LIVRE PREMIER
diète ils ai«aient rester les mains vides, au lieu de remporter celle palme qu'ils avaient cru auparavant déjà presser de leurs mains. Mais si les princes veulent agir avec prudence, il faut souvent qu'ils consentent à paraître imprudents et qu'ils cachent leurs pensées qui, semblables aux racines, ne produisent des fruits que lorsqu'ePes sont enfouies sous terre.
5. Les affaires politiques étant donc terminées, l'empereur remercia et licencia la diète, il ordonna cependant que pour régler quelques affaires de moindre importance, chacun eût à rester encore quatre jours à Worms. Ensuite il retourna du palais où se tenait l'assemblée à sa propre habitation, accompagné de quatre électeurs : car celui de Saxe éiail parti deux jours avant, et le palatin l'avait devancé à Heidelberg pour le recevoir; mais l'un et l'autre avaient laissé leurs lieutenants. Il y avait aussi beaucoup de princes et beaucoup de nobles italiens et espagnols. Là, par ordre de l'empereur, l'attendaient Caraccioli et Aléandre. 11 voulut que celui-ci lui présentât alors, et non auparavant, le dernier bref du pontife, qui s'exprimait en termes très-affectueux, tant pour remercier Sa Majesté de ce qui avait déjà été fait, que pour la prier d'achever l'œuvre. Aléandre lui en avait donné déjà antérieurement la traduction en français ; mais l'empereur le trouva si bien conçu, qu'il le lut trois fois. Ce qui fait voir combien il importe au succès des affaires que les lettres mêmes, qui paraissent être de simple cérémonie soient parfaitement rédigées ; et que, soit à l'égard des plus grands personnages, soit dans les plus grandes choses, toute minutie exige du soin et de la délicatesse. Ayant donc reçu solennellement le bref, il le fit lire à haute voix par le grand chancelier. II fut entendu avec des applaudissements unanimes. Ensuite, comme il avait également été ordonné par l'empereur, les mêmes ministres du pape présentèrent aussi des brefs convenables à chacun des électeurs qui étaient là. A l'égard des autres, on attendit pour le faire en particulier, afin d'éviter en les distribuant et la confusion et les rivalités en matière d'étiquette.
6. Ensuite l'empereur étant resté avec les électeurs et les princes, dit qu'il voulait, selon la résolution qu'on avait prise dans la diète, procéder au ban impérial contre Luther, et il en fit lire le contenu par un de ses officiers. Alors le marquis de Brandebourg répondit au nom de tous, que chacun y donnait son adhésion, et que tel avait été le sentiment général et unanime de l'assemblée.
Aléandre eut soin de faire prendre acte public de tout cela. Le lendemain malin, c'està-dire le 26 de mai (quoique la signature, comme il arrive quelquefois, n'ait eu lieu que huit jours après), jour auquel cette année tombait le dimanche nommément consacré à la très-sainte Trinité, comme l'empereur était dans l'église accompagné d'une foule très-nombreuse de nobles et environné o'qq peuple infini, Aléandre s'avança vers
lui, et lui présenia deux copies du décret, l'une en latin, l'autre en allemand. II supplia Sa Majesté de les souscrire : ce qu'il fit aussitôt avec la joie peinte sur le visage, en présence du cardinal de Mayence, qui les avait déjà signées comme chef de la diète, et du cardinal de Sion. Immédiatement après, ces deux copies furent livrées à l'impression et répandues de toute part.
7. Voici en substance le sens du décret. (On le trouve dans Bzovius.) On expose au commencement le pieux attachement de Charles et de l'Allemagne à la religion catholique et au siège de Rome. On raconte ensuite la manière dont le moine Martin Luther avait commencé trois ans auparavant à répandre au milieu de cette nation de nouvelles hérésies. On rapporte avec quelle sollicitude, avec quelle bonté le souverain pontife avait cherché à le convertir, et qu'elle était son opiniâtreté; enfin on rappelle la bulle promulguée contre lui par le même pontife, qui est le juge légitime et ordinaire dans toutes les controverses de foi. Pour ce qui regarde la bulle, on ne dit pas dans cette pièce, témoignage si solennel donné par l'assemblée de toutl'Em.pire, que la bulle n'eût été délibérée qu'avec un petit nombre de courtisans, comme le prétend Soave que nous avons réfuté ailleurs ; mais on dit que le pape, outre les cardinaux, les chefs d'ordres religieux et ÏÇS théologiens de Rome, avait convoqué de différents pays d'autres théologiens célèbres par leurs vertus et leur érudition, et qu'il avait entendu les suffrages des prélats les plus remarquables. Ensuite on affirme que Luther, dans sa rage, méditait la destruction de l'Eglise. Pour preuve de cela, on repasse en peu de mots les blasphèmes qu'il avait écrits. On dit qu'il a réuni dans ses livres, comme dans un autre marais de Lerne, les monstrueuses opinions de beaucoup d'héré-siarques des temps passés avec les hérésies nouvelles dont il est l'inventeur ; qu'en outre, il avait renouvelé les erreurs des païens euxmêmes et les fables des poètes, en refusant à l'homme la liberté, par la raison que les décrets divins sont immuables ; qu'il ose appeler Synagogue de Satan le saint concile de Constance, traitant l'empereur Sigismond et tous les princes de l'Empire qui y assistèrent, d\intechris(s, d'apôtres du diable, d'homicides et de pharisiens; qu'ainsi cet homme est un démon sous une forme humaine et sous un habit de moine. On représente encore l'excessive clémence dont l'empereur avait usé envers lui: il l'avait appelé à la diète avec toute sûreté pour sa personne; il lui avait accordé différents délais pour iVngager à rentrer en lui-même. C'est dans cette vue aussi qu'il avait employé auprès de lui la médiation de plusieurs princes et de plusieurs savants; il avait offert de lui pardonner, pour sa part, les fautes passées, et de lui obtenir de la clémence pontificale un semblable pardon : mais il n'avait fait que s'obstiner davantage dans la révolte, outrageant l'autorite du pape, de l'Eglise et des conciles généraux, 11 est bon d'observer ici que dans le
récit détaillé de l'affaire et des conditions lent, il défend par une loi perpétuelle à tout offertes à Luther il n'est pas fait mention de imprimeur ou à tout autre d'imprimer des
^^ ^v.^.v.w ^^ que 1 em- tion de lordihaire ou a une persoi
pereiir a résolu de porter remède à cette gan- par lui, et en même temps de l'académie la
erène désespérée ; et qu'en conséquence pour plus proche.
