‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 293 sur 368 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Arrivée du nouveau pontife à Rome : Vohstacîe quil rencontre dans le soin de régler sa cour.

1. Cette élection affligea extrêmement le peuple : quelques-uns , parce qu'ils ne connaissaient pas l'élu , et qlie l'élu ne les connaissait point, ce qui les privait de ce doux plaisir dont on se repaît au moment de l'exaltation du nouveau prince, quand on a l'espoir de le trouver aussi bon et aussi affable que dans la vie privée ; quelques autres, parce qu'ils présageaient qu'il y aurait peu de sympathie réciproque entre le peuple romain et un pape sorti d'une nation si opposée dans ses goûts à la nation italienne; ceux-là, parce qu'ils craignaient d'indiscrètes réformes, crainte qui fait qu'une vertu exemplaire, toujours vénérée par la multitude, est rarement couronnée ; ceux-ci, parce que, portés pour les Français ou indifférents, ils voyaient avec déplaisir qu'il serait peutêtre trop porté pour l'empereur ; enfin les esprits étaient tourmentés par un soupçon généralement répandu : on soupçonnait en effet que , par ses propres affections, par les prières de Charles, qui était devenu comme son fils par l'éducation et son père par la fortune, il voudrait rester dans les Etats de ce prince ; et en ce cas Rome et le pontificat auraient souffert de la part de l'Espagne les mêmes maux que deux siècles auparavant ils avaient soufferts de la* part de la France.

2. Mais il délivra aussitôt la cour romaine de celte dernière crainte. En effet, informé de son élection, il montra, à la vérité, un calme inaltérable que prirent pour de la stupidité ceux qui ne distinguaient pas les sentiments héroïques d'avec l'absence même de sentiments ; mais sans vouloir consentir au moindre retard, ni même voir l'empereur qui allait arriver et le priait instamment de l'attendre, il s'embarqua pour l'Italie. Il suivit le conseil que lui avait donné, par écrit, ^ ^

Jean Emmanuel, ambassadeur (Cest ce qu'on besoin,*et l'arrivée du légat fut* prévenue par toit dans la lettre citée de l'ambassadeur au une défaite des plus malheureuses qu'espape) de l'empereur à Rome, de conserver suyèrent les Hongrois dans une b/Uaille lison nom d'Adrien, comm.e un nom heureux, à vrée hors de propos. Il fournit de bié et de cause des illustres pontifes qui l'avaient porté. munitions les frontières de l'Esclavonieèt

Il ne suivit pas ae même un autre conseil qu'il lui donna de voyager par la Flandre , et d'essayer de gagner ainsi par sa présence les peuples d'Allemagne; mais il vint de Barcelonne à Gênes, et il arriva {le 29 août, comme il est dit dans les actes consistoriaux) en toute hâte à Rome.

