‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 332 sur 368 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Négociations de Vorstius et de Helt à Smalkalde ; réponse qui leur est faite par l'union.

1. Le nonce fit tout son possible pour parler à l'électeur de Saxe , mais celui-ci continuait à refuser l'entrevue pour la même raison qu'il l'avait refusée sur ses terres ; il prétextait toujours que l'affaire, autant qu'il pouvait en juger, était commune à toute

gloire du Christ , dont le corps mystique était tristement déchiré par les discordes , ensuite pour leur propre sûreté, puisqu'il s'agissait de se fortifier par l'union contre l'adversaire commun , contre le Turc, dont la fureur et le voisinage menaçaient déplus près cette partie] de la chrétienté ; enfin pour la paix de la patrie qui , par suite des nouvelles querelles dei religion , après avoir été un bercail de brebis] douces et bienveillantes entre elles, n'était plus qu'un repaire de bêtes féroces acharnées les unes contre les autres.

3. Ces représentations [Lettre de Vorstius écrite en chiffres à Rical <ati, sous la date du 23 mars) faisaient impression sur quelques princes et quelques députés des villes ; el c'est pour cela qu'ils ne souscrivirent pas au

l'assemblée, et qu'ainsi il eût été plus con- décret dont on va parler, comme le dcmanvenable de la proposer à tous en même temps, dait l'envoyé de l'empereur, qui voulait que,

Le nonce déclara au contraire qu'il tenait du pape des mandats et des messages particuliers pourl'électeuretquelques autres princes, mais non pour l'assemblée entière ; et que , par conséquent, il ne devait s'en expliquer qu'avec chacun en particulier. Il fit si bien qu'il obtint

pour la validité de l'acte, chacun souscrivît; il n'y eut que les deux chefs ci-dessus désignés qui souscrivirent au nom de tous. Les conseils séditieux de ces deux chefs eniraînèrent la partie de l'assemblée qui avait l'avantage du nombre et des forces, et qui étaii

enfin audience, et, en présence de ses conseil- guidée par l'ambition d une domination an

lers,il lui présentâtes deux brefs du pape qui lui étaient adressés, l'un à raison de sa qualité d'électeur, l'autre à raison de sa qualité de chef du cercle de Saxe , et il lui notifia le concile futur. Le duc se leva en souriant , prit les deux brefs, et, clos comme ils étaient, il les posa sur une table. Ensuite il se retira

solue ou dans le gouvernement ou dans I< science ; et qui, par conséquent, comme Tertullien l'a écrit de certains autres, cherchais le ciel seulement dans le Capitofe, Ils répondirent aonc à Helt (1) , le jour d<

(1) Li\ réponse se trouve aux archives du Vaiicai

la fêle de saiat Mathias, dans le même sens qu'ils avaient répondu l'année précédente à Vergerio , ajoutant que le duc de Mantoue ne leur était pas suffisamment connu; qu'ils savaient qu'il avait un frère tenant un rang distingué parmi les cardinaux à Rome, etque, par conséquent, ils ne pouvaient se fier à lui : comme si un tel prince eût ressemblé à ces petites figurines des tableaux flamands qu'on ne peut discerner que de près, et non pas plutôt à une de ces grandes figures peintes à fresque et qu'on peut fort bien juger à distance ; et comme si un prince d'Italie était aussi étroitement lié par ses intérêts avec Rome à l'occasion d'un cardinal, son frère puîné, qu*il Test avec son souverain par des raisons d'Etat ; tandis qu'on voit fréquemment ces princes, lors même que leurs frères sont revêtus de la pourpre, avoir des démêlés et même des guerres avec le pape. Et c'est ce qui parut bientôt dans cette affaire même, lorsque le duc de Mantoue osa, du moins conditionnellement, refuser à Paul III sa capitale pour la tenue du concile, et ne craignit pas de lui donner par là un grave sujet de déplaisir, comme on le verra ciaprès. De plus, la dépendance particulière dans laquelle se trouvait le duc, par rapport à l'Allemagne, rendait les autres nations si défiantes, que je trouve un chapitre exprès là-dessus dans la première instruction donnée par écrit aux deux nonces : outre les sauf-conduits, ils devaient obtenir de l'empereur, pour le duc de Mantoue, l'exemption des devoirs attachés à l'hommage pendant toute la durée du concile. Il est vrai que ce chapitre fut effacé depuis, mais ce fut pour ne pas donner plus d'ombrage encore à l'Allemagne, qui, comme membre malade, devait être traitée avec des attentions plus délicates.

4. Ils ajoutaient, en second lieu , que la présence de leurs ministres, de leurs prédicateurs, de leurs théologiens, était nécessaire dans un concile ; ce qui ne pourrait avoir lieu qu'au grand détriment de leurs Eglises, si le concile était célébré hors de l'Allemagne. Mais cette objection aurait prouvé qu'aucun pays n'aurait dû consentira un concile qui devrait être célébré dans une autre contrée , et, qui plus est, dans l'Allemagne même, qui est plus considérable que la France et l'Italie réunies ensemble; toute province parti(;ulière aurait eu un titre légitime pour refuser le concile proposé dans une, autre province, puisque plusieurs des provinces (l'Allemagne sont plus éloignées l'une de l'autre qu'elles ne le sont de Mantoue.

5. En troisième lieu, ils opposaient qu'ils ne pouvaient accepter un concile où les juges étaient des évêques, liés par un serment d'obéissance au souverain pontife. Mais , pour celte même raison, il aurait fallu exclure du concile, à bien plus juste'titre, leurs maîtres qui prétendaient y être considérés comme de vrais oracles, je veux dire Luther, Bucer et au-

dans un des recueils d*inslruclions diverses concernant le concile de Trente.

