Ils continuent en disant que puisque Sa tueux
Sainteté demandait leur avis sur les moyens 9. Le nonce, au jugement de plusieurs, au-
des opposer aux erreurs de Luther, puisque rail bien fait d'interpréter dans ce sens, le
de leur côté ils voyaient eux-mêmes une plus orthodoxe et le plus favorable , certai-
grande corruption dans les mœurs, non-seu- nés expressions ambiguës qui ne liraienl
lement par un effet de ces nouveaux ensei- pas à conséquence. En même temps il au-
gnements, mais encore pour d'autres causes, rail dû employer tous ses efforts à compri-
et puisque enfin la tyrannie des Turcs mena- mer les luthériens. Au lieu de cela, il se mil
çait des plus grands dangers, ils pensaient à subtiliser sur les paroles de la réponse ,
que le remède le plus salutaire serait que le comme s'il avait pu les prescrire à son gré
pape , du consentement de l'empereur, et II déclara donc qu'il en était peu satisfait el
dans le délai d'une année, si cela se pouvait, que le souverain pontife en serait moins sa-
assemblât un concile dans quelque ville d'Al- tisfait encore ; que par conséquent il voulaii
lemagne, comme Mayence, Cologne, Stras- désigner à l'assemblée les passages que Sa
bourg, Metz, ou en tout autre endroit con- Sainteté ne pourrait admettre sans correction:
venable : que quiconque assisterait à ce explication et développement. Il déclara d'à-
concile, soit parmi les ecclésiastiques, soit bord que ni le pape, ni l'empereur, ni qu
parmi les laïques, pourrait et devrait, no- que ce fût parmi les chrétiens, ne se serai
nobstant toute obligation ou serment, ex- attendu à voir alléguer les raisons qu'on op
dans l'intervalle, afin de prévenir les trou- avaient toujours été en se multipliant depuis
blés, ils feraient en sorte que l'électeur de et qu'en conséquence il était juste d'aggravei
plutôt que d'alléger la peine ; qu'on ne dc-
(i) Cependant cet homme s'est trouvé de nos vait pas tolérer le mal dans l'espérante d'un
jours, mais il ne fourni roccasion de iraiier de nouveau hien ; que lors même que les griefs arliculct
hisioriqnemeni el canoni(juemcnt ccue question im- contre la cour de Rome seraient des mieux
portante, comme on pouiTa le voir dans mon ^^^^ fondés , les hérétiques n'y trouveraient pas bromus '• IV, p. 268.^ sMi«. etdans^l^^^^^^ ^j ^^^^^^ suffisante, puisqu'un
venqé. t. III, p. 295. Une bêle uisseriatujn sur les '^, ,.. . i.i. ^ j tv • * * „,. ^^^Ap
annales se troSve aussi dans le P. Berthier , tome XV chrétien est oblige de souffrir tout au monde
de son Histoire de .'Eglise gallicane. Je ne parle pas plutôt que de rompre l unito de la foi. de Thomassin et autres. 10. Beaucoup de personnes n'approuvereai
Î15 LIVRE SECOND. 7l/^
pas cette réfutation, puisqu'il est faux, dans d« ne pas éveiller de nouvelles discussions
la généralité, qu'on ne doive jamais tolérer parce qu'en Allemagne les défenses émanées
un mal pour ne pas tomber dans un mal de l'empereur imposaient un frein plus res-
plus grand, comme on le voit dans la lolé- peclé ; de même par rapport aux reli'^ieux
ranre accordée aux femmes publiques. 11 aposlals et aux prélres mariés, quelques-uns
aurait mieux valu, disail-on, qu'il prouvât pcMisèrent que le nonce aurait pu interpréter
que la condescendance attirait un plus grand la réponse dans le sens de la demande •
mal que celui qu'aurait attiré la rigueur. Il c'est-à-dire que les princes prêteraient à l'E-
n'était pas non plus à propos de dire , quoi- glise l'appui du bras séculier. Au lieu de cela
que ce fût l'expression d'une vérité, que les il s'avança jusqu'à dire que cette réponse
peuples étaient obligés de souffrir tous les demandait un éclaircissement, parce que les
maux plutôt que de rompre l'unité de la foi; coupables conservant le caractère ils *de-
mais il fallait dire que s'ils voulaient se ven- mcuraient soumis à la seule jurididion du
ger des maux dont ils se plaignaient, ils de- prélat.
