CHAPITRE XV
Instances que fait auprès du pape le roi d'An-^ gleterre pour l'annulation de son mariage, — Légation du cardinal Campège,
1. Quand le pape sortit du château, il se retira à Orvielte, place très-forte, située à deux journées de Rome. Là il lui arriva des ambassadeurs du roi d'Angleterre, chargés de faire les plus belles offres, mais en même temps d'une demande fort sérieuse. Henri, comme nous l'avons dit, était un second fils. Son frère aîné s'appela le prince Artur. Leur père, qui fut Henri VII, et non Edouard, comme le rapporte Guichardin (dans le livre XVIII), donna pour épouse à Artur Catherine, fille de Ferdinand et d'Isabelle princes catholiques , et sœur puînée d( Jeanne, mère de Charles-Quint. Mais Arlui mourut peu de mois après. Alors le roi d'An gleterre demanda et obtint le consenlemen de Ferdinand , et la dispense du pontift Jules II, pour unir par le mariage la même Catherine à son second fils, Henri, qui succédait pour lors aux droits du fils aîné. L( fiancé mit ensuite ce mariage à exécutioi après la mort de son père. Il en eut plusieur enfants mâles ; mais aucun d'eux ne dépassa la première enfance. Il n'en resta qu'un» fille appelée Marie qui, plus tard, comni
llVRE SECOND.
nous le rapporterons, régna en Angleterre et fut naariée à Philippe II, fils de Charlcs-Quint. Cette même Marie , comme devant succéder immédiatement à son père, reçut de lui le iitre de princesse de Galles, titre qui équivaut dans la Grande-Bretagne à celui de dauphin en France. Dans Catherine, épouse de Henri, J)rillaient toutes les vertus royales et chrétiennes qui peuvent concilier l'amour et la vénération. Tel était l'état de la famille j^oyale.
2. Le roi avait auprès de lui {Voyez Sanderus, de Schismate anglicano; Spondée et au-
I très historiens de ce temps) un homme qui agissait en maître plutôt qu'en ministre ; c'était Thomas Wolsey, dont nous parlons ailleurs. Il était de basse extraction; mais, par la force de son génie et par les artifices les plus subtils, il s'empara de l'esprit du roi et
! du maniement des affaires, et sut parvenir aux premiers rangs. 11 agit si bien que Henri lui donna le pouvoir de grand chancelier et TEglise d'Yorck, un des premiers sièges de l'Angleterre, lui obtint la dignilé de cardi-
j nal, et enfin l'autorité de légat a latere dans
I tout le royaume.
3. Cet homme était comme l'arbitre su- ! prême des délibérations royales : aussi pen- I danl quelque temps Charles-Quint lui prodigua jusqu'à l'excès les marques de déférence et d'honneur dans la forme de ses lettres, parce qu'il attachait le plus haut
I prix à l'alliance des Anglais dans les guerres formidables qu'il soutenait contre la puissance de la France et de ses autres ennemis. Mais avec les besoins diminuèrent aussi les démonstrations excessives : conduite dont Wolsey fut vivement piqué. Ce fut pour cette raison ( si toutefois le bruit public n'est pas une caU-mnie) que Wolsey déploya toute la finesse de son esprit pour inventer quelque moyen et de désunir sans aucun espoir de réconciliation Henri d'avec Charles, et de l'unir à ses ennemis, et de rendre en même temps service au roi et à la nation. Cependant il se souvint que lorsqu'on demanda la dispense pour marier Catherine à Henri, on douta, d'abord du temps d'Alexandre VI et ensuite du temps de Jules II, si le pontife pouvait lever l'empêchement, vu la défense que Dieu fait, dans le Lévitique, au frère de découvrir la turpitude de son frère ; vu aussi la réprimande de Jean-Baptiste à Hérode pour s'être uni à sa belle-sœur.
