CHAPITRE XIII
Un nonce du pape et un ambassadeur de l'empereur vont en Allemagne pour convenir des conditions du concile, réponse des princes protestants.
1. Pour mettre les moments à profit, et hâter la conclusion , pendant qu'on attendait la réponse de tous les princes, le pape s'occupa de l'autre détermination prise dans le conseil, et qui était d'envoyer un nonce. Il envoya donc Hugues Rangone (1), évêque de Reggio et son secrétaire, avec des brefs adressés au roi Ferdinand, et aux princes catholiques, sous la date du 20 février 1533. En même temps, il envoya en qualité de nonce, auprès des rois de France et d'Angleterre, Ubaldino Ubaldini , son camérier secret , et il lui confia des brefs signés le même jour (Ces brefs se trouvent aussi parmi ceux de Clément). Ces nonces avaient mission de chercher à régler avec ces princes les circonstances du concile à convoquer. L'instruction donnée à Rangone, et d'après laquelle Ubaldini devait également agir, portait qu'il eût à proposer huit articles qui paraissaient convenables et nécessaires.
2. Le concile, était-il dit, sera libre, et sera célébré en la forme usitée dans l'Eglise dès l'origine des conciles universels.
Ceux qui devront y assister promettront de se soumettre aux décrets du concile.
Ceux qui seront légitimement empêchés d'y assister, enverront leurs procureurs dûment autorisés.
(I) Los inslruciinns données à Rnngone el aux autres nonces dépéchés en celte occasion, se trouvent d:ins un volume de la bibH()tljèf|ue valicane. Dans ce volume el dans un autre se trouvent au<i?j difleieules Icures, brefs et écrits de Clément \\h toucUâiU le concile, qui seront cités ci -après.
En attendant rion ne sera innové dans les controverses de foi en Allemagne.
Le lieu du concile doit être déterminé, sans quoi tous les préparatifs deviendraient inutiles. En conséquence le pape propose Mantoue, Bologne et Plaisance, villes dont chacune est sûre, assez spacieuse, bien pourvue et salubre ; elles sont d'ailleurs plus voisines de l'Allemagne que des autres nations d'au delà des monts qui auront à s'y réunir.
Que si quelque prince de la chrétienté, sans cause légitime, veut faire défaut à une œuvre aussi sainte, on ne laissera pas pour cela de l'entreprendre et de la poursuivre avec la portion la plus saine des membres de l'Eglise qui voudront y concourir.
Que si quelqu'un lente de troubler cette sainte assemblée, ou de violer ensuite ses décrets, les autres aideront de toutes leurs forces le souverain pontife en faveur du concile.
Six mois après que le souverain pontife aura reçu une réponse favorable sur les articles mentionnés ci-dessus, il convoquera le concile pour qu'il ait lieu au bout d'un an. Ce délai est nécessaire pour faire les préparatifs indispensables dans la ville qui aura été choisie, et pour que les personnages convoqués puissent s'y rendre de pays situés à une si grande dislance.
3. Au nonce Rangone, l'empereur adjoignit comme son ambassadeur Lambert de Briard, président du conseil de Flandre, avec Ordre de recevoir ses instructions du roi des Romains, touchant la voie la plus convenable pour traiter cette affaire. Il devait aussi observer l'état de rAllemagne, et s'assurer si les esprits étaient disposés à la soumission, ou par voie de conciliation, ou par tout autre moyen ; il devait enfin faire son
né de partialité, puisqu'il croyait avoir quelque sujet de se défier de lui, à raison des nouveaux liens qui rattachaieiU à laFrance. 4. Après les instructions viécessaires reçues de Ferdinand, les deux ministres se concertèrent pour tenter les premières démarches auprès de Jean-Frédéric, qui avait succédé à son père dans l'éleclorat de Saxe, et qui pouvait être considéré comme le chef des protestants; ils s'abouchèrent avec lui le 2 juin à Weimar, l'une de ses terres, en ïhuringe.Lorsqu'il eut entendu les propositions, il demanda du temps pour répondre ; et le nonce loua cette conduite comme étant celle de la prudence dans les graves délibéralions. Soave fait là-dessus un commentaire d'une insipide malignité : il dit que le nonce ne put s'empêcher de manifester par ce compliment le plaisir que lui causait l'espérance conçue de voir la négociation traîner en longueur, ainsi que le pape le désirait; mais que bientôt après il demeura désappointe lorsque les luthériens prirent une détermination précise.
