CHAPITRE XVI
Nouvelles délibérations de Clément au sujet
du concile. —Sa mort. — Paul III
lui succède.
1. Maintenant, ramenons notre histoire à son principal objet. Si nous en croyons Soave Charles V, lorsqu'il eut appris quelles étaient les propositions que le nonce Rangone avait faites, relativement au concile se serait plaint au pape de ce qu'on avait agi a 1 égard des protestants autrement qu 11 n avait ete convenu à Bologne, et de
néglige même la vraisemblance poétique • on recherche 1 une seulement pour être fidèle mais autre poar être cru. Or, comment pouvait-il arriver que l'empereur se pbmnU de ce que le nonce Rangone aurait aei envers les protestants autrement qu'il n'avait été convenu entre le pape et l'empereur à Bologne, SI des cette époque les commissions urent de concert données aux deux mandataires envoyés en Allemagne par les deux princes; si ces deux mandataires prin ni eurs instruct.^ons auprès de Ferdinand; s tous deux voyagèrent et négocièrent ensemble; si Jean-Frédéiic leur remit indistinctement a tous doux, au nom commun de tous les protestants, la réponse par écrite nri< venons au détail. Y eut-il un seul point une seule syllabe changée à ce qui avaftélé con! venu .^ Soave ne donne là-dessus aucune indication parcequ'il n'a pu Irouvermoyen de colorer le mensonge. Ne raconte-t-il pas luimême ce qui se lit encore dans les pièces authentiques, savoir que les protestants refusèrent alors de se prêter à un concile qui serait célèbre en la forme usitée dans lEelise i Etait-on par hasard convenu à Bologne qu'on célébrerait un concile en s'écartant des\oulumes de 1 Eglise? Les cardinaux appplaientils artifice la proposition d'un colicile a "ec cette condition? pouva.ent-iis conseiller au pontife de le célébrer dans une autre forme" Mais les assertions de Soave sont si éloignées
ni" pf^^'^a' V'^ "'^ eut jamais ni doléances m lettres de l empereur lues à ce suj. t dans le consistoire, autant q.i'on peut en jiiger par les actes consistoriaux. ^
fnn'll?ii'ar/' "^"^ \^ P^:'P^ connaissait, et
telle manière que les protestants croya en' à son VrTnd'S r ^'^^ ^""naissait, et qu'on avait voulu les jouer. Charles en con hlo nf.,7 ^.^P^^'s f . 1 <^pmion p.u honora-
^T.^"-!. --iL«-'---ent'deman3éTu nîa^r^i.l^To^^'J^^ '^
séquence, aurait instamment demandé au pape qu'il cherchât un moyen de leur donner satisfaction. Ces lettres de l'empereur auraient ete lues en consistoire, le 8 juin • et peu auparavant on aurait eu nouvelle que le landgrave de Hesse avait, à main armée, enlevé au roi Ferdinand le duché de Wirtemberg,pour le rendre au luthérien Ulric son légitime maître; en sorte que le roi Ferdinand aurait été forcé de faire la paix avec eux. La-dessus, plusieurs cardinaux auraient opine qu'après une telle victoire remportée par les luthériens, il convenait de leur donner satisfaction en quelque manière; qu Une fallait plus avec eux user d'artifice mais songer sérieusement à convoquer lé concile. Néanmoins la nnr^û «» i» Z^:
concile. Néanmoins, le pane et Ti maiônr. i. ' ^"'^'''^ """^ ^^^'^"^^^ ^^ aux dangers de partie des cardinaux XlZi Hm^TsIini e? 17/. ZY 'll'.^'lJ' /'^^ '^ France à se-
partie des cardinaux , sentant l'impossibilité ae laire accepter aux luthériens un concile jiei qu 11 put servir les intérêts de la cour rojoiame , se seraient déterminés à répondre à |i empereur que, vu les nouveaux différends îui s élevaient entre lui et le roi de France K- *^"'^.Vl''?. Plusieurs autres princes Chrétiens, il fallait d'abord arranger toutes jf^ attaires .afin que le concile pût produire |t heureux effets.
