‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 286 sur 368 · CHAPITRE XXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYII

Seconde comparution de Luther dans la diète et ce qui s'y passa.

1. Après cette entrevue, l'empereur ordonna à son confesseur et au grand vicaire de Trêves de se trouver le lendemain matin avec Aléandre, pour convenir de ce qu'il fallait dire à Luther. Aléandre n'était pas sans inquiétude, parce qu'il savait que beaucoup d'ennemis du nom romain engageaient Luther à soutenir seulement ce qu'il avait dit au préjudice du pontife et de la cour, et de révoquer les autres erreurs. En ce cas on ne pouvait guère espérer que parmi tant de séculiers et de gens dominés par des préjugés fâcheux, prévalût dans la diète la pensée de le condamner. Mais les hommes artificieux, comme Luther , sont plus attentifs à ne pas se faire de mal à eux-mêmes qu'à faire du mal à leurs ennemis. Aussi rejeta-t-il ce conseil , comme étant de nature à ôter toute croyance à sa doctrine ; c'eût été déclarer au monde, par sou propre aveu, que jusque-là il avait été un hérésiarque, et que la crainte seule du châtiment l'avait fait renoncer a infester les âmes.

2. Luther, étant donc revenu le lendemain à la diète, dit que ses livres étaient de trois espèces ; que quelques-uns traitaient d'affaires de religion : que parmi ceux-là plusieurs n'étaient point condamnés même par ses ad« versaires; qu'il ne pouvait d'ailleurs rétrac- \ ter la doctrine qui y était enseignée sans blesser sa conscience ; que dans d'autres il combattait les décrets des papes et les senti- i nients des papistes ; et que la révocation de ces livres ne serait qu'un encouragement donné à cette tuerie du christianisme. Alors il commença à se livrer avec emportement à des invectives et à des outrages ; mais làdessus on lui ferma aussitôt la bouche par autoritéde l'empereur. Il passa donc à la troisième classe, dans laquelle il dit qu'il y avait divers traits et diverses injures contre ses adversaires, esclaves et adulateurs de Rome; qu'il avouait franchement qu'en cola le désir d'être piquant et incisif lui avait fait dépasser les bornes , mais que la faute en devait être imputée à ceux qui l'avaient provoqué ; qu'il n'avait pas de rétractation à faire là-dessus, parce qu'il faisait profession non de sainteté, mais de science; qu'il savait bien qu'il était homme, et par conséquent sujet à l'erreur; qu'ainsi il était prêt à soutenir une dispute sur ses opinions contre qui que ce fût , et que dans le cas où il serait battu par des témoignages de l'Ecriture, il promettait de jeter au feu ses ouvrages de ses propres mains ; que cependant il reconnaissait dans les contradictions mêmes les traits de la doctrine évangélique, Jésus-Christ nous ayant déclaré qu'il était ve«u envoyer non la paix , mais le glaive; que c'était un acte digne de si grands princes que de défendre un suppliant et un innocent contre les attaques de ses ennemis ; qu'il s'agissait dans cette affaire du salut de la commune patrie ; qu'ils devaient diriger la jeunesse de l'empereur, et qu'ils ne devaient pas rendre malheureux les commencements du nouvel empire par celte imprudente condamnation, qui jetterait l'Allemagne dans des troubles inextricables; qu'il n'était ni permis, ni expédient de régler les choses divines sur les intérêts humains.

3. Comme il voulait s'étendre pour le prouver par dos exemples tirés de l'Ecriture, il fut interrompu par le grand vicaire de Trêves, qui lui dit que si ses opinions étaient nouvelles , l'empereur n'aurait pas manqué de prier le pape de choisir des hommes savants et intègres pour les examiner ; mais que ces erreurs avaient déjà été condamnées par l'Eglise dans les hérétiques vaudoîs, picards , adamites , dans Wicleff, dans Jean Hus et dans les pauvres de Lyon. Ensuite il lui demanda s'il voulait se conformer au concile de Constance, si révéré en Allemagne, et réuni en ces derniers temps de toutes les nations de la chrétienté. H répondit que non , parce que les conciles avaient quelquefois erré et différaient entre eux. Alors le -grand vicaire reprit la parole pour lui démontrer qu'en matière de foi les conciles œcuméniques ne pouvaient errer ni différer entre eux. Mais l'empereur j indigné de cette dernière

cause comme il convenait à de bons chré-

proposition de Martin, mit fin à la discussion, et lui enioiffnit de sortir de l'assemblée. Luther