En premier lieu, néanmoins, quoi de plus ordinaire chez les princes que de répondre à une première proposition, même dans les moindres affaires, qu'ils y penseront avant de s'obliger par un consentement absolu et irrévocable? Ainsi il ne pouvait y avoir là rien d'imprévu, ni qui fît pressentir des longueurs inusitées.
Secondement, quoi de plus ordinaire dans un nouvel ambassadeur que de se concilier la bienveillance du prince avec lequel il traite, en le louant dans la première occasion qui s'en présente à lui?
En troisième lieu, ne sait-on pas combien Jean-Frédéric était endurci dans l'hérésie, et combien il était opposé à toute espèce de concile qui serait célébré selon le rit catho
pourraient proposer , afin qu'ils ne se van lassent pas ensuite, comme il étaitarrivéd'autres fois, qu'il leur était facile d'obtenir k consentement et la tolérance touchant les points les plus essentiels et les plus graves en matière de foi et de commandement de. l'Eglise.
Que si on venait à parler de concile national, il devait représenter que ce moyen serait : inefficace, à défaut d autorité dans les juges pour décider ; violent, parce qu'il serait employé contre le gré du souverain pontife, et sans le concours des autres pays chrétiens, qui y avaient un intérêt commun; dangereux enfin, par les raisons données ci-dessos [Cliqp. IX, de ce même livre). Quant aux griefs des Allemands contre Rome, il devait déclarer que le pape y avait déjà rernédîé en partie, et qu'il voulait être mieux informé afin de statuer cojivenablement sur le reste. Certes l'empereur pouvait-il faire de plus authentiques démonstrations en faveur de dénient et pour rendre hommage à ses bonnes dispositions touchant le concile, dans un temps où il ne pouvait être soupçon-
indécis et par conséquent moins ferme dans cette opposition si nettement professée iusque-là?
En quatrième lieu, si le nonce désirait traîner les choses en longueur, par la mémo raison il devait plutôt désirer le rejet pur et simple do ses offres: parla le pontife eût été délivré de la sollicitude du concilo, et en même temps il eût été justifié, puisqu'il ne tenait pas à lui de le convoquer. Certes, si la supposition de Soave eût été fondée, le refus net que reçut le nonce aurait dû, en rendant le retard certain, augmenter sa joie, et non pas l'éteindre en faisant évanouir ses espérances, comme il se le figure. Mais la malignité de cet homme est si' fréquente et i;j manifeste, que je crains, par les remarques multipliées que j'en fais, de fatiguer les yeux du lecteur, autant que je fatigue ma pliime. Néanmoins la réputation qu'il a usurpée, au grand préjudice de la foi catholique, exige que je me résigne à rendre mon style ennuyeux pour ne pay rendre la réfutation incomplète : j'écris pour le succès réel , non pour l'applaudissement.
MVRE TUOISIKMC.
5. Mais reprenons le fil de notre récit : L'électeur dit ensuite qu'il vouîaft demander à cet égard l'avis des autres princes protestants. Ceux-ci se réunirent donc avec lui à Smalkalde pour tenir conseil touchant la réponse adonner; après délibération, il la donna au nom de tous, et par écrit, le dernier jour de juillet. Voici quelle fut en substance cette réponse. Outre les imputations générales contre le siège de Rome, qu'ils accusaient d'avoir défiguré la religion par des rites et des définitions contraires à rÈcriturc, ils dirent qu'ils ne pouvaient consentir ni au premier, ni au second article, parce que d'une part il y était dit que le concile devait être libre, et que d'autre part on voulait qu'il fût soumis à l'autorité du pontife, avec obligation de lui obéir. Ce fut là une étrange excuse : cardans le texte des articles en question, et que nous avons donné plus haut, le pontife romain n'est pas même nommé; il y est ditseuicment que le concile devra être célébré selon la forme usitée dans VEglise dès Vorigine des conciles universels; et ces dernières paroles, qui justifient si bien la proposition, sont omises parSoave. 11 n'était nuliement question d'obliger à l'obéissance envers le pape, mais envers k concile.
