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CHAPITRE XVII

Premières délibérotions de Paul III touchant le concile,

I ,. ,. - ir . * ' \- 1« Paul, encore cardinal, s'était (ouiours

grande application aux affaires, une grande montré bien porté pour le concile (Relation

'cgufarite de mœurs et un grand talent de de Vambassadmr Soriano) ; c'est ce qui

Kisuader : mérites incontestables qui firent facilita son élection et entraîna particu^

*e lui d abord un excellent ministre, mais qui iièrement les cardinaux du parti de l'empe-

le suffirent pas pour le faire aimer comme reur. Il ne fit que s'affermir dans ces mêmes

'^i'^^.^- , 1 . . , . intentions dès qu'il fut assis sur le trône pon- 9. Dans les derniers jours de sa vie il sut tifical. Mais comme d'ordinaire le monde ne rouver un moyen efficace délire un succès- distingue pas la prudence d'avec la duplicité eur, en désignant au cardinal de Médicis son deux choses néanmoins fort opposées entre eveu, non l'homme le plus cher par amitié elles, et dont l'une n'est propre qu'à faire u le plus étroitement attaché par des bien- naître la défiance et l'éloignement, il arriva nts, mais le plus éminent en mérite : ce fut que la réputation de prudence dont Paul III i cardinal Alexandre Farnèse, doyen du sa- jouissait fit d'abord supposer, parmi les pore collège; et ainsi il voulut créer pontife litiques , qu'il usait de feinte. Toutefois le lui qu'il n'avait pu créer cardinal. Celui-ci, pontife ne se relâcha d'aucun des efforts de ans les deux derniers conclaves, avait été son zèle, jusqu'à l'entière réussite. Or, il ar- )mpéti(eur de Clément; litre qui, dans les riva que ces efforts furent la justification de îprits faibles, produit la haine, parce qu'ils Clément, et firent connaître la réalité des obe voient dans un rival qu'un obstacle à leur stades que ce dernier alléguait quand il landeur ; mais pour les âmes élevées c'est était forcé d'ajourner le concile. On peut voir ti droit de plus à l'estime, parce que le mé- en effet que Paul, non-seulement le convoie éminent du vaincu rehausse d'autant ce- qua plus d'une fois en vain, mais qu'il en-

(1) Seprni le l'ail, mourir le 24 septembre ; Paul ve et Fra Paolo de Tordre des Carmes , qui écriil ses Annales dans ce leinps-là, le 26 ; mais ions i auires avec Paul Guallieri dans les journaux mascrils, cités par RinaUti, mettent la mort de Clél'ni, comme noire liislorien, au 25 sepleml)re. Parmi lauires détracteurs du nom et do la conduite de '|îmenl VII, il en est un (|u[ mérite un rang à part: Jst ce Jacques Ziégler (lui a écrit sa vie, publiée par 'helorn, dans le loine denxiL.me de ses prélen- (ps Aiuéniiés de nûsioire eccléiiastique el liliéraire^ toge qui pour tout lecteur dont le goùl n'est pas j)ra\é par l'hérésie, ou p;ir le plus Irivole péyiisnie, n'est qu'un recueil de dégoùianis bavarda-

voya ses légats dans le lieu indiqué, et qu'après une longue et inutile attente il fut obligé de les rappeler, parce que les autres prélats ne s'y rendirent pas ; il ne put même parvenir à commencer le concile, tant qu'il n'obtint pas ce que son prédécesseur' exigeait comme une disposition préalable et néces-

(1) Les écrivains varient sur le j'our de l'élection de Paul 111. Mais les plus exacts la placent au même jour que notre historien; et si on y regarde de près, on verra qu'ils ne sont pas cou'redils par ceux qui avecPanvini et Rinaïdi rapportent qu'elle eut lieu ver» une ou deux heures de la nuit qui suivit le 13 octobrcr

autorité sur toute espèce de tribunal. Avant la délégation solennelle de cette commission, un long conseil avait été tenu sur l'affaire de la réforme {le 19 avril 1535 , d'après les actes consistoriaux) ; une bulle avait été rédigée sur les points de réforme jugés les plus opportuns, et ils furent proposés en consistoire

saire, savoir, le bon accord entre l'empereur

et le roi de France. ,,„«.. . ^^„

2 II y eut relativement à l affaire du concile deux choses dans lesquelles Paul l'emporta sur Clément. La première fut qu il ne voulut sous aucun prétexte entrer dans aucune ligue, même simplement défensive, . . , .

contre h'S princes chrétiens ; il pensait que pour être examines en parlicalier par chacun quiconque dans un litige se constitue partie des cardinaux; mais depuis [lepjiiîtlet) il intéressée, ne peut plus aux yeux de la par-

fut décidé dans un autre consistoire que

ci en effet, pendant longtemps, déclara ny consentir que par déférence pour le vœu général , auquel il était obligé de condescendre; mais il ne voulait pas laisser croire que selon son opinitni personnelle il jugeât le concile opportun. C'est ce qui fit penser généralement qu'en lui l'opposition de la volonté, comme il arrive d'ordinaire, décidait de celle de l'entendement, et l'entraînait à condamner comme nuisible ce qu'on désirait universellement comme un baume souverain pour les plaies de l'Eglise. La même raison engagea le nouveau pontife à ne pas représenter comme pleine de difficultés la tenue du concile, ainsi que la représentait son prédécesseur et comme elle Tétait réellement ; il savait bien que celui qui demande avec avidité une chose , déteste , comme opposé à ses désirs , celui qui fait apercevoir les difficultés de l'exécution. Aussi Paul aima-t-il mieux que les obstacles se découvrissent quand on mettrait la main à l'œuvre, et qu'on lui supposât moins de sagacité dans l'esprit, que de bonnes intentions dans le cœur.

