‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 305 sur 368 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Réponse de la diète. — Réplique de Chcregato, — Son départ. — Lettre qui lui est envoyée au nom du duc de Saxe. — Retour de Luther à Wittenberg.

1. La diète répondit au bref et à ce que renfermait l'instruction par la pièce que nous avons citée ci-dessus. Dans cette pièce, l'archiduc Ferdinand , frère et lieutenant de l'empereur, et tous les ordres de TEmpire, après avoir offert leurs hommages de félicitation et de respect au souverain pontife, déploraient (ce que Soave a eu soin d'oublier) qu'ils n'étaient pas moins affligés que le pape de l'impiété, des troubles et des dangers dont, le christianisme était menacé par l'hérésie de Luther et par les autres sectes; qu'ils offraient avec empressement tous les remèJcs qu'on pouvait attendre de leur modération ; qu'ils avouaient être redevables k\q toute obéissance envers Sa Sainteté et Sa Majesté impériale.

2. Ils ajoutaient que les plus puissantes raisons, celles d'éviter des maux plus grands, les avaient empêchés d'exécuter la bulle pontificale et le ban impérial , parce que la majeure partie du peuple étant depuis longtemps persuadée et alors affermie par les livres de Luther dans la persuasion que l'Allemagne était grevée par un grand nombre d'abus de la cour romaine , si l'on en venait à exécuter les susdites dispositions, la populace se soulèverait contre elles, les regardant comme ayant été prises pour abolir la vérité évangélique et pour appuyer lesditsabus, que ces dispositions du peuple étaient attestées aux princes par de nombreux indices ; qu'il fallait donc employer d'autres remèdes plus opportuns ; et ici ils rappelaient , en termes modérés , les aveux et les promesses que le pape avait faits dans l'instruction. Ils disaient en outre que, puisque Sa Sainteté témoignait avoir une si ferme volonté de s'en tenir aux concordats et de favoriser l'Allemagne de toutes ses forces, ils ne pouvaient euxmêmes n'être pas tous embrasés d'une piété sincère et filiale, considérant surtout que Sa Sainteté avait déjà mis la main à l'œuvre. Ils ipoursuivaient en priant le pape de donner

« ei preliosior snpellex Ecclesiaruin pro communi |i chrisiianorum ulililate in médium non conferretur, ï et poàl annos seplem iti conveniu auguslensi pro « gravi et inlolerabili oneie habiium est, quod felicis j» recoidalionis Clemens VU serenissimo principi Fer- «dinandoluiii Hungariœ et Bohemiae, modo etiam ' romanoriun régi indullum fueril pro defensione I civiiatis viennensis, et bello conira Turcas susii- « iiendo ab episcopis, archiepiscopis, et aliis prsela- » lis mobilia pretiosa, ei qux vocant clenodia, nec " non immobilium quota pars venderetur, sicque ulrinnque, et alieuare, et non alienarehujuscemodi ' bona pro onere est habitum. Quo edocentur , mulla < pro oiierc haberi, qui\3.si lolîcreulur, majora affer- « tenl deirimcnl;), cl rerum perturbaiiuuem. >

satisfaction sur les articles qui, comme nous l'avons déjà dit , devaient lui être présentés par les princes séculiers.

3. Ils parlaient ensuite des annales que les papes ont coutume de percevoir après la mort des évêques pour les nouvelles collations. Ils affirmaient que les princes d'Allemagne y avaient consenti pour un temps , sous la condition qu'on en emploierait le produit aux frais des guerres qu'on avait à soutenir contre les Turcs, ce qu'on n'avait point observé; que, par conséquent, il valait mieux a l'avenir en laisser la perception au use impérial. Dans le fond, à quoi tendait cette demande? à obtenir que ce droit , qui avait été perçu jusque-là au nom du pape , non-seulement en Allemagne, mais encore dans les autres Etats de la chrétienté, comme une dime prélevée sur les bénéfices ecclésiastiques, fût transféré du pape aux empereurs. Or chacun peut savoir si ces derniers auraient ensuite présenté plus de garantie pour un emploi de ces revenus. Quant aux guerres contre les Turcs, lors même qu'on admettrait comme constant que ce^fut pour cette raison qu'on introduisit les annales en Allemagne , bien que ces guerres n'aient pas lieu chaque année ; toutes les fois néanmoins qu'il en était survenu, les papes n'avaient jamais manqué d'envoyer de puissants secours aux Allemands. Ils ont fait la même chose à 1 égard des autres princes chrétiens. Aussi est-il certain que si l'on groupe ensemble un certain nombre d'années , on verra que la dépense du pape, dans ces sortes de guerres a dépassé le revenu des annales. '

