CHAPITRE !î. suprême dans l'Eglise. En effet, cela peut
Mon ae Léon. Election ,A,run, S " m^" f^f bTen'''rr^"^at"1n"^d'^
1 . Peu de semaines après arriva li mnw h,. !?i°" ■ '^"''^ ' •''"! ^i' ''" 'donner la mesure de
pape : elle obligea le cardinal dV Médic s à ZTL ITVT "^'i' '"".'«5 '" ^«''«"s. Cet
revenir en toute hâte de sa légation mil taire éf.t^ '^^^'''""f, '''?"'= ^ f'^''"" ^"'r quelles
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A rpr^flue se réduit en grande partie le débat l'honorable prétexte de 1 envoyer comme
nnis'affiteentreSoavectmoi.Or,robserva- ambassadeur en lispagne vers Fcji'dinand
lion orésenie devra servir aussi à motiver la le Catholique, aïeul maternel de Charles,
méthode aue ie suivrai généralement dans et auquel celui-ci devait succéder dans la
I(> cours de cet ouvrage. Adrien (Pau/ /oi^?, possession de ses couronnes. Voici 1 occa-
dans la Vie d'Adrien) naquit dans la ville sion de cette ambassade: il avail existe
dUtrPcht qui a donné son nom à une des entre Ferdinand et Philippe, son gendre, de
provinces' flamandes. 11 fut de si basse ex- très-grandes défiances qui, après la mort de
raclion que, privé de surnom, il prit celui Philippe, s'étaient étendues jusqu a la per^
i\o Florent du nom propre de son père, sonne de son fils. Mais les manières douces
Ouant à son patrimoine, il fut en rapport et simples d'Adrien gagnèrent au petit-fils le
avec sa naissance : aussi étant allé tout jeune cœur du vieux roi : ce qui n arriva pas sans
encore à Louvain pour se livrer aux études, qu'il le gagnât aussi pour lui-même, au
il fut oblii'éde se placer dans un de ces col- point que le roi lui destinai eveche de lorlose.
léiros qui entretiennent pour l'amour de Dieu 4. Or le Ciel continuant a élever cet homme
un certain nombre d'écoliers pauvres. Il fit par des moyens inspires, il arriva que
en oeu de temps de merveilleux progrès, LéonX, après avoir découvert la conjura-
miis Dlulôt dans les sciences sévères que tionqu'ungrandnombredecardinauxavaient
dans les sciences d'agrément ; et dans l'âge tramée contre lui , voulut fortifier sa puis-
de ricnorance et des passions, il fut autant sance par une nombreuse promotion d hom-
resneclé nour la pureté de ses mœurs, que mes remarquables. En conséquence, d après
dislin'-ué par l'étendue de ses connaissances, l'éloge flatteur que l'empereur lui avait fait
Aussi'' dIus tard le «rouvernemonl des Pays- d'Adrien et sur le témoignage que le Fl;»mand
Bas avant passé des mains de l'empereur Guillaume Enckenwert, personnage haute-
Maximilien en celles de Marguerite, sa fille, ment considéré auprès de la cour de Rome ,
et une paroisse de Hollande étant venue à lui rendit de vive voix touchant les eminentes
vnauer la princesse , ayant pris des rensei- qualités réunies dans ce prélat, il le décora
encments sur les sujets les plus dignes, la de la pourpre. Api es cela Charles étant passe
donna de son propre mouvement à Adrien, dans ses Etats dEspagne, dont il avait he-
comme à celui que l'opinion publique mettait rite parla mort de Ferdinand, se vit presque
au-dessus de tous les autres. Cette élection immédiatement désigne pour porter la cou-
lier de la célèbre Académie de Louvain ; et le rival, lui présentantnéanmoms chaquefois
dès lors il s'occupa d"y fonder un nouveau contre ses intentions l'échelle qui devait le
collé'-e où d'autres étudiants pauvres pour- conduire au rang suprême. Il fit donc onten-
raient recevoir le bienfait que lui-même avait dre au roi que personne ne convenait mieux
reçu Cette entreprise parut tellement excé- que ce cardinal à l'administration de cesElats,
dei- 'ses forces, que quelques-uns, loin d'y soit à cause du respect que les peuples avaient^
voir de la eénérosité , n'y virent que de la conçu pour son mérite , soit a raison de sa-
présomption; mais, trouvant dans l'écono- fidélité inébranlable envers Sa Majesté. Adrien
mie d'amples revenus, il sut conduire ce et par amour pour la retraite, à laquelle i
coUé'-e à son achèvement avec les seules était naturellement porté, et par crainte de
resso'urces de sa fortune privée, et excita troublcsqu'ilvoyaitfermenterdanslesespril>
sinon la jalousie, du moins l'admiration des fit quelques résistances ; mais il fut obligi^ i^ |
grands. Dans la suite il arriva que Charles se rendre aux vives instances de Charles i
d'Autriche fils de Philippe, premier roi de Arrivèrent ensuite les soulèvements des Es
Castillc étant élevé en Flandre où il était pagnols, dont nous avons dit ci-dessus que.