3. En conséquence, dans le premier consistoire, le 13 novembre (1), il exprima de rechêf devant les cardinaux les sentiments qu'il avait manifestés dans un rang inférieur, et il les exhorta fortement à opérer en euxmêmes et dans toute la cour une réforme

tenir autre chose que ce qui était réglé par les anciens statuts. Il convenait donc mieux de pourvoir à l'exécution de ces derniers, soit quant à la réforme des tribunaux, soit quant à la régularité des mœurs, pour l'édification des étrangers. Ce fut en exécution de ce décret que le pape donna aux réformateurs désignés ci-dessus le pouvoir dont nous avons parlé. Ces détails ou ignorés, ou dissimulés par Soave , laissent son récit enveloppé du masque de la fausseté et de l'envie.

k. Le pontife se hâta aussi d'envoyer divers nonces pour presser, de concert avec les princes, la réunion du concile ; et il fit une grande promotion de cardinaux (21 mai 1535). Entre autres il promut Jean Èischer, évêque de Rochesler, auquel son titre, traduit en langue latine, faisait donner communément le nom de îloffensis : c'était un homme éminent en sainteté et en science, et quelques-uns lui ont attribué le livre que le roi Henri avait fait imprimer contre Luther. Cet évêque était alors en prison, et se voyait ainsi en butte à l'indignation du roi, pour avoir refusé de souscrire à ses ordres impies. Dans le principe néanmoins, pour ne pas irriter la passion par la résistance, il avait montré de la condescendance un peu au delà des bornes du devoir; et il s'accusa ensuite

fréquemment de cette faiblesse tant qu'il véexemplaire. Il parla ainsi plusieurs fois de eut. Or si le pape lui conféra cette dignité, ce réforme dans le sacré collège, et il désigna «e fut point dans l'espoir que le roi la resensuite (2) , pour s'en occuper , non pas les pecterait, comme Soave le suppose , afin de

trois cardinaux indiqués par Soave, mais le cardinal Piccolomini, doyen, Sanseverino , Ghinucci, Simonelta, Cesis, Christophe Jacovaccio, alors dataire et évêque de Cassano, qui peu après fut revêtu de la pourpre, l'évêque de Nicosie, et celui d'Aix, qui était en même temps auditeur de rote ; c'étaient tous des hommes savants dans les canons, expérimentés dans les affaires, et d'un caractère

tourner en dérision l'erreur du pape et son désappointement. Quidonc pouvait raisonnablement compter sur de pareils égards de Ifl part d'un roi qui faisait gloire de fouler ans pieds l'autorité pontificale et toutela sainte hié rarchie ? L'intention du pape, comme l'écri l'auteur de la Vie de Henri, fut d'adoucir tan soit peu par cette honorable distinction le; amertumes d'une captivité qui durait déj<

modéré, comme doivent être les auteurs de «depuis un an, et enfin de compenser en quel réformes, afin qu'elles ne deviennent pas que manière, même dans ce monde, la pert plus nuisibles que salutaires , et qu'elles ne «es années que j'illustre évêque sacrifiait a 1 soient plus en rapport avec les idées qu'avec «efense des droits du souverain pontife ; ca la pratique. H leur donna d'ailleurs pleine aux âmes nobles, même en prenant pourre

gle la félicite naturelle, il ne semble pas qu

(l) Non pas le 12, comme le rapporte Soave. On le voit par les actes consistoriaux.

(2j Le 25 août, comme porte le livre I" des bulles secrètes de Paul III, fol. 53.

l'honneur s'achète trop cher aux dépens de vie. Parmi les autres qui furent élevés à 1 même dignité, il faut distinguer encore Nice las Schomberg, archevêque de Gapoue. 11 éta

J 849 LIVRE TROISIEME. g.Q

originaire de Souabe , et après avoir rempli que le gouvernement de Pauinielt demeuré

les principales charges dans l'ordre des frè- célèbre par la prudence du pontife. Parmi

res prêcheurs, il avait été élevé à Tarchiépis- ses créatures , quatre remplirent le saint

copat pan le prédécesseur de Paul III; il siège, sans interruption, dans l'espace de

avait même ete choisi par ce pontife pour dix-huit ans; et en outre les hommes les

conseiller intime, aussi bien queGiberli, évê- plus érainents de celte époque en vertu et

que de Vérone. C'étaient deux hommes pleins en science , furent introduits par lui dans le

de savoir et de piete; mais le premier pen- sacré collège , tels que Fischer et Schomberff

chait pour I empereur, i autre pour le roi de déjà nommés ; et, de plus, un Gontarini , un

France. Paul jugea dans ces circonstances Sadolet, unPolus, un Bembo, un Méandre

que Schomberg serait un instrument très- un Morone , un du Bellay, un Guidiccione '

convenable pour ramener les Allemands. Or un Parisio, un Truxes, un Charles de Lor-

ayant songé à récompenser ainsi son mérile raine. Certainement Soave est plus acerbe

et à se confier dans la loyauté de son carac- dans sa critique contre Paul, que ne le fu-

\ 1ère, il n'en fut point détourné par le lien de rent les héréliques contemporains : car pour

famille que ce prélat venait de contracter ceux-ci le nonce Vergerio, dans plusieurs de

sans sa faute avec le plus grand ennemi du ses lettres que j'ai vues, rend témoin-nage de

siégeapostolique; car, s'ilfautcroirecequ'af- l'estime singulière qu'ils avaient ''pour la

firme l'ambassadeur Soriano.dans la relation bonté et le mérite de ce pape : du reste on le

déjà citée, la religieuse qui était devenue la verra bientôt, lorsque nous aurons occasion

femme de Luther était cousine* de Schom- de rapporter l'élection et le voyage de ce

^Grg. nonce.