4. Mais les réponses furent faciles; car (en supposant même l'union charnelle de Catherine etd'Artur, qu'elle niait et que de trèsfortes conjectures ne permettaient pas d'admettre), la réprimande du précurseur fut di-
, rigée contre un prince qui retenait une belle-sœur du vivant de son premier et véritable mari, et la défense du Lévitique ne peut s'entendre en ce sens, puisque dans le Deutéronome il est ordonné au frère de susciter des enfants à son frère mort. Outre <^ela, dans tous les cas, celte seconde loi, comnae postérieure , dérogerait à la première, et montrerait que l'autre n'est pas comprise dans les préceptes naturels et im-
muables , mais dans les préceptes judiciaires qui obligèrent ce peuple seul, et non le peuple chrétien ; que si cela eût été défendu par la nature , le patriarche Juda n'aurait pas chargé son fils Onan d'épouser Thamar, veuve de son frère aîné. Toutefois il y avait eu sur ce point des disputes trèsanimées, dues à la variété des esprits en fait d'opinion et à l'ambition d'embrouiller les difficultés dans les questions les plus faciles, comme aussi de les résoudre dans les questions les plus compliquées. Wolsey prit de là occasion de réveiller la controverse, dans laquelle il espérait trouver alors les docteurs de la nation aussi chauds partisans delà nullité du mariage, pour complaire au roi et pour lui procurer un enfant mâle, et à la patrie un souverain du pays, qu'ils l'avaient été de la validité du mariage lorsque cela était agréable au roi et au royaume, et qu'il s'agissait d'avoir une reine estimée et chérie pour toutes ses qualités. Il espérait ensuite que le roi dans une pareille circonstance penserait à la veuve du duc d'Alençon, sœur du roi François I", et que par ce'moyen il deviendrait tout dévoué aux Français.
5. C'est pourquoi sous l'apparence de scrupule il parla au confesseur du roi de la nullité du présent mariage, et par l'ascendant de son esprit et de sa puissance il lui persuada d'en parler au roi, de concert avec lui.pl obtint ensuite que la question fût trèssecrètement examinée par ordre du roi, et il trouva , comme il arrive toujours, des théologiens et des jurisconsultes qui penchèrent pour ie parti qu'il voulait. Il fit donc entendre à l'évêque de Tarbes, qui peu de temps après fut cardinal et que le roi de France avait alors envoyé demander la princesse de Galles en mariage pour le duc d'Orléans, son second fils , qu'il fallait plutôt mettre en avant la nullité de l'union avec Catherine et proposer le mariage avec la veuve d'Alençon : ce serait là un arrangement plus facile à conclure et qui servirait à désunir d'une manière plus durable le roi d'avec l'empereur.
6. C'est ce que fit l'évêque de Tarbes. Il eu résulta que le roi d'Ang eterre, envoya vers le roi de France, Wolsey (lequel portait communément le nom de Cardinal Eboracensis du nom latin de son Eglise d'ForcA:) avec la mission apparente d'amener ce prince à réunir ses forces aux siennes pour obtenir la délivrance du souverain pontife alors prisonnier ; mais en même temps il lui avait donné l'ordre secret de proposer au roi de France qu'il voulût bien solliciter, de concert avec lui , la déclaration de nullité de son mariage avec Catherine {Sanderus , dans le premier livre du Schisme d'Angleterre; et Sponde , à l'année 1528. num. 8, 9 et lOj, et conclure le mariage de Henri avec Marguerite , duchesse d'Alençon, sœur de François , et non avec Renée, fille de Louis XII, comme prétend Guichar- { din [Dans le livre ^Vlil^déjà cité). |
7. Le cardinal d'Yorck était déjà parti, lorsquesur la route il reçut ordre de remplir,
sanlles secrets de Henri, et doué d'un esprit livre premier) , lui offrait d'entretenir con-
fin il soupçonna ce qui en était; mais il ne stamment auprès de lui, à ses frais, une
fut' plus temps de retenir la (lèche qu'il avait garde.