valent le faire autrement qu'en abandonnant 14. Ainsi cet écrit du nonce touchait des
la véritable et ancienne doctrine, et qu'en se points sur lesquels beaucoup de personnes
séparant de l'Eglise. trouvaient inopportun qu'il s'exposât aux
11. Le nonce continua de répondre sur les chances d'un procès désavantageux • et il s'v autres points avec assez de justesse et d'à- exposait en paraissant s'apercevoir que la propos ; mais quand il en fut venu à la pro- diète en faisait matière à litige. Néanmoins position d'un concile, il dit qu'il pensait je ne veux pas m'arroger le droit de iuffer sa qu'elle ne déplairait pas au souverain pontife, conduite ; car quelquefois les circonstances pourvu qu'on en écartât tout ce qui pouvait connues seulement de celui qui est sur les faire soupçonner qu'on voulait lui lier les lieux , font reconnaître comme néce^^saire mains dans l'exerôice de son autorité, par une chose qui de loin paraît hors de propos • exemple ces conditions : qu'il fût assemblé du quelquefois aussi les événements ultérieurs' consentement de l'empereur ; qu'il le fût dans qu'on ne peut prévoir au moment de l'action' une des villes désignées ci-dessus; qu'il lût font que la postérité taxe d'imprudence une libre; qu'on délierait ceux qui y seraient conduite qui, dans la circonstanee , méritait réunis de leurs obligations et de leurs ser- d'être approuvée coaime l'effet d'une grande ments. Par rapport a la première condition , sagesse. Tout ce qu'il en résulta pour lors quelques-uns disaient que le nonce aurait c'est que les membres de l'assemblée ne iu-^ pu être satisfait de la manière différente dont gèrent pas à propos de rien ajouter à leur la diete parlait du pape et de l'empereur , réponse; mais, ce que Soave ne rapporte pas puisqu elle exigeait que le concile fût assem- l'édit {il est rapporté mot pour mot dans Bzoblé par le pape et qu elle ne demandait que vins, à rannée 1523. au numéro 5) qui fut ouïe simple consentement de l'empereur. Sans blié, selon l'usage, au nom de l'empereur ce consentement, qui donc aurait pu soup- quoiqu'abseiU lors de la dissolution de la çonner que le pape eût jamais convoqué le diète, le 6 mars , contenait des mai'ières de concile, surtout en Allemagne et pour des parler qui , sans révoquer aucun des points affaires qui regardaient l'Allemagne? exprimés dans la réponse, expliquèrent ta-
12. Quant a la liberté, quelqu'un niait-il cilement en faveur du pape quelques-uns que le concile dûtêtre libre? Autre chose est des arti les qui, par leur ambiguïté inauié-
la liberté, et autre chose est la licence et le talent Cheregato. C'est pourquoi ils'n'v parrefus de dépendre de son chef. La diète ne lèrent pas de la dispense des serments et des
que
point un obstacle a ce que chacun put dire que s'ils en faisaient l'objet d'une proposi-
ce quil croyait avantageux a l'Eglise : et tion au pape, ils n'en faisaient pas une con-
c est la un devoir qui, pourvu qu'on le rem- dition absolue. Quant aux peines contre les
plisse avec les conditions requises , ne peut prêtres mariés et les religieux apostats ils
être en opposition avec aucun serment, parlèrent de manière à prouver que leur'in-
D ailleurs, soit pour celte dernière condition, lenlion était bien de voir les princes laïques
soit pour toutes les autres, puisque la diète prêter l'appui du bras séculier aux raagis-
les proposait sous forme de réponse à la Iràts ecclésiastiques.