5. Soave prétend prouver que le pape n'a- rwiDiTRi? vvtit gissait pas avec une intention sincère d'en LHAFiitiHi AVlll. venir à la réforme et à la convocation d'un Nonciature de Vergerio en Allemaane. — Ses concile, par cette raison qu'il introduisit tout pourparlers avec les princes tant catholid un coup dans le consistoire ses deux jeu- ques que protestants , et avec Luther luinés pelits-fiis , Alexandre Farnese et Gui- même, - Réponses qui lui furent faites, dascanio Sforce. Mais Paul III , pour s être ^ ^ i i laissé eniraîner à un excès de tendresse pour 1. Le pontife désirant donc avoir des inforsa famille, n'en fut pas moins, pour tout le malions plus précises sur l'état intérieur de reste, animé d'un vrai zèle pour la religion, l'Allemagne, fit venir à Rome Pierre-Paul comme on le voit dans tout le cours de son Vergerio de Capo d'istria, lequel, sous son pontificat. De même que d'un acte vertueux prédécesseur, avait exercé la nonciature auon ne peut pas conclure la possession de tou- près du roi des Romains. Le pape apprit de tes les vertus, ainsi pour un acte défectueux lui que l'unique lénitif pour ces esprits exason n'est pas reçu à les exclure toutes : et ce pérés , serait de leur manifester une franche défaut de Paul est si naturel à l'humanité, et entière disposition à convoquer le concile, qu'on ne le remarquerait pas comme un dé- sans faire mention d'aucune difficulté, et de faut dans toute autre suprématie qui n'au- prendre quelque mesure effective pour le rait rien de surhumain; aussi le philosophe réunir. Dans le fait celte nation, lasse de (3 Polit,, cil) a-t-il écrit que dans les princes^ discordes intestines, ne conservait plus d'aune pas travailler à rélévaiion de leurs enfants, tre espérance de repos ; elle regardait donc quels qu'ils soient , c'est une vertu au-dessus comme ennemi quiconque mettait le concile de l'humaine nature. Blâmer les papes de en question , et comme un sauveur quiconcette faiblesse toute humaine, c'est donc con- que le lui promettait; et d'ailleurs elle se fesser qu'il y a dans le pontificat quelque persuadait, par une erreur fréquente parmi chose de divin. Il est bien encore quelques la multitude, que l'exécution dépendait uniautres faiblesses de Paul que Soave découvre quement de la volonté du pape. Paul se mit dès l'entrée de son gouvernement, parce que donc en devoir d'agir d'après ces données ; et la diffamation est comme une estafette en- ainsi il fit choix de Vergerio lui-même pour voyée en avant pour préparer les esprits à l'envoyer en Allemagne , soit comme contoutes les médisances que l'on tient en ré- naissant parfaitement les gens avec qui il serve. Mais ces faiblesses avaient eu lieu allait traiter, soit comme auteur du conseil quarante ans avant son élection, avant qu'il dont il devait assurer le succès. Il lui donna n*eût été honoré de la pourpre, et à ces épo- des brefs pour tous les princes catholiques de licence qui demeurent dans l'Eglise ques et protestants , moins jaloux de saucomme des monuments d'horreur et de ver les droits de sa dignité, que de céder honte. Depuis il vécut avec une telle décence, aux inspirations de la charité pastorale. Il que dans tout son pontificat il se tint tou- lui enjoignit de chercher simplement à fixer jours au premier rang par l'estime. Dans le lieu où le concile devrait se réunir, cirtrois conclaves il fut un de ceux qui se virent constance qui ne pouvait demeurer en susplus près du trône pontifical, et dans le der- pens, et de se taire sur les autres conditions, nier il n'eut pas de compétiteur ; or on n'ar- pour faire disparaître tout obstacle ; disant rive point là sans une éminente vertu; même que lorsqu'on en viendrait à l'exécution il avec elle, il est vrai, on ne s'élève pas tou- serait facile de s'accorder sur le reste. C'était jours par la réunion de suffrages unanimes , là un parti qu'on aurait pu blâmer commeniais , sans elle, jam<iis. Quiconque a une chanceux, si dans les maux extrêmes on Simple teinture des affaires publiques , sait n'administrait pas prudemment même des re*

