CHAPITRE XXVIII
Départ de Luther . // se fait enlever sur la roule. Ban impérial promulgué contre lui. ;
i. L'archevêque de Trêves étant un peu désillusionné de l'espoir qu'il avait eu d'être le pacificateur de l'Allemagne , commença dés lors à examiner la chose de sang-froid , et comprit le danger auquel il s'était exposé en faisant de pareilles oifres. C'est pourquoi il fut bien aise d'avoir été refusé, et désirant sortir tout à fait de ce mauvais pas , il rendit
manifestations; qu'il se soumettrait au futur compte à l'empereur de tous les résultats, concile, pourvu qu' on y discutât les maliè- Les ministres du pape, de leur côté, ne maures d après les passages seuls de l'Ecrilure, quèrent pas de presser la conclusion de Tafs^ns y mêler ni les |radi(ioos, ni r^iilorilé faire, A^ors l'empereur Ut congédier i:-Ulher
par ses officiers, avec injonction de partirimraédiatement ♦ de sortir de ses domaines dans l'espace de vingt jours, et de s'abstenir sur sa route de prêcher et d'exciter aucun mouvement. Luther fit remercier Sa Majesté de ces dispositions, et ajouta qu'il obéirait en toute chose; mais que, selon l'Apôtre, la parole de Dieu n'est pas enchaînée , marquant par ces mots la résolution de prêcher malgré la défense. ' -
Il partit le lendemain, c'est-à-dire le 26 d avril , accompagné du même héraut impériaK 11 fut accueilli hors la porte de Worms par vingt chevaliers de ses amis. De là il arriva au bout de trois jours à Fribourg , congédia le héraut, en lui remettant pour l'empereur des lettres par lesquelles il faisait l'apologie de sa fermeté, et lui rendit en même temps le sauf-conduit, en lui disant qu'il n'en avait plus besoin. On pensa alors qu'il le renvoyait par ostentation, comme s'il était à lui-même sa propre défense. Mais il agit réellement ainsi, afin que dans le coup de main qu'il avait tramé et que nous allons rapporter, il n'y eût aucune nécessité de violer la garantie de l'empereur , et afin qu'il fût plus vraisemblable qu'ayant été privé de celte sûreté, il avait été assailli par ses ennemis.
2. Arrivé dans la Thuringe, qui fait partie des Etats du prince de Saxe, après avoir prêché publiquement à Eisenach , et y avoir fait imprimer ces mêmes lettres qu'il avait adressées à Charles, pour lui servir de manifeste auprès de tout le monde , il poursuivit le trois de mai sa route vers Wittenberg. Il congédia plusieurs chevaliers qui voulaient pour sa sûreté l'accompagner à travers une forêt par laquelle il fallait passer. 11 envoya en avant d'autres de ses compagnons , sous prétexte de faire préparer les logements. Resté ainsi le plus seul qu'il put, il pénétra dans la forêt. Là, deux gentilshommes, qui étaient dans l'intime confidence de Frédéric, se jetèrent sur lui, sans crainte d'être reconnus sous leur déguisement. Ils arrêtèrent la voiture, et, feignant d'être des ennemis , ils renversèrent par terre et battirent le conducteur, se saisirent de Luther avec une violence simulée , le mirent sur un cheval , le cachèrent sous un habit de soldat, et le conduisirent secrètement pendant la nuit à Wastberg , forteresse du prince de, Saxe située sur une montagne, et isolée de toute communication. Ils l'y retinrent pendant neuf mois, le traitant splendidement. Il était tellement renfermé, que personne ne le voyait, excepté un jeune gentilhomme qui lui portait chaque jour sa nourriture. Bien . plus, tout cela resta si secret, que Frédéric lui-même, comme il est rapporté dans Bzovius , ne savait pas dans lequel de ses châteaux forts Martin était caché : car il avait dès le principe donné là-dessus un ordre général aux ministres de ses volontés, évitant de connaître le lieu particulier {lettre XXXÏ^
3. La nouvelle de l'enlèvement parvint bientôt à Worms. La plupart, comme Aléandre le témoigna à Rome et surtout l'empereur, soupçonnèrent la réalité , c'esi-à-dire qu'il n'avait pas été pris par ses adversaires, mais soustrait par ses amis, de peur que,dans la première effervescence du ban impérial qu'on prévoyait imminent, la sûreté de sa personne ne fût compromise. Il y eut néanmoins de ses amis et d'autres personnes plus simples qui accusèrent de cette action les partisans du pape, disant avec fureur qu'ils l'avaient emprisonné en violant la foi publique. Et comme on trouve toujours quelque conteur téméraire qui, pour se donner comme témoin de faits remarquables, ne craint pas d'appuyer un mensonge du témoignage de ses propres yeux, il y en eut qui attestèrent qu'ils avaient vu le cadavre de Luther transpercé d'un coup d'épée, et qu'ils l'avaient trouvé enseveli dans une mine d'argent. H n'en fallut pas davantage pour irriter la mobilité féroce de ses partisans, à tel point qu'on ne crut pas en sûreté la vie des deux nonces du pape. Et à ce sujet je trouve fort éloigné de la vérité ce que raconte Soave, savoir : ^ qu'antérieurement à ceci quelqu'un avait' proposédans la diète de faire mourir Luther nonobstant le sauf-conduit, et d'assurer ainsi, par une violation de promesse , la tranquillité du monde chrétien. A n'en pas douter les indices d'une proposition pareille n'auraient pas échappé aux investigations si exactes qu'Aléandre n'a cessé de poursuivre pendant toute la durée de ces négociations, et il ne les aurait pas passés sous silence dans les informations si amples qu'il envoya continuellement là-dessus à son prince. Néanmoins il n'en est pas fait mention dans ses lettres.
4. Cependant l'empereur fit expédier promptement dans la diète les affaires d'Etat. Et entre autres choses, il obtint une ambassade vers le roi de France, au nom de l'Empire, dans le but de détourner ce prince d'agir contre l'empereur. En outre , et au cas où François I" ne voudrait pas rester en repos, Charles obtint encore des membres de l'Empire la détermination de lui fournir à leurs dépens une armée de vingt mille fantassins et de quatre mille cavaliers ; ce qu'il n'aurait pas obtenu si facilement s'il avait d'abord fait quelque démonstration énergique, n'importe en quoi que ce soit; carie zèle et l'affection pour le nouveau prince durent jusqu'à ce qu'il commence à agir, c'est-à-dire le plus souvent à mécontenter. Sur ces entrefaites , l'empereur chargea Aléandre de rédiger le décret : et celui-ci présenta sa rédaction ; mais ensuite elle fut revue et retouchée dans les divers conseils de l'empc-' reur, et surtout dans celui d'Autriche, donv beaucoup de membres étaient luthériens oe cœur, bien que le changement qui y fut introduit fût moindre qu'on ne le craignait. Néanmoins les délais de l'exécution, dont le mystère était caché même au grand chan- .celier, tourmentaient cruellement les m»nlstres du pape : car par la dissolution de U