enjoignit de sortir de rassemblée. Luther tiens, retourna à son hôtel, accompagné d'un grand 5. Toute la diète se rangea du côté de Temnombrede gentilshommes, deFrédericetd'une pereur, et on parlait déjà de le faire partir foule immense de curieux ; carie peuple est le lendemain. Mais la même nuit les lulhétoujours avide de repaître ses regards d'objets riens affichèrent sur les places publiques, qui obtiennent de la célébrité sous quelque comme nous l'avons déjà dit, une protestarapport que ce soit. tion de quatre cents nobles pleine de menak. Le lendemain matin Charles fit appeler ces d'abord contre l'électeur de Mayence les électeurs et les princes en grand nombre, comme chef de la diète, ensuite en termes et leur demanda ce qu'ils pensaient de cette généraux contre tous les autres princes, afi'aire. Ils demandèrent du temps pour ré- Cette protestation, corroborée par la proxipondre. Alors l'empereur reprit qu'il voulait mité d'un noble baron redouté dans [a d'abord exposer son opinion. Il fit donc lire guerre et très-chaud luthérien, fil que l'éun écrit de sa propre main et de l'étendue lecteur de Mayence, plus pieux qu'intrépide, d'environ une feuille; il le fit aussitôt passer pria l'empereur au nom de tous de permetau souverain pontife, par l'entremise de son tre qu'on interrogeât de nouveau Luther et ambassadeur à Rome. Le pontife le fit lire au qu'on l'exhortât à se rétracter. Et quoique consistoire et remercia l'empereur par un l'empereur s'y refusât avec fermeté, néanbref très-affectueux, y ajoutant quelques li- moins le prince saxon n'eut pas de repos gnes de sa propre main, ce qui est de la part qu'on ne lui en eût réitéré la demande au des papes une démonstration extraordinaire nom de tous, en lui représentant que si après dans ces sortes de lettres. Gel écrit portait que cela Martin restait obstiné, ils seraient tous c'était une chose connue de l'assemblée qu'il mieux fondés à le poursuivre. A cela l'emdescendait des empereurs très-chrétiens, des pereur répondit qu'il ne voulait pas changer rois catholiques d'Espagne, des archiducs de détermination, ni charger personne de d'Autriche et des ducs de Bourgogne, qui parler de nouveau officiellement à Luther : tous se sont signalés par leur amour et leur mais qu'en faveur de la diète il accordait un zèle pour la foi de Rome et pour les anciens nouveau délai de trois jours pendant lesrites catholiques : que de même qu'il respec- quels on pourrait l'exhorter en particulier ; tait la mémoire de ses aïeux, de même il et que dans le cas où il rentrerait en li>ivoulait imiler leurs exemples, en conservant même, il promettait de s'employer auprès la religion antique et nommément les doctri- du pontife pour lui obtenir son pardon, nés qu'ils avaient approuvées dans le concile 6. L'archevêque de Trêves entreprit de le général de Constance : que maintenant un persuader. C'était Richard Grieffeclau, ami moine égaré s'opposait à celte religion, en intime de Frédéric, mais bon catholique : condamnant , non-seulement tous les chré- aussi désirait-il vivement trouver un moyen

ne rien épargner, royaumes, trésors, amis , cre quelqu'un on a des raisons qui paraisson corps, son sang, sa vie, jusqu'à son der- sent pérempîoires, c'est l'usage qu'on atnier soupir, afin d'empêcher qu'à sa honte et tribue l'opiniâtreté qui a précédé non pas à celle de tous, ce mal ne fît de nouveaux tant à l'inflexibilité de celui qui est opiniâtre, progrès ; que la nation allemande s'étant jus- qu'à l'inhabileté des premiers médiateurs, et qu'à ce jour signalée parmi les autres par qu'on espère obtenir soi-même ce que les son inviolable fidélité aux lois de la justice autres n'ont pu obtenir. Beaucoup d'élecet aux règles de la foi , permettre alors que leurs et de princes, tant ecclésiastiques que non-seulement l'hérésie, mais le moindre séculiers, se réunirent chez l'archevêque de soupçon d'hérésie y parût, ce serait une chose Trêves. Tous exhortaient Luther à se ranqui ne pourrait arriver sans un grand dés- ger au sentiment commun, lui mettant sous honneur pour les contemporains et pour leurs les yeux les dangers si manifestes dans lesdescendanls. Puis donc qu'ils avaient tous quels l'entraînerait son opiniâtreté; mais entendu la veille la réponse opiniâtre du tout fut inutile. Néanmoins l'électeur de moine Marlin, il voulait alors ouvrir son Trêves espéra mieux réussir dans un entrecœur à la diète : qu'il avait peut-être à se re- tien particulier que dans une réunion pupentir d'avoir tant difl'éré à procéder contre blique : c'est pourquoi il prit à part dans cette hérésie ; qu'ainsi il ne voulait plus en- ses appartements Luther, accompagné de tendreLulher, mais qu'il voulait le congédier deux docteurs, sans lesquels il ne voulait avec injonction sévère d'observer ponctuel- jamais traiter de cette affaire. L'électeur adilement sur sa route les conditions apposées mit également Eckius, son vicaire-général, au sauf-conduit, savoir, de ne point prêcher, dont nous avons déjà parlé, et Jean Cochlée, ï de ne point exciter les peuples ou à des nou- doyen de Francfort, homme d'une grande I veautés ou à des troubles, par des allocutions piété et d'un grand savoir, qui spontanément soit publiques soit privées, et de ne leursug- et par zèle s'était rendu à Worms dans cette gérer en aucune manière ses erreurs; qu'en- circonstance pour soutenir la cause cathosuite il était bien décidé à poursuivre cet lique, et qui pour cela se vit toujours depuis honinae comme un hérétique notoire , les malignement déchiré par les luthériens. La priant de se comporter également ^ans celte gcliius présenta de nouveau une foule d^

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