4. Mais la principale assertion reposait sur un faux supposé ; car les pontifes n'établirent les annales ni sous cette condition ni sous aucune autre, ni par convention particulière avec les princes temporels de l'Allemagne. D'ailleurs on les perçoit sur les bénéfices de toute la chrétienté*, en place des dîmes que doivent payer pour l'entretien du grand prêtre les autres ecclésiastiques inférieurs, ainsi que nous l'avons déjà remarqué : certes le bien général de la chrétienté exige non-seulement qu'il soutienne sa cour qui se compose de beaucoup d'officiers de distinction, mais encore qu'il vienne en aide aux cardinaux pauvres, qu'il entretienne des nonces auprès de tant de princes, qu'il donne des secours à tant de nécessiteux, et qu'il récompense tant de services rendus à l'Eglise Au surplus, ce droit est fondé sur ce que Dieu lui-même établit dans l'Ancien Testament; et en outre, comme le pape ne perçoit les annales que des seuls bénéfices de l'Occident, pour les justifier ce serait assez du seul titre de patriarche d'Occident, auquel Luther voulait le réduire , en vertu du sixième canon du concile de Nicée. Enfin personne n'ignore combien cette perception est moindre que les dîmes qu'on devrait payer chaque année, et il est plusieurs raisons qui le démontrent : car non-seulement les nouvelles collations n'ont pas lieu tous les cinq ans, comme cela devrait être, pour que la moitié des annates perçues dans ces colla-

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lions égalât la dîme de chaque année; mais Saxe, dans les Etats duquel Luther et ses en ontre on sait bien que ce droit ne se per- adhérents se réfugiaient, les empêchât d'imcoit pas sur un très-grand nombre de biens primer ou d'écrire des livres d'aucune esécclésiastiques qui passent en main-morte, pèce ; que les princes de la diète veilleraientf ni sur les bénéfices, qui, selon l'ancienne en même temps à ce qu'on prêchât avec piété taxe, ne dépassent pas la somme de 24 du- et mansuétude l'Evangile pur et la sainte cats,'bien qu'en réalité ils soient aujourd'hui Ecriture selon le sens approuvé et reçu d'une bien plus grande valeur; enfin cette dans l'Eglise, et en laissant de côté les subredevance ne se perçoit sur les autres béné- tilités dont il ne convenait pas d'entretenir fices que selon l'ancienne taxe, qui est de les peuples ; que si quelqu'un donc avançait beaucoup inférieure au revenu véritable. des erreurs dans ses prédications, on le re-

5. Dans les concordats d'Allemagne faits prendrait avec douceur, sans donner lieu de entre Nicolas V, Frédéric III et autres prin- soupçonner qu'on cherchât à étouiïer la véces de l'Empire, soit ecclésiastiques, soit- se- rite de l'Evangile.

culiers, on trouve le droit des annales sti- 7. Le nonce s'était encore plaint auprès

pulédans la condition susdite, ainsi que les de la diète de ce que beaucoup de prêtres

paye également sous cette condition le reste osaient se marier, et de ce que beaucoup de

de la chrétienté. Que si les princes séculiers religieux osaient retourner au siècle. La

d'Allemagne avaient fait à cet égard quelque diète répondit que les fautes de ce genre

convention entre eux, cette convention n'o- n'étaient frappées d'aucune peine par les

bligeait pas le pontife, qui ne l'avait point dispositions du droit civil : qu'en consé-

acceptée, et qui n'avait point demandé leur quence on croyait suffisant que les évéques

consentement dans une chose qui ne dépen- les punissent, au moyen des excommuuica-

dait pas de leur bon plaisir et qui ne devait pas lions et des autres peines canoniques ; et si

être supportée par eux. Mais depuis la pre- après cela ces mêmes personnes commel-

mière édition de celte Histoire ont paru les taient d'autres délits , les princes auraient

savantes recherches de Mgr. Prosper Fa- soin de ne pas les laisser impunis dans Té-

gnani, sur les Décrétâtes. Là sont examinées tendue de leurs domaines. en général et {In repetitione cit. prœterea 8. Enfin l'archiduc et la diète priaient

titulo Ne prœlati vices suas, etc, niim. 6, le souverain pontife d'accueillir ce qui vient

usque in finem) justifiées les annales que per- d'être exposé comme étant dicté par des

coivent les pontifes, et cela par des raisons cœurs chrétiens, pieux et sincères, puisque

si solides en fait et en droit, que désormais leur principal désir était le bonheur et la

celui qui voudra montrer qu'il trouve encore conservation de l'Eglise catholique et ro-

à mordre, devra aussi feindre d'avoir perdu maine ciinsi que de Sa Sainteté, dont ils se

le sens (1). déclaraient les enfants obéissants et respec-

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