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CHAPITRE III

Difficultés qu'oppose le duc de Mantoue pouf ville

cié; et, d'ailleurs, celle détermination avait été prise conjointement avec l'empereur, souverain de Mantoue, et le pape devatl croire que le duc avait connu et agréé les

..*..»ir^c n^.nnnns,- .c c*c*v .. ^.^ ^ voloutés dc cc pHnce. Du rcstc . Ic duc mtf-

foZne pas recevoir le concile dans cette nifesta dans celte réponse une obligeancô pour ne pas ^^ ^^^ satisfaction sans égale; il prenait au

^*"^' bas de sa lettre la qualification la plus

1. Ce résultat , qui semblait tout au désavantage du siège apostolique , lui fut en réalité très-favorable ; car il est hors de doute que si les protestants avaient accepté Mantoue pour le concile , l'accident qui vint empêcher de le célébrer en cette ville aurait été attribué par eux à quelque artifice du pape, et eût été un moyen de décrier le pontife auprès de tous les Allemands.

Ainsi, pendant que Worstius et les autres nonces donnaient tous leurs soins à la pu-

humble (esclave), et il promettait tous les préparatifs nécessaires de sa part.

2. Mais il n'y a nulle vérité dans le reproche que lui fait Soave d'avoir d'abord inconsidérément accepté (du moins tacitement, comme il a été dit) de recevoir le concile à Mantoue , et d'avoir depuis , après mûre délibération , songé à demander les sûretés convenables. Dans celte lettre mémo il déclara au souverain pontife que s'il promettait de pourvoir avec toute espèce de

qu il avaii déjà connaissance de la cîelermi- ies moyens nécessaires pour g^ nation prise de célébrer le concile chez lui , sûreté de sa sainte personne , et de tant d é-! il voulait maintenant lui en donner commu- (rangers d'un rang éminent. En conséquence, ïiicatlon expresse : il lui exposait ensuite il le suppliait d'envoyer incessamment suii

les lieux un ministre , avec lequel on pour-l

(l) Les choses n'en deineureren« pas aux simples discours. Tout ce que les protesianls avaient du de vive VOIX- à Snialkalde, ils le tireni iusmcdialement imprimera Wiilenberg, d'abord en allemand cl puis encore en lalin, celle niéuie année 1557. Voici lu litre du livre : ProteslaïUium imperii statunm rationes, cur synodus illa quum Ptiulus romamis ponlifcx ejns nominis lll, Manluœ celcbrandam parum candide iudicU, et se habilnrum esse signifient, neque œqna vidcri possit, neqne ulilis Ecclesiœ : unde et abi is qui sacrosanclum Evangelium inefjabiii Dei misericordia revelaluin acceperunl^atque Ecclesiœ Clirisli cousuUum essevolunt, optimojtire ut suspecta rccnsari debeat ; regibus et moiiarcliis prœsertim exierarum nutionum, adeoque emnibus bonis viris expositœ;\n-A\ Quel litre plein de modestie évangéli<iue el de mansuéiudel Les catholiques ne gardèrent pas non plus le silence , et celle MJèine année à celle publiralion , ils en opp;'isèrent uiier.utre, àLeipsick, chezNi'^olasWolrab. in-8°, iniitulée : Quatuor excusationum Lutherattorwn ctiiiftilatio una j)ro conciiio gencrali ad Mauluam hidiciQ,

rail déterminer les moyens les plus convc nables pour obtenir ce résultat.

3. Le pontife témoigna recevoir en bonne part la lettre du duc, et lui destina ( r/a// le Journal de Biagio ds Césène, 21 mars 1537 on trouve ce Journal dans la bibliothèque du Bavberini) le présent de la rose d'or, bénie par lui peu de jours avant, le quatrième dimanche de carême ; il la lui envoya par uii de ses camériers (1) , sujet de ce duc , et lui donna les instructions touchant les préparatifs , comme Frédéric l'avait demandé.

Quant à la dernière partie de la réponse du diic, M fit semblant de croire qu'elle se rap-

(1) Les difficultés qui s'opposaient à la tenue di concile à Manloue se trouvent consignées dans un li vrc des légals , écrit sur p.nchcmin el inliluifc Varia, dan:» les archives du Vatican.

g77 LIVIIE QUATRIEME

portait à un passage du bref dans lequel il l'avait prié de pourvoir à la sûreté du concile ; et il lui récrivit (21 mars 1537) de ne pas 's'inquiéter davantage pour ce qu'il lui avait insinué dans ses précédentes lettres , parce qu'il n'avait pas entendu pour cela demander une autre sorte de sûreté qu'une bonne police dans la ville, afin qu'usi si grand concours de diverses nations n'occasionnât aucun tumulte, ainsi qu'il s'en était expliqué plus au long avec le cardinal son frère. Mais le pape apprit , en effet , par le même cardinal , que le duc demandait une parnison soudovée : premièrement , pour la sûreté des étrangers , et secondement , pour la sienne propre ; parce qu'il ne lui paraissait pas pnulent de laisser tant de personnages de marque exposés à recevoir chez lui quelque outrage, ou quelque mauvais traitement de la part d'une infinité de gens inconnus, féroces, et qui apporteraient la des intérêts et des sentiments si divers ; bien moins encore conviendrait-il que lui-même et son duché fussent exposés à des éventualités semblables.

k-. Le pape répondait à cela que le concile ne serait pas une réunion d'hommes armés , d'autant plus qu'il n'y avait aucune apparence que les princes eussent intention de's'y trouver, à l'exception du pape luimême, lequel ne voulait avoir là d'autre B-arde ni d'autre sûreté, que la foi et l'affection du duc; qu'il se remettait entre ses mains avec une entière confiance, en sorte que les étrangers ne seraient autres que des ecclésiastiques, ou des gens de robe, de la part desquels on ne pourrait craindre ni insultes ni violences; que pour contenir une semblable réunion c'était déjà beaucoup de la seule garnison et des gardes ordinaires du duc, en y joignant au besoin l'appui de tant de gentilshommes mantouans, qui en un instant auraient contenu cette poignée de gens sans armes et nullement guerrière ; un exemple semblable avait été donné par les conciles précédents, et particulièrement en dernier lieu parle concile de Constance, lequel, quoique excessivement nombreux, n'avait jamais pris de garde militaire ; on n'y procéda pas moins à la déposition et a l'élection des papes, ainsi qu'au supplice d'hérésiarques accompagnés d'une suite nombieuse, sans que pour cela on y vit jamais éclater la mc'.ndrc élincclle de sedi-