2 Que Soave dans ses récits s'écarte de la ente historique, ce n'est point chose surprenante; mais il est vraiment étrange qu'il GoNCt DE Trente, I,
n'avoir fait le^voyage de^Ma^ il 7,ue dan^
de sn"^r^"^^'n ^-^'^^ '' P^""* ^^^^évatîon de sa niece. Or, je crois, dans toute ma
sincérité que c'était là une calomnie, et jen ai donne les raisons ci-dessus. Ce fut pour cela que le pape, dans le premier consistoire {le 12 décembre 1534, diaprés les ac-^ tes consistoriaux) qu'il tînt à Rome après son retour, exposa devant le collège les rai^ sons d intérêt public qui l'avaient déterminé a entreprendre un voyage aussi pénible II écrivit ensuite {le 20 mars 133/0 ^«u roi des Romains que, désirant hâter la tenue du conciie, selon la pieuse intention de l'empereur son frère, i s était, malgré son âge et la saison , expose aux fatigues et aux dangers de
conder ses vues; que le concours de ce prince pour celte œuvre était évidemment de la plus haute importance; et que c'était pour ces considérations qu'il avait songé à se 1 attacher plus étroitement de cœur et d'inlimile, en contractant avec lui des liens de lamilie ; qu il avait trouvé, il est vrai, dans le roi un grand zèle, mais que Sa Majesté jugeait es affaires de la chrétienté trop embrouillées pour le moment, et désirerait des circonstances plus favorables pour réunir pacifiquement et avec fruit, dans un concile tous les Etats chrétiens; q^e le roi lui avait
(Vingt-sept. }
donné la promesse et l'espérance de travailler avec succès à obtenir ces heureuses dispositions ; que pour lui, néanmoins, il lui était pénible de n'avoir apporté que des espérances au ii(Mi de réalités ; quoique, du reste, son voyage iVf ût pas été sani. fruit, du moins pour epar- „,,er à la chrétienté d'autres maux. Par la, i(. crois le pape faisait allusion aux projets de guerre que le roi méditait contre l'empereur. . » . 1
It, Et de fait, pour ce qui est du concile, Soave lui-même avoue que le roi, à la sollicitation du pape, s'employa auprès des protestants, afin de leur fair*^ accepter une ville d'Italie ; le pape n'exigeant autre chose, si ce n'est qu'ils assistassent au concile, comme ils l'avaient déclaré dans leur réponse a Raneone, quoique sans promesse de se soumettre à ses décisions ; car le pape voyait bien qu il ne pouvait attendre, de la part d hommes si obstuiés, l'adhésion au second point; et la première condilion, comme satisfaction accordée aux protestants , était suffisante pour iustifier le pape et l'empereur auprès des caîhnimiips. Mais les nrotestants opposèrent un
tholiques. Mais les protestants oppose refus à la proposition du roi : et de plus, da la relation de Pierre Soriano, ambassaxle vénitien auprès de Clément VII et Paul ÏII, nous lisons que le roi lui-même, par detiance
ns ur
était allé camper autour de Tunis pour en chasser Mulei-Hassen {Paul Jove, l. XXXIII). Celui-ci, par une ambition cruelle, avait parlie massacré, partie aveuglé avec Maimon l'aîné vingt et un frères et leurs fils, excepté lloscete, qui eut le bonheur d'échapper; puis il s'éiait emparé delà souveraineté, mais il était détesté de ses sujets. Maintenant le Turcs, 30US couleur de chasser l'usurpateur et de réintégrer le maître légitime, entreprenaient, comme ils y réussiront, de se rendre tributaires et le roi et le royaume ; et tant pa ce voisinage que par cet accroissement d puisance, ils se ren 'aient de plus en plus for midables pour la chrétienté. Tels furent donc les faits dont le pape rendit compte dans consistoire.
La seconde fois qu'il parla de matières semblables dans cette même assemblée, ce fut, comme le rapporte Soave, le 8 juin. Il rappela de nouveau les dangers et les désastres que cette discordance de religion causait en Allemngne, et il ordonna aux cardinaux de peser mûrement la gravité de l'affaire, et de donner leur avis sur les remèdes opportuns, dans le consistoire suivant.
La troisième allocution eut lieu deux jours après, le 10 juin, et on y lut des lettres, non de Charles, mais de son frère ; or ces lettres
ce
S IvLard do l'empereur, ne voulait pas le con- annonçaient, non pas que le duché de Wur-
rile In Allemagne , et se serait difficilement tenberg fût perdu, mais qu il était attaque a
ré-Tiffné à l'accepter même à Mantoue, parce main armée. Charles en avait prive Vlvif
nue cette ville était un fief impérial, et trop plusieurs années auparavant et en avait
V -^inp des terres de l'empire. investi son frère, parce que Ulric avait, re-
Tle trouve ensuite que dans le consistoire fusé de reconnaître qu'il le tenait de Charles
il fut narlé trois fois de cette affaire, après le comme archiduc et comme seigneur hered^-
î-oour de Clément et avant sa mort : une fois, taipe d'une grande partie de la Souabe. Cesl
IP 18 mai lorsque le pape exposa l'étendue là ce qui avait donné lieu aux dermeres hos-
flps maux'aui provenaient des dissensions de tilités , et voici en quelle manière. L empe-
l'Allemagne, le siège soutenu par les ana- reur Frédéric avait institue ce qu on appe^c
Lntiste<^ elles préparatifs des Turcs pour la en Allemagne un cercle, formé de 5oute : e-
rnnnuête de Tunis. Or, pour l'intelligence tendue de la Souabe, en y comprenant leî
conqucie ul lu , i „__.:^„A.;a ailles qui no sont pas pleinement soumises^
année 1535, num. 18), ville principale de la quercilos de religion. Alors le landgrave Westnhalie et y avaient, en dernier lieu, élu saisissant l'occasion favorable et appuyé pai roi Jean Bocold, vil savetier de Liège; cet d'autres princes protestants, avait fait invahomsMo nui était marié, fut trouvé avec une sion sur ces possessions de Ferdinand. Et de autre femme et il eut 1 audace de transfor- son côté Ferdinand confirma la paix de Numer en sainteté d'esprit la corruption même remberg vers la fin de juin, comme nous 1 ades sens II osa donc contraindre ses sujets à vons remarqué , par conséquent quelques nrofessor solennellement la polygamie par semaines après ce même consistoire dans des rites impies à la fois et ridicules, et il lequel Soave prétend que le pape s en plaipunissait de mort ceux qui s'y refusaient. Or gnit. c , , a. .. « » . 1- . »„^.„,..:^«* oo.;Ar.Ao i^n.» 7. Les cardinaux furent tous d'avis una-
en ce moment ils se trouvaient assiégés par l'évêque et légitime seigneur de cette ville. Plus lard, ils furent forcés et devinrent d'abord la risée du peuple ; puis ils subirent une mort dont les tourments égalèrent l'ignominie.