6. Ils répondaient ensuite que dans les conciles célébrés depuis longtemps jusqu'à celle époque, on s'était écarté de la forme suivie dans les premiers conciles de l'Eglise, les papes s'arrogeant uno autorité illégitime et introduisant ainsi des abus et des doctrines contre la parole de Dieu. En conséquence, ils voulaient un concile où l'Ecriture prévalût, et ne fût pas subordonnée à l'autorité des papes et des scolastiques. Nous nous étonnons que Soave, qui rapporte cette réponse comme juste, n'en voie pas la faiblesse. Qu'ils trouvent donc un concile œcuménique dans lequel ils puissent montrer que les papes n'exercèrent aucune autorité; comme au contraire le pape en produit un si grand nombre pour lesquels eux-mêmes n'osent révoquer la chose en doute. Ce sont d'abord tou'S les conciles occidentaux célébrés, je ne dirai pas dans le palais deLatran, mais en France, en Allemagne, sous les plus puissants rois et empereurs , et avec le concours de tant de prélats des plus illustres et des plus zélés : auraient-ils jamais consenti tous ensemble à ce que l'évêque deRome exerçât sur l'Eglise universelle une tyrannie nouvelle et usurpée? d'autant plus qu'ils n'y étaient contraints ni par la force, ni par la crainte des armes. Or eût-il été possible qu'une usurpation si imprévue, dans le premier concile où elle aurait eu lieu, ne soulevât aucune réclamation, et qu'il ne demeurât d'un fait si mémorable aucune trace dans aucune histoire? D'ailleurs, cette haute di rection des papes apparaît manifeste dans les premiers conciles d'Orient, dont la mémoire s'est fidèlement conservée; on le voit par la dépendance que professe celui ù'Ephèse à l'égard de Célestin, et celui de Chalccdoine à l'égard de Léon. Lors donc que les pro- ^estants rejetaient un artide conçu en des
termes aussi faciles à justifier, et qu'ils objectaient qu'il était la liberté au concile en ie soumettant au pape, ils avouaient évidemment par là, quoique sans le vouloir, que l'usage le plus ancien dans l'Eglise, non pas depuis longtemps seulement, mais même dès les premiers conciles universels, fut que le pape y présidât.
7. De plus, exiger que l'Ecriture fût préférée aux définitions des papes et aux doctrines des scolastiques, c'était présupposer qu'entre celle-là et celles-ci il y avait opposition : et dans ce cas, qui doute que celle-là dût prévaloir? Si le pape enseignait contrairement à l'Ecriture, il cesserait d'être pape, et les scolastiques, qui en feraient autant, n'auraient plu-s de crédit comme scolastiques ; et lui (a eux ne sont cités dans les conciles que commo interprètes de l'Ecriture dans les endroits obscurs : lui comme infaillible, eux comme faillibles. J'ai dit dans les endroits obscurs, parce que, pour les interprétations évidentes et non susceptibles de divers sens, on ne demande ni n'assemble de concile, comme nous le montre l'exemple de tous les conciles célébrés dans TEglise, à commencer par celui des apôtres. Mais sous cette manière apparente de parler, les luthériens voulaient que dans les textes non évidents de l'Ecriture on préférât les explications de leur fantaisie, et aux déclarations du légitime interprèle établi de Dieu, et à tous les commentaires que les saints docteurs nous ont donnés avec le secours de ses lumières spéciales; or ce sont eux finalement qui forment le sentiment universel de l'Eglise. Ainsi la prétention desproteslants était celle d'un plaideur qui dirait : Je venue que dans la décision de ma cause la raison remporte sur la loi et sur V opinion des docteurs. Car il est bien certain que toute loi qui contredirait la raison, n'aurait par là même aucune valeur, et le sentiment des docteurs, dans la môme supposition, aurait encore moins d'autorité. Aussi, dans tous les cas où la raison se manifeste avec évidence, on ne recherche plus d'autre loi, ni d'autre docteur que la lumière gravée dans les cœurs par la nature. Mais comme il arrive que dans les matières morales la raison demeure obscure la plupart du temps , c'est pour cela que le soin de la rechercher et le pouvoir de la faire connaître ont été confiés à la sagesse des législateurs. Or, comme la loi elle-même est parfois obscure, et qu'elle est mieux comprise par des docteurs intelligents et consommes, qu'elle ne le serait par les magistrats ordinaires dont il faut pourvoir un si grand nombre de tribunaux, voilà pourquoi, afin de s'écarter le moins possible de la loi et de la raison, l'usage s'est introduit pour les magistrats de préférer dans leurs sentences l'opinion des docteurs illustres à leur propre jugement.