Gcs raisons furent mises par écrit (12 et 15 mars, 1537) et transmises au duc par le cardinal; elles furent vivement appuyées auprès de lui par les envoyés de l'empereur, comme étant ceux qui connaissaient le mieux le désir de leur maîire. Mais le duc ne se tint pas pour battu , il se défendit au contraire (1) par une longue lettre qui fut lue en consistoire. Dans cette lettre le duc insistait, en soutenant qu'il y aurait au coucile beaucoup d'ambassadeurs , de cardi-

sn

(1) Sons la date dn 2i mars. Celle lettre esl enreiiï-iUéc dans les AciCr, consisloriaux.

naux et autres seigneurs, auxquels on ne pourrait interdire d'amener avec eux une nombreuse suite de gens habiles à manier les armes ; que la ville de Mantoue n'avait point (le forteresse , pour employer contre les tu-nuîltes la garnison et l'artillerie , mais que la ville même servait de forteresse conlre les étrangers , qu'il n'était pas convenable de tenir dans l'inquiétude et comme en sentinelle et en service de ronde, pendant un temps si considérable, les gentilshommes mantouans, accoutumés à s'occuper tranquillement de leurs affaires domestiques; que les exemples [)ris dans d'autres temps ne s'appliquaient plus au temps présent, où l'on voyait les esprits plus agités que de coutunie ; et enfin que la comparaison r;u concile de Constance ne prouvait rien, parce que, cette ville étant une cité républicaine, les habitants, en défendant de tous leurs efforts la liberté, se défendaient eux-mêmes , et le salut commun n'y dépendait pas de la vie d'un seul, qui pour cela eût besoin d'une garde personnelle , comme cela était vrai de Manloue, gouvernée par un prince.

Le pape et les cardinaux ne cédèrent point à cette dernière lettre, et plusieurs arguments contraires furent présentés au duc par Ricalcati, secrétaire pontifical. Alors le due essaya de leur persuader à tous l'équilé prétendue de ses instances, et pour les en convaincre de vive voix il leur dépêcha un messager exprès : il voulait ainsi échapper à l'inculpation ou de peu de courtoisie envers le pape, ou de peu de zèle pour la gloire du Christ cl pour les intérêts du christianisme.

5. Dans cette vue, il envoya à Rome un certain Abbatini (arrivé à Rome le 15 avril 1537), porteur d'une instruction où étaient longuement déduites toutes les raisons sur lesquelles il s'appuyait pour persuader qu'il n'avait demandé que des précautions nécessaires. Et, en substance, il se restreignait à demander une garni^on soudoyée de cent cinquante fantassins qui formeraient une garde destinée à prévenir toute espèce de tumulte dans la ville , et de cent cavaliers pour battre la campagne et rendre les chemins sûrs pour les étrangers , avec liberté d'y joindre d'autres milices de ses propres troupes, s'il le jugeait à propos. Mais le pape et le collège des cardinaux ne voulurent point accepter la condition : or ils étaient retenus, comme il (ut exprimé dans la bulle de prorogation, non pas tant par la dépense, quoique considérable en des temps où le pape avait à soutenir des dépenses extraordinaires pour protéger les deux rivages de l'Italie conlre les insultes des Turcs, mais bien plutôt par la crainte de fournir aux hérétiques ou des sujets de défiance ou des prétextes conlre le concile , comme s'il n'était ni libre, ni sûr, mais soum''« à la force et à la terreur militaire.

6. Ce fut là l'uniquo différend entre le pap.e et le duc, comme il est prouvé par leurs lettres citées ci- dessus cl enregistrées dans des recueils authentiques, ainsi que par ria*

879 HISTOIRE DU CONCILE i>^ TUEiNTE. §80

struction donnée à Abbatini. Je ne sais donc amusé les Allemands par de vaines espéranr comment Soave, outre diverses méprises ces , et ne pas les pousser à un concile namoins importantes qui lui sont échappées tional, détermination qui lui déplaisait tant dans la narration confuse de ce fait, ima- et qui pouvait être si funeste. D'autre part, gine encore une seconde difficullé, savoir, il ne voulait pas que le concile fût célébré que le pape voulait dans tous les cas que hors de Tltalie, ni en Italie dans les Etats de cette garnison dépendît de son autorité et de l'empereur, comme suspects aux Français , celle du concile, et que le duc la voulait sou- en ce moment surtout où la guerre et la mise à ses ordres , comme prétendant exer- haine étaient plus ardentes que jamais entre cer la juridiction sur les personnes ccclésias- les deux princes: en sorte qu'il ne restait tiques qui assisteraient au concile; à quoi plus de villes commodes ou sûres que dans le pape aurait répondu que non-seulement les Etats vénitiens ou dans celui de l'Eglise, les ecclésiastiques, mais même encore la Mais celles-là, il craignait de ne pas les obconcubine du prêtre, selon l'opinion una- tenir, vu la grande circonspection ordinaire nîme des canonistes, jouissait de l'exemption à cette république; et pour les autres, nondu for séculier. Or c'est là une inconvenance seulement elles étaient refusées par les prosortie de la plume de quelque imprudent lé- testants, mais le refus paraissait avoir un giste , nullement suivie des plus autorisés légitime prétexte. Il eut donc recours à un d'entre eux, si ce n'est en ce sens qu'une expédient qui f\Â de convoquer les orateurs telle concubine (voyez Fagnano, au chapi- des princes en consistoire secret (20 avril, tre '^u\[uSf depuis le n'*25, jusqu'au n° 33 , 1537, d'après les actes consisloriaux) cinq de Foro compet.) peut être punie de sa faute jours après l'arrivée d'Abbatini, et là de démême dans le for ecclésiastique. Celte opi- clarer en leur présence, pour qu'ils en donnion n'est point d'ailleurs approuvée dans nassent aussitôt avis à leurs maîtres, qu'il les tribunaux de Rome , lesquels n'étendent voulait proroger la convocation jusqu'au même pas à tous les domestiques des clercs premier jour de novembre suivant, sans déle privilège de l'exemption. On voit donc signer aucun lieu déterminé , mais seulement combien est invraisemblable un pareil pro- en général une viliedltalie. Il publia ensuite pos dans la bouche d'un pape qui vivra dans une bulle à ce sujet, le 20 mai , dans laquelle" la mémoire comme un modèle de sagesse (1). il rendait compte du fait, et rejetait toute la Et comment le duc pouvait-il s'arroger un faute sur le duc, lui reprochant d'avoir pareil droit de juridiction sur les ecclésias- tenu cachées pendant si longtemps des prétiques du concile, s'il ne se l'arrogeait pas tentions qui étaient contraires à l'usage des même sur ceux de ses Etats ; si personne précédents conciles, et inopportunes dans les dans les temps modernes ne se l'était arrogé circonstances présentes. 11 fit proniptcnicnt en pareil cas, ni le duc de Ferrare, ni la parvenir, par divers moyens, la nouvelle de république de Florence , ni même le marquis cette prorogation dans les pays les plus loinde Mantoue , son prédécesseur, lorsque le tains, afin que les évêques et les orateurs ne concile y fut célébré en présence de Pie II? fissent pas un voyage inutile. Mais le bon Soave observe le premier le 2. Ensuite il fit représenter par ses nonces grand commandement de faire pour les au- (On le voit par les instructions envoyées aux très ce qu'il ambitionne pour lui-même, nonces, les 21, 27 et dernier jour d'à- Ainsi, comme il débite à tout propos contre vril 1537), en Espagne à l'empereur, et en l'Eglise des assertions aussi étranges qu'in- Alb^magne au roi des Romains, que désorconvenantes, il a soin, charitablement, d'en mais n'y ayant plus espoir d'attirer les promeltre tam qu'il peutdans la bouche d'autrui. testants au concile, comme il paraissait par rHAPITRF IV ^^ dernière réponse de Smalkalde, et le con- ^ IV. (.jjg ne devant plus se réunir que pour affer- Prorogation du concile. Légation du cardinal niir et contenter les catholiques, il semblait Polus; et négociations pour la paix entre «....»„. i..„ j.ffi^„i.i„ .j .•__. i- .-