décochée : elle frappa mortellement et la ré- 10. Comptant donc ainsi sur les bonnes
putation du roi, et les intérêts de la patrie et dispositions du pape, le roi lui fit exposer
sa propre fortune. par ses ambassadeurs, que Sa Majesté n'a-
8. Le roi avait un cœur mou et efféminé ; vait pas la conscience tranquille sur ce ma-
aussi, se laissait-il maîtriser par la conçu- riage, d'après les représentations que lui
piscence. Dans ce temps là, il était éperdu- avaient faites des hommes pieux et des plus
ment épris d'une demoiselle de sa cour, éclairés parmi ses sujels; qu'il aurait bien
nommée Anne , fille de Thomas Boulen , pu faire procéder à la déclaration de nullité
simple chevalier; mais autant elle était par l'ordinaire; mais que, néanmoins, ne
adroite à s'attacher par sa coquetterie un voulant pas qu'aux yeux du public la sen-
amant si haut placé, autant elle était flattée tence parût prononcée par des considéra-
de le voir idolâtre et non maitre de sa per- tions de crainte ou d'adulation, plutôt que de
un autre prix, résolut de l'acheter au prix du iiadème royal. Il engagea François 1" à vouloir bien appuyer sa demande auprès de Clément, ayant soin toutefois de cacher le but auquel il visait; et il donna à ses ambassadeurs des ordres très-pressants pour hâter le succès de cette affaire auprès du souverain pontife. Il espérait tout de la bonne volonté de Clément, et certes, sans témérité : car, parmi les plus puissants princes de la chrétienté, aucun n'avait montré une aftection plus constante ou plus tendre envers le pontificat et envers le pape actuel. Les prédécesseurs de Clément , et Clément lui-même, eurent souvent la guerre, toujours des défiances contre tous les autres, comme intéressés en Italie; mais le monarque anglais, désirant que ses rivaux ne s'agrandissent pas, et exempt de toute rivalité avec le pape sur le temporel, l'avait toujours appuyé de ses bons offices et de ses armes. Ce fut au point que le pontife, dans plusieurs écrits que j'ai vus [Dans les arii^ des du traité de paix conclu avec le viceroi, après la bataille de Pavie), déclara qu'il était étroitement uni à ce prince, et par l'affection et par la reconnaissance. Et même
pontificat de Léon.
11. Quand cette demande parvint à Clément, il n'était pas tout à fait sans s'y attendre (Voyez dans le livre des Lettres des princes , une lettre de Sanga à Gambara, datée du 9 de février 1528), si mes conjectures ne me trompent : car j'ai quelque indice que l'empereur, ayant eu vent des secrets projets du roi, fit supplier le pape par le général des mineurs, dès le temps qu'il était enfermé au château Saint-Ange, de défendre toute action qui tendrait à un tel divorce; et que le pape , aussitôt qu'il fut libre, chargea Gambara, son nonce , auprès de ce monarque, de sonder le fond de cette intrigue.
12. Clément vit bien la difficulté que présentait cette affaire. Cependant, au milieu des embarras où il se trouvait, il n'osa frapper sans ménagement, d'un coup subit, un si grand protecteur et bienfaiteur; mais il promit, en termes très-affectueux, tout ce qui dépendrait de lui pour satisfaire le roi ; et il délégua l'examen de cette affaire à une congrégation composée de cardinaux et de quelques autres savants. Ceux-ci n'approuvèrent point les raisons invoquées pour la nullité, et ne trouvèrent pas à propos que
dans la suite, quand le pape fut prisonnier, la cause fût instruite en Angleterre.
non-seulement le roi, par ses prières et ses protestations soutenues par les armes (1), obtint de Charles sa délivrance, mais encore il l'aida de son argent. A tout cela , il fallait ajouter dans le cœur de Clément la douleur d'une plaie mal fermée encore, à la suite du coup si violent qu'il avait reçu de l'emp'îreur I! semblait que ce serait pour le pontife une raison de se montrer moins opposé aux actes qui pourraient déplaire à
(1) Gaspard Coniarini, ambassadeur de Venise, qui fulensuite cardinal, dans la reialiun desunaiDbassade contenue dans le livre LXIll des instructions pour le concile de Trente, dans les archives du Vatican.
13. Ce second point paraissait étrange aux ambassadeurs. Us apportaient l'exemple de tous les procès dont on abandonne la décision aux juges du pays ; ils disaient qu'on ne devait pas être arrêté par l'appréhension que pourrait avoir la reine de se voir traitée injustement en Angleterre, parce que, selon eux , t lie était si détadiée des choses de ce monde et si appliquée à l'oraison et à la mortification qu'elle entrerail volontiers dans un monastère, afin de n*y \ivre que pour Dieu.