8Si

nm

mèdes qui ne sont pas sans Aangcr. {Lettres de Vergerio, sous la date des i^ et '^k- septembre. Ces letires se trouvent dans un volume de la bibliothèqucduVatican). J)ei>\\is,(\ans\sisuiie, le nonce inandaau pape qu'il prît garde que le dessein de ne pas remeltre en question les définitions des précédents conciles, fût caché par lui-même aux ambassadeurs de Charles V. Car autrement, comme ils écrivaient à l'empereur, dans le conseil duquel se trouvaient des luthériens, et que ceux-ci informaient de tout leur faction, les protcs tants auraient fait tapage au premier avis qu'ils en auraient eu, et la négociation touchant le concile n'aurait abouti à rien. Le même conseil lui fut réitéré plus tard par le cardinal de Liège, dont l'opinion était que le concile était dangereux, mais toutefois nécessaire. Vergerio proposa pour le lieu du concile Mantoue. Nous avons déjà dit que l'empereur avait déjà consenti au choix de cette ville, en considération de l'Allemagne, dans les négociations avec l'évêque de Tortone; quoiqu'il pût se faire qu'à cause de sa dépendance et de sa proximité cette ville semblât désavantageuse aus autres nations.

2. Pour ce qui est ensuite des vues qui présidèrent à celte mission , et des instructions données à Vergerio, on peut brièvement en donner une idée par un passage d'une de ses lettres à Ambroise Ricalcati, secrétaire du pape (17 mai 1535). Notre saint père m'a envoyé en Allemagne touchant Vaffaire du concile, avec deux intentions : Vune d'empêcher que cette année on ne tienne aucune diète, parce que dans ces sortes d'assemblées on pourrait bien vouloir célébrer un concile national , comme on en avait menacé ; Vautre d'aviser à ce que le concile universel s'assemble réellement. Et qu'on ne croie pas que ces paroles fussent écrites par la crainte que la lettre ne tombât en des mains étrangères. Le nonce commence ainsi une lettre écrite enchilYres (29 août 1535) : Je sais bien que l'intention de Paul , cet excellent , ce saint pontife , a été de m'envoyer non pas seulement pour assoupir les mouvements que Von craignait, mais pour préparer les esprits à un con~ cile réel, en toute vérité et sincérité.

3. Paul prenait ombrage de la diète et avec raison ; parce que d'un côté les princes d'Allemagne déclaraient [dans la même lettre) ne pouvoir lui donner de réponse certaine sans s'être réunis ; et d'autre part cette réunion pouvait se transformer en un concile national, dans lequel la partie infectée était considérable en comparaison de celle qui était exempte de corruption; tandis que dans un synode universel la partie infectée aurait été petite en comparaison du tout.

4. Le nonce trouva [Dans la même lettre et dans toutes les autres) que le pape jouissait d'une excellente réputation auprès des hérétiques eux-mêmes ; et cette réputation était appuyée non pas seulement sur la précédente lenommée de sa vertu, mais sur les deux règles de conduite qu'il avait suivies dès le commencement de son pontificat , comme

nous l'avons rapporté, savoir , en préparant efficacement les voies au concile , et en conservant la neutralité entre les princes chrétiens. Quand on en vint à la négociation touchant le lieu, il se trouva que presque tous les princes catholiques, sauf l'électeur palatin, ne faisaient opposition ni pour l'Italie ni pour Mantoue; seulement ils exigeaient le consentement de l'empereur [Lettre de Vergerio écrite en partie en chiffres, sous la date du ^S juillet 1535). Mais celui-ci, tout occupe de la guerre actuelle en Afrique , et plein d'inquiétude pour celle qui le menaçait de la part de la France et de l'Angleterre, n'ouvrait pas encore sa pensée par la raison que nous dirons bientôt. Au sentiment des princes catholiques vint peu après se ranger le marquis Georges de Brandebourg , principal fauteur des luthériens, quoique neveu de deux électeurs catholiques, ainsi qu'il a été dit ailleurs. Non-seulement il rendit à Vergerio tous les honneurs qu'il aurait pu rendre aux personnages du plus haut rang [Lettre de Vergerio, sous la date des 7 et 19 août) ; mais dans sa réponse au pape il lui donna le titre de «Maître très-clé.ment ( Padron clementissimo),» et autres marques de sujétion qui n'étaient point ordinaires de la part des princes protestants.

5. Sur ces entrefaites retentit en Allemagne la victoire de l'empereur en Afrique, et la conquête de la Goulette et de Tunis. Cette nouvelle favorisa merveilleusement les négociations, parce que l'empereur, ayant eu besoin jusque-là de se fortifier par de puissantes alliances du côté de l'Allemagne, et connaissant l'envie secrète que portaient plusieurs princes allemands à l'élévation de sa famille, craignait non pas fqu'ils vinssent à l'abandonner, mais que , prenant avantage des guerres extérieures, ils ne fussent moins traitables au dedans. Il s'étudiait donc à conserver leur bienveillance et à les délivrer du soupçon qu'il eût dessein de les ramener par la force à l'ancienne religion ; tellement que, pour leur déclarer le contraire, il leuf avait envoyé Antoine de Groï, son majordome. En conséquence, d'un côté il avait à cœur de faire promettre le concile, voyant que la nation le désirait vivement ; et d'autre" part il ne voulait pas adhérer au choix d'une ville d'Italie sans leur consentement exprès, vu que dans les autres diètes ils avaient toujours demandé le concile en Allemagne. Que faire en cet état de choses ? Parmi les seigneurs allemands il y en avait quelques-uns qui ne voulaient entendre parler de la célébration du concile dans aucune ville d'Italie, supposé même que l'empereur y eût donne son adhésion , et ils alléguaient que l'empereur lui-même ne pouvait contrevenir aux décisions des diètes. Pour les autres, quoique favorables, ils ne promettaient leur concoures que sous la condition du consentement de l'empereur; et l'empereur, d'autre part, n'osait donner le sien sans avoir au préalable obtenu celui des Allemands : il semblait donc qu'une autre diète était indispensable pour déroger aux décrets des diètes, précédentes,