les deux couronnes.

1. Le pape, contraint de renoncer à son dessein sur Mantoue, se vit dans un grand embarras. D'un côté il voulait célébrer le concile, pour n*e pas laisser croire qu'il avait

(I) Le Conrayer passe légèronienl sur tout ce morceau , et se plaii à remarquer seulement que e'esi là un Irait d'esprit. Mais le P. Buonafede {M. /., /;. Oo) dit sagement que ce laconisme, plein de malignité, tend à nous persuader qu'il n'est riuesliou là que d'une plaisanterie indifférente , tandis qu'au mépris de la vérité, l'auteur outrage Paul III, ce pontife si sagf» et si grave, comme si dans une matière sérieuse il soutenait une doctrine inconvenante, honteuse et ridicule ; il outrage les ecclésiastiques, comme s'ils étaient effrontément libertins ,* et à tel point que les canonistes dans leurs traités fussent obligés de pourvoir aux droits de leurs concubines.'

autorité dans ces villes, et d'en abandonner le gouvernement au concile tant qu'il durerait. Il donnait encore à ses nonces les deux avertissements qui suivent : l'un, que touchant le choix du lieu ils parlassent comme d'eux-mêmes, aOn de ne pas obliger le pontife, tout en demandant le sentiment des princes, à le suivre ensuite comme une loi ; l'autre, que si par hasard les princes faisaient quelque ouverture pour reprendre les négociations au sujet de Mantoue, ils s'y refusassent nettement, parce que le roi de France s'était repenti du consentement que le pape avait par adresse obtenu de lui pour celte ville; et maintenant voyant que la précédente publication du concile pour Mantoue était révoquée, et qu'ainsi il était libéré de tout engagement, il refusait d'envoyer ses sujets dans une ville feudataire de son ennemi. La vérité était que le roi dit à l evêque de Faënza (Lettre de Vévêque de Faè'nza, datée de Valence sur le IViône, et du 15 septembre 1536, au cardinal Farnèse) quHl ne croyait pas le temps présent convenable pour réunir un concile qui pût être utile à V Eglise; ce concile en effet ne pourrait pas être œcuménique, tant que les deux principaux potestats de la chrétienté seraient en guerre, et dans V impossibilité par conséquent d'y concourir par la réunion de leurs volontés et de leurs vassaux. C'était pour cela qu'afin d'aplanir les voies à une entreprise aussi salutaire, il avait offert de signer une paix désavantageuse ; et son adversaire avait repoussé ses offres, comme le pape le savait bien.

3. Le roi des Romains loua le pape pour avoir prorogé le concile, parce que ni les évéques d'Espagne, ni ceux de France, n'étaient en mesure ; il demanda ensuite, comme incidemment, où en étaient les négociations du pape en faveur de la paix, qui faciliterait merveilleusement la convocation du concile, et {Lettre du nonce à Ricalcati, sous la date du 19 avril 1537), du reste, il prit temps pour délibérer jusqu'à ce qu'il aurait reçu le bref pontifical. Après cela il se plaignit amèrement au nonce de l'indifférence de Paul, pendant que le roi de France, disait-il, protégeait les luthériens pour la ruine du pontificat, et appelait les Turcs à l'oppression de toute la chrétienté, les Autrichiens, au contraire, employaient toutes leurs forces à réprimer les uns et à repousser les autres. Et néanmoins le pape avait accordé récemment au roi de France deux décimes, ce qui revenait à employer le patrimoine du Christ, pour soudoyer Varmée de Barberousse. Or il en était résulté que le roi n'avait pas voulu accéder aux offres raisonnables qui lui étaient faites par V empereur; et quant au pape, c'étaient des considérations d'intérêts privés et de famille qui l'empêchaient de se déclarer commue il convenait à son rang et comme le demandait rutilité de son troupeau. En conséquence, Ferdinand ayant reçu le bref louchant la prorogation, répondit que, d'un côté, les Allemands, encore incapables ,de porter ces vérités, ne croiraient ni le pape ni lui, et que, de l'autre, il ne voyait pas comment on pourrait célébrer un concile,

quelque part que ce fût, durant la guerre, à moins que le pape, comme vicaire du Christ, ne voulût se déclarer en faveur du parti qui tenait pour le Christ; en ce cas-là il serait facile de trouver, sur les terres impériales, un lieu propre pour le concile, et au gré des Allemands. Il prop(>serait donc la vil e de Trente; et l'on ne devait pas douter que les luthériens ne finissent par s'y rendre, comme avaient fait les Bohémiens à celui de Baie, une fois qu'ils le virent assemblé.

A ces deux sorties de Ferdinand, le nonce répliqua avec douceur que quant aux considérations d'intérêt privé, personne plus que Sa Majesté ne pouvait reconnaître combien, par celte neutralité, le pape mettait obslacle à l'agrandissement de sa famille, puisqu'il savait mieux que tout autre quelles étaient les propositions avantageuses que lui faisait l'empereur, son frère, pour l'attirer à son parti ; et enfin que le roi de France n'était ni un membre assez peu considérable de la chrétienté pour n'en tenir aucun compte, ni assez dépravé pour en désespérer.

Et certes il faut convenir que la condition des papes est, sous un rapport, des plus malheureuses : c'est que, quelle que soit la conduite qu'ils tiennent, le prince dont les intérêts en souffrent l'impute à des vues d'intérêt de famille, afin, ou de les gagner par le point d'honneur, ou de se venger d'eux en les décriant.