3. 11 y trouva les choses dans un état tel que, non-seulement il lui fut impossible de les ramener au plan qu'il avait projeté, mais qu'il lui fallut encore remédier à une faible partie du mal, aux dépens de sa propre réputation. D'abord, au lieu que dans un prince il n'y a pas de vertu qui lui attire et qui même lui mérite mieux les applaudissements que la générosité, et il en avait donné des preuves admirables dans une moindre fortune, comme nous l'avons dit, il se trouvait alors à la tête d'une administration tellement épuisée et même tellement engagée pour l'avenir, qu'il fut c*i>faint de retirer à beaucoup de per* sonne:* les revenus que Léon leur avait donnés ou vendus, mais sans aucun préjudice pour son successeur, comme celui-ci le pensa bien ; car c'est le propre de la prodigalité de pousser enfin à des moyens d'avoir de l'argent plus odieux que tous ceux qu'aurait suggérés l'avarice. A cela venait se joindre le besoin de plusieurs dépenses extraordinaires : il fallait arracher à plusieurs usurpateurs les villes dont ils s'étaient emparés quand il n'y avait pas de chef qui leur résistât ; il fallait soutenir la ligue formée avec l'empereur pouf défendre François Sforce et pour conserver Parme et Plaisance; il fallait appuyer Louis, roi de Hongrie, contre les' attaques des Turcs ; et secourir les chevaliers de Rhodes que So'iman assiégeait dans cette île. Adrien , soit pour le zèle , soit pour le courage, ne se montra point au-dessous de tant d'obstacles et de difficultés. Il reçut la soumission des ducs deFerrare et d'Urbin,f t, avec leur appui , il recouvra Rimini , que les Malateste avaient enlevé à l'Eglise pendant l'absence du pape, et où iis avaient autrefois commandé ; il maintint la ligue avec! l'empereur, mais en même temps il montra' des intentions paternelles à l'égard du roi de Fra nce , et le désir de la paix plutôt que celui de la victoire. Il envoya comme légat vers le roi de Hongrie le cardinal Gajétan , soit à cause de la connaissance qu'il avait de ces contrées , soit parce qu'il était capable, par son exemple et son zèle, de coopérer puissamment à une courageuse défense de la chrétienté. Il lui remit cinquante mille écus pour les dépenser dans le cas où il se formerait quelque notable entreprise. Il envoya , en même temps , François Cheregato comme nonce à la diète de Nuremberg, en Allemagne , pour obtenir de la puissance de ces princes des secours considérables en faveur du même roi de Hongrie. Mais ces secours ne furent point accordés dans la proportion du

de la Croatie , que les armes des Ottomans mettaient en danger. Il fit aussi construire à Gênes, pour secourirRhodes, quelques grands vaisseaux ; mais une contrariété extraordinaire des vents empêcha de les y conduire. L'économie dont il usait pour son propre entretien, et un partait oubli de la chair et du sang ne suffisaient pas à de si grandes dépenses ; c'est pourquoi il fut obligé, comme nous l'avons insinué, d'employer une extrême rigueur dans les matières de finances : or, dans l'esprit du peuple, qui ne voit que ce qui est plus apparent , il n'en fallut pas davantage pour lui attirer la réputation d'avarice et l'odieux qui s'y rattache.

4. De plus, comme c'est le propre des hommes adroits , tels que sont les courtisans , surtout en Italie , d'employer l'artifice, et des âmes simples , tel que fut Adrien , d'avoir tout artifice en horreur, et de soupçonner toujours l'intention de tromper, il arriva que ne trouvant pas tout aussitôt dans un si grand nombre cette simplicité germanique dans laquelle il avait été élevé , il conçut généralement de la défiance contre les Italiens ; et manquant d'expérience pour distinguer le vrai du faux, non-seulement il les blessait tou,s en témoignant qu'il soupçonnait de la fraHe dans chacun d'eux, mais encore en ne se fiant dans le gouvernement qu'aux Flamands seuls, non moins inexpérimentés que sincères , il se trouva plus souvent induit en «rreur par leur inexpériencegénérale, qu'il ne l'aurait été par quelque duplicité delà partdes Italiens. A cela vint se joindre le fléau de la peste qui le rendit odieux, sinon comme coupable, du moins comme portant malheur.

5. Tous ces revers s'opposaient à la réforme qu'il désirait introduire dans les tribunaux et dans les usages de la cour. 11 la prit pour l'unique antidote des hérésies, il la proposa en consistoire (1 septembre 1522, cVaprès les actes consistoriaux) , et la conseilla aux cardinaux dès le troisième jour après son arrivée, c'est-à-dire le lendemain de son couronnement. Car la pénurie extrême du trésor, et en même temps les besoins extraordinaires du gouvernement , ne permettaient pas de réformer la partie des finances qui touche à l'intérêt du prince; et la haine du peuple, jointe à l'inexpérience des ministres , rendait difficile l'autre partie qui regarde les mœurs des sujets , parce que le peuple est plus puissant que toutes les lois, et qu'ainsi il faut une grande dextérité pour lui imposer un frein, et non moins de vénération et d'amour pour qu'il consente à se le laisser imposer.

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