6. Quant au second fait,l^arberousse, amiral de Soliman , venait de terrifier Naples et Home, en parcourant avec une forte escadre la mer de Toscane, et mettant au pillage Gapri, Fondi, Procida et Terracina ; mais ensuite il avait tourné ses forces ailleurs, et
nime qu'il n'y avait pas de remède plus salutaire à l'hérésie et aux autres désordres pu blics que le concile universel et la paix entre les plus grands potentats chrétiens; qu'ainsi le pape ayant tout fait jusqu'alors pour procurer à l'Eglise ces deux grands biens, il n'avait qu'à continuer d'y donnai une attention particulière ; et comme les avantages qu'on pouvait espérer du concile devaient avoir pour base la paix générale, il fallait en premier lieu assurer cellerci. Ainsi
s;expriment les lîvreâ authentiques du con- lui du vainaueur Aussi CUm/^ut l'o,..» -,
sistcre et le reste n'est que fiction. employé depî^s dans les plu^'^^^^^^^^
8 Les présages du pape, sur sa propre goeiations et dans les délibérXrs les nht
mort, ne lardèrent pas à se vérifier. Après les épineuses • et enfin nnnmnifir^^ ^ ^
alternatives d'une maladie longue et p'énible, 7n France; i le lais^H tome en q^^^^
qui fatigua beaucoup et lui-même et les au- léo'at Lp ii opmpni ri. Jfo ? * qualité de
|res cette mort eut'iieu le 25 septembre (1). lefcardfJauTq" poTr^e uï u'r^vrtSf
Elle fut apprise avec presque autant de oie nimement sur Alexan^eX premier ourHn
que son élection ; non-seulement à cause de conclave, 13 octobre (1) Soave d it Vue^or^
\a la silude que causent les longs gouverne- de son élection il prit li nom d'Honorius V
ments dans la monarchie élective, mais aussi et qu'ensuite, lors de son Muronnemenf ^î
à cause des désastres arrivés sous son règne prit relui de Paul MF . ^'i. i". ? ^ ''• "
et dont l'effet ordinaire est la désaffection uni- lue fe lui DardonneV.,f« L^ ""** """P"-'?
verselle, soit qu'on regarde le prince comme avanile "p'a?'5 verr"uteursTF"vS «rf/
coupable, soit simplement comme malheu- an 1534, Lm. 9), s'il ne se llalt^ftT'avof;
♦ r * V A'^ » r :.,,,, , ^^ ^^ i^ ," iduie, comme u paraît non-seulement n-ir lo
tificat, andis qu'en réalité i n'en avait été relation du conclave, écrL p7r u„ témo n que le bras et 1 instrument : je veux parler oculaire et nar les innrnî.»i^ L p! • ^ de la bienfaisance et de l'amabilité. Lé'on X Césène, maît^des céféires ef dSrre' porta ces deux qualités jusqu'à un excès Paul Gualtieri d'Arezzo, égXment urés^^^^^^^^ nuisible, quoique séduisant; tandis qu'à cet mais aussi parle livr^aufCnl^^!,o Le /^' égard Clément VII laissa quelque chose à dé- consistoriaux. ^"thentique des actes
sirer, ce qui est peut-être un défaut moins dommageable, mais plus odieux. La timidité Idominait en lui ; et, si ce défaut nous empêche de mépriser les autres, il nous expose à Hre méprisés nous-mêmes. Du reste il faut ui reconnaître une grande capacité, une