4. En réalité, le pape ne se lassait ni de procurer la paix entre les catholiques, ni de travailler à la conversion des hérétiques. Dans cette vue, vers le commencement de l'année, il avait envoyé Renaud Polus en Angleterre pour y rétablir l'ordre. C'était un homme issu du sang royal par sa mère, et que l'héroïsme de sa vertu rendait vénérable. Pour ne pas consentir au schisme du roi Henri, il s'était retiré à Padoue, et y menait une vie retirée et vouée à l'étude, pauvre de biens, mais riche de tous les dons de la science. Le pape l'avait retiré naguère de cette vie obscure pour l'environner inopinément de tout l'éclat de la pourpre romaine; et, dans les circonstances actuelles, il le jugea un instrument propre à obtenir deux résultats importants. Le premier, et le plus vivement désiré, était de gagner le cœur de Henri. Une double mort, celle de son épouse légitime et celle de sa concubine, venait de briser les liens qui auraient pu arrêter ce prince, et d'ailleurs on voyait, par ses derniers édits, qu'il était ennemi des luthériens. Le second résultat, si le premier ne pouvait être ob^ tenu , était d'affermir dans leur courageuse persévérance les catholiques de ce royaume (1).

(l) Le proleslanlSchelhorn s'est beaucoup écliaufle l'iinagination contre celle légaiion de Polus, et il n'y voit que des macliinations conire le roi d'Angleicrre. Mais le cardinal Quirini, avec les seules lettres de Polus, ei dans la préface (p. 7) et dans la dissertaiion placée en tête du second volume des Letlr.es du même Polus, déronvre à la fois et dissipe les songes creux du bildiolhécaire de Memniii.gen. Oji peut voir dons les pièces authentiques placées en lèle de ce recueil.

HISTOmE DU CONCILE DE TRENTE.

formée par la nature, avant qu'ils se fussent nous avons dit; il lui fit même défendre de

connus , ne manqua pas de se resserrer par s'arrêter sur ses terres , cherchant , du reste^

les rapports qu'ils eurent ensemble pendant à tempérer l'amertume de semblables prohî.

I s années de retraite et de culture littéraire bilions par les plus honnêtes excuses dont il

quePolus avait passées à Padoue et dans les fut possible de les revêtir ( lettre de Polas

xiilcs voisines. Ce qui rendait Gibcrti émi- au cardinal de Carpi , datée de Cambrai,

nomment propre à entrer dans cette négocia- 26 avril 1537).

lion, c'était d'abord son habileté consommée 7. La raison de ceci était que le roi Henri,

dans le maniement des affaires d'Etat, et en- en qui les fureurs de l'amour avaient été

suite l'allachement que sous le dernier pape remplacées par celles de la colère, de l'ambi-

ii avait louiours manifeste pour le roi de tion et de la cupidité, s'obstinant dans sa

20f/rn71537). Il est certain que ces deux prin- prisé par sa précédente résistance, soit parce

ces avaient répondu à ces marques d'atta- qu'il redoutait son influence capable de sou-

chement par des remerciements affectueux, lever la noblesse anglaise. Il fit donc les

et par des offres magnifiques, offres d'ailleurs instances les plus vives auprès du roi de,

toujours refusées par la pieuse générosité de France pour qu'il le fit prendre et le retînt

ce vénérable prélat. prisonnier entre ses mains ; croyant sans

0. François P-^ résidait alors dans les Pays- doute que comme il en était venu à fouler

Bas, cnvî-ronné de tout le bonheur et de tout aux pieds toute espèce de droit divin, il

l'éclafde la victoire. L'empereur avait voulu pourrait aussi amener les autres à fouler

l'attaquer en France ; mais il avait échoué, a«x pieds le droit dos gens. Henri {lettre

comme il arrive le plus souvent quand on de Giberli déjà citée, à la date du 20 avril).

porte la guerre dans les Etats d'un ennemi prétendait couvrir celle demande indiscrète

puissant et aimédeses sujets. EtÎFrancois F^ ^^u prétexte que Paul venait par ses intri-

avait fait déborder sur la Flandre le puissant g»PS susciter contre lui des révoltes et des

et formidable torrent de sa milice française, conjurations. C'est pour cela qu'il fit décn-

li avait pris Esdin avec plusieurs autres pla- P»ter sa mère, comme complice de la trahi-

ces importantes , étant beaucoup mieux se- son du fils, et mit à prix la tête du cardinal,

condé dans cette guerre par la noblesse française que dans les guerres d'Italie. Dans les. guerres de Flandre, en effet, il leur semblait combattre pour reconquérir une propriété et réunir à la France un bras qu'on lui avait coupé ; tandis que l'Italie était considérée par eux comme une contrée étrangère, et où ils s'inquiétaient peu de dominer, parce que le séjour ne leur en était pas agréable : aussi disaient-ils (lettre de Giberti, qui sera citée ci-après) qu'ils aimaient mieux aller mourir en Flandre, que vaincre en Italie. Le roi combattait donc avec des troupes pleines d'ardeur, et en marchant de succès en succès contre un ennemi usé par les revers de la campagne précédente, et d'ailleurs assez occupé en Italie à se fortifier contre le formidable armement des Turcs. Toiles étaient les circonstances dans lesquelles se trouvait le roi, quand Polus fut envoyé par le souverain pontife, avec commission de négocier avec lui , soit pour l'amener à la paix, soit pour obtenir des renseignements et son appui en ce qui concernait l'Anglclerro. Mais quoique cette mission do Polus eût l'approbation de l'ambassadeur français, qui attestait en même temps celle du roi, et quoique en tra-

Jnstruction ou information sur les affaires tf Angleterre donnée par le cardinal Polus au pape Paul III, quand il fût désigné pour légat (p. CCLXXIV) el rinsiriiclion laime que Polus reçut de Uorne en partanl pour ceuo kzM'nm (p. CCLXXIX^.

avec promesse de cinquante mille écus. En conséquence, le pontife prit le parti de rappeler Polus à Rome, et de lui donner une garde. Or cependant , comme je l'ai vu de mes propres yeux, les commissions de Polus étaient si modérées, qu'on fut sur le point d'en communiquer l'original aux ministres anglais eux-mêmes envoyés en France contre lui; et ceux-ci, toutou le poursuivant par nécessité, ne pouvaient s'empêcher d'exprimer à son égard des sentiments (i'humanité et de compassion* Mais le roi d'Angleterre avait l'avantage , quoique le moindre des trois potentats, de donner des lois aux deux autres, comme s'il eût été ie plus puissant , parce que les deux plus forîs se faisant mutuellement contre-poids , il ne fallait que l'addition d'une force légère de part ou d'autre pour faire pencher la balance. Voilà pourquoi le roi François I", craignant l'indignation même déraisonnable de Henri, eut recours à l'expédient de se tirer d'embarras, en tenant Polus éloigné de sa présence el de son royaume.

