‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 296 sur 368 · Il enseigne au même endroit une autre · texte numérisé non relu

Il enseigne au même endroit une autre

Urbain II accorda a ceux qui combattraient dans la guerre contre les Sarrasins pour recouvrer Je sépulcre du Sauveur; et que, suivant l'usage d'enchérir toujours sur les inventions des autres, les pontifes, successeurs d'Urbain, offrirent les mêmes indulgences à tous ceux qui, sans aller en personne à cette guerre, y entretiendraient à leurs frais un soldat. Certes je ne vois pas quelle invention de la cupidité on prétend trouver en ceci

doctrine en termes plus clairs qu'il explique faire une guerre si sainte au prix de tant de

par des exemples et qui augmente également dans l'esprit des fidèles la confiance en la vertu des indulgences pour les cas particuliers. Elle ne diffère pas beaucoup de ce que nous avons dit dans le premier livre, que la suffisance du motif doit être mesurée, non d'après l'importance de l'œuvre en ellemême, mais d-'après la valeur de cette œuvre, eu égard à la fin et à l'utilité spéciale de l'Eglise, que le pontife a en vue dans la concession des indulgences. Par exemple , dit Cajétan, c'est la même œuvre et la même peine de visiter les basiliques de Rome en quelque année que ce soit et dans celle du

dépenses, de peines et de dangers partagés par le souverain pontife et les autres princes chrétiens , et accorder une indulgence à celui qui y prendrait part, soit personnellement, soit par autrui, afin de fflire honorer le nom , la patrie et le sépulcre de notre Rédempteur 1

2. Il ajoute que de pareilles concessions s'étendirent aussi aux guerres que l'on entreprit contre les chrétiens qui refusaient d'obéir à l'Eglise romaine.

Nous ne voyons ici non plus rien qui soit contre l'ordre : que si c'est une action louable et méritoire de combattre pour la justice

jubilé universel, de se présenter sur la place et d'aider tout prince légitime contre ses su de Saint-Pierre en quelque jour que ce soil, jets révoltés, pourquoi ne sera-ce pas un«

action louable et méritoire d'aider au souve- tons plutôt que d'un pas ferme et assuré,

rain pontife à recouvrer le troupeau dont Pour moi, comme j'écris une histoire et non

Jésus-Chnst Ta établi pasteur, et qui s'est des questions théologiques , je ne veux pas

injustement refusé à se laisser diriger par sa ra'étendre ici, pour défendre ou expliquer la

houlette? Puis donc qu'on peut accorder des valeur des indulgences : beaucoup d'écri-

indulgences pour des jeûnes, pour des flagel- vains renommés l'ont déjà entrepris avfc

lations et pour d'autres œuvres semblables, succès ; mais je ne puis omettre quelques ob-

à bien plus forte raison pourra-t-on en ac- servations propres à émousser un peu la

corder pour une action qui suppose plus de dent si incisive démon adversaire.

vertu , qui produit plus de fruit, qui ex\ge 5. D'abord il ne dev^^it pas omettre que,

plus de peine ; mais, en outre, il ne dit pas selon le sentiment qui est incontestablement

que ces indulgences furent accordées pour le plus général, cet usage des indulgences ne

une guerre entreprise, non pas contre ceux commença point du temps de ces croisades

qui refusaient seulement d'obéir au pontife, introduites par Urbain II , ni avec la charge

mais contre les hérétiques, qui rejetaient les de contributions pécuniaires. Ainsi, dans

articles de la foi catholique, outrageaient par cette supposition , il n'est pas possible de les

des actes extérieurs les mystères de notre re- regarder comme une invention de l'avarice,

ligion, et infectaient la chrétienté par le poi- En effet, outre ce qui est insinué là-dessus

son de leurs doctrines, comme furent les al- dans les Pères les plus anciens , nous avons

