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CHAPITRE PREMIER

dès son arrivée à Paris, de se procurer, par l'entremise du roi François I", un sauf-conduit du roi Henri pour l'Anglelerre, qu'il devait traverser. Mais il arriva qu'il put faire la notification au roi d'Ecosse dans P.îris

Plusieurs nonces envoyés afin de publier le n^tîme; ce prince y élait venu (28 /a^iv. 1537) concile en divers royaumes, pour épouser Madeleine, fille de François : ce

mariage, quoique d'une courte duré'e par la

1. En exécution delà bulle, le pape arrêta mort presque inimédiate de l'épouse, donna

en consistoire [le 12 juillet 1536 , d'après les delajalousieau roi anglais, rival de celui d'E-

Qctçs consistoriaux) de faire partir pour les cosse, et fut cause qu'il commença à se re-

HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. m

lemagne, avec le roi des Romains, et avec l'empereur lui-même, lequel avait solennellement remercié Sa Sainteté et les cardinaux pour celte détermination. Quiconque aurait

froidir pour le roi de France, et à se tourner vers l'empereur.

3. Le roi d'Ecosse , aussi bien que les autres princes dont il a été parlé, et les évêques,

leurs sujets , acceptèrent par acte public la quelque chose a opposer pourrait s'adresser notification, et répondirent au souverain pon- immédiatement au pape, sa charge, à lui, tife avec les sentiments de l'obéissance la n'étant point de mettre en délibération les plus dévouée. Mais la négociation la plus choses déjà réglées, difficile était celle de Vorstius. En consé- Il

quence il reçut quelques instructions particulières , outre les instructions générales et communes à tous les nonces. Nous donnerons ici la substance des unes et des autres. Il lui fut ordonné de ne remettre le bref pontifical à personne sur son passage avant de l'avoir remis au roi des Romains, parce que la notification devait se faire en commençant par le chef.

aurait à se garder lui et les gens de sa suite d'entrer en dispute avec les hérétiques , l'expérience apprenant que les disputes ne font qu'enflammer la colère et endurcir l'obstination ; mais on leur répondrait que le concile ne pouvant tarder à se réunir, il serait libre à chacun d'y exposer ses pensées.

4. En outre, et peu de temps après (14octobre 1536) le pape envoya en qualité de

Il aurait à se régler d'après les indications nonce résidant auprès du roi des Romains, fournies parle cardinal Bernard Glesio, sur- Jean Morone, alors évèque de Modène, denommé de Trente, à cause du titre de son puis illustre cardinal, et l'un des principaux Eglise. Celui-ci était grand chancelier et prési- personnages qui figureront dans notre hisdent du conseilroyal, aussi avancé dans la fa- loire. Ce prélat fut aussi porteur de diverses veurquedansl'estimeduroi; du reste, homme commissions touchant cette affaire; et il lui sans égal pour son zèle et pour sa prudence, fut spécialement recommandéd'envoyer la no- Si ce prélat n'eut pas, de son vivant, l'hon- tification aux évêques de Hongrie : il y avait neur de voir la ville dont il était évêque il- eu &ur ce dernier point longue et mûre délilustrée par le séjour des représentants de bération, parce que ces évêques n'obéisl'Egllse, et devenue comme le Sinaï du chri- saient pas au souverain pontife et avaient stianisme, il mérite du moins des éloges été intrus dans leurs sièges sous l'autorité pour l'avoir (1), comme par un secret près- de Jean Scepusio, excommunié et ligué avec sentiment, augnentée et embellie, de ma- les Turcs. Néanmoins il fut jugé convenable nière à ce qu'elle ne parût pas au-dessous de ne pas laisser en oubli une portion si d'une si haute destination. considérable de la chrétienté. Et si le roi

Le nonce devait obtenir du roi et des prin- des Romains venait à s'en plaindre comme

ces, ou un acte authentique constatant la d'un acte qui légitimait le pouvoir de Jean

notification du concile, ou une réponse au Scepusio, on lui répondrait que c'était de sa

suite qui assisteraient à la présentation so- d'évéché, ou de dignité quelconque, est donné

lennelle des brefs, quelqu'un qui eût des par le pape dans l'inscription des brefs, cela

pouvoirs de notaire, et d'autres personnes ne fait point que cette dignité soit acquise

qui écouteraient comme témoins, pour en- à celui qui ne la possédait pas légitimement ;

suite dresser acte, tant de la notification que des propositions et des réponses.

