‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 335 sur 368 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Voyage du pape à Nice, dans le but de ména^ ger la paix entre les deux couronnes. — Légats expédiés par lui à Vicence, — Nouvelle nécessité de proroger le concile,

1. Pour ramener les égarés, il était visible que la vie exemplaire de la cour n'aurait pas suffi, sans la terreur inspirée par les princes. L'une pouvait réussir auprès de peuples induits en erreur par simplicité, l'autre était nécessaire avec les grands, dont

lemagne en Espagne. Là il traiterait de vive voix avec chacun d'eux sur les moyens de les réconcilier et d'assurer la célébration du concile. Au cas où il pourrait réussir, il partirait immédiatement pour Vicence ; telle fut donc la délibération prise en consistoire [le 20 marSf d'après les actes consistoriaux). En conséquence, les légats pour le concile furent élus, savoir, le cardinal Campège, homme très-versé dans ces sortes de matières, le cardinal Simonetta, grand canoniste, elle cardinal Aléandre, qui réunissait au degré le plus éminent la théorie et la pratique, cl qui sept jours auparavant avait été promu à cette dignité ; en sorte que, dans le même consistoire où il fut charcré de la

la révolte devait être imputée a l'ambition, légation, eurent lieu les deux cérémonies

Or cette terreur ne pouvait être inspirée par deux puissances, quelque imposantes qu'elles fussent, dès lors qu'elles s'affaiblissaient mutuellement parleurs querelles. Aussi le pape ne disconlinuait-il pas, avec la plus vive sollicitude, d'engager les deux rois à la paix. Il saisit donc l'occasion de la trêve , qui vint suspendre les hostilités, comme on voit les nuées s'entr'ouvrir pour recevoir la forme de l'arc-en-ciel; et il désigna (le 19 octobre

qu'on sépare d'ordinaire en deux consistoires distincts, et qui consistent à ouvrir et à former la bouche aux cardinaux nouvellement élus. Ensuite, au bout de trois jours, le pape se mit en chemin pour Nice, où il espérait attirer à une entrevue les deux rois. Arrivé à Plaisance, il reçut de Vicence les lettres des légats, qui lui mandaient qu'aucun évêquc ne paraissait. Ainsi, pour soustraire au mépris son autorité et celle de ses légats, qui

1537, d'après les actes consistoriaux) comme devaient, selon les ordres reçus, faire au bout

légats, pour traiter de la paix et du concile, le cardinal Jacovaccio envoyé vers l'empereur, et le cardinal Pio de Carpi vers le roi

lettre au cardinal Quirini. On peut voir l'inlroduclion dans le tome l*^"" de mon Antifébronius, où j'ai disserté plus au long sur ce sujet [page 172 ei suiv.).

de cinq jours leur entrée publique dans cette ville, et ouvrir le concile, il décida en consistoire ( le 25 avril 1538, d après les actes consistoriaux) que l'ouverture serait prorogée jusqu'au jour qu'il indiquerait plus tard ; en sorte qu'avant cette désignation le concile ne pourrait, pour aucune raison,, être censé ou-

897 LIVRE QUATRIEME. 89g

vert; il publia même une bulle à ce sujet (1), sa libre détermination (Jmn-Baptiste Adriani

consistoire, dans lequel, pour presser rafïaire plus assidûment, il créa au nom du sacré collège trois légats ombulants, qui iraient tantôt auprès d'un prince, tantôt auprès de l'autre : ce furent les cardinaux Cupis, doyen, Ghinucci et Cesarini. Le pontife séjourna un mois dans cette contrée, se rendant pour négocier tantôt auprès du roi, tantôt auprès de l'empereur. Il ne put pas conclure la paix; mais il conclut entre eux une trêve de dix ans, sans avoir pu les amener à s'aboucher l'un avec l'autre. Une conférence eut lieu néanmoins à Aigues-Mortes, après le départ du pape. Les deux princes y tirent assaut de générosité ; le roi d'abord se mit volontairement entre les mains de l'empereur, en montant une petite embarcation pour aller le trouver à son bord, et l'empereur se mit ensuite entre les mains du roi en passant deux jours à terre. Il y eut de part et d'autres des démonstrations affectueuses : l'empereur déclara vouloir donner satisfaction à François 1", l3t faire la paix avec lui ; de son côté,* François y répondit par des promesses d'aider ['empereur à ranger les hérétiques sous son pbéissance, et à repousser les Turcs. Il y eut iînsuite des négociations en ce même lieu, iîntre le cardinal de Lorraine et le connéla- )lede Montmorency, au nomduroi,etCovos linsi que Granvelle au nom de l'empereur. I fut convenu qu'entre les ministres q lent d'être nommés et les ambassade leux couronnes, les négociations se contimeraient sans entrevue solennelle, ni autre érémonie d'apparat ; et que le roi ferait enendre aux hérétiques qu'il était en relations 'amitié avec l'empereur, et les exhorterait uissamment à faire leurs soumissions eners l'autorité pontiGcale. L'empereur mana tout ceci d'Aigues-Mortes au roi Ferdiand, et il le confirma ensuite lorsqu'il fut irivé à Valladolid {le légat Aléandre en enoya de Vicence une copie au pape , le 2 nombre 1538).