bigeois, les vaudois et autres. des preuves authentiques que saint Grégoire,

3. Il poursuit en disant que les deniers il y a mille ans , les attacha aux stations de

ainsi prélevés sur les fidèles étaient, ou en Rome, comme l'atteste saint Thomas [in 4

d'une imposture si énorme, et que si la muî- ans, les accorda à différentes Eglises de litude, qui pèche toujours plus par excès de l'Allemagne , comme le rapporte saint Luddéfiance que par une confiance aveugle en- ger, dans une lettre que donne Surius après vers les supérieurs, en avait découvert le la Vie de saint Suidbart, écrite par saint moindre indice, ou elle n'aurait point contri- Marcellin. Nous avons encore pour preuve hué, ou elle aurait payé de sa propre main de leur antiquité, une pierre inscrite sous le les soldats, et n'aurait pas confié à d'autres pontificat de Sergius, qui monta sur son l'emploi de l'argent; mais je demande si Ton siège vers l'an 844.. On la voit à Rome dans faisait ou non ces guerres, et si on les faisait l'église de Saint-Martin des Monts : dans sans que la dépense excédât cette mince con- cette inscription, le pape accorde uneindultribution qu'on recueillait au moyen des in- gence à ceux qui visiteront cettb église le dulgcnces. Celui qui le nierait, ou n'aurait jour de la fête du saint, pas lu les histoires contemporaines, ou ne 6. Mais comme un savant (Monn, cZe Pœw., saurait pas combien d'or va s'engloutir dans lib. 10, cap. 20) moderne a révoqué en doute les subsistances d'une grande armée qu'il les preuves ci-dessus , je ne veux ni dispufaut approvisionner pendant longtemps. Cela ter, ni m'appuyer sur ce qui est le plus prosupposé, et personne n'en peut douter, je bable, mais sur ce qui est certain. Dans la demande maintenant ce que veulent dire ces réalité , si cet usage ne venait par quelque mots : La plus grande partie de ces deniers moyen des apôtres jusqu'à nous , comment était détournée à des usages tout différents. i)uc.un pontife aurait-il pu faire paraître Cela veut-il dire qu'on n'employait pas à la toutà coup, une si grande nouveauté dans la guerre absolument les mêmes pièces de Q.jii- chrétienté tout entière , et la faire recevoir jnaie qu'on offrait pour gagner les indulgen- sans que personne mît seulement la main à

argent, n'a point d'identité; et que, par con- actions des papes?

iséquent, celui qui reçoit , par exemple, un 7. Outre cela, nous savons que l'indul-

ilucat, afin de l'employer à quelque chose, gence accordée par Urbain 11 , pour la croi-

n'est pas tenu d'appliquer à cet usage ce sade, fut promulguée dans le concile général

tnéme ducat pris individuellement dans l'es- de Clermont ; et d'autres indulgences sem-

pèce, parce qu'il peut licitement l'employer blables qu'Eugène III publia pour la guerre

Ipour son propre usage, et en dépenser en- de Palestine , furent prêchées par saint

Is^uite un autre pour l'affaire qui lui a été con- Bernard, comme on le voit dans la Vie du

*ée. saint et au commencement de son second

4. Un peu plus bas il se met à exposer livre de Consideratione ; saint Bernard , un

es diverses opinions des scolastiques sur la des hommes les plus savants, les plus saints,

nature des indulgences. Il les présente avec les plus candides qui aient jamais existé

ant d'artifice qu'on pourrait croire qu'ils dans l'Eglise. D'autres indulgences sembla-

l'ont marché sur ce terrain qu'au hasard, et blés furent accordées dans les derniers con-

lue, rencontrant sur leur chemin 'différents ciles de Latran , où se trouva réunie l'élite de

précipices, ils avaient plusieurs fois été con- toute la chrétienté.

raints de changer de route, se dirigeant vers 8. Troisièmement, bien qu'en cette ma-»

