CHAPITRE VI
On examine les autres considérations que, suivant Soave , le cardinal Cajétan présenta au pontife relativement aux indulgences.
1. Soave rapporte ensuite que le cardinal Cajétan exhorta le pontife, s'il voulait donner du prix aux indulgences, à renouveler l'antique sévérité de la discipline ecclésiastique touchant les pénitences sacramentelles. Il représentait que, bien que le pape ait indubitablement le pouvoir de remettre toute sorte de peine, il était clair néanmoins que l'usage de la primitive Eglise, par rapport aux indulgences, avait été de remettre seulement la peine imposée par les confesseurs : par conséquent, si ceux-ci renouvelaient l'ancienne rigueur des pénitences, conformément aux canons pénitentiaux, on verrait la ferveur attiédie se ranimer parmi les chrétiens, l'autorité des prêtres reprendre son ascendant, et les indulgences acquérir plus dç valeur. Il ajoute que ce parti souriait fort au
pape, mais que, Tayantfait examiner dans la congrégation de la pénitencerie, on le trouva hérissé des plus graves difficultés ; qu'ainsi le cardinal Pucci l'en détourna au nom de tous les consulteurs. Pucci était alors grand pénitencier : il fit observer au pape que la chrétienté ne souffrirait pas cette nouvelle rigueur, et qu'en introduisant une pareille discipline, au lieu de recouvrer l'Allemagne, on ne ferait que s'aliéner les provinces soumises.
2, Ce récit n'a pas plus de vraisemblance que tout ce qui le précède : car, ou après le renouvellement des pénitences sacramentelles les plus sévères , Cajétan voulait qu'on accordât les indulgences pour remettre la peine du purgatoire correspondante à ces sortes de pénitences, et alors subsistait toute la difficulté que, selon Soave, avait faite auparavant le même cardinal ; ou il entendait que les indulgences remettraient seulement la peine imposée par les confesseurs, la dette contractée avec Dieu persévérant toujours, tandis que cette dette aurait été éteinte au moyen de la pénitence imposée par le confesseur; et dans ce cas revenait dans toute sa force l'argument de Luther, qui disait que les indulgences étaient nuisibles , puisque l'unique effet de ces indulgences était de délivrer le malade de l'obligation de prendre un. remède salutaire. C'est avec cet argument que saint Thomas avait réfuté les docteurs qui n'attribuaient aux indulgences que la vertu de délivrer des peines canoniques : d'ailleurs les paroles qu'ont employées, dans leurs concessions, Urbain II {Voyez Morin, de Pœnit., lib. X, c. 22), le concile de Clermont, Gélase II, Honorius III et autres, font bien voir qu'ils entendaient délivrer de la peine qui correspond dans le purgatoire à cette pénitence canonique dont ils exemptaient au moyen de l'indulgence. Ce conseil n'a pu être donné par Cajétan, si grand théologien et si chaud partisan de saint Thomas. Ce que dit ensuite Soave est bien vrai , savoir : que le pontife, lorsqu'il voulut entreprendre la réforme de la daterie, rencontra des difficultés , des embarras qu'il n'avait point prévus. Supprimer les contributions pécuniaires attachées à certaines dispenses était énerver la discipline : car de même que l'argent tient virtuellement lieu de tout, de même la peine pécuniaire est considérée par la faiblesse humaine comme la plus grande de toutes celles que décerne le fôr purement ecclésiastique ; et puisqu'on ne peut, dans ces tribunaux, comme dans le for séculier, mettre un frein de fer à la licence, il faut bien lui en mettre un d'argent. En outre, exempter de ces paiements qu'on fait au souverain pontife pour l'expédition des bulles et pour la concession d'autres grâces, c'était tout à la fois appauvrir le trésor déjà trop épuisé par lui-même, et cela dans des temps où le besoin se faisait sentir, et ruiner une foule de personnes honorables qui avaient acheté de bonne foi les charges auxquelles étaient attachés ces revenus.