LIVRE PREMIER
raisons à Martin, pour l'engager à recevoir la doctrine des conciles œcUluéniques; mais il persista toujours à dire qu'ils erraient quelquefois, et qu'en particulier celui de Constance avait erré en condamnant la proposition de Jean Hus qui restreint l'Eglise aux seuls prédestinés. Si Luther défendait cette proposition avec tant d'énergie, c'est que ne pouvant nier l'assistance que Dieu garantit à son Eglise, il ne voulait pas admettre une Eglise visible et manifeste, par les jugements de laquelle il aurait pu être condamné ; mais bien une Eglise telle que, pour la discerner, il fallût connaître les décrets impénétrables de la prédestination divine. 11 voulait par là se soustraire à tout juge humain, et tout ramener à l'inspiration intérieure de Dieu, c'est-à-dire /à ses propres assertions et à son propre sentiment.
7. Il fut fait un rapport du résultat de cet entretien d'abord aux princes assemblés, puis à l'empereur, et celui-ci déclara qu'il lui paraissait temps d'agir; mais l'électeur de Trêves, ne pouvant perdre tout espoir, demanda encore et obtint, sur les instances de la diète, une prorogation de deux jours. Ainsi le 25 d'avril, il appela Luther, et, par désir de la paix , il s'avança jusqu'à faire successivement quatre propositions dont aucune ne pouvait ni être agréée du souverain pontife ni lui faire honneur. La première fut que Luther s'en rapporterait à la fois au pape et à l'empereur ; la deuxième, qu'il s'en rapporterait à l'empereur seul ; l'électeur supposait que celui-ci se conformerait en tout au jugement du pape; la troisième, quil s'en rapporterait au jugement de l'empereur et des Eîats de l'Empire; la quatrième, qu'il révoquerait présentement certaines propositions plus choquantes, et que pour le reste il s'en rapporterait au futur concile. Mais les avis qui se tiennent dans un juste-milieu blessent souvent les deux parties, parce que les propriétés du juste-milieu sont elles-mêmes destructives des extrêmes. D'un côté ces expédients ne maintenaient pas la suprématie du pontife dans les matières de foi ; aussi Aléandre s'en plaignit-il vivement; mais l'archevêque s'excusa en disant qu'il n'avait eu l'inteniion de les proposer qu'autant qu'ils seraient conflrmés ensuite par l'autorité apostolique. D'un autre côté ils déléguaient la décision à des juges, tels que Luther prévoyait bien que celte décision lui serait défavorable: aussi les rejela-t-il. Il alléguait que le pape était son ennemi, que l'empereur lui était suspect , et que l'Ecriture lui apprenait que maudit est Vhomme qui se confie clans Vhomme, et qu'il n'est pas I bon de se confier dans les princes ou dans I les enfants des hommes, dans lesquels on ne trouve point le salut ; que les Etats ne lui étaient pas moins suspects, et qu'ils avaient déjà tous pris part contre lui à diverses
des conciles précédents, ni les interprétations des Pères, nf la force des raisonnements : ce qui était la même chose que de mettre devant des yeux faibles, telle qu'est l'intelligence humaine relativement aux mystères divins, un papier écrit en caractères extrêmement menus, et en même temps de ne lui laisser l'usage d'aucune espèce de lunettes. L'archevêque toutefois inclinait encore à en passer par là, pourvu seulement que Luther, comme il l'avait témoigné à d'autres, consentît à garder provisoirement le silence, espérant que de cette manière l'hérésie périrait de mort lente ; mais Luther ne voulut pas même accepter la condition, au cas où les articles qui devraient être soumis au futur concile, seraient de ceux qui avaient été condamnés dans celui de Constance : car il avait résolu de ne rien révoquer en doute de tout ce que Hus et AViclelî avaient enseigné contre toute la hiérarchie ecclésiastique.
8. A la un l'archevêque lui fit signifier , puisqu'il rejetait les propositions que lui faisaient les autres , de proposer lui-même quelque expédient qui assurât le repos public. Mais Luther se voyant l'objet de tant de recherches, et tout l'empire en quelque sorte incliné devant lui, concevait de plus en plus une haute idée de ses forces; etainsi toutes ces instances ne servaient qu'à accroître son opiniâtreté avec son audace.Il répondit donc qu'il ne trouvait pas de meilleur parti que celui qui est incliqué par les paroles de Gamaliel dans l'Ecriture : Si cette entreprise, si cette œuvre vient des hommes, elle tombera d'ellemême; mais si elle vient de Dieu, vous ne sauriez la ruiner. Or c'est là une règle d'après laquelle on prouverait que même le mahométisme et l'idolâtrie ont été l'œuvre de Dieu, puisqu'on n'a pu les détruire pendant tant de siècles. On prouverait aussi par là que le calvinisme est l'œuvre de Dieu, le calvinisme qui est en réalité une. espèce d'hérésie de l'hérésie luthérienne, et qui lui a enlevé beaucoup de provinces , l'emportant sur elle et par le nombre et par la puissance de ses sectateurs. Il est vrai dédire que dans l'opinion de Luther, on doit admettre volontiers toutes ces conséquences , puisqu'il regarde même les plus grands crimes comme les œuvres de Dieu.