Mais la victoire de l'empereur le rendit moins là, puisque les évêques refusaient de consatiiiiide et plus redouté en Allemagne. Toute- crer eux-mêmes ceux de leur secte, fois, avec des hommes aussi jaloux de leur 8. Or cette entrevue entre le nonce et Luliberté , il convenait que le nonce s'abstînt ther a été défigurée dans le récit de Soave absolument de prendre des manières impé- par plus de mensonges que ne le fut parHorieuses, sans négliger d'ailleurs de soutenir mère l'histoire de la guerre de Troie. Il la rel'aulorité pontificale, que les hérétiques s'ef- présente commedéshonorante pour le pontife, forçaient d'abaisser. Ainsi, en parlant avec comme recherchée d'après ses ordres, et eneux de l'affaire du concile (lettre du 16 août], suite avilie encore de la part du nonce par il cherchait des tempéraments et leur disait la bassesse de ses adulations et de ses offres, que, quoique Sa Sainteté eût pu choisir pour par Timprudence et l'impiété de ses propos. le siège du concile tel lieu qu'il aurait jugé à 11 représente d'ailleurs cette entrevue comme propos, néanmoins et par affection paternelle glorieuse à Martin par la piété des sentiet par une estime toute singulière qu'il avait ments, la sagesse des réponses et la généropour cette illustre nation, il voulait d'abord site des relus. Je vais la rapporter sommaiavoir leur consentement. rement, telle que Vergerio la raconta au se- 6. Ce fut bien à contre-temps que survint crétaire du pape, dans une lettre fort déla mort de l'électeur Joachim de Brandebourg taillée.

[Lettres de Vergerio, sous la date des 13, 17 9. Le lieutenant introduisit donc ces deux

et 20 novemb,)y parce qu'il laissa deux fils, personnages, en disant (ce sont les propres

qui tous deuxpenchaient pour la secte luthé- paroles du nonce) qu'en Vabsence de la cour

rienne. Ils avaient été imbus de ces senti- de son prince et des autres savants qui rési^

ments par leur mère, sœur deChristiern , roi datent d'ordinaire dans cette université, pour

deDanemarck; laquelle avait si profondé- lors transférée en Thuringe à cause de la peste,

ment sucé le venin de l'hérésie, que son il n'avait plus personne qu'eux pour me tenir

mari, lui en ayant interdit la profession, elle compagnie, et dont je pusse bien entendre la

s'était enfuie d'auprès de lui pour se réfugier langue ; j'aurais donc la bonté, pendant mon

auprès de l'électeur de Saxe, son parent. On repas, cVécouter ces deux hommes vénérés

chercha donc, soit par l'autorité de l'électeur parmi eux pour leur sagesse. Je ne pus, étant

de Mayence, leur oncle, soit par lesreprésen- la où j'étais, qu'exprimer mon contentement ;

tations du nonce, de les engager à persister et j'écoutai frère Martin et traître tant que

dans la profession extérieure de leur reli- dura le dé jeûner et pendant (fue mes gens se

gion , ce r\m importait fort à la cause catho- préparaient à monter à cheval. Le nonce en

lique. Or comme ils résidaient à Berlin, le parle ensuite avec le plus grand mépris,

nonce, pour s'aboucher avec eux, fut con- comme on verra par quelques fragments de

traint de passer par les terres de l'électeur de sa lettre, dont je me plais à transcrire ces

Saxe {Lettre fort longue de Vergerio, sous la passages : Il parle si mal le latin, qu'il me

date du 12 novemb.).Ce\a étant, il jugea né- paraît évident q^ie quelques livres qui circu-

cessaire de ne pas loger à la campagne, pour lent sous son nom et qui paraissent avoir

ne pas s'exposer à la rage insensée des quelque odeur de latinité et d'éloquence, ne

passage par Wittenberg même, au lieu te- il dit ensuite quelques mots à la Icuavge de

nant du duc, alors absent. Celui-ci, avec notre saint père, rappelant que, dh le

plus d'égards qu'on -n'aurait pu en attendre temps qu'il était à Rome, il avait cntenda faire

d'un catholique, envoya premièrement ses l'éloge de sa sagesse et de sa bonté ; et, pendant

gens pour lui faire escorte, et défendit aux mon séjour (ajouta le sot en souriant), je cé-

hôteliers d'exiger de lui aucun paiement; lébrai plusieurs mesms. Or pour en dire tout

ensuite il vint à sa rencontre avec un^brillant de suite ce que j'en pense d\iprès sa physiono-

cortège ; il descendit de cheval pour lui ren- mie, son maintien, ses gestes et ses paroles,

dre ses hommages ; il le reçut dans les appar- qu'il soit possédé ou non , il est l'anogance

tements mêmes du duc, et voulut de ses même, la malignité et l'imprudence personni-

propres mains le s<^rvir à table. Dans les con- fiées. Le nonce décrit ensuite longuement la

versations il parla du pape avec de grandes vanité qui se trahissait dans ses vêtements,

démonstrations de confiance et de respect, la vileté de ses manières et la licence de shs

disant qu'il était le seul pontife qui voulût le mœurs : La première chose qu'il me dit en pie

concile éludé par ses prédécesseurs, et qu'il voyant taciturne, ce fat si, en Italie, j'avais

serait l'arc-en-ciel après la tempête. entendu quelque chose de la réputation qu'il

