LIVRE PREMIER
1res ? Contre qui enfin combatlons-iious ? contre la foule, qui ne se montre pas moins méprisable dans le combat par sa pusillaniiniic, qu'elle ne se montrait formidable au- : paravant par sa téméraire audace. Ils sont \ nombreux, c'est vrai; mais ils ne sont pas innombrables; et s'ils paraissent tels, ce n'est qu'en raison de leurs clameurs : or celui qui dépense toute la force de ses poumons pour faire grand bruit de la voix, n'en conserve aucune pour agir avec le bras. Combien, grâce à Dieu, le parti catholique n'est-il pas plus fort en nombre, et non-seulement plus fort en nombre; mais encore plus fort de tous les avantages qui, dans les luttes des partis, remportent sur le nombre? Demandezvous l'appui de la science? les plus célèbres académiciens ont condamné Luther. Demandez-vous la prééminence du rang? tous les évcques de l'Allemagne, les prélats, les pasteurs des Eglises les plus remarquables détestent Luther. Demandez-vous l'ascendant du pouvoir? l'empereur, dans ses Etats patrimoniaux, a fait brûler lesOEuvresde Luther, et la majeure partie des autres princes et grands barons allemands ont en abomination les nouveautés de Luther. Craignez-vous qu'il ne soit appuyé par les princes étrangers ? le roi de France refuse à sa doctrine l'entrée de son royaume ; et nous avons des indices certains qu'il laisse procéder son université de Paris à une censure solennelle, que vous verrez bientôt paraître. On sait que le roi d'Angleterre se dispose à le percer de sa propre main en écrivant un livre contre les erreurs de ce misérable. Nous n'ignorons pas quel est le sentiment des Hongrois, quel est celui des Italiens, quel est celui des Espagnols. Aucun de vos voisins, fût- il votre ennemi , ne vous souhaiterait un mal semblable, parce qu'on peut bien souhaiter à un voisin qu'on haïrait d'avoir la fièvre dans sa maison , mais non la peste. Les luthériens sont un ramassis de grammairiens arrogants , de clercs dissolus, de réguliers ennuyés de leur état, d'avocats ignorants, de nobles déchus , de peuple séduit. Une démonstration aussi énergique de la part de cette illustre assemblée éclairera les simples, avertira les imprudents, gagnera les indécis, encouragera les timides ; et si quelque grand jusqu'ici a protégé cette secte, il ne voudra pas, en défendant Luther, blesser la majesté de l'empereur et de cet auguste sénat ; autrement , il ne serait plus qu'un membre qui désobéit a son chef et qui se sépare de son corps.
29. (( Et dans le cas même où la malice des hommes et le malheur des temps seraient cause que, malgré un coup si violent, cet arbre maudit ne périrait pas encore, il végéllera dans un tel état de langueur, que nous pourrons espérer non -seulement d'empéicher qu'il ne pousse des rejetons, mais encore |ie parvenir à l'abattre dans un siècle plus ïe^reux. Au contraire, sans ce coup de lachfc, je le vois, semblable à l'arbre de Nabuchudonosor, embrasser de ses rameaux iWe immense vigne de Jésus-Christ et la
transformer en un repaire de toutes sortes d'animaux impurs. D'où il arrivera que l'hérésie licencieuse de Luther fera de l'Allemagne ce que la superstition sensuelle de Mahomet a fait de l'Asie. »