)Ùïls pouvaient , mais allant toujours à là- tière comme on toute autre, les seatim^ents

des anciens scolastiques aient été différents, néanmoins, saint Thomas et saint Bonaventure ces docteurs si samts et si sages, et d'ailleurs d'opinions souvent fort opposées , se sont accordés à suivre le sentiment soutenu par les deux plus grandes lumières de leurs ordres et de la théologie scolastique, Albert (in 4, dist. 20, art. 16) et Alexandre (k parte Sumnœ, q. 23) ; or ces théologiens reconnaissent* comme fonds des indulgences, le trésor que possède l'Eglise sous l'administralion du souverain pontife, trésor compose des satisfactions surabondantes de Jesus- Cbrist et des saints ; et par conséquent Soaye fait preuve d'une étrange audace , lorsqu il raconte qu'on n'a point trouvé d'autre fondement de cette doctrine que la constitution de

Nous savons que la satisfaction de Jésus- Christdépasse hors de toute proportion la somme des châtiments dont les pécheurs ont contracté la dette : en sorte qu'il est toujours en droit de se présenter à la justice divine comme créancier, et en droit d'obtenir sans cesse de nouvelles remises de peine en son nom. Or la raison ne veut pas que cette créance demeure oiseuse et inutile. D'un autre côté, il ne convenait pas qu'elle fût appliquée au bénéflce des pécheurs sans aucune satisfaction de leur part , comme le veulent les hérétiques qui, sous prétexte d'exalter la miséricorde divine, entretiennent la paresse des hommes. Il convenait donc que le Sauveur laissât en héritage à l'Eglise cette créance de manière que le chef de cette

r WnVvTpui qùï eVt clair que' ces deux Eglise, qui.est son vicaire, n'en fût point le i.iLiiiLiit VI, tiu H „„^^«,iAo o,,/»/» mnîfrp mais 1p disnpnsatp.iir. avant un trésor

illustres chefs d'écoles se sont accordés avec ceux qui ont soutenu antérieurement la même doctrine, cent ans avant la bulle en question. Maintenant chacun décidera s ils ont pu s'accorder ainsi sur une doctrine qui aurait été dénuée de tout fondement.

9. Il est vrai qu'après eux, MaironetDurand, écrivains qui n'ont pas voulu suivre les autres, et que pour cette raison les autres n'ont pas suivis, s'élevèrent contre ce sentiment commun. Le premier, sur le quatrième livre des Sentences (distinction première, question deuxième), a pensé que les œuvres de Jésus-Christ et des saints sont abondamment récompensées en eux, de la part de Dieu, ou parla béatitude essentielle, ou par la béatitude accidentelle. En conséquence, il a voulu que dans le pontife le pouvoir mentionné ci-dessus, d'accorder les indulgences, dépendît de ces paroles adressées à saint Pierre : Ce que vous délierez y etc., disant que de même qu'en vertu de ces paroles l'Eglise peut changer les supplices éternels en supplices temporels par l'absolution sacramentelle, de même aussi, elle peut changer les supplices temporels de l'autre vie en de moindres supplices temporels de cette vie, au moyen des indulgences. Le second , sur le quatrième livre des Sentences (distinction trentième, question troisième), a prétendu que dans ce trésor n'était pas comprise la satisfaction surabondante des saints, pensant que l'argument de Mairon a par rapport à eux toute sa force, parcequ'ils ont reçu pour récompense la vision bienheureuse*; au lieu que Jésus-Christ, auquel elle était due par nature et auquel elle fut donnée au premier moment de, sa conception, n'a reçu en lui-même d'autre récompense que la gloire corporelle , qui est inférieure à ses mérites, et qu'ainsi, en vertu de ces mérites, il a pu racheter le genre humain. C'est ainsi qu'ont raisonné ces deux docteurs ; mais ils soutinrent tout cela environ vingt ans avant que l'opinion des deux saints nommés ci-dessus eût été acceptée par l'Eglise romaine, à l'enseignement de laquelle Durand professe qu'il soumet toute sa doctrine. Tous les autres scolastiques ont pensé comme ces deux saints.

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