14. Quant à la question de la nullité du mariage, comme les ambassadeurs voyaient bien, par les raisons que la congrégation Veur avait opposées , qu'il était difficile de faire déclarer le mariage nul de droit divin.
puisqu'une telle déclaration aurait renfermé par plusieurs, et spécialement par Soave, un enseignement faux et contraire à la doc- rapporte que Gampège avait reçu une bulle trine des saintes Ecritures et à la décision dans laquelle ce mariage était déclaré nul, portée du temps de Jules II , ils eurent re- qu'il devait la montrer secrètement au roi cours à d'autres moyens, et alléguèrent plu- pour le contenter, mais non en faire usage sieurs vices apparents qui avaient dû rendre sans un ordre exprès du pape {Guichardin, subreptice la réponse du pape. Bien que cha- livre XIX); que celte bulle fut ensuite ap-r cune de ces raisons parût avoir plus de force , portée , en 1529 , à Gampège par un messanéanmoins » comme il n'y avait nul danger ger que le poniife lui envoya tout exprès , et qu'on pût en déduire une doctrine univer- qu'il la brûla, au grand mécontentement de selle, le pape, conformément à l'avis d'une Henri ; mais ce récit, n'étant appuyé ni sur nouvelle réunion de cardinaux et de théolo- Tautorilé, ni sur la vraise«iblance, ne mérite giens, pensa qu'il valait mieux permettre point qu'on y ajoute foi. Il n'est point appuyé 2'Jnslru^re la cause et s'en remettre à la sur l'autorité, parce que Guichardin, qui en conscience des légats, piîisqu*eu supposant est le premier auteur, et qu'on pourrait, plus le consentement de Catherine, il n'en résul- \r<il*ieinblab]prnent que les autres, supposer tait pas de préjudice pour un tiers. li consi- instruit de ce s< crft. se montre fort mai rendérait que dans une affaire semblable les seigné sur toute cette affaire; car non-seulelégats pourraient peut-être, pour l'utilité ment il se trompe en disant que le nouveau générale d'un royaume qui avait si bien mariage de Henri devait avoir lieu avec Remérité de l'Eglise, se flxer pratiquement à née, fille de Louis XII, comme nous l'avons une opinion quelconque, quoique moins observé , mais encore il suppose fomme cerprobable si Ton consultait les raisons spécu- tainela consommation du mariage de Gatheîâtives. rine avec Artur ; et cependant elle a toujours
15. H désigna donc comme légat en Angle- été niée, et dans la dispense elle ne fut expriterre, Gampège, homme qui avait toute la mée qu'avec la particule peMf-e?r<?, pour plus confiance du roi; car, outre les rapports de précaution et pour éloigner toute espècede précédents qu'il avait eus avec ce prince, il doute. 11 affirme également que Catherine et jouissait dans ce royaume des revenus de Henri n'enrent qu'un enfant mâle, tandis l'évéché de Salisbury. Il lui délégua la cause qu'ils en eurent plusieurs. D'un autre côté, en même temps qu'au caidinal d'York : c'est Sanderus et Risthon, écrivains anglais , dont pourquoi il écrivit (rfe Fî7e? 6e, /e 29 jum 1528, les récits ne sont pas moins étendus que dans le 11"^* tome des Lettres des princes) au exacts sur toute cette affaire, ne laissent roi de France que, vu les très-grandes obli- apercevoir nulle part un seul indice d'un ingations qu'il reconnaissait avoir à Henri, il cident si digne d'être rapporté. Ensuite l'inavait résolu de surmonter toutes les difficul- vraisemblance est ici manifeste pour beautés que présentait cette affaire, surtout dès coup de raisons : premièrement, puisque la qu'il voyait que Sa Maje>té en faisait aussi senlence devait être prononcée au nom des comme son affaire personnelle, et qu'il ne légats, était-il convenable que le pape portât pouvait rien refuser à de tels princes. Il les lui-même la décision par une bulle? Setonpriait donc de lui procurer, par reconnais- dément, comment cette bulle pouvait-elle sance, le recouvrement des villes que les être antérieure à la procédure et à l'audition Vénitiens lui avaient enlevées dans ses ré- delà partie adverse, sans être par cela njême cents malheurs. injuste et nulle ? Troisièmement, n'attt ignait-