la gloire de Dieu, pour la défense de la reli- Tel fut le jugement solennel publié par gion, pour l'honneur du pontife romain et du toute la noblesse et par toute l'élite de la nasiége apostolique, en vertu de son autorité tion allemande sur Luther, sur sa doctrine, impériale et du consentement unanime des sur ses écrits, sur l'autorité du pontife et du électeurs, des princes et des Etats, il bannit siège de Rome, ainsi que sur la force des dé- Luther de tous les domaines de son empire cisions qui en émanent, sur les procédés de et de ses Etats héréditaires, commandant à Léon X dans cette cause, sur la bulle par chacun de ses sujets, sous les peines les plus laquelle il la termina, sur la maturité et la graves, de l'arrêter s'ils le peuvent, lui, ses justice qui avaient présidé à la rédaction de amis, ses parents et ses fauteurs; de piller cette bulle. Or l'aspect sous lequel nous sont leurs biens, de brûler leurs livres, tant ceux ici présentés les sentiments de l'Allemagne à qui roulent sur la religion que ceux qui sont cette époque, est aussi différent de celui que remplis d'invectives et d'injures, ou contre le leur prête Soave dans son Histoire, que le souverain pontife, ou contre d'autres per- véritable portrait des pontifes est différent du sonnes du parti catholique. Et pour empê- portrait que les hérétiques en ont quelquecher dans la suite que ces poisons ne circu- fois tracé.
SOMMAIRE DU LIVRE SECOND. tratious coutro Luthcr inspireraient et plus
, , de respect aux fidèles, et plus d'effroi aux
Ligue de Léon X avec Charles V et ses resul- novateurs , du moment que la sentence était
tats. — Retour de Charles en Espagne et appuyée du consentement de l'empire [ceci se
tiédeur des Allemands pour exécuter le dé- trouve dans les Mémoires de Félix Contelori),
cret de Worms,— Mort du pape, et élection ^^ brûler à Rome la double image de l'héré-
d' Adrien VI. —Ses projets et ses soins pour gj^rque ; c'est-à-dire sa statue qui représen-
la réforme de la cour, et difficultés impré- i^jt g^ personne, ses livres qui représentaient
vues qu'il rencontre. — On discute sur la g^^^ ^.^^g ]| f^^ (/j^^,; j^^^^ ^^^^ ^^ quatrième
matière des indulgences. — Diete de Nurem- ^^^^ ^^ j^ y^^ ^^ i^^^. ^^ Quichardin dans
herg, à laquelle se rend comme nonce hran- ^^ treizième livre) si complètement satisfait
çois Cheregalo. — Ses instructions. — Re^ ^^ ^^^^^^ ^\M\h à Worms et de l'affection
ponse et résultats de la diète. — Retour de que Charles avait témoignée pour le siège de
Luther à Wittenberg. — Mort d Adrien: ^^^^ ^ malgré les conseils de quelques poli-
Clément Vil lui succède. — Légation du tiques, qu'il se disposa, principalement pour
cardinal Campège à une autre Dicte de cette considération, à le favoriser dans les af-
Worms. —Résolutions de la diele et re- f^j^^g ^'Italie. Et d'abord, sur l'avis des car-
forme des ecclésiastiques faite parle légat.— finaux {dans les actes consistoriaux du 28 de
Variété d'hérésies qui se multiplient. Di/fe- j^^^^ ^^^^ ^^ ^^^^ le journal qui se trouve par-
rends entre le pontifeet V empereur.— Appel ^^^-i^^ jnanusc. des Ludovisii), on lui accorda
de Vempereur au futur concile. — Diele de dispense pour occuper en même temps l'Em-
Spire, et dissensions qui y éclatèrent.— pire et le royaume de Naples , nonobstant le
Guerres, emprisonnement et délivrance pacte qu'il avait fait avec serment au moment
du pape. — Divorce tenté par le roi d An- ^e son investiture. Il consentit, de son côté ,
gleterre.— Nouvelle légation du cardinal ^ augmenter la redevance annuelle de sept
Campège touchant cette même affaire. — j^^^ç, ducats, h fournir du blé en temps de
Evocation de la cause au souverain disette, et trois cents lanciers pour châtier les
pontife. — Union entre lui et l empereur, rebelles, si l'occasion s'en présentait. Il fut
—Nouvelle diète de Spire. — Décret de cette dit expressément que cette concession avait
diète. — Protestation de six princes et de ^^^ longtemps différée à cause des réclama-
quatorze villes contre ce décret. — Dépit de ij^ns du roi de France, qui s'attribuait des
Vempereur, — Ligue de Smalkalde, et on- droits sur ce royaume; mais qu'on prenait
gine des protestants. alors cette détermination sous la double vue