Los nroposilions, quant à la substance de la notification, (livnicnt être faites à chacun avec des expressions uniformes.

•Il ne demanderait pas acte de la notification aux cardinaux, en considération du rang cminent qu'ils tenaient dans l'Eglise romaine, mais il la demanderait aux autres prélats.

h recevrait de tous des écrits, soit cachetés, soit ouverts, adressés au souverain pontife, et les transmettrait; mais il ne recevrait ni réclamations , ni appels , ni protestations judiciaires , alléguant qu'il remplissait les fonctions de nonce, et non de notaire ou de bailli.

Que si quelqu'un élevait des difficultés touchant la désignation de Mantoue, il répondrait que ce choix avait été arrêté par le pape avec la majeure partie des princes d'Al-

^ (1) \oy:r outre Ciacconc et les addiiions, la relation de Nicolas da Poule, ambassadeur vénitien au concile sous Pie IV.

la seconde, c'est que dans les brefs confiés au nonce on n'avait pas exprimé les noms propres des personnes , mais seulement les titres des évéchés ; en sorte que chaque bref était censé écrit au légitime évêque de telle Eglise , quel qu'il fût. Et lorsque ensuite ils se présenteraient au concile , on y examinerait les droits de chacun aux dignités particulières , et par conséquent le droit qu'ils avaient de donner leur voix. Ici je suis bien aise d'apprendre au lecteur que bientôt après la paix fut conclue entre Ferdinand et Scepusio. Le premier laissa au second le titre de roi et la possession de cette partie de la Hongrie que Scepusio occupait déjà. Seulement Ferdinand s'en réserva la succession, mais avec promesse que si Scepusio laissait un enfant mâle il recueillerait l'hérédité de la Transilvanie, On s'obligea réciproquement à se défendre contre les Turcs ; et ainsi Jean se réconcilia pareillement avec l'Eglise. Toutefois Ferdinand ne consentit point à laisser reconnaître Scepusio pour roi légitime, tant qu'il ne publierait pas le traité, publication vivement désirée de Ferdinand^

? et longuement retardée par Scepusio pour les raisons que nous aurons à déduire dans la suite de l'histoire.

5. Cette mission pour la Hongrie fut confiée, comme il a été dit, au nonce résident, et non à Vorstius, pour ne pas lui allonger le chemin. Il eut charge d'envoyer la notification aux évêqucs de la Basse-Allemagne , d'où il était originaire ; mais non toutefois à la reine Marie, veuve de Louis, roi de Hongrie, sœur de l'empereur, et pour lui gouvernante de ces provinces. La raison de cette conduite élait que le concile avait été notifié à l'empereur lui-même, qui était le souverain ; et en conséquence le nonce devait seulement prier celte princesse d'envoyer sans retard les évêques de son gouvernement.

6. Telles furent ses commissions auprès des calholiques. 11 en reçut d'autres pour les héréliques : et premièrement, qu'à l'égard de l'électeur de Saxe il se conduisît d'après les conseils et la direction du duc Georges, zélé plus que jamais pour la religion, et dont le zèle était entretenu par deux hommes de grand mérite qu'il avait auprès de lui : Jules Flug parent du cardinal Schomberg, qui fut depuis le fameux évêque d'Herbipolis, et Jean Cochlée , antagoniste de Luther.

Il devait aussi consulter en tout le cardinal de Mayence par rapport à l'électeur de Brandebourg, son neveu, lequel paraissait vaciller dans sa religion, par suite des obsessions de sa mère , comme nous avons déjà rapporté.