16. Clément donna trois commissions à on pas mieux le même but, en chargeant C'^mpège {Sanderus, dans le I" livre, et la le cardinal Gampège, dans une instruction lettre de Sanga» secrétaire du pape, que nous particulière qu'il aurait dû montrer au roi, citerons par la suite) : la première était d'em- de prononcer en ce sens ? En quatrième lieu, ployer tous ses efforts pour rétablir la con- la circonspection naturelle de Clément ne corde entre les deux époux : ce qui montre permet pas de croire qu'il se soit déterminé que le pontife ne désirait pas de se venger sans nécessité à signer et à expédier une contre l'empereur, comme l'ont écrit quel- bulle de si haute importance, et surtout à la ques-uns de ces historiens [Paul Jove, dans laisser voir au roi ; car ce prince , par arti- /e Vll*« livre) qui , ignorant les secrets de la fice, ou par violence, pouvait faire obtenir vérité,racontentcequi trouve plutôt créance qu'elle fût remise entre ses mains, et arriver auprès du peuple; et le peuple suppose dans tout d'un coup à un but si désiré, en coutous les hommes les bas et vulgaires senti- vrant le pape de confusion et d'infamie, ments qu'il reconnaît en lui-même. La se- Enfin, je vois qu'après que Gampège eut conde commission, confiée à Gampège , était, quitté cette légation , il y eut , entre lui et ie dans le cas où la reconciliation n'aurait pas roi Henri, des correspondances amicales et lieu, de persuader à la reine d'entrer dans confidentielles sur dautres objets : ce qui ne un cloître, au moins pour assurer sa vie. fût pas arrivé, si Henri avait encontre lui Mais, si l'on n'obtenait ni l'une ni l'autre un pareil sujet de mécontement.
de ces deux choses , la troisième recomman- 18. Néanmoins Soave mérite quelque exdation était de traîner l'affaire en longueur, cuse, en ce que, fidèle à son système de déen attendant les heureux résultats que le nigrer le pape, il a suivi le témoignage d'autemps amène avec lui, et de ne jamais pren- teurs non méprisables. Mais i! mérite encore dre le rôle de juger dans le for contentieux, plus d'être loué pour sa modération singu-
17. Je sais que Guichardin , suivi ensuite lière à l'égard de Henri, qui, pour la double
HISTOIRE DU CONCILE DE TREiN TE. 75G
^honte d'un tel divorce et d'un si ignoble ma- devait l'attribuer ou au ressentiment ou à la • riaee a été flétri par tous les autres, et n'a cupidité. Il aurait réellement mieux aimé été épargné que par lui seul. Cet auteur est (Lettre en chiffres de SangaàArcelh , nonce si Drodilue d'invectives contre le pape et les à Naples, datée du 16 mai 1529 , dans le tome catholiques, qu'il ne lui en reste pas une II des Lettres des princes) se maintenir dans drachme pour l'employer contre les héréti- une neutralité parfaite, qu'il regardait comnae nues ou les schismatiques. Autrement il se- ^e moyen le pius approprié au caractère de rait étrange que parmi les motifs vrais( m- pacificateur, et c'est ce qui , dans le prinblables qu'eut le roi de désirer la dissolution cipe, parut aussi être approuve de 1 empede son premier mariage, il ne compte pas reur. C'est aussi en ce sens ,qu étant a Ormême la passion de ce prince pour Anne de viette {le 9 