Co!.o. DE Trente. I

très religieux profès ; car ces derniers étaient bien plus étroitement encore liés par le vœu solenneld'obéissanceenvers leurs supérieurs, lesquels, par leur institution, dépendaient de la seule autorité du souverain pontife. Or, comme ils avaient reconnu que de pareils vœux étaient nuls et n'étaient qu'un lien d'iniquité, et queconséquemment ils les violaient sans feinte ; de même aussi les évêques, lorsque dans le concile ils auraient reconnu la nullité de ces vœux et l'iniquité de pareils serments, n'auraient pas manqué de les regarder comme non avenus. D'ailleurs un pareil raisonnement tendait à exclure du concile, non-seulement tous les évêques de l'Eglise, c'est-à-dire tous ceux qui ont seuls exercé une juridiction décisive dans les conciles œcuméniques, soit modernes, soit anciens, à commencer par le concile de Nicée, mais encore tous les réguliers, et beaucoup d'autres qui, en prenant quelque grade, font profession d'obéir au pape, soit dans l'action, soit dans l'enseignement, et s'obligent à défendre la foi romaiine.Mais ce n'est pas tout : qu'en leur place on admette les laïques au droit de donner leur vote, le même raisonnement exclura du concilel'empereur lui-même, qui, en prenant la couronne, fait des promesses semblables en faveur du siège apostolique, et avec lui les autres rois catholiques, qui, par eux-mêmes dans leur couronnement, ou du moins par l'organe de leurs ambassadeurs, s'engagent solennellement à obéir au pape dans les choses spirituelles, et à le reconnaître pour vicaire du Christ. Ainsi peu à peu on en viendra à cette conclusion, que le concile ne doit se composer que des Grecs schismaliqucs, ou de la multitude la plus triviale et la plus ignorante.

6. Enfin ils se faisaient un puissant rempart de cette raison, que le pape les avait déjà déclarés hérétiques dans sa bulle; et par ce motif ils ne voulaient pas de lui pour juge, ni de tout autre qn\ dépendît de lui ; mais il était facile de comprendre que celte objection frappait plutôt sur Charles V, le roi de France, le roi de Pologne et le roi même d'Angleterre, que sur Paul III, puisque ces princes étaient les mêmes qui avaient fulminé les peines les plus sévères contre les luthériens , comme hérétiques. C'est ce qu'avaient fait particulièrement Charles et les autres princes d'Allemagne , après les avoir entendus splenneliemenl à Worms et à Augsbourg , tandis que Paul les avait simr plement taxés d'hérésie dans une phrase incidente, qui ne ferait pas preuve en jugement. Ainsi, en supposant cette raison valable, ils pouvaient, avec plus de justice, déclarer suspects tous ces princes et tous leurs sujets, et vouloir un concile réduit à la seule diète de Smalkalde ; mais comme ils avaient tous été catholiques autrefois, et que depuis, convaincus, disaient-ils, de la vérité, ils s'étaient mis en devoir d'attaquer cette croyance , ils pouvaient compter de même que le paoe eu ferait autant, et, sinon lui, du moins les évêques et les autres catholiques, dès que la même lumière leur apparaîtrait.

(Ytngi-huit.)

7. HeU opposa plusieurs répliques ces réponses , mais sans autre fruit que de ies entendre chaque fois se livrer â de nouvelles et plus furieuses invectives contre le

lilSTOmE DU COiSaLE DE TRElNTE.

combien grande était la confiance que lui témoignaient par là et le pape et rÈglise , puisque le pape venait se livrer entre ses mains , et l'Eglise se réunir dans ses terres.

Tnn'lVT'^fpKeur de Sa^e fit ensuite rendre des hôtes de si grande qualité. Le duc ré-

fes^bfef tu P^^^^^^^ cachetés encore pondit (24 février 1537) qu'il n'avait eu

comme il les avait reçus, afin d'échapper à la jusque-là connaissance que par .la renoni-

nSté ou d'une réponse honnête ou d'un mée de la détermination qui lui clait pi c

necessue, yu u uuv. ^^ c-^,^,^^c,^t nrJifÎAP nnr ft hivf doSa Sainteté.

silence injurieux. Ils eurent encore uneautre contestation avec Helt ; parce que, loin d'être calmés, mais plutôt enhardis, comme il arrive toujours, par les concessions que l'empereur s'était laissé arracher par eux a Nuremberg, ils prétendaient qu'elles devaient s'étendre à ceux qui depuis étaient

seulement notifiée par le bref de Sa Sainteté. Or je présume que ce prince s'exprima ainsi» non parce que la bulle déjà publiée n'était par lui considérée que comme un simple bruit, mais pour donner à entendre qu'avnnt de la publier , on aurait dû avoir préalablement cette attention. 11 est vrai, néanmoins

Disses à l'hérésie , bien que dans la conven- {Instruction du pape au nonce envoyé auprès

Pion il Pût été exurimé qu'en attendant on de r empereur et du roi des Romains, l an 1537),

' nnoverait ni de part ni d'autre. Tant il que la /ape avait dès le principe çommuni-

Lrudent, pour contenter les sujets de que sa détermination au cardinal de Man-

faire des concessions excessives, dès toue, frère du duc, par qui il en fat remcr-

est

leur itiuvy v.^.u ^

lorsqu'il est visible qu'elles sont l'effet, non de la bienveillance, mais de la crainte.

Page 1