7. C'est avec de tels mandats que partit Vorstius au commencement de l'automne. On ne saurait croire avec quels applaudissements il fut reçu par le roi Ferdinand à Vienne (Diverses lettres du nonce au pape et à Amhroise Ricalcaii, son secrétaire), et par tous les catholiques de la haute et basse Allemagne : tous ils élevaient jusqu'au ciel le zèle du souverain pontife, et par les réponses les plus soumises, tant de vive voix, que par écrit, ils se montrèrent prêts à obéir et à se rendre au concile.

Rien n'est plus contraire à la vérité que ce qui est avancé ici par Soave, savoir, que les esprits les plus médiocres jugèrent inopportune la publication du concile à une époque où la guerre, nouvellement déclarée entre Charles V et François I", mettait en feu le Piémont, la Provence et la Picardie. Bien loin de là , tout le monde déclara qu'il fallait en venir à l'exécution, nonobstant tous les obstacles, sans quoi l'Allemagne était perdue. Mais ce même écrivain montre ici une malignité d'autant plus évidente qu'elle est plus aveugle : en plusieurs endroits et peu de pages auparavant, il avait rapporté et taxé de misérables défaites les raisons que donnait Clément pour retarder la publication du concile jusqu'à ce que la paix fût conclue entre les deux rois ; et maintenant il blâme Paul pour l'avoir publier^ avant la paix , tandis que ce pape n'avait d'autre inlemioft que de disculper aux yeux de la

chrétienté le siège apostolique, accusé d'être en demeure. Mais peut-être le pontife demeurait-il spectateur oisif et satisfait de la discorde , afin ou que la publication du concile demeurât sans effet , ou qu'il lui restât un prétexte pour dissoudre à son gré le concile, et en attendant l'entourer de soldats, comme se plaît à le dire Soave ! Je pourrais produire ici différentes lettres du cardinal Trivulce, légat en France, et de Guidiccione, nonce en Espagne, qui fut chargé de l'affaire du concile, après que le légat Caraccioli eut été envoyé par l'empereur à Milan en qualité de gouverneur. On verrait par ces lettres avec quelle infatigable persévérance les envoyés du pape travaillaient à obtenir la paix. Mais de tout cela il existe, à la connaissance du monde entier, un témoignage authentique dans la relation que donna Trivulce (1) de toute l'affaire en présence des représentants publics , par ordre du roi François I" ( elle se trouve clans les manuscrits des Borghèse),

8. Reprenons le récit des négociations de Vorstius : sans parler des bonnes dispositions de tous les catholiques , il n'en trouva pas de mauvaises dans le marquis Georges de Brandebourg. C'était un homme qui mettait, à la vérité, les choses de la terre au-dessus des choses du ciel ; aussi en s'excusant auprès du nonce Vergerio d'avoir changé de religion, avait-il allégué qu'il ne l'avait fait que pour complaire à ses sujets; mais avec cela il ne recherchait jamais l'intérêt privé, au point de mépriser l'intérêt public, et en conséquence il désiraitbienautrement de voir la concorde rétablie dans sa nation, que de voir la faction luthérienne affranchie de toute souveraineté. Le nonce trouva encore mieux disposés que lui les sénateurs de Nuremberg. Mais ceux-ci ne voulaient rien promettre sans avoir préalablement connu la détermination de la ligue de Smalkalde, qui était l'aréopage des luthériens. Il rencontra des dispositions tout opposées et une opiniâtreté invincible dans les autres chefs de ce parti, c'est-à-dire, dans l'électeur de Saxe et dans le landgrave de Hesse. Quant au premier, il donna bien au nonce un sauf-conduit pour traverser ses Etats (Lettre de Vorstius à Ricalcati, sous la date du 2 mars 1537) , mais il ne lui donna point audience, alléguant pour excuse dans ses lettres (2 février 1537j que comme le nonce devait, d'après ce qu'il entendait dire, traiter avec lui de matières communes à toute la ligue de Smalkalde, il n'aurait pas pu lui donner une réponse positive sans les autres confédérés ; il l'exhortait donc à se rendre en cette ville, où ils devaient tous se réunir incessamment et où devait avoir lieu une délibération ; et il lui promettait de ne manquer à aucun devoir, ou public ou particulier, en tout ce qui pouvait intéresser la