février de l an 1528. dans le même Boulen. Que Soave passe sous silence l'opi- livre), il répondit d'un cote a Longueval, qui nion répandue qu'elle était fille du roi lui- le pressait de s'unir à la France et al Anglemême, ce n'est pas une grande affaire. Je ne terre ; et de Vautre au nonce de Naples (dans veux pas non plus lui reprocher de ne point la lettre en chiffres a Arcellt , deja citée), qui parler de la prétendue affinité au premier lui faisait des propositions au nom du viccdegré entre elle et le roi à cause du corn- roi. Mais ses résolutions étaient bien arnierce illicite qu'il aurait eu précédemment rêtées sur deux points : l'un de recouvrer les avec sa sœur, bien que Sanderus en parle, et terres que le siège apostolique avait perdues que, même en reproduisant les témoignages dans ces troubles , l'autre d'obtenir en Italie des cardinaux Polus et Cajétan, il prouve une paix fondée sur la justice. G est pourquoi qu'il obtint du pape une dispense occulte de il avait résolu de s'unir al un des partis, des cet empêchement. Mais qu'un écrivain qui, que cela serait nécessaire pour arriver a ce semblable aux mouches, se jette toujours double but , et il s'en expliqua suttisamment sur les ordures et les choses les plus infec- avec les uns et les autres. Mais d un cote les, ne lui fussent-elles présentées qu'en l'empereur, le 3 août 1527, au moment ou il peinture, passe sous silence les déborde- avait ordonné de mettre le pape en liberté, ments de honteuses passions, capables de l'avait en même temps invité (Le/^rerfc ^awiya révolter même les hérétiques, c'est dans sa à Gambara, nonce en Angleterre , datée d Orplume une héroïque modération, alors qu'on vielte, 9 février 1528, dans le livre 11 dn voit dans la bibliothèque du Vatican les let- Lettres des princes) à se rendre a barcelone, très de Henri à son amante, et dans ces lettres lui faisant mille promesses de 1 établir arbila misérable passion d'un roi devenu esclave. Ire suprême de tous ; et aussitôt qu il apprit On ne peut pas même attribuer ce silence de qu'il était libre, il l'en félicita par les lettres Soave à ses ménagements pour Jacques, roi les plus humbles, écrites de sa propre main d'Angleterre, auquel il a voulu que son livre (de Burgos, sous la date du 26 novembre lop, fût dédié : car Jacques était fils de la reine dans le même livre). Il l'assurait qu autant il Marie Stuart, qui fut cruellement décapitée avait été affligé de la détention de Sa Sainte e, par ordre d'Elisabeth, issue de ce mariage : qui était arrivée sans qu'il y eut de sa faute, et ainsi ce n'était là pour lui qu'un souvenir autant il était content de sa dehvrance, qui odieux. C'est pourquoi nous sommes forcés avait lieu maintenant par son ordre. H lui de conclure que la révolte contre l'autorité promettait aussi d'employer toutes ses forces du pape obtient auprès de Soave la même pour le rétablissement et l'exa tation de prérogative que le martyre auprès de Dieu : Sa Sainteté et du siège apostolique plus elle efl*ace entièrement la tache et la peine de que pour ses propres intéiêts, comme le lui toute espèce de faute. expliqueraitlonguement une personne agréa-
ble à Sa Sainteté, qu'il lui enverrait exprès. CHAPITRE XVI. Cependant il la suppliait de ne pas se laisser
prévenir par les mauvais rapports d'hommes. Nouvelle union entre le pape et Vempereur. passionnés. Conformément à ces ouvertures,
les mêmes promesses lui furent ensuite con-
1. Reprenons l'ordre des faits. Il n'entrait firméos d'une manière encore plus énergique
en aucune sorte dans le caractère de Clé- par le général de l'ordre de Saint-François.