né resta par la mort de son père, sous la que chose ; mais, grâce à Thabilele des che!
garde de l'empereur, son aïeul ; et, lorsqu'au militaires et au bonheur du prince, ils ne tir
sortir de la première enfance, il fut question dèrent pas à être comprimes.
de lui donner un maître capable de le former 5. Dans le même temps les Français, espc
en même temps aux sciences et à la piété : rant que l'absence du roi et les troubles civii'
l'empereur choisit Adrien, comme réunis- favoriseraient les entreprises des étrange*
sant au plus haut degré ces deux genres dé contre ce royaume , essayèrent de rccouvr»
;j^;.,.m. ^ la Navarre. Mais les peuples , deja rentre
3 Mais de Chièvrcs,qui était le gouver- dans le devoir et impatients d'effacer leur
neur de Charles , el qui voulait avoir sur fautes récentes , combattirent avec tant d ar-
lui une pleine autorité sans la partager avec deur pour la défense de leur prince, qu ilî
personne chercha par tous les moyens pos- défirent et chassèrent les assaillants. Duran
sibles à le détourner du sérieux des études tout le cours de ces événements , le cardina
pour l'amuser parles exercices chevale- Adrien eut la plus large part dans la glom
rcsques ; la chose ne lui fut pas difficile; il du succès, sans que cet'.e gloire lut achetée
par l'odieux qu'attire l'emploi des moyens rigoureux. Par la modération de sa conduite et par ses éminentes vertus, non-seulement il sut échapper à la malveillance commune dont ses compatriotes étaient l'objet en Espagne ; mais encore il sut se concilier le respect dû à un chef, sans en avoir les sollicitudes. 11 n'eut pas besoin, comme les guerriers, de prodiguer ses sueurs et son sang, et il ne laissa pas de cueillir les couronnes martiales. Or ce fut l'union de ces couronnes avec celles qu'il avait déjà cueillies dans la carrière des sciences, qui lui valut l'honneur d'y surajouter la couronne pontificale. Car l'imposante réputation de science et de courage dont il jouissait alors, fut un titre bien suffisant pour autoriser lecardinal de Médicis à le proposer avec assurance pour la dignité pontificale. Et en effet les circonstances exigeaient ces deux sortes de qualités pour réjprimer les deux sortes de révoltes suscitées à la fois contre le siège apostolique : l'une de ces révoltes s'appuyait sur la science , c'était celle des luthériens; l'autre sur la force des armes, c'était celle de différentes familles puissantes qui, se prévalant de l'interrègne, étaient rentrées dans les domaines dont Léon X les avait chassées. En outre, les possessions nouvelles de Plaisance et de Parme , qu'on avait défendues avec beaucoup de peine pendant la vacance du siège , étaient terriblement menacées par les armes des Français.
6. Ainsi la promotion du cardinal Adrien ne souffrit pas la moindre difficulté, parce que le cardinal de Médicis et ses partisans lui ayant donné leurs votes au scrutin , l'autre parti vota aussitôt dans le même sens, entraîné par l'autorité du cardinal Cajétan. Celui-ci avait entendu louer hautement en Allemagne les vertus d'Adrien , pour lequel I les Flamands redoublaient d'éloges à cause de la haine qu'ils avaient généralement contre de Chièvres:el, comme c'est l'ordinaire, il passait dans cette province pour un hoaime I très-habile dans l'art de gouverner, par la raison même que son rival l'avait éloigné du gouvernement de ce pays. De plus le cardinal Cajétan avait lu les livres Ihéologiques qu'il avait fait imprimer , et comme chacun fait grand cas de sa propre profession , il lui parut très-avantageux, surtout alors, de voir monter un si célèbre théologien sur cette chaire qu'on révère comme infaillible. Joignez à cela qu'il savait que les docteurs de Louvain, avant de condamner la doctrine de Luther,avaient(5/eîWan, /à'. lI)youlu demander et recevoir les conseils de l'ancien et illustre lélève de leur académie, tout éloigné qu'il était; ainsi on ne pouvait douter qu'il ne dût employer toute la puissance de sa dignité nouvelle à faire disparaître cette peste, objet d'exécration pour le cardinal Cajétan. Mû par ces raisons, il parla si puissamment en faiveur d'Adrien [9 janvier 1522, comme il est dit dans les actes consistoriaux) ^ qu'il lui acquit les suffrages de tous les membres , excepté un seul, qui prétendit que dans une délibération de si haute importance il ne vou-
CoNC. DE Trente, l.