consultation proposée par le pape, et puis- 15. Le nonce partit, et les mesures dont
quelle commence et termine cet écrit en nous avons parlé contribuèrent peu à répri-
professant pour lui respect et obéissance, mer l'audace des prédicateurs. La raison de
elle ne manifestait pas l'intention de lui lier cela n'est pas celle que donne Soave, savoir •
les mains dans l'exercice de son autorité. que chaque parti interpréta dans le sens qui
13. Quant aux prédicateurs, le nonce de- lui était favorable le décret ambigu qui or-
manda avec raison qu'ils fussent dans une donnait de prêcher la pure vérité évangéli-
Plus étroite dépendance des ordinaires. Pour que, selon l'interprétation approuvée par
les imprimeurs , il demanda qu'on observât l'Eglise. Au contraire, Luther (dans le tom, II
la défense du dernier concile de Latran. de Luther) écrivit au prince saxon que sa
Aleandre avait écrit, a l occasion de cette dé- cause avait été décidée à Nuremberg autre-
tense , qu on avait juge a propos de ne pas ment que dans le ciel, bien que dans auel-^
en faire mention dans le ban imperinl, afin ques-unes de ses lettres circulaires {Sleidan CoNC. DE Trente. I. * {Vingt -trois.)
7i5 HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. 716
ïiv. IV) il ait affecté d'interpréter le décret à elle-même, mais il blâma la manière tumul-
son avantage. Or comment le sens du décret tueuse et inopportune de la mettre au jour,
pouvait-il être l'objet d'un doute, puisque la Ainsi, s'établissant lui-même l'arbitre de ces
diète y faisait proifession d'obéissance à TE- projets, il adopta comme sien ce qui était né
rlise romaine et au pontife, et donnait à la du cerveau d'autrui.
doctrine de Luther le nom d'impiété? Voici 19. Le pape, informé de ces faits, n'avait '
donc la vraie raison de tout cela : ^e la part rien négligé pour guérir celle des parties du
des exécuteurs la même mollesse tjui avait corps qui était le siège principal de la mala^
énervé la vigueur de ledit bien autrement die, et d'où l'infection se communiquait aux
énerfijiquo de Worms, laissa languir encore autres, je veux dire la Saxe. C'est pourquoi
davantage le peu de vie qui animait le faible il avait envoyé au duc un bref' très-étendu et
décret de Nuremberg. ^^6S plus chaleureux (on le trouve dans le
16. Cependant au bout de neuf mois Luther dernier tome des Conciles). Il prenait dans
était sorti de sa retraite et retourné à Wit- cette pièce un langage paternel, grave et plein
tenberg. Il avait avant cette démarche de- de zèle ; il montrait au prince l'énormité de
aux choses de Dieu des raisonnements hu- qui avait accordé, du temps de Grégoire I^», la
mains; qu'il obéissait à un maître, lequel dignité électorale à ses aïeux, pourrécom-
n'avait pas seulement pouvoir sur les corps, pense de leur piété. Il l'exhortait à faire en
comme Frédéric, mais encore sur les âmes ; sorte que la Saxe recouvrât sa gloire antique
que Son Atcsse ne pensait ainsi que parce du temps d'un autre Charles empereur et
qu'elle était encore faible dans la foi, et que d'un autre Adrien pontife. Il lui écrivit en-
le diable avait répandu à Wittenberg une suite un second bref plus spécifié, que devait
îpandu ivraie qui réclamait sa présence. Et là-dessus il s'y rendit sans attendre une nouvelle réponse. 11 chercha ensuite à radoucir l'électeur par d'autres lettres plus soumises (dans le tome II de Luther), ot qui exprimaient plus d lett
lui présenter le nonce lui-même. M n's comme le duc de Saxe ne venait point à Nuremberg, Cheregato le lui envoya en l'accompagnant d'une lettre. Dans ce bref Adrien se plaignait en termes affectueux, mais avec francliise,
parmi les religieux aug . ,., i . ,
croissait chaque jour le mauvais grain, mal- qu on voyait qu il le retenait et le soutenait
gréréioignement de celui qui l'avait semé; dans ses Etats non-seulement après la con-
aussi avaient-ils résolu d'abolir la messe; damnation du pape, mais encore après le
Cette m^^sure parut d'abord fort étrange au ban impérial.
duc, et il chargea cinq de ses docteurs d'exa- 2». Or, afin de se justifier, le duc envoya à
miner l'affaire. Ce furent Carlostad et Mé- Nuremberg, Jean Umet Plucerinz, un de ses.
