Enfin la raison de cela est manifeste
maître, mais le dispensateur, ayant un trésor spirituel à répartir entre ses sujets avec une discrète libéralité. C'est ainsi que toute république terrestre confie à son chef un trésor temporel pour que, dans l'occasion , il le distribuée titre de don ou de récompense.
11. Outre cela, il est constant que beaucoup de saints ont souffert d'une manière méritoire au delà de la dette qu'ils avaient contractée pour leurs fautes, comme il paraît non-seulement par la Vierge, qui a eiduré de si grandes peines , sans avoir jamais commis de fautes, mais encore par saint Jean-Baptiste, qui a mené en même temps une vie si dure et si innocente, et par tant de martyrs qui pouvaient par leur mort seule effacer toute la dette de leurs peines, et qui, néanmoins ont supporté de longs et cruels tourments. Ces saints n'ont pas été suffisamment payés par la récompense du Ciel, comme l'ont imaginé Durand et Mairon , puisque cette récompense est accordée au mérite, lors même qu'il n'est point accompagné de souffrance, tel qu'aurait été le mérite d'Adam dans l'état d'innocence, et tel qu'a é^é celui des anges. Du reste, ainsi que raisonne admirablement en plusieurs endroits saint Thomas, la récompense de l'amitié divine et de la vision béatifique est due à la charité et non à la difficulté de l'œuvre. C'est pourquoi la difficulté n'augmente pas par elle-même le mérite; mais elle le montre seulement plus grand en ce sens qu'il a fallu une charité plus grande pour la surmonter. Ainsi il peut arriver qu'une œuvre Irès-fcicile faite avec une extrême ardeur de charité soit plus méritoire qu' une œuvre très-difficile faite avec une charité moins ardente. H n'en est pas de 1 même de la satisfaction qui a pour objet les châtiments : elle est proportionnée à la grandeur de la peine soufferte pour Dieu. Cela suppose qu'on penFe que l'action méritoire et pénible des saints a deux droits distincts : l'un en tant qu'elle n'estque méritoire, et il esl largement récompensé par la gloire céleste ; l'autre en tant qu'elle est encore pénible, ei la récompense de ce mérite est la remise du supplice qu'on a d'ailleurs mérité. De cette manière, ces saints qui ne l'avaient pas mérité à ce point, demeurent créanciens à ce titre. Or la communion des saints étant un
des articles du symbole, il est clair que ce surcroît de satisfaction n'est point perdu, mais qu'il est conservé, pour l'avantage de ceux qui sont dans le besoin, dans le trésor de l'Eglise, à la disposition de celui qui en est r.'Himiiiistrateur suprême, et qui est le souverain pontife.
12. On ne doit faire aucun cas de l'objection que Soavc fait contre la doctrine catholique avec tant d'assurance, savoir, que : si les satisfactions de Jésus-Christ sont d'une valeur infinie, il a été inutile d'y ajouter celles des saints. Comment ne voyait-il pas qu'on prouverait de la même manière que si la puissance de Dieu est infinie, la vertu des causes secondes est inutile? que si la miséricorde de Dieu estinfinie, les mérites, la foi, lesprières, et toute disposition denotrepart sont inutiles? Autre chose est qu'une vertu soit par elle-même infinie, autre chose est qu'elle produise son effet d'une manière infinie. C'est ainsi qu'un Atlas pourrait se faire accompagner par un faible enfant pour porter un roseau, s'il n'appliquait à porter ce fardeau qu'une partie insuffisante de ses I forces, en sorte qu'il aurait encore besoin d'être secondé par les forces de ce faible enfant. Or si Dieu agit ainsi dans les opérations de la nature, et si, pour les produire , il réclame le concours des créatures, il n'a i pas coutume d'agir autrement dans les opérations de la grâce : c'est ainsi qu'il ordonne j qu'un ange en éclaire un autre, que les an- '< ges soient gardiens des hommes , que parmi ^ les hommes, les prêtres soient dispensateurs I des sacrements ; que les prédications et les I prières de l'un soient utiles à l'autre. C'est ainsi enfin qu'il veut pour la gloire des saints , et pour unir les chrétiens par une charité plus étroite, que le pardon obtenu par les pécheurs soit payé sur le fonds surabondant des mérites qu'ont acquis les saints non-seulement pour leur propre avantage, mais encore pour celui de tous leurs i frères régénérés en Jésus-Christ.