ment de paraître l'auteur de cette sentence j)'un autre côté, il ne trouva pas le même
déshonorante pour une tante de Charles- empressement dans le parti opposé. Aussi
Quint, parce qu'il connaissait bien cette Sanga, son secrétaire (Dan.« une lettre com-
maxime générale : qu'on ne doit jamais por- mmcant par ces mots : je n'ai pas de lettres;
ter l'inimitié jusqu'au point de ne pouvoir ^^^^ /g cotume II des Lettres des princes),
plus être ami. D'ailleurs dans ce temps-là écrivit à Campège , légal en Angleterre, qu'
même l'empereur témoignait le désir de se le pontife voyant quelles confédérés ne s'in-
lier d'amitié avec le pape, afin d'effacer la quiétaient nullement de faire restituer à Tl--
tache qui demeurait empreinte sur lui aux gU^g les villes qui lui avaient été enlevées
yeux de la chrétienté. Il ne rencontra au- dans la Romagne par les Vénitiens, ainsi qut'
cune opposition de la part de Clément, dans Modène et Reggio, qui étaient retenues par
l'âme duquel les considérations de la pru- \q duc de Ferrare, était forcé de sortir de la
dence avaient plus d'empire que les impres- neutralité dans laquelle il s'était renferme
Français à faire rentrer le pape en posses- 5. En conséquence, il envoya, dès le com-
sion des villes qui lui avaient été enlevées , mencement de mai {Lettre écrite de la main
sans quoi il serait obligé de se jeter dans les du pape à V empereur dans le deuxième volume
bras des impériaux. des Lettres des princes , sous la date du 7
2. Mais le roi de France, dont les armes mm 1529), à Barcelone, François Schiedo de avaient été malheureuses dans rexpédilion Viconce, évéque de Vaison, son majordome, de Naples , ne voulait point déplaire à ces en qui il avait une très-grande confiance, princes et n'avait qu'un seul but, celui de pour traiter avec l'empereur. Peu de temps recouvrer ses enfants. Le pape n'avait pas après, c'est-à-dire le 20 juin , l'alliance fut oublié ce qu'il lui en avait coûté pour s'être conclue sous la condition que les impériaux laissé prévenir par les Français, lorsque pré- rendraient tout ce qu'ils avaient en leur poscédemment ils avaient fait la paix avec l'cm- session de terres de l'Etat ecclésiastique, et pereur, et il se hâta de conclure; d'autant avec la promesse de faire recouvrer au pape plus qu'à consulter les intérêts de la religion, {Guichardin, dans le livre XIX') les villes il voyait le scandale que donnaient aux hé- de la Romagne, ainsi que Modène, Roggio et rétiques de l'Allemagne et l'audace que leur Rubiera : mais de ces recouvrements au inspiraient ses dissensions avec l'empereur, profit de l'Eglise, les deux premiers seulcrunique soutien de la foi et de l'Eglise dans ment eurent lieu, et non les trois derniers, ces provinces. Il était aussi puissamment dé- Quant à Milan, on convint de soumettre terminé par la forme des ordres absolus et la cause à un juge non suspect. Que si Ton indépendants de tout pacte que le général trouvait François innocent, il rentrerait dans des mineurs (1) avait apportés d'Espagne, sa principauté; sinon, on disposerait de cet Ces ordres enjoignaient de rendre au pape Etat de l'avis et du consentement du pape, et les forteresses et les otages qui avaient à la satisfaction de l'Italie.
été mis entre les mains des impériaux 6. L'empereur et son frère (devenu roi,
(Lettre de Jacques Salviati, nonce d'Espagne f mais non paisible possesseur de la Hongrie
datée du mois de février, dans le tome II des et de la Bohême, par la mort, sans enfants.
Lettres des princes) lors de la délivrance du du roi Louis , dont il avait épousé la sœur)
château Saint-Ange. L'empereur faisait en- prirent l'engagement de mettre en œuvre
xore d'autres démonstrations pleines de bien- tous les moyens , même la force, pour rame-
veillance. ner les hérétiques à la soumission envers l'E-
3. Le pontife tourna donc toutes ses vues glise {Voyez Sleidan dans le sixième livre, à vers une alliance avec l'empereur. Cette Vannée 1528). Le pontife s'engagea de son alliance n'était point préjudiciable au repos côté à faire usage des remèdes spirituels (1), et à l'état de l'Italie, parce que Charles sau- et à s'employer pour que les autres princes vait mieux sa dignité en accordant quelque chrétiens prétassent aussi leur concours. Le indulgence à Sforza, en faveur du pontife pape promit encore à l'empereur beaucoup intervenant comme père commun, que s'il de faveurs non préjudiciables aux autres l'eût fait en faveur des autres princes ses princes, comme des croisades et des dé^ rivaux. cimes.