lanchton, Jonas et deux antres, qui pensaient courtisans, avec des lettres de créance adres-
absolument comme eux. Tous approuvèrent sées au nonce, sous la date du 18 février,
le projet, mais le duc ne se tranquillisa pas avec une autre lettre contenant l'ensemble
encore pour cela. Prenant un parti mitoyen de ses réponses au pape, et avec différentes
touchant la foi, laquelle, non p'us que les autres commissions qu'il devait exposer de
autres vertus théologales, n'admet point de vive voix [Tons ces écrits se trouvent datts les
milieu, il permit de faire le décret ; mais il papiers communiqués par les sieurs Clic-
or.'onna que la grande Eglise qu'il avait fou- regato). Mais le
dée persévérât dans l'antique usage de celé- quand Plucerinz
brer la messe. Or cetétatde choses dura en- lettre du 24 mars, lui fit part des commis-
core deux ans, jusqu'à ce que le poison de sions qu'il avait reçues. Dans celte lettre il
Luther eût gagné tout le corps, et eût pour répondait au reproche de promesse violée
ainsi dire pénétre jusqu'au cœur de Witlen- que, si le cardinal Cajétan se rappelait bien
l^Qj-tr, la chose, l'électeur s'était borné à lui pro-
18. Outre les erreurs dont il a été ques- mettre de faire en sorte que Luther allât le
lion, Carlostad avait ressuscité l'ancien e trouver à Augsbourg, afin d'arranger l'af-
bérésie contre les saintes images. Luther ne faire; qu'après que Luther fut revenu d'Augs-
voulait pas rejeter cette doctrine, parce qu'elle bourg, le duc avait proposé de le chasser
nonce était déjà parti arriva. Celui-ci, par une
était conforme à ses propres sentiments mais il ne voulut pas non plus l'approuver, parce que ce n'était pas lui qui l'avait enseignée, et qu'il ambitionnait la gloire entière d'avoir réformé le christianisme. C'est pourquoi, n'obéissant qu'à sa fougue et à son im-
de ses Etats, mais que Miltiz, qui était venu comme envoyé de Léon X, l'avait prié de l'y retenir, afin qu'il n'allât pas répandre la contagion dans d'autres pays; que le même Miltiz lui avait signifié que le pape avail commis celte affaire à Richard, archevêque
péluosilé ordinaires, il précipita son retour à de Trêves, au jugement duquel Luther se Wittenberg. Là il ne blâma point l'idée en montra disposé à se soumettre; que le du
n'avait jamais défendu Luther et qu'il ne le défendait pas non plus alors, comme il l'avait déclaré dans une lettre écrite au cardinal de saint Georges (celui ci était Raphaël Riario, créature et parent de Sixte IV, et connu en Allemagne par sa légation en Hongrie), et de vive voix à Caraccioli et à Aléandre à Cologne. Il faisait allusion à la réponse qu'il leur donna, quand ils cherchèrent en cette ville à l'attirer au bon parti, et qui est imprimée dans le second volume des OEuvres de Luther : dans cette réponse on retrouve les mêmes allégations au sujet de Milliz , et les autres excuses ; avec cette différence néanmoins qu'à cette époque le Ouc avait prétexté que jusque-là l'empereur ne l'aViiit pas informé que les écrits de Luther méritassent d'être jetés au feu , chose qu'il ne pouvait pas dire mainîenant, après l'édit de Worms. Plucerinz ajouta qu'après le ban impérial, Lulh( r était r«'sté pendant un an éloigné de Witlenberg; et que lorsqu'il y était retourné, il l'avait tait sans que le duc le sûl, et qu'il avait déclaré, comme il le déclarait encore alors, qu'il était prêt à comparaître pour plaider sa cause; qu'ainsi le duc s'était comporté en bon fils, en fils soumis de l'Eglise catholique. Et si quelqu'un voulait contredire cet exposé des faits , il s'engageait à le soutenir en tant que de besoin; qu'il priait le nonce de transmettre ces renseignements à Sa Sainteté, la suppliant de refuser créance à tout rapport désavantageux qui serait fait à l'encontre. Cette lettre fait bien voir que le prince saxon ne s'était pas compromis jusqu'à se déclarer luthérien, puisqu'il cherchait divers moyens de cacher sa désobéissance : car c'est l'ordinaire que les grands changements s'opèrent peu à peu dans les âmes comme dans les corps, et que l'impiété elle-même s'établisse dans le cœur longtemps avant de paraître sur le visage.