8. Les prolestants concluaient que si le pape voulait tenir un concile en la foruje accoutumée, ils ne refuseraient pas d'y assister, pourvu qu'ils y fussent appelés avec des sûretés suffisantes (par Gi?tte ccHtdition ils en-
Î31 HISTOIRE DU CONCILE i)E TRKNTE. g52
tendaient entre autres choses que le concile l'empereur qui engagea le pape à presser le
fût assemblé en Allemagne), et pourvu que dénouement, et qui, voulant ainsi lui faire
cette démarche leur parût de nature à pro- comprendre la vanité de ses espérances, n'en
curer la gloire de Dieu; mais ils voulaient fit que hâter la réalisation. Et dans le vrai,
conserver la liberté d'en accepter ou. rejeter le pape ne s'étant point distingué jusque-là
les décrets, selon qu'ils les reconnaîtraient par cette indépendance des liens du sang qui
conformes ou contraires à la parole divine, convenait à la sainteté de son état, il ne
Ce qui signifiaiten réalité qu'ils assisteraient trouvait plus d'excuse pour refuser une pa-
au concile pour le censurer et le juger, non reille alliance avec la France sans exciter
pour y procurer l'unité de l'Eglise, en la re- toute l'indignation du roi, dont la bienveil-
connaissant pour juge légitime des divisions lance était si nécessaire dans les circon-
présentes. stances actuelles pour les affaires de la
CHAPITRE XIV religion. Ainsi tout homme sincère devait reconnaître qu'une fois supposés des antécé-
terre. plus haute spiritualité; mais si la conduite
du pape eut pour mobile l'ambition, à quoi
1. Le roi François I" ne cessait de renou- bon chercher un autre mobile dans sa déveler ses instances pour obtenir du pape une fiance à l'égard de Charles V. Ainsi Soave entrevue, et Clément ne pouvait refuser cette pour le noircir de deux vices à la fois' se entrevue sans manifester un excès d'estime contredit lui-même, et perd dès lors toute ou d'affection pour l'empereur; par là il au- créance. Pour ce qui est ensuite du vovaee rait donné à croire qu'il le traitait non pas en France, il est évident, par les relations seulement comme son fils aîné, mais comme des historiens et par les effets manifestes son fils unique, d'où il aurait pu résulter que dans cette entrevue le pontife ne chercha qu'à son tour le roi de France ne reconnût que les intérêts de l'Eglise, qui étaient liés pas en lui un père, au grand détriment de la avec ceux de l'empereur lui-même. Se prochose publique {Guichardin, livreXX). Or le posait-il autre chose lorsqu'il cherchait par duc de Savoie ayant refusé de mettre à la l'entremise de François, à calmer les 'prodisposition de ces princes la forteresse de testants d'Allemagne* et à détourner le roi Nice, le pape jugea à propos de se rendre d'Angleterre de répudier la tante de Charles? par mer à Marseille, et y arriva le 12 octobre Du reste, non-seulement le pape ne se liirua (Journal cité par les Lodovisi) ; peu après, point avec le roi, ainsi que le soutient hardiil y fit venir la jeune Catherine, à la demande ment Soave contre les témoignages incontesdu roi. Cette princesse, peu d'années aupa- tables que nous avons produits 7 c/«w.v le charavant, dans les guerres civiles de Florence, piire 12) ; mais il ne voulut même pas que le
9) de France, qui échut à son mari parla mort 3. Il est très-vrai que le roi n'épargna
presque ausoiu uuvivaniae ses iroisnis, qui reuscs instances ; mais celui-là se trompe
régnèrent successivement. qui se persuade que les rebelles , qu-ind if"
2. Soave donne pour motif de la conclusion invoquent un prince étranger comme pro
de ce mariage les défiances que le pape avait lecteur, veulent pour lui comr.lairp uxc^Lvp dernièrement conçues contre l'empereur.