: 4. Cette conférence amicale fut immédiatelent annoncée au pape par les lettres de ses igats, comme le sceau d'une alliance durae qui serait due aux paternelles exhorta-

uniquement parce que de cette manière l'entrevue n'était plus qu'un échange de courtoisie, sans aucun lien d'engagement , tandis que auparavant il se voyait contraint, par la présence d'un si vénérable médiateur, d'accepter, par un engagement solennel, les conditions exigées par le roi , et que le pape lui conseillait d'accepter pour le bien de la paix universelle. Le pape, toutefois, ne laissa pas d'en rendre compte au consistoire {le 29 juillet 1538, d'après les actes consistoriaux ; le 5 août 1538, d'après Biagio de Césène) avec de grandes démonstrations de joie, et à cette occasion il fit célébrer des fêtes publiques et rendre à Dieu de solennelles actions de grâces ; c'est qu'il savait bien que la facilitée croire ou ne pas croire une chose, est interprétée généralement comme l'effet du désir ou delà crainte.

o. Soave hasarde ici contre Paul III deux imputations : l'une, qui est tirée d'un auteur contemporain {Jean-Baptiste Adriani, dans V ouvrage cité , et autres), est que son but, dans ce voyage, n'était pas tant la paix de la chrétienté que l'acquisition du Milanais pour sa famille, à charge d'en faire hommage aux deux couronnes. A parler avec franchise , il me semble que le pape aurait volontiers accepté une pareille acquisition , parce qu'il pereur. aurait cru y trouver et l'avantage de sa proui vien- pre famille, qu'il affectionnait beaucoup, urs des et l'utilité générale , puisque ce serait un moyen d'apaiser les discordes et de placer cet Etat sur la tête d'un Italien. Mais je puis dire avec la même franchise que, ayant lu les mémoires les plus secrets touchant ces affaires , comme sont les instructions que Paul donna à ses nonces ou à ses légats, et même au cardinal son petit-ûls, envoyé une fois vers i'empereur et une autrefois vers les deux princes , ayant lu les lettres qu'ils s'écrivirent successivement à chaque proposition et à chaque réponse, j'y ai vu les conditions proposées par le pape à l'avantage de sa famille, mais je n'y ai pas trouvé une seule ligne qui tendît à l'acquisition de Milan, même dans des circonstances plus favorables que les circonstances présentes, comme, par

ons de Sa Sainteté; mais ce n'étaient pas là exemple, après le mariage d'Octave Farnèse

3s signes suffisants pour engager le prudent avec Marguerite d'Autriche, alors qu'une

eillard à compter sur une paix stable entre telle concession de la part de l'empereur

;s deux princes, que les médecins , et, avec tournait à l'agrandissement de sa propre

us de fondement, les hommes politiques ju- fille et à l'utilité de ses descendants. Je lis

'aient irréconciliables ( Lettre du légat au contraire que le pape sentait très-bien la

léandre, écrite de Vicence au pape, le 11 août nécessité de la paix pour résister aux Turcs,

'38). La vérité était que l'empereur avait été et pour humilier les hérétiques: qu'il sentait

nduil à cette entrevue , non pas tant par

|(1) Celle bulle datée du même jour, commence par <j mots : Romanus pontiftx.

(2) Cet ordre parvint à Vicence le 28 avril, comme iparait par la réponse du cardinal Aléandre uu car- <'ial Ghinucci, secrétaire des brefs.

également l'impossibilité de l'obtenir sans donner le Milanais à François I", et qu'eu conséquence, il enjoignait toujours à tous se» ministres , et à son petit-fils lui-même, de prier et conjurer l'empereur d'offrir ce magnanime sacrifice au salut de la chrétienté et au bien de la religion. Mais si l'on veut

m , HISTOIRE DiJ CONCILE DE TRENTE. 9661

;ibsolument ajouter foi à ceux qui , sans promis et de la faveur française pour Tacheautre renseignement que l'opinion populaire, ter par la perte actuelle du Milanais. Parmi

fins nier du moins quMl sut dominer une pas- rite si franche, si paternelle et si chréticnnr. Sîon si profonde avec assez d'empire pour qu'il dissipa dans l'esprit de ces deux priiiTj

