‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 308 sur 368 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

cette tempête , non qu'il fût le seul parmi les passagers qui se vît menacé du naufrage quand le vaisseau était en péril , mais parce qu'il en était le pilote; qu'au reste la révolte s'attaquait d'abord à l'autorité spirituelle, parce qu'elle était la plus faible , et par conséquent plus facile à vaincre ; mais qu'elle tournerait ses derniers efforts contre l'autorité temporelle, qui, plus elle était puissante, plus elle pesait à la licence effrénée des perturbateurs. Il ajoutait, et l'événement a confirmé ses prévisions , que si Rome perdait la juridiction ecclésiastique dans les royaumes oii l'hérésie prévaudrait, il était vrai aussi, à ne mesurer les choses que par l'intérêt humain , que les souverains de ces Etals y perdraient encore plus, parce qu'ils seraient dans peu dépouillés de la puissance temporelle. Il protestait , devant Dieu et devant les hommes, qu'il n'avait manqué, ni ne manquerait jamais au devoir de sa charge; mais que si les autres ne lui prêtaient pas l'appui de leur concours, comme ils le devaient, il en serait à la vérité plus affligé que personne à cause de la perte d'un si grand nombre d'âmes qui lui étaient confiées par le Sauveur; que cependant le plus grand dommage retomberait sur ceux qui seraient coupables de celte négligence.

28. Les principaux efforts du pape tendaient à empêcher le mal alors imminent du concile illégitime intimé par la diète. Ils ne furent pas infructueux, car l'empereur s'était également trouvé offensé de ce que, dans la première diète de Nuremberg, ces princes avaient suspendu l'effet du ban impérial, et il s'en était plaint dès lors auprès de quelques députés que les Allemands lui avaient envoyés en Espagne. C'est pourquoi , voyant ensuite qu'ils allaient jusqu'à s'attribuer, en son absence, uni examen aussi important, il écrivit de la ville de Burgos une lettre pleine d'indignation au lieutenant son frère et aux autres ordres de l'Empire. Dans C( tte lettre il leur reprochait d'avoir négligé l'exécution de son décret, d'avoir restreint la défense générale des livres luthériens aux seuls libelles diffamatoires et aux seules images outrageantes, d'avoir décrété la convocation d'un concile général, mesure dont la détermination appartenait au pape et la proposition à lui-même ; mais il le blâmait plus sévèrement encore d'avoir intimé une assemblée, et même un concile profane à Spire pour y discuter les matières de religion, au grand mépris du siège apostolique : or dans tout cela il ne s'exprimait qu'avec les sentiments les plus dévoués pour la foi antique et avec d'horribles exécrations contre la personne et la doctrine de Luther. Il terminait enfin en disant que, pour les satisfaire autant qu'il le pouvait raisonnabiement , il s'emploierait auprès du pape pour que le concile s'assemblât, dans les formes voulues, à Trente, aussitôt qu'il lui serait possible d'y assister, comme il en avait l'intention ; mais, en attendant, il leur enjoignit, sous les peines contenues dans l'édit de Worms, de l'exécuter avec soumission et

de s'abstenir du concile illégitime de Spire. 29. Il envoya celte lettre a son frère , lui enjoignant secrètement ( le iS juillet 1524 ), de la présenter lorsqu'il pourrait prévoir qu'elle produirait l'effet désiré. Mais, dans lo cas où il verrait les ordres de l'Allemagne disposés à la mépriser, il ne la montrerait pas, et il devrait informer le pontife de la nécessité qui le forçait d'adopter ce parti. L'archiduc crut faire pour le mieux en la publiant; mais comme il est plus facile d'empêcher que d'agir, cet ordre ne fut exécuté que dans sa seconde partie, qui concernait l'abandon du concile illégitime ; car, pour la première partie , qui regardait l'édit de Worms, les Allemands alléguèrent l'impossibilité de l'exécution.

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