(l)El cependant le Courayer n'a pas liésiié à écrire que Pallavicini s'anime à prouver que tout le monde élait fort cunlenl de la convocation du concile, et le dédirait, comme si notre historien n'avait pas songé à repousser Taccusalion d'inopporlunilé inleii- Vée par Soave contre eelie convoealionr

avec les mêmes conseillers ; et, peu après, par leur organe, il s'excusa auprès du nonce de ce qu'il ne sortait pas de nouveau pour lui faire honneur, étant appelé à la dièle pour des affaires d'une extrême urgence ; et il lui déclara qu'il ne tarderait pas à lui donner la réponse.

suiiais au un uu.u^.u^ .oy. ... ^. Le landgrave, qui était l'Ulysse de cette

un moindre inconvénient de s'exposer à quel- assemblée, fut encore plus intraitable, et reaue mauvais procédé de la part des hérétiques, fusa opiniâtrement tout entretien prive avec

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gloire de Dieu et de l'Evangile. Le nonce demeura alors incertain s'il devait y aller, n'ayant pas reçu à cet égard de commission du pape ; et il en délibéra avec 1 électeur de Mayence. Celui-ci l'y engagea sans hésiter, alléguant que s'il ntj allait pas, chacun imputerait à ce refus Vabsence des heureux résultats qu'on aurait pu espérer. Ce serait donc

et à quelque blâme de la part de la cour romaine pour n'avoir pas soutenu sa dignité, que démériter auprès de tous les chrétiens le reproche d'avoir empêché laréunion de l'Eglise par une fierté déplacée; d'autant plus qu'on savait qu'il y auruit aussi à Smalkalde Matthias Helt, vice-chancelier de l'empereur, et envoyé par son souverain avec un mandat trèspressant pour engager les luthériens à donner leur adhésion : il était raisonnable de fonder là-dessus l'espoir d'un heureux succès, et le succès assurait l'approbation. Après tout, c'était en commun avec l'empereur qu'il courrait les chances d'un refus; et finalement la honte, s'il y en avait, dès qu'elle était partagée avec un tel monarque, ne pouvait entraîner ni beaucoup de désagréments, ni de bien graves reproches. Vorstius se rendit donc, en février 1537, à Smalkalde, place forte, mais peu considérable, située au milieu de montagnes escarpées, au bout de la célèbre forêt Herci-

le nonce. Mais ces deux princes, à quelques années de là , purent éprouver que les premiers et les plus hardis à l'assaut trouvent la mort sous les murs de la place, alors même qu'ensuite la place vient à être forcée.

2. En même temps , Helt exposait avec zèle le sujet de son ambassade : L'empereur, disait-il, avait tenu sa promesse touchant le concile ; ce n'étaient plus de simples espérances dont on venait faire parade : mais on passait à l'exécution. Le concile était convoqué pour une époque certaine et peu éloignée, sans limitation de matières , sans conditions insidieuses , dans une ville presque limitrophe de l'Allemagne . et dont le souverain était l'homme lige de l'Empire. On avait le consentement de l'Espagne, de la France, de la Pologne, de l'Italie et de presque tous les princes d'Allemagne. Les protestants ne devaient pas pré-» tendre l'emporter en prudence ou en zèle sur tous les autres chrétiens. Sa Majesté avait traité immédiatement avec le pape , et leur

nie repaire convenable pour le troupeau de traité immédiatement avec le pape , et leur

louDs 'oui devait s'y réunir. Là eu effet, outre donnait l'assurance qu'ils ne devaient pas avoir

beaucoup de princes et de députés des villes l'ombre du soupçon sur la droiture des inlen-

nrolestantes, so trouvaient alors assemblés lions du pontife. En conséquence il les exhor-

tous les chefs de cette école : Luther, Mélan- tait à se trouver au concile, d abord pour la

chton, Poméranus , Bucer, Urbain le Roi, et autres sans nombre, non moins impies, quoique moins fameux. Le nonce fut logé dans la même maison que l'envoyé de l'empereur.

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