8. Cette notification des volontés du roi de France fut adressée aussi à Giberti; mais on connut ensuite par une lettre du cardinal Pio de Carpi, qui n'avait pas encore quitté la cour depuis qu'il était revêtu de sa nouvelle dignité, (jue c'était là une interprétation de l'envoyé du roi, et non une commission reçue de ce prince. Ainsi Giberti ( lettre de Giberti à Ricalcati , datée d'Amiens , le

20 avril, 1537), sans aitcndre la réponse à à la paix , en consentant (ce consentement est

une lettre par laquelle il suppliait le roi de mentionné dans une lettre de Giberti à Mcal-

I;,' recevoir, vint le trouver à Hesdin. Là, il cati, datée de Lyon, '2k mars \^31) que rtJtcit

représenta qu'il .n'était point dans cette de Milan demeurât en séquestre entre les mains

.iffaire un agent officiel, ni suspect aux du pape ; et par là on avait pu voir quel était

deux rois; qu'au contraire ayant embrassé le degré de confiance qu'il mettait en Sa Sain^

leur parti , il s'était retiré des affaires au teté. Maintenant que Dieu lui offrait l'avan-

h'inps de Clément VII , quand celui-ci avait tage sur son injuste adversaire , il ne voulait

renoncé à leur alliance ; aussi reçut-il du roi pas repousser la faveur céleste qui se déclarait

une audience des plus gracieuses, et comme pour te bon droit. Il n'avait rien à faire avec

lepape, la veille de son départ, lui avait com- l'armée turque; mais on reconnaissait là les

muniqué quelques-unes de ses pensées lou- mauvaises dispositions de Venipereur, qui ai-

chant la paix publique, il les développa mait mieux s'exposer avec tout le reste^ de la

devant le roi avec beaucoup d'énergie. Il chrétienté à devenir la proie des Turcs, que

s'efforça de lui faire envisager la gloire et la de rendre à son parent ce qui lui appartenait

reconnaissance qu'il s'assurerait auprès de et de le reconnaître pour son frère. Du reste,,

tous les chrétiens, si, en un temps où il était pour montrer la modération de son cœur , il

supérieur en force, il faisait preuve de mode- serait prêt à délaisser, du côté de la Flandre,

ration. Par là il se montrerait disposé à lever des conquêtes qui étaient déjà sous sa main ,

tout obstacle au bien spirituel et temporel de pourvu seulement que le pape et les Vénitiens

toute la chrétienté, et surtout à la délivrer de s'engageassent avec lui à Vaider dans l'occu-

l oppression des Turcs. Il prouverait, ce qu'il pation du Milanais , par leur médiation d'à-

avait professé autrefois , que c'était cette con- bord, et, si la médiation ne réussissait pas, par

sidération qui l'avait empêché d'attaquer l'em- la force des armes.

pereur quand il avait sur les bras les guerres Giberti répliqua qu'une pareille convention de Vienne et de Tunis. En même temps, il ôte- paralyserait le plus puissant moyen de lui faire rai t ail roi d'Angleterre la déplorable facilité obtenir Milan, sans perte d'hommes, sans frais avec laquelle ce prince cherchait un triomphe et avec une grande gloire. Or ce moyen était dans sa propre ruine , tandis que les deux bras de pouvoir représenter à l'empereur que le roi^ de l'Eglise, qui seuls auraient pu réprimer sans autre profit que de prouver hautement son ses fureurs, étaient ainsi armés l'un contre humanité et son amour pour la paix générale Vautre. De cette manière. Sa"" Majesté enlève- et que de le vaincre en générosité , s'était absrait à son rival l'avantage de ces imputations tenu de le blesser grièvement quand il lui tespécieuses, au moyen desquelles il cherchait à nait le poignard sur la poitrine. Il en résultele rendre odieux auprès de tous les chrétiens, rait, au jugement du monde entier, une obli- Dès lors, l'empereur ne pourrait plus lui re- gation pour l'empereur de répondre par une fuser l'investiture du duché de Milan, ni magnanimité égale, et d'accorder comme un alléguer pour excuse que ce serait fournir au don ce que l'adversaire aurait pu lui enlever feu un nouvel aliment, que ce serait, non comme une dépouille. Que si l'empereur ne se assouvir, mais irriter de plus en plus sa rendait pas à ce généreux procédé , les princes vora'cité insatiable. d'Italie auraient un motif légitime de soutenir On verrait , au contraire, que Sa Majesté Sa Majesté, sans montrer d'autre partialité savait renoncer même aux conquêtes lr:< plus que celle du devoir et de la justice. Mais ce assurées pour les sacrifier à la paix puiUque discours parut au roi plus recherché et plus et au contentement général. Ainsi de deux iMioricien que véridique et persuasif. Il s'en choses l'une : ou l'empereur éclairé enfin sur la îint donc aux offres déjà exposées , tant que droiture des intentions du roi , et sûr de le du moins il ne recevrait ni du pape, ni de la trouver reconnaissant pour les bien faits, quand république, aucun gage de traité obligatoire; il le trouvait courtois même après les injures, et, en conséquence, la négociation demeura lui accorderait l'investiture à laquelle Sa Ma- suspendue. jesté avait tant de droits; ou, s'il la lui refu- fHAPITRE V sait, le pape et les Vénitiens auraient alors

des motifs légitimes pour la lui obtenir, par Ligue du pape avec l'empereur et les Vénitiens leur médiation d'abord , et ensuite au besoin contre les Turcs. — Trêve entre les deux co apar la voie des armes. Car ils verraient bien, et ronnes. — Convocation du concile à Vile monde entier avec eux, qu'en cela leurs ar- cence. ines ne feraient que protéger l'équité et conquérir la paix. Au lieu qm ses entreprises 1. Barberousse (1) n'avait pas réussi danscontre l'empereur, au moment où les Turcs ses projets de conquête en Italie ; en consemenaçaient ainsi l'Italie, ne pourraient que quence il en avait retiré son armée, et tourne

- ..^^ ^^^.. beaucoup v.. ....... .^.^ ^ — ^ . . ^ i j' p- • "it

en esclavage dans les descentes imprévues, mais comme il est arrivé plus a une lois, ne jusiina peu de pays occupés par des conquêtes stables. (1) Le pape rendit compte f)ii premier évéïiomeiit, 9. Le roi répondit que dans tous les temps dans le consistoire, le 8 décertibre,ei du second le 19, H avait donné des preuves de ses dispositions coujimc poricni les actes consisioriaux.

pas par ses succès toutes les espérances qu'elle avait fait naître. André Doria, amiral le l'emperpur, se contenta d'avoir rendu inu- ;iles les efforts de l'ennemi, sans s'inquiéter :ie combattre, quoique la victoire parût bien plus vraisemblable que la défaite; c'est que \\ victoire ne lui paraissait assurer que de légers avantages à son prince; et le combat, «raprès ses prévisions, pouvait entraîner un dommage considérable. Cette détermination lui attira la haine des alliés et le mépris de la multitude.