de son frère aîné, mais à exercer un pouvoir point auprès des protestants les plus chaleu-
prcsque absolu du vivant de ses trois fils, qui reuscs instances ; mais celui-là se trompe
" "" " * : . qj^j g^ persuade que les rebelles , qunnd ils
invoquent un prince étranger comme protecteur, veulent pour lui complaire modérci
„.-..^. „ „ .„ ...... leur insolence. Et certes s'ils étaient dispo-
prmcipalement a 1 occasion du concile; et il ses a soumettre leurs passions à une volonté
n'attribue le voyage en France qu'au désir supérieure, ils obéiraient à celle dont ils
ambitieux de négocier cette affaire. Cepen- étaient accoutumes à suivre les lois- ce «ui '
dant, pour ce qui est du mariage, il a été est toujours plus facile à la nature humaine,
démontre que déjà, quatre ans auparavant, que de se soumettre au joug nouveau d'un
lorsque Clément et Charles, pleins de con- étranger : c'est ce que les Flamands révoltés
fiance l'un pour l'autre, vinrent une première nous ont bien prouvé depuis par leur con-
fois à Bologne, lepape communiqua ce projet duite tantôt avec d'Alencon, tantôt avec l'é-
à Tempereur, et en obtint l'approbation. De- lecteur palatin Casimir,*tantôt avec l'archi-
puis, à Bruxelles, par l'intermédiaire du duc Matthias.
nonce Aléandre, le pape renouvela la même k. François s'employa plus longuement et
politesse, et il reçut la même réponse, deux avec un peu plus d'espérance de succès pour
ans avant la conclusion de l'affaire, et par retenir sur la pente du précipice le roi d'An- ;
conséquent .avant la diète de Ratisbonne, gleterre. Il y a ici une chose qui mérite \
avant la paix de Nuremberg, avant la de- d'être pesée mûrement : c'est que si le oon-
mande d u n concile, avant le manifeste en lifo . tout adonné aux inlérêls mondains,
avcur du duc de Ferrare, en un mot, avant comme se le figure Soave , avait voulu s'en-
lout autre signe de méfiance entre lui et l'em- lourer de partisans contraires à l'empereur.
