il re connaîtra là quelque chose de fort extraordinaire et vraiment surhumain. Je ne dirai pas que Jésus-Christ nous aaverlis que nous devrions agir d'après les enseignements, et non d'après les exemples de celui qui occupiî la première chaire; mais je prétends que dans l'argument de Luther, supposé les prémisses, la conséquence juste devrait ê!re plutôt la contraire ; et j'affirme hardiment qu'on découvre une marque bien palpable de fausseté dans une religion dont les ministres ordinaires, quelque nombreux qu'ils soient, et dans quelque période de temps que l'épreuve se prolonge, se montrent constamment fidèles observateurs de ce qu'ils enseignent. Telle était la religion des anciens Romains qui, dévorés d'ambition , ne présentaient d'autre voie pour devenir des dieux,
se trouve que dans la patrie de la vertu sincère? Personne ne se donnerait la peine de falsifia Tor dans un pays où l'or ne serait pas d'un grand prix. De même personne ne voudrait, au prix d'une feinte extrêmement pénible, se fciire passer pour vertueux dans une république où il verrait que la vertu n'est ni récompensée ni honorée.
15. « Assez sur la doctrine : parlons de la juridiction. Luther reproche au pape d'avoir usurpé la suprématie sur toute l'Eglise. Comment ceia ? Flst-ce peut-être avec les phalanges d'Alexandre ou avec les légions de César ? Les hommes, qui sont de leur naturel avides de commandement et ennemis de la sujétion, disp rsés dans toutes les parties du monde, et avec des inclinations et des intérêts politiques si différents, se seraient-ils laissé unanimement entraîner à vénérer comme le vicaire de Dieu l'évéque de Rome, qui était
que celle delà puissance et de la gloire obte- sans armes et qui n'avait sur la terre qu'un 1^ j. 1 i.i„Ki^„ . gj ,^iij,j.e domaine? Les autres évêques se
seraient-ils courbés devant lui ? Tant de couronnes ennemies les unes des autres se seraient-elles humiliées à ses pieds, si la tradition anlique ne leur avait appris à tous que tel est l'ordre, tel est le testament de Jésus» Christ? Mais pénétrons plus avant, et supposons que Jésus-Christ est disposé à changer son Eglise à notre gré, et qu'il permet à celle
nues par le carnage de leurs semblables : telle est la religion de Mahomet, qui accorde toute satisfaction aux sens, et qui leur promet les plaisirs les plus ignobles et les plus sales pendant toute l'éternité : telle est, pour ne pas trop nous écarter, la religion de Luther lui-même qui, voulant flatter ses lâches et honteuses passions, nie pour le salut éternel la nécessité des œuvres méritoires et les funestes suites des actions mauvaises. Mais il n'en est pas ainsi de la religion enseignée par les pontifes romains : ils en- .seignèrent toujours une religion qui les condamne tous comme imparfaits , plusieurs comme coupables, et quelques-uns, je le dirai ingénument^, comme des scélérats ; une religion qui les oblige à une sujétion ennemie de toutes les convoitises ; une religion qui, réprouvant beaucoup de leurs actions que toute autre religion permettrait, les expose aux traits acérés des langues pendant leur vie, et à la censure publique de l'histoire après leur mort; elle préfère pour la gloire éternelle, même en ce monde, un
permet
sage assemblée de dépouiller le pape de la prééminence qu'il possède ; voyons si cela est un bien; et, dans le cas où nous verrions le contraire, nous pourrons nous assurer que Jésus-Christ a formé son Eglise de la manière qui est le plus en harmonie avec le bonheur même temporel des fidèles. Je sollicite de vous une attention particulière pour une question aussi impartante. En écartant la suprématie du pape, comment l'Eglise ser«it-elle gouvernée? Chaque évêque sera-.tril souverain dans son propre diocèse? Nous croirons avoir détruit une tyrannie, et nous en aurons créé une infinité. On peut après tout espérer qu'on élira presque toujours un
pape qui, par sa prudence, par sa vertu, par son expérience, et, supposé que tout cela lui manque, par le secours de ses ministres et par un sentiment d'honneur humain, gouvernera bien ou d'une manière supportable le troupeau de Jésus-Christ ; mais qui peut espérer la même chose dans une multitude immense de petits cvéques choisis non parmi tout un sénat de cardinaux et par un sénat de cardinaux, mais au milieu de ceux qui se trouvent heureux détre confinés avec de minces revenus dans un coin de terre, et par Jes simples prêtres d'un petit coin de terre? Partager entre tant de prélats indépendants la hiérarchie ecclésiastique serait la même chose qu'établir souverain d'un domaine temporel chaque petit baron dans son château.
iiy. « Vous me direz : Les évêques seront soumis au concile ; mais, je vous le demande, ce concile sera-t-il toujours assemblé, c'està-dire les évêques seront-ils toujours éloignés de leurs Eglises? Et si l'on me répond négativement, à qui faudra-t-il recourir pour remédier au mal dans le temps qu'il n'y aura point de concile? Et qui, s'il vous plaît, décidera qu'il faut l'assembler? quand, comment faudra-t-il l'assembler? quel en sera le président? Ne comprenez- vous pas, par tes courtes interrogations, jusqu'à quel point la confusion, l'incertitude, les contestations défigureraient et déchireraient l'Eglise? Je sais que quelques-uns me répondront hardiment que la présidence des conciles doit entrer dans les attributions du pouvoir impérial; mais je suis convaincu que la prudence de celui qui m'écoute ne donne point accès à des pensées qu'il ne lui est pas plus possible de réaliser que de recouvrer l'empire de l'univers, possédé autrefois par ses prédécesseurs. Certes il suffit de n'être point aveugle pour voir aisément si la puissance de Tempe-