2. Mais, dans l'intervalle, le pape, profitant de l'opportunité, obtint de la puissance vénitienne, pour la célébration du concile, la ville de Vicence. Or il était arrivé que la reine Eléonore, épouse de François 1", et Marie, veuve de Louis, roi de Hongrie, gouvernante de Flandre, toutes deux sœurs de l'ei^pereur, avaient ménagé entre eux une trêve de peu de durée , laquelle sembla devoir être le crépuscule d'une paix moins nuageuse et plus durable. Ainsi le pape publia, le 8 octobre, une bulle dans laquelle, après avoir offert de joyeuses actions de grâces à la divine miséricorde pour avoir délivré l'Italie des incursions des Turcs, il exprimait l'espérance de la paix entre les deux couronnes, et louait la piété du sénat vénitien, qui, quoique préoccupé de la défense si importante de Corfou, n'avait pas refusé d'accorder pour la réunion du concile un lieu des plus commodes, qui était la ville de Vicence. Mais comme cet arrangement s'était conclu trop tard et que le temps manquait pour qu'il fût publié dans toute la chrétienté, de manière à ce que les personnages attendus pussent être présents au jour indiqué dans la précédente proroga'ion, c'est-à-dire le I" novembre, comme d'ailleurs approchait ensuite la saison qui met obstacle à des voyages de long cours, il prorogeait de nouveau le concile, jusqu'au I)remier mai^ fête des apôtres saint Philippe et saint Jacques (1).

3. En même temps on s'occupa de réforme, et on députa d'abord une congrégation de quatre cardinaux et de cinq, prélats des plus distingués Les cardinaux furent Contarini, Sadolet et Caraffa, qui depuis devint pape, et enfln Polus, déjà revenu de sa légation. Les prélats montèrent tous depuis à la plus haute dignité, à l'exception d'un seul dont le mérite trouva une barrière invincible dans une exclusion juridique qui ne portait point sur une faute personnelle : ce dernier était Giberti. Il eut pour collègues dans cette œuvre, d'abord, Frédéric Fregoso , archevêque de Salerne , lequel par un admirable exemple refusa la pourpre, et ne l'accepta que lorsqu'il y fut contraint par obéissance ; l'archevêque Aléandre, Grégoire Corlèse, abbé bénédictin de Venise, et frère Thomas Badia,

(I)II y a eu un insolent anonyme qui a fnit à sa numière un Schediasma de concilia Mantuam primum , dein Viticenliam indiclo^ ouvrage digne d'élre inséré dans Bibliolhecu brcmensis (class. YIII, p.ige 164), et d'être orné d'une disserialion en forme d'épître parSchélliorn, dans le tome VU de ses maussades Aménités Huémires, p, 251 .

maître du sacré palais, tous deux de Modène, et illustres par leur probité autant que par leur science. Cette congrégation proposa plu» sieurs chefs de réforme, lesquels re>enaient presque tous à réduire les grâces émanées de la cour, grâces toujours odieuses quand elles sont accordées à d'autres, mais toujours sollicitées avec importunité par chacun. Or les princes qui sollicitaient la réforme étaient souvent ceux qui employaient les moyens les plus violents pour arracher ces grâces aux souverains pontifes. Aussi le cardinal Schomberg lui-même, si zélé pour la religion, et si bien au fait de la disposition des esprits en Allemagne, dissuada, comme l'avoue Soave, de songera guérir par des rigueurs inusitées la maladie universelle qui n'était autre qu'un désir frénétique de liberté et de relâchement, et qui portait à forcer la clôture des monastères et à briser les liens des promesses les plus sacrées. Il représenta que le concile s'assemblerait bientôt ; c'était à celte assemblée composée de toutes les nations, et par conséquent éclairée sur la nature du mal, qu'il faudrait en laisser le jugement. En effet les peuples ne se laisseraient pas imposer un fardeau qu'ils ne pourraient pas porter ; et celui qui leur serait imposé par la volonté commune, leur paraîtrait plus léger que s'il leur était imposé par l'autorité d'un petit nombre.

k. Soave ajoute que cette opinion prévalut, quoique le cardinal Jean-Pierre Caraffa soutînt la thèse contraire. Je n'ai pas connaissance de celte dernière particularité ; mais, fût-elle avérée, il reste à voir si, lorsqu'il fut sur le siège pontifical, il fil plus avec toute l'ardeur de son zèle que les autres n'avaient fait, touchant ces réformes alors projetées. Je dis plus que les autres n'avaient fait, parce que, quoique pour les raisons déduites précédemment et pour celles qui, trois ans au-» para vaut, décidèrent le consistoire à une semblable détermination, et qui ont été rapportées par nous dans le livre précédent (chapitre XVII), on eût jugé à propos de ne faire à ce sujet aucun éclat par de nouvelles bulles; néanmoins on procéda petit à petit à des commencements de réforme et par la voie la plus efficace, celle des faits. Et ensuite, dès le temps même de Paul III, quand on vit que la convocation du concile traînait plus en longueur qu'on n'avait espéré, on reprit l'affaire de la réforme, l'an 1540. Le pape, en consistoire (17 août 1540, comme portent les actes consistoriaux)y députe quatre commissions de trois cardinaux, avec le pouvoir et la charge de veiller à ce que les réformes ordonnées eussent leur effet dans chaque tribunal. En conséquence furent délégués, pour la chambre apostolique et pour les juridictions particulières de Rome, Cupis, Ghinucci et Polus; pour la rote, Gesarini, MontietGuiddiccione; pour la chancellerie , Grimani , Aléandre et Ridolfi; pour la pénitencerie, Contarini, Caraffa et Cervini. En outre il fut pouvu à la résidence par des ordonnances très-sévères, et par l'appât des alternatives au désavantage encore de la dateric ; à cet égard plusieurs