lait pas croire au témoignage si souvent trompeur des oreilles.
7. Je sais que Guiehardin nous donne làdessus une relation toute différente, en disant que les premières voix données dans le scrutin a Adrien lui furent (dans le livre XIV) données non parce que personne voulût l'élîre, mais parce qu'on voulait perdre cette matmee. Néanmoins Guiehardin, qui était alors gouverneur de Parme, ne mérite pas la même croyance que Paul Jove, qui à cette époque était a Rome et auquel Léon luimême avait donné la charge d'historien pontihcal; de plus celui-ci, outre son étroite amitié avec lecardinal de Médicis, avait encore puise des notions certaines auprès du cardinal Enckenwert, agent {Lettre du cardinal de Viterbe) d Adrien au moment de son élection comme nous le rapporterons plus bas, depuis premier ministre de ce pontife, et auquel enfin Paul Jove dédie la Vie d'Adrien , dans laquelle il expose en détail la marche de son élection. Ajoutons que la moitié des votes ayant été pour Adrien, cela prouve assez q u'on agissait sérieusement. La même chose est confirmée par deux lettres que j'ai vues: 1 une (11 janvier 1522) de l'ambassadeur a Espagne à Rome, adressée au pontife absent (5 mai 1^22, parmi les manuscrits des Barberim); l'autre,du même pontife absent à 1 archevêque de Cosenza. Le récit de Guiehardin n'aura pas plus de poids, auprès des hommes expérimentés, pour être d'accord avec une relation de ce conclave qui parut à cette époque. On n'ignore pas que de iDareilles relations ont souvent pour auteurs
nouveau pape de diminuer la part qu'y a eue le cardinal en faveur sous le jpOntificat précédent, parce qu'alors l'envie est plus acharnée contre lui et commence à parler sans être muselée parla crainte.
8. Mais revenons à Guiehardin. Il tombe dans deux méprises plus graves sur l'objet principal de notre histoire. Premièrement, il affirme que Léon lança contre l'électeur de Saxe un monitoire qui le menaçait de peines
sévères, etqui par conséquentirrita ce prince. Or ce n'est là qu'un songe creux, opposé à tout ce qu'on lit dans les mémoires les plus circonstanciés louchant ces affaires. Secondement, il raconte que Luther fut tellement effrayé par le ban impérial, que, si le cardinal de Gaëte ne l'avait pas réduit au désespoir par ses paroles injurieuses et menaçantes, et qu'on lui eût offert quelque moyen de vivre honnêtement, il aurait sans peine renoncé à ses erreurs ; et cependant il est certain que le cardinal Cajétan ne parla à Luther ni alors, ni ensuite, ni longtemps auparavant (5 septembre 1519, d'après les actes consistoriaux) : car il était revenu à Rome vingt mois avant le décret; et lorsqu'il lui parla, il lui offrit avec bonté son pardon, comme Luther lui-même le rapporte. La même offre lui fut faite plusieurs fois dans la diète de Worms, comme l'a attesté l'empe-
{Vingt-deux,)
reur dans l'édit dont nous avons donné le contenu. Je vois bien d'après cela que cet historien a pris des renseignements très-confus sur ee qui ne regardait pas son sujet. principal, et qu'il a aussi toujours été porté à préférer les pires, comme le témoigne l'Iiabitude où il est de médire de tout le monde; et c'est précisément ce qui lui a valu auprès de la malignité du vulgaire la réputation d'historien véridique; mais il a répandu plus particulièrement le fiel de sa plume sur les souverains pontifes, soit par suite de la haine que conçoivent ordinairement les ministres contre' les maîtres qu'ils ont longtemps servis sans en recevoir les récompenses qu'ils s'en promettaient, soit peut-être parce qu'il ne pouvait leur pardonner d'avoir ruiné la liberté dans sa patrie.