T. Le lendemain, le nonce ayant voulu avait d'être un vrai buveur allemand. déjeûner avant son départ, le lieutenant se II rapporte ensuite plusieurs sottises de cet

présenta de nouveau pour le servir , et con- homme ; et il prétend qu'il ne montra de la

duisit avec lui Luther et le poméranien Jean prudence qu'une seule fois, lorsque , le nom

Bugenhagen. Le second était un fameux hé- du roi d'Angleterre ayant été prononcé, il

rétique, qui avait l'audace de consacrer des sut s'abstenir de le condamner ou d'approu-

prêlres par l'autorité que lui avaient donnée ver l'horrible inhumanité avec laquelle il

Martin et l'Académie de AViltenberg , ailé- traitait des personnes si vertueuses , quoique

guant,pourexcusedelanallitéetdusacrilégej Vergerio le sondât là-dessus par des inlcrro-

C|ue les luthériens étaient olîligés (l'en veîuv cations réitérées, Le nonci l'ut d'ailleurs s|

HISTOIRE DU COiNCÏLE DE TRENTE.'

éloigné de descendre avec lui jusqu'à des éloges, des soumissions, et des promesses, comme l'invente Soave, qu'au contraire il a écrit : C'était pour moi un vrai supplice de Ve'couts,'. Je ne voulus jamais lui répondre Que deux mots , pour ne pas avoir Vair tout à fait d'une bûche. Il termine en rapportant que Luther en parlant du concile se mit en fureur et dit : Je viendrai au concile, et je veux perdre la tête , si je ne défends mes opinions contre tout le monde; ce qui sort de ma bouche, n'est pas ma colère, mais celle de Dieu {Non est ira mea , sed ira Dei).

10. Telle fut la substance de cet entretien, et on ne peut pas soupçonner que le nonce , dans le compte qu'il en rendit au pape, altéra peut-être la vérité du tout au tout, comme il eût fait réciiemenl si le récit de Soave était véridique. En effet, Soave prétend que Vergerio n'avait recours à ces offres et à ces flatteries que par l'ordre même du souverain pontife ; il n'aurait donc pas caché à son prince une chose qu'il n'aurait faite qu'en se conformant aux instruclions reçues. D'autant plus que cet entretien avait eu lieu pendant que le nonce prenait son repas, en présence de plusieurs personnes , et ne pouvait manquer par différentes voies d'être rapporté au pape.

11. Vergerio avait encore à recevoir la réponse des princes luthériens : d'après la forme en laquelle celte réponse lui fut donnée, il put bien voir qu'il n'y avait pas moyen de les apaiser par l'offre du concile. En effet, s'étant réunis à Smalkalde, ils lui répondirent en nom commun , par un écrit dans lequel ils outrageaient les pontifes elle pontificat romain par les imputations de tyrannie dans la juridiction usurpée, de sacrilège dans les changements faits à la religion, de perfidie enfin dans la forme de la proposition qui leur était soumise; mais avant tout ils rejetaient le choix de l'Italie pour la tenue du concile. Pour justifier ce refus, ils combattaient les objections qu'on leur avait faites sur l'Allemagne, comme pays peu sûr pour les étrangers, vu les dispositions mutuellement hostiles des sectes qui s'y agitaient. Us soutenaient que cette contrée était un pays libre pour tous et soumis au gouvernement juste et modéré de l'empereur ; comme si elles n'eussent pas été publiques et récentes les innombrables insultes que recevaient dans les provinces les ecclésiastiques dont le concile devait se composer ; à tel point que l'autorité de l'infant Ferdinand, lieutenant impérial , et celle des autres princes (1) n'avait pu suffire, pour que le légat Campège entrât avec sûreté en costume de cardinal dans la ville de Nuremberg à l'occasion de la diète ; àgrand'peine même avait-on empêché que lors de son passage à Augsbourg , il ne fût accueilli par une bande de cent polissons , déguisés en diables, et

(l)Voy(«z rinslruciion des choses à proposer à I empereur après la dièie de Nuremberg, dans le volume des archives du Vatican, inlilulé : Ex actis lYormatiœ.

traînant par dérision un homme en costume de cardinal. Us alléguaient ensuite que les exemples des conciles précédents (et par là ils faisaient allusion à celui où Jean Hus fut brûlé) leur enseignaient à ne jamais venir en Italie, quelque sauf-conduit qu'on pût leur offrir, vu la puissance que le pape exerçait dans toutes les villes de cette contrée. Et néanmoins, ajoutaient-ils, les affaires à traiter dans le concile étaient d'une telle gravité qu'elles demandaient leur présence et non celle de simples mandataires.