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huiles salutaires furent publiées. Une grande 6. L'autre classe embrassait la direction

partie de ces lois projetées furent ensuite éta- générale de l'Eglise : et là on affirmait que

blies, du vivant de Paul, dans le concile qui tous les désordres provenaient de ce que les

fut assemblé par ses soins ; enfin le reste de papes avaient prêté l'oreille aux exagérations

ces lois fut, avec cette mansuétude qui com- de quelques adulateurs qui leur supposaient

pense la lenteur de l'action par la persévé- un pouvoir sans limites, comme s'ils étaient

rance du zèle, successivement introduit et non de simples ministres , mais de véritables

par le concile et par les pontifes qui vinrent maîtres dans l'exercice des clefs ; en sorte

après Paul III. A l'appui de celle assertion, que pour eux il n'y eût pas de différence en-

je puis produire une lettre du cardinal Gon- tre la loi et la volonté. Puis on venait au dé-

tarini {au cardinal Farnèse, du 21 juin 1541), tail.

pendant qu'il était légat à Ratisbonne, dans Le premier abus qui était signalé était

laquelle cet illustre Caton du sacré collège, l'ordination des clercs et des prêtres ignorants

qui n'était pas homme à dissimuler les im- et indignes. On peut voir si cet abus règne à

perfections remarquées dans le clergé ou dans Rome aujourd'hui, et si de meilleures lois

la cour romaine, comme le prouvent et ses à cet égard peuvent émaner de Rome. Il est

propres écrits et ceux des écrivains qui ont bien vrai que les lois demandent des hommes

•-vn«.1A An lui i.on/^nfa fltta la v>rki m averti rt on /1 lii-î nui cortKârtl nf vmiiîll^nt 1^,- C^i^^ ^^ J ■

était venu aux effets. A cela il avait répondu second abus, qui était la collation incoasidé-

franchement qu'il pouvait rendre compte de rée des bénéfices , et en particulier des pa-

cette affaire comme ayant eu à s'en occuper; roisses et des évêchés. Certes on ne trouvera

qu'une grande réforme dans les lois ne pou- pas de principauté dans laquelle un si grand

yait s'exécuter que lentement, si l'on voulait nombre de charges, souvent au-dessous du

qu'elle fût agréable et par-là fructueuse ; qu'il médiocre pour le revenu, surchargées d'obli-

avait été pourvu à la résidence des évêques; gâtions, et attachées à des résidences solitai-

que les élections de cardinaux étaient tom- res et sans agréments, soient données après

bées sur des hommes du plus grand mérite, autant d'examens et de recherches sur l'in-

et que dans tout le reste la cour romaine struction, les mœurs' l'âge et la naissance,

s'était amendée de telle sorte, qu'il suffisait qu'on le fait à Rome quand il s'agit de cures

démettre en regard les mœurs présentes et et d'évêchés. Si l'on veut parler d'une dili-

les mœurs d'autre fois pour répondre aux gence angélique, il faut la demander aux

accusations ; que la réforme se faisait voir, anges qui conduisent les cieux , non aux

non plus sur le papier, mais, ce qui était bien hommes qui gouvernent le monde. Les rap-

autre chose, dans les œuvres. Le cardinal porteurs passaient ensuite aux résignalions

rapporte ensuite que le roi confessa la vérité de bénéfices, avec pensions et réserves : là-

àe tout ce qui précède. Et parce que Soave dessus chacun sait, et il en est beaucoup qui

dit que le rapport rédigé par les cardinaux, en murmurent, combien les papes sont diffi-

à l'époque dont nous parlons, aurait mérité ciles de nos jours.

d'être enregistré par lui dans l'histoire, si la 7. Quant aux expectatives, qui sont aussi

longueur de cette pièce ne l'en eût empêché, condamnées dans celte pièce , avec divers

je veux en examiner brièvement les princi- autres chefs dont nous allons parler ci-après,

paux chapitres, et montrer que dans presque l'usage en est totalement supprimé. La plu-

toutes ses conclusions il a été adopté et mis rallié des bénéfices en général ne peut être

en pratique par de saintes ordonnances, et évitée , à cause de l'insuffisance de chaque

ces ordonnances sont observées autant qu'on bénéfice pour l'entretien des ecclésiastiques,

peut l'espérer de l'imperfection inhérente à et surtout des plus élevés en dignité, qui sont

l'intelligence et aux vertus humaines. ,-,, comme les colonnes et tout à la fois le sou-

5. Les chapitres de cet écrit se rappor- tien et l'ornement du sanctuaire. Dans ceux

talent à deux classes. L'une concernait spé- qui exigent la résidence, et principalement

cialement l'Eglise de Rome, qui doit servir dans les cures et les évêchés, la pluralité

de miroir à toutes les Eglises du monde ; et n'existe plus absolument, sauf quelques pro-

là on relevait la mesquinerie et le peu de dé- vinces infectées de l'hérésie, dans lesquelles

cence des offices célébrés dans la basilique on regarde comme une bonne fortune de

du Vatican : y a-t-il maintenant quelque pouvoir en placer plusieurs sur la tête de

1 chose à désirer à cet égard? On accusait en- quelque prince zélé pour la religion :du reste

I core l'indifférence pour les hôpitaux et pour elle est refusée aux cardinaux, comme à tout

Iles autres œuvres pies : Rome, aujourd'hui, autre. C'est aussi avec la même rigueur que

j n'est-elle pas là-dessus arrivée aux dernières les autres qu'ils sont contraints à la rési-

limites du zèle? On critiquait la pompe avec dence; et c'était là un des principaux abus

I laquelle des courtisanes, prenant des airs signalés dans le rapport.

de matrones, se promenaient sur des mules, ^ 8. Pour ce qui est de faire cesser la dépen-

escortées parles gens des ecclésiastiques: un dance où sont placés les membres du sacré

spectacle aussi scandaleux est-il toléré au- collège par rapport aux couronnes dont ils

jjourd'hui? On condamnait les haines publi-, , reçoivent des revenus ecclésiastiques, mesure

iques et sanguinaires entre les grands : quelle' vivement recommandée dans cet écrit, cha-

YillG est aujourd'hui dIus pacifiaue? / cun ceut comprendre combien cela deVien-

drait difficile au souverain pontife ; et je ne des subventions perçues dans l'exorcice du

jupfc pas expédient d'en parler davantage. for gracieux. On m'objectera que les revenus

Les longues absences hors de Home que se du pape pourraient subvenir à beaucoup plus

permettent les cardinaux étaienlaussibiâmées de besoins qu'ils ne font, s'ils étalent admi-

dans cet écrit ; mais elles ne sont tolérées que nistrés avec plus d'économie. Et moi, je d.e-

pour cause de résidence ou de légation, ou manderai qu'on me désigne un Etat d'égale

parfois en considération des souverains. étendue où s'observe constamment cette plus

9. En ce qui concerne la rérornie dos or- grande économie : que s'il n'en existe pas.

dres réguliers, les pontifes y ont porté uwo. on doit inculper la condition des hommes, i\

main si ferme, que plusieurs se plaindront no!) la négligence des papes. On m'objectera

plutôt de leur sévérité, qu'ils ne se scanda- encore ce qu'ils donnent en présentateurs