jiereur; et en aermer lieu, a Bologne, ce (ut il naurail pas procédé dans cette cause ave(
(ant de droiture et d'indépendance ; et alors pour la passion d'un seul homme et d'une
Soave, qui appelle prudence la raison d'Etat, seule femme , on retardât l'expédition d'une
et non la justice supérieure aux inlérêts , semblable cause, contre toute raison et loule
n'aurait pas pu dire que Clément, dans cette équité; ainsi il fallut lui cacher qu'on eût
affaire, fut priv^ par permission divine de sa aussi longtemps sursis à expédier le bref vu
prudence accoutumée. , . „ le mécontentement qu'il témoigna quand il
5. Il faut donc savoir que le roi Henri , ou conçut le soupçon qu'on ne l'eut pas encore
impatient des longueurs , ou se défiant du fait partir. De plus Granvelle et Covos (Let
succès favorable à Rome, avait depuis long- tre d'Aléandre à Sanga, du 15 avril 1532 fai-
temps fait de violentes instances , pour que saient grand bruit à l'occasion des retards
sa cause fût renvoyée aux juges d'Angleterre; qu'éprouvait cette cause; ils signifiaient au
et il se plaignit amèrement du souverain nonce que ce serait le principal sriofdela
pontife pour avoir rejeté sa demande. Ses diète contre le pape; que Henri laissait tom-
letlres a ce sujet furent lues en consistoire le ber lui-même toute son audace, quand on ne
22deccmbre.Etil fut ordonne, ce nonobstant, craignait pas de lui parler avec hardiesse
aux auditeurs de Rote {Journal des Lodovi- d'une affaire dont la seule idée avait quel
«, déjà cité) qu'ils eussent à procéder comme que chose de si abominable ; que le rovaumê
lie droit, et a faire ensuite leur rapport au entier manifestait la volonté bien prononcée
collège qui devait prononcer la sentence, de ne pas accepter pour reine cette femmp
Dans le même consistoire, à la demande des --«- ^ ,r^ . .. .
fondés de pouvoir de Catherine, il fut porté |in autre décret , et voici pourquoi. Le roi
. iiia...icai.aii i luiçuiiuii ue i epuuser ue lau. v^amerine, ne cessaient d'importunerClément
n conséquence Charles et Ferdinand écri- pour obtenir la conclusion de l'affaire esné-
rirent au pape et au sacré collège en des rant que se serait un frein puissant nour la
|ermes SI énergiques, qu'ils obtinrent dans passion indomptable du roi amoureux C^s
|;e consistoire la rédaction d'un bref par le- mêmes instances reçurent ensuite une'plus
(uel il étaitdefendu au roi, et en même temps grande force des explications immédiates aue
i Anne ou a toute autre femme de procéder l'empereur eut avec le pape lui même à B(»-
lu mariage ou a toute autre tentative en logne. Celui-ci ne trouvait plus dès lors au-
ette cause, sous peine de nullité. Ce bref fut cune excuse ; et il se voyait resserré entre Ip
lonfie a Aléandre lors de sa nonciature, et il danger ou d'outrager la justice et de s'aliéner
ui fu enjoint de le retenir par devers lui l'esprit des deux puissants frères , ou de
|ussi longtemps quil pourrait, pour ne pas pousser un roi frénétique à se Diécimler
jigrir davantage ce prince : mais dès que la dans un abîme avec tout son royaume. Mais
lecessite de 1 affaire , ou les instances près- comme il est plus facile de ne pas agir que
antes de 1 empereur 1 exigeraient , il devait d'agir , et que le premier parti paraît moins
6. Or des les premières audiences qu'eut de prendre le second. Clément allait touiouVs
leandre a Bruxelles (Lettre d' Aléandre à temporisant , et il ne se pressa pont de ?an^
acques Salviati sous lu date des 14 et 19 cer le trait irrévocable de la sentence
membre 1531), 1 empereur lui parla de cette 7. D'autre part, le roi de France dêman-
ffaire avec beaucoup de feu: il lui disait daii du lewps (Lettre de Salviati à Méandre
ue les larmes de sa tante lui déchiraient le sous la date des 8 et 13 décembre im^^^^^
jeur; et il invoquait la-dessus la justice du que Henri pût envoyer à Rome «es in
l^^^n/'''^'^' ^'^P'^^'^T^^^L'^'^^^^^"- "'^^' ^» ^"'^1 «^ s« tenait pas^obligé à
\e 1530) avec beaucoup de véhémence à comparaître en personne, ni par procureur