12. Mais cette raison aurait prouvé plutôt que le concile ne pouvait se réunir en Allemagne , puisque c'est là que s'était tenu celui de Constance, dans lequel Jean Hus fut livré aux flammes par ces mêmes princes allemands. On ne peut d'ailleurs imaginer un concile où le pape eût moins de pouvoir que dans celui de Constance , puisque ce concile destitua tous ceux qui se prétendaient papos, et condamna Hus et ses compagnons aune époque où il n'y avait point de souverain pontife. Ensuite, qui donc pouvait supposer au pape assez de pouvoir dans toutes les villes d'Italie pour réussir à faire violer la parole donnée à tant de princes si puissants et si estimés? N'avait-on pas vu peu aupara--, vaut les plus petits princes d'Italie guerroyer, contre lui? L'empereur n'avait-il pas en, Italie plus de terres et de forces que le pape?. Le duc de Mantoue n'était-il pas vassal de l'empereur, et par la situation de ses Etats exposé aux attaques de l'Allemagne?

13. Ils opposaient en second lieu que le pontife cachait frauduleusement contre leur secte des intentions que son prédécesseur avait plus ouvertement professées dans ses propositions et dans ses bulles. Ces intentions étaient de vouloir présider lui-même le concile, et de ne pas souffrir qu'on remît en question les traditions et les définitions des conciles précédents. Selon eux, la première prétention n'était autre que se faire juge et partie; quant à la seconde , c'était condamner avant d'entendre ; et l'une et l'autre était contraire à toutes les lois. Selon eux, encore, ces intentions étaient reconnaissables à la manière dont la proposition leur était présentée par le nonce , lequel : attribuait au pape le droit de convoquer le concile ; et ils ajoutaient que les papes précédents avaient assez manifesté leurs prétentions sur tous ces points dans une infinité de déclarations publiques et privées. Or ils trouvaient déraisonnable et perfide le parti que proposait le nonce, d'attendre pour s'accorder sur le mode au moment même de l'exécution , l'équité voulant dans toute affaire que l'on établît d'abord la forme du jugement , et qu'on proposât ensuite d'accepter tel ou tel juge.

ik. Par là ils prouvèrent, à la face de l'univers, que les conditions proposées par Clément n'avaient pas été un obstacle au concile , mais plus réellement un moyen pour le pape de repousser l'accusation de fraude; et en effet, cette réponse des luthériens fit connaître qu'on ne pouvait pas s'accorder sqr la

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tenue du concile, sans s'accorder en wiême temps sur la forme essentielle qui devait le constituer. Pour ce qui est ensuite de l'équité des conditions et des plaintes auxquelles elles donnaient lieu , si le droit d'assembler le concile n'appartenait pas au pape, pourquoi se plaindre de ce qu'il ne l'assemblai* pas? Etre juge et partie, est une chose, il est vrai, qui ne s'accorde pas aux particuliers ; mais il faut bien toujours dans les républiques qu'il y ait un pouvoir suprême qui soit juge même dans sa propre cause ; autrement ce ne serait plus le pouvoir suprême, et il faudrait remonter à l'infini ; soit que ce pouvoir suprême se résume en un homme seul , comme dans les monarchies absolues, ou, en un sénat, comme dans les polyarchies: c'est là ce qui s'observe partout.

Ne voyaient-ils pas que l'inconvénient allégué par eux aurait lieu également dans la supposition que le pape se fût soumis au jugement d'une assemblée, parce que cette assemblée aurait été juge et partie dans la dérision de cette question-ci, savoir : si ellemême était, soit dans sa totalité, soit dans chacun de ses membres, subordonnée, ou supérieure, ou indépendante à l'égard du pape? Cela étant, quelle raison y avait-il pour que l'avantage d'être juge et partie fût donné à ceux qui ne le possédaient pas, et fût enlevé au possesseur qui, de l'aveu des protestants, en avait joui dans les derniers conciles? Ensuite, les protestants n'étaient pas plus fondés en raison quant au second objet de leurs plaintes, savoir : que le pape refusât de mettre en question les traditions ecclésiastiques et les définitions des conciles précédents; car les mettre en question et avouer que TEglise était* faillible, c'était une même chose; or, si l'Eglise était faillible, tout l'édifice de la foi croulait en même temps, et on ne savait plus quelle était la vraie Ecriture, quelle en était la vraie traduction et la vraie interprétation. Ainsi révoquer en doute ces points de foi , c'était imiter celui qui, voulant disputer sur une science, commencerait la dispute par les principes fondamentaux de cette même science, alqrs même qu'elle ne les prouve pas et les présuppose comme incontestables ; de telle sorte que révoquer ces principes en doute, ce serait révoquer en doute la science elle-même, et ainsi nier qu'elle soit une véritable science. Pareillement le principal article de notre foi étant sa certitude même; la déclarer incertaine , ce serait la déclarer fausse. D'où nous conclurons que vouloir disputer en concile sur ces articles , c'était précisément faire à la religion catholique l'outrage qu'ils prétendaient avoir été fait à la leur, c'est-à-dire c'était la condamner comme fausse avant de l'entendre ; il y avait néanmoins cette différence que l'une jouissait d'une possession appuyée sur une longue suite de siècles, de conciles, de docteurs; et que l'autre était l'invention récente de quelques cerveaux téméraires. Bien pius, la demande de rejneltre en litige les traditions et

les définitions de l'Eglise, était une demande qui renfermait deux contradictions tout à la fois : c'était constituer un juge, et supposer en même temps qu'il n'était pas juge légitime.

Certes, un concile, quel qu'il fût, n'aurait jamais eu plus de pouvoir que l'Eglise; vouloir donc le convoquer, en présupposant que l'Eglise pouvait faillir, c'était présupposer que le concile même pouvait faillir, et par conséquent qu'il n'était pas juge légitime de la foi, laquelle doit nécessairement être infaillible.