Miseront de leur condescendance. Mais en- proches. Là-dessus les exemples héroïques

core l'expérience nous montre ici combieîï jl du pontificat actuel me donneraient pleine

est plus difficile de travailler sur des maté- liberté de parler des pontificats précédents :

riaux qui résistent souvent à rintroduclion ainsi, sans aucune espèce de respect humain,

de formes préconçues, que d'écrire sur le pa- mais seulement par la juste appréhension

pier, qui est disposé à recevoir toute espèce de ne pas charger la mémoire des morts

de caractères. plus qu'il n*est équitable, j'affirme avec une

Quant à l'usage des dispenses en général, certitude entière que les fautes à cet égard

qui peut dire maintenant qu'il soit excessif? sont imomparablement au-dessous des éva-

Vonioir ensuite, comme on le proposait dans luntions exagérées qu'en a faites l'erreur des

cet écrit, que, pour ces dispenses, les papes peuples ou la «calomnie des malveillant?. Du

et les autres prélats ne reçoivent rien., c'est reste, qu'on me montre im Etat de méjne

assuréjr.ont un très-saint désir; mais il fau- étendue que celui-ci, et dans lequel on ne

(.Irait enseigner aux papes nue nouvelle al- prodigue pas, ou à des ministres favoris, ou

chimie pour fabriquer de l'or, et satisfaire même à des hommes dont toute l'utilité est

aux instantes et fréquentes sollicitations des de plaire au maître, plus d'argent que les

princes, quand il survient des guerres contre papes n'en ont employé à récompenser ceux

les infidèles, c'est-à-dire toujours. Combien de leurs parents qui soutenaient une grande

de fois, dans l'espace d'un siècle, l'argent n'a- partie de leurs fatigues, et héritaient de tout

t-il pas été versé à torrents pour cette desti- l'odieux attaclié au commandement • que

nation , et par le souverain pontife et par le s'il ne se trouve pas d'Etat pareil, on prie

clergé? Et, néanmoins, de toutes parts reten- Dieu qu'il fasse vivre constamment, comme

tissent les plaintes des princes et des popuîa- aujourd'hui, l'esprit de saint Pierre dans ses

lions nécessiteuses contre la cupidité ro- s«jeeesseurs ; mais^ en attendant, lorsqu'on

maiiie. Ainsi lorsque les chrétiens désirent mesurera l'étendue des devoirs attachés à

voir diminuer les revenus de Rome et du cette couronne, qu'on n'oublie pas qu'elle

clergé, c'est comme s'ils voulaient tout à la doit être portée par des hommes sortis de la

fois qu'une fontaine élanche la soif d'un race d'Adam.

monde entier, et que Ton coupe les conduils 10. Touchant les dispenses, je puis affir-

qui y portent l'eau. Remarquez bien que, pré- mer que les papes, au moins depuis plusieurs

cisément dans ce même temps, le pape devait années, ont avisé à ce que tout l'argent qui

faire des dépenses considérables pour con- en provient soit employé en œuvres pies.

Iribuer à la ligue maritime, secourir le roi Dans cet écrit sont encore énumérés les

Ferdinand, auquel les Turcs avaient fait abus suivants : le privilège accordé à beau-.

éprouver de terribles échecs en Hongrie, et coup de religieux proies de quitter l'habit et

soutenir le roi de Pologne contre les Tarta- de se soustraire à l'obédience; mais actuel-

res. D'une part, des secours lui étaient de- lement, hors des cas Irès-graves, on n'en voit

mandés par l'électeur palalin, Frédéric, qui plus d'exemple; la dispense de mariage'

voulait recouvrer les Etats dont il se croyait entre parents au second degré ; celle dispense

frustré par l'hérétique Christiern , roi de également ne s'accorde pas à la légère, quoi-

Danemark; et , en même temps, sa protec- que, à vrai dire, si elle n'est pas prodiguée,

tion était implorée par les catholiques, tant on ne voit pas quel grand scandale ou quel

de ce royaume, que de Norwège et de Suède, dommage elle cause ; la concession de l'autel

contre l'oppression de ce même Christiern et portatif : or, on y a universellement renoncé

de Gustave; et il fallait encore à cette mémo en Italie; la revalidation des titres en faveur

époque qu'il entretînt divers légats pour des possesseurs simoniaques : elle ne s*ac-

négocier la paix, et qu'il fît des préparatifs corde pas maintenant, quand la simonie a

nus pendant ces années-là, peut le trouver de la conscience, et quand la faute est si ocdans la relation, souvent citée par nous, de culte, qu'on ne peut en avoir la preuve et l'ambassadeur Sorian'o;làon connaîtra que qu'il ne peut en résulter d'infamie : dans ce ses revenus ne passaient pas deux cent deux cas-!à il vaut bien mieux tranquilliser la conmille écus romains; et plus de la moitié de science des pécheurs, que de les précipiter cette somme provenait des expéditions de la dans le désespoir touchant leur salut, ce qui dalerie, et de la vente des offices dont les re- serait la source de mille énormes sacrilèges venus, en très-grande partie, se composent dans ceux qui sont chargés de conduire les

UVUE OÙATUIEME.

âmes. Enfin on censure dans cet écrit les chanjgcments dans les dernières volontés. Nous ne dirons pas d'abord qu'il est opportun que ce pouvoir réside dans tout prince souverain, puisque les morts ne peuvent res-

c'est qu'en général la loi universelle fasse règle et quedanscertaines circonstances ilsoit periïijs d'y déroger. En outre, il est si naturel à l'homme de se passionner pour ce qui est défendu, qu'il faut toujours taire la loi

susciter pour venir corriger leurs disposi- plus sévère que le législateur ne désire ou

lions, lorsque les circonstances changent; n'espère qu'elle soit dans l'application. Cela

nous ne dirons pas non plus que c'est par posé, on peut l'adoucir, ou en tolérant les

une pure faveur des lois que l'homme ac- petites transgressions, ce qui énerve l'autorité

quiert un domaine en vertu duquel il de- de la loi et accoutume les sujets à ne pas la

meure, en quelque manière, maître de ce qui est dans le monde, après même qu'il n'est plus au monde ; mais nous dirons à celui qui blâme l'excessive facilité à octroyer des grâces semblables, qu'il essaie de les obtenir à Rome , et il sera détrompé.

Voilà ce qui avait pour but de régulariser la conduite ou le pouvoir des ecclésiastiques.

respecter, ou en accordant des dispenses convenables et modérées, ce qui augmciitc à la fois et le respect et la bienveillance pour le supérieur, sans porter atteinte à la moralité des sujels. Pour résumer toutes les raisons en une seule, la justice sans i^râce est la misérable condition de l'enfer.

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