4. C'est donc à tort que Soave accuse Clé- 7. Je ne veux pas omettre de dire ici ce ment de deux fautes. La première serait que qui concerne les Florentins : ils avaient, l'année précédente il aurait trompé le monde pendant les malheurs de Clément, chassé ses en feignant de vouloir la paix et provisoire- parents et mutilé, par haine, ses images et ment la neutralité; car dès le commence- celles de Léon {Guichardin, dans ledix-neu" ment le pape fit aux deux partis des ré- vième livre, et plus au long Paul Jove) ; ils ponses identiques et en harmonie avec sa continuaient encore alors ces démonstrations conduite subséquente, comme le prouvent hostiles, en déposant Nicolas Caponi, gonfaies pièces mentionnées ci-dessus et les mé- lonier plein de sagesse, et en lui substituant moires de l'époque. La seconde faute serait François Carduc, homme indigne de ce titre, d'avoir préféré l'amitié de l'empereur, parce uniquement parce que le premier, pour le qu'il aurait espéré de lui ce qu'il n'espérait bien de la patrie, usait de procédés pleins de pas des Français, savoir, que ce prince l'ai- douceur envers le pape et ses amis. Cette derait à soumettre les Florentins ; et cepen- conduite irrita Clément au point qu'il crut dant nous voyons que dans les conditions convenable de rétablir sa famille dans on qu'il proposa a Longueval pour s'allier avec ancienne position. L'empereur s'engagea à la France et l'Angleterre, dans le cas où l'aider de ses armes dans cette entreprise; l'empereur s'opposerait à une paix juste et et afin de se lier à lui plus étroitement , il générale, il est bien parlé de réintégrer TEtat proniit en marfage à Alexandre, petit-fi!s nade l'Eglise, mais point du tout de soumettre lurel d'un cousin de Clément, Marguerite, sa Florence. Ainsi tout homme qui ne veut fille naturelle , avec une riche dot. Ce fait
'point faire de mauvais sophismes peut con- peut donner lieu à deux remarques impor-
clure que la première chose et non la se- tantes.
conde, fut le principal objet dans Tintention La première, c'est que les Florentins, pour
du pape. s'être deux fois séparés des pontifes , perdi-
.0) Quelques-uns prétendent qu'il était alors car- (1) Le 25 juin, comme on le voit dans le livre inli-
dinal ; mais le contraire est prouvé par Wadinir, à liilé : tnpilula Nicolnt V^ Leonis X , Clemenlis Vlif
Vannée 1528, dans le numéro 1 ei dans les suivants, dans les archives du Vatic9.n«
rent deux fois la liberté. Une première fois d'abord, lorsqu'ils s'unirent aux ennemis de Jules II , et qu'ils reçurent le conciliabule de Pisf» : pour les en punir, Jul<^s établit son légal le cardinal Jean de Médicis ( Paul Jove^ dans la Vie de Léon X), alors banni de F orence avec toute sa famille. Par là il éleva devant lui les degrés par où il devait monter au pontificat : et ce fut ainsi que les Florentins rc^nlrèrent sous l'ancienne domination des Médicis. La second^ fois, ce fut dans les circonstances dont nous venons de parler. Ensuite, décela les Florentins prirent le parti désespéré de se révolter ouvertement contre l'empereur et de se liguer avec le roi de France. Mais au traité de Cambrai ils furent abandonnés par ce prince qui céda au désir de recouvrer ses enfants, et ils n'offrirent plus qu'une proie facile aux armes réunies du pontife et de l'empereur. Ces deux princes voyant qu'il n'y avait aucune sûreté pour eux à leur laisser une portion quelconque de liberté, les en privèrent entièrement. Que si les Florentins n'eussent pas foulé aux pieds le pape dans ses malheurs, et s'ils eussent attendu, pour se soulever contre les Médicis, la mort de Clément, ils auraient eu bon marché d'Alexandre et d'Hippolyte, hommes peu capables.
8. L'autre remarque a pour objet la conduite de Clément : il avait agi en cela d'une manière peu édifiante ; il avait obéi à un ressentiment excusable peut-être , mais non louable : il avait voulu élever sa famille sur les ruines mêmes de la patrie; et les fruits qu'il recueillit de cette conduite furent des haines entre tous les membres de sa famille, le meurtre d'Alexandre et la ruine totale de la branche à laquelle il appartenait; car après sa mort, les Florentins, par un libre choix , déférèrent l'autorité à une autre branche des Médicis qui, vivant dans une fortune privée, était innocente des calamités de la patrie.