15. Ce qui augmenta l'audace de cette assemblée de protestants, ce furent les ambassades des rois d'Angleterre et de France : celle-là dans la personne d'Edward Fox, évêque d'Herforl; celle-ci dans la personne de Jean du Bellay, dont le discours a été publié par Freher ( dans le IIP tome des historiens allemands). Le roi d'Angleterre, ne songeant qu'à se fortifier contre les anathèmes du pape, avait offert de se liguer avec eux, particulièrement pour refuser le concile de Mantoue , et tout autre concile où le pape présiderait, et pour soutenir que l'autorité du pontife romain sur l'Eglise n'était ni d'institution divine, ni profitable au christianisme. Or, comme il ne voulait ni manifester de dissidence sur les autres dogmes, ni encore rien changer en Angleterre, ni condamner son livre, il s'offrait à défendre la confession d'Augsbourg et à prendre le titre de défenseur de cette confession , comme il prenait celui de défenseur de la foi , pourvu seulement qu'on fît quelques changements de commun accord ; enfin, soit sur ce point, soit sur les autres objets de la confédération, cette assemblée enverrait en Angleterre un ambassadeur avec des pouvoirs suffisants. Le roi de France, avide de se faire des partisans dans les terres de l'empereur, eut à s'excuser de quelques exécutions sanglantes pour cause de religion : il représenta que les suppliciés étaient d'une autre secte et qu'ils troublaient ses Etats. Il offrit d'employer son entremise pour rétablir la concorde, et de se liguer avec eux contre tous ceux qui voudraient les violenter au sujet de la religion ; il leur demandait ou d'envoyer en France des hommes avec lesquels on pût conférer sur les points en litige, ou de réunir en Allemagne une assemblée de leurs docteurs, auprès de laquelle il enverrait ses théologiens de France.

16. Mais les luthériens ne manquèrent pas de s'apercevoir qu'en réalité ces deux rois persistaient à exclure leur secte de leurs Etats, et qu'ils voulaient seulement, par une ombre de protection, les attirer à devenir leurs partisans dans les démêlés politiques qu'ils avaient avec l'empereur. Ils résolurent donc de rendre ombre pour ombre, et de ne se servir de ces offres que pour ôter à l'empereur l'envie de les contraindre par la violence. Ainsi ils remercièrent Henri de ce qu'il s'accordait avec eux sur la doctrine (comme ils le supposaient); et, quant au re^te, ils dirent qu'ils lui transmettraient le

résultat de leur résolution ; ils répondirent à tre l'empereur, et il poussait Barberousse,

l'ambassadeur de François, après lui avoir irrité des échecs reçus en Afrique, à Tat-

fait leurs remerciements, qu'ils étaient prêts taquer simultanément dans le royaume de

à défendre Sa Majesté envers et contre tous, Naplcs. Mais Dieu voulut que cette alliance

sauf l'empereur et l'empire; que, pour ce qui ne servît de rien aux intérêts du roi et nuisît

regardait la conférence touchant les articles à sa réputation, même auprès des historiens

de religion, c'était une affaire très-grave, et français {voyez Sponde, année 1537 , n. k et

sur laquelle ils n'étaient pas préparés; à tel 5), plus religieux encore que patriotes. En

point que les procureurs de plusieurs princes n'avaient point, à cet égard, de pouvoirs suffisants dans cette assemblée; qu'ils en donneraient avis à leurs maîtres et enverraient en nom commun une réponse à Sa Majesté.

17. Dans la vérité, le roi François î" , prince lettré et curieux, était solîiciiéà écouter les novateurs en conférence ( voyez les auteurs cités par Sponde, année 1535, n. 5) par sa sœur Marguerite, reine de Navarre, laquelle, pour faire parade de. science audessus de son sexe, s'était prise à favoriser les singularités des nouvelles doctrines. En conséquence le roi s'était décidé à inviter Mélanchton. Mais, informé de cette intrigue, François, cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, se présenta devant le roi, avec un livre à la main : le roi lui ayant demandé quel était cet auteur, il répondit que c'était un des plus sages évêques de France,

effet, François ayant tourné la plus grande partie de ses forces du côté de la Flandre, frontière, et autrefois dépendance du royaume, il ne put employer en Italie contre l'empereur les forces dont il était convenu avec Barberousse. Aussi celui-ci, se plaignant du manque de parole, abandonna l'entreprise, après avoir épouvanté l'Italie, sans lui faire grand mal.

2. Mais, avant ces événements, l'empereur étant arrivé à Rome, eut avec le pape de longues et intimes conversations ; tellement que le sept avril ( Journal de Pierre-Paul Gualtieri), ils furent sept heures ensemble; et le jour suivant, le pape proposa, dans une réunion consistoriale, de convoquer le concile, à quoi tous consentirent unanimement. 11 fut ensuite fait un choix spécial de quelques hommes expérimentés pour conférer sur le mode à suivre. Ce soin échut au doyen du collège, qui était le cardinal Piccolomini,

élève d'hommes apostoliques, un disciple de et en môme teinps aux cardinaux Campège ,

saint Polycarpe : saint Irénée; qu'entre autres enseignements remarquables, il enseignait qu'il ne convenait point aux catholiques d'avoir aucun commerce ou aucun entretien avec les hérétiques , et là -dessus il parla si fortement, qu'il détourna le roi de celte pernicieuse résolution.

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