lemenl, et ses let res furent lues en cousis- légal. Le délai fut accordé sans en faire neanl
ire le 29 mars 1531. Le nonce traîna les moins mention judiciairement; et cela est si
le-meme, et pour lui ménager la facilite de Capizucchi de passer outre, si celui qui com-
reconciher avec elle, quand il se serait paraîtrait pour excuser la contumace de Henri
igoute de sa rivale ; chose assez ordinaire ne produisait son mandat. Dans cet inter-
yant que le roi persévérait à cohabiter manquer à sa promesse après luf avoir ravi
ec Anne , et qu il se montrait disposé en- la virginité et l'honneur, soit pour léeilimer
jre a de plus hardies tentatives (Lettre d\i^ l'enfant qu'il espérait devoir être un fils
mdre à Salviati sous la date du 25 mars ordonna de prononcer la nullité de son ma'
ii^i), le nonce fut dans la nécessite de mettre riage avec Catherine , et il se servit pour celi
bref a execulion ; et ceci encore (Lettre de Crammer, qui avait été chapelain dans a
ifi iK'^^l f ^^/eanrfre, sous la date du 14 maison d'Anne de Boulen, et qu'il avait dans
»e/ 1532) fut conforme aux intentions du cette vue élevé par intrusion au sièêe va
pe. L empereur se plaignit vivement que, cant de Cantorbéry. En vertu de ^elte sea
855 IIISTOIKE DU CONCILE I)E THENTE. 8ot
tence il avait contracté mariage clandestine- chez le pape et y trouva les ambassadeur^
ment avec Anne de Boiilen. 11 en donna com- anglais; or, dans ce moment-là même ceiix(
munication au roi François l'% et lui fit con- ci, du ton 1« plus inconvenant, en appelaieni
naître en même temps qu'il s'attendait par du pape au çon€ile. Le roi en fut indigné, etl
suitedece mariage à une excommunication de vivement affecté de ce quelej^ape recevait uj
la part du pape, et à une déclaration de guerre pareil outrage dans sa propre maison, il dé-
de la part de l'empereur; en conséquence il clara qu'il n« trouverait point mauvais qu(
lui demandait son appui, et il le priait de re- le pape procédât dans cette affaire comme il
présenter au pape, dans les entretiens qu'il aurait avec lui à Marseille, que s'il cassait la sentence prononcée en Angleterre, le roi épouserait solennellement Anne de Boulen, et soustrairait le royaume à son obédience. Jl lui fut répondu par le roi de France, qu'il serait pour lui un bon frère en tout ce qui ne porterait pas préjudice à la religion. Dès qu'on eut connaissance de ces faits (Gui char-
lui semblerait juste. Le pape reconnut alorj qu'il y avait nécessité pour lui de tirer di fourreau les armes spirituelles , s'il ne voulait pas montrer au monde que son bral était inhabile à les manier; et cfu'il ne luf restait plus qu'à procéder, soit à la fulmi nation des censures, dont le terme fixé pa-r la sentence était échu, soit à la décision di point principal. Néanmoins il réserva cejl
clin , livre XX ; Sponde , année 1538 ; et Paul actes pour son retour à Rome, qui eut lieu l\
Jove), qui du reste ne pouvaient demeurer cachés, le pape se vit, dès le commencement de juin, assailli de demandes de la part de l'empereur pour l'expédition du bref. Toutefois il se tint sur la réserve autant qu'il put, lâchant de donner satisfaction aux agents de l'empereur sans déroger à la dignité de son tribunal [Biagio de Césène dans son Journal). Ainsi le 11 juillet 1533 , en consistoire secret à la poursuite de l'empereur et de la reine, il fit les deux déclarations suivantes. Premièrement, il déclara que le roi avait encouru les censures pour avoir contrevenu aux défenses exprimées dans le bref, en chassant son épouse, et en contractant mariage avec une autre ; toutefois il suspendit
la fin de cette année. Arrivé à Rome, le pape d'un ton affirmatif et calme, prédisait sa mort prochaine, et pourvoyait aux dernier^ devoirs qui seraient rendus à sou corps. Ei quoi il faut reconnaître qu'à l'occasion d< certains événements importants et mémora-l blés, Dieu communique aux hommes unj connaissance intérieure de l'avenir, poi donner au nlonde un témoignage que daid le ciel il y a une providence.