açir plutôt comme père universel que comme tous les nuages de défiaticc antérieun rkm*

père de famille. Certes il voyait bien que conçue contre lui, et qu'il fit naître (mi I

l'unique voie pour obtenir Milan de rompe- place une confiance sans bornes; il affirn ;

reur, qui seul avait la faculté d'en disposer que le pape, dominé par l'ardent ('csir (h

et comme possesseur et comme souverain, cetle paix, montra qu'il ne craignait ni fati

eût été de se départir de cette neutralité dont gués corporelles, quoique vieux et infirme

les Autrichiens se plaignaient tant. Celui qui ni échecs pour sa dignité, qui n'était pa

tient invariablement le milieu entre deux en- toujours suffisamment révérée, particulière

ncmis , peut bien espérer la paix des deux ment de la part du duc de Savoie. Ce dernier

côtés, mais il ne peut attendre d'aucun des lui ayant promis le châleau de Nice pour \

deux dô signalés bienfaits. Au contraire, loger et y recevoir les deux princes, rélrad;

comme la passion ôle le discernement, et ensuite sa promesse, à cause de l'ombrag-

que la main chaude trouve froid ce qui est que lui donnait l'introduction d'une milici

tiède, tandis que la main froide le trouve étrangère. Aussi Paul, ne voulînt pas enlro

chaud, ainsi l'impartialité et la fixité dans autrement dans la ville', consenlit à loge

le milieu paraît suspecte à chacune des deux dans un monastère hors de Nice. Or Tiepoh

parties, comme s'il y avait partialité pour dit que cet incident, qui venait traverser le

l'autre. On en avait un exemple dans Clé- volontés du pape et les négociations, facilita

ment VU, qui, en se jetant tout entier du côté ensuite la conclusion d'une longue trêve rc

de l'empereur, avait obtenu Florence. fusée auparavant par Charles V, de mcm

Si d'ailleurs tant de légations, tant de dé- qu'une courte trêve était refusée par Fran

penses, tant de démarches, tant de voyages çois \'\ En effet, l'empereur répugnait pré

et tant de résultats dus à un aussi beau cédemment à une longue trêve par affcctloi

zèle ne suffisent pas pour persuader que pour le duc^, qui en attendant demeurai

Paul III avait à cœur et la paix et la religion, privé des terres occupées par les Français

il faut regarder comme inutile tout effort niais, voyant ensuite que son autorité n'avai

pour acquérir sur la terre une bonne re- pas suffi pour obtenir du duc en faveur d

nomjiîée. pape une satisfaction si convenable, comni

6. Mais une pareille accusation tombera il s'était flatté de le pouvoir et comme il c

devant la déposition d'un témoin oculaire avait exprimé la volonté, il résolut, en re

au-dessus de toute exception, déposition qui vahchc, d'accorder aux désirs et à l'aulorit

n'a pu demeurer inconnue à Soave, et qui du pape la conclusion de la longue trêve

par conséquent le convaincra d'autant de sans aucun égard pour les intérêts du duc (1

mauvaise foi que de malignité. Est-ce que 7. Lasecondeimpulationdont Soavecharg

par hasard il n'aurait pas lu la relation de Paul dans cette circonstance a rapport a

Nicolas Tiepolo, qui, en qualité d'ambassa- concile. Il faut savoir, pour bien comprendr

deur du sénat de Venise, intervint dans tou- ceci , que le pape avait demandé à ces prliii

tes ces négociations, qui, par ordre de la ces d'y envoyer présentement les prélats d

république, travailla avec le plus grand zèle leur suite, et ensuite le plutôt possible ceu

^ ménager un accommodement et qui fut ad- de leurs Etats ; mais tous deux avaient de!

i tn'is dans tous les secrets? Or Tiepolo, dans mandé un délai, alléguant qu'il n'était paj

la relation si exacte qu'il en a donnée {dans convenable que les premiers entreprisscr

les archives des Barberini) , non-seulement seuls une œuvre aussi difficile, et que lo

n'insinue nulle part que le pape convoitât seconds n'étaient pas en mesure d'arrivc

Milan pour sa famille, mais il rapporîe com- prochaineiient. Le pape fut donc oDljp

ment ce même pontife essaya de toutes ses étant à Gênes [à Gênes, le 28 juin 1538

forces de persuader à l'empereur qu'il le ce- d'après les actes consisloriaux) de proroge

dât au duc d'Orléans. La difficulté insurmon- le concile jusqu'à Pâques suivant, en expr

table fut dans les volontés opposées de l'em- niant qu'il le faisait en considération c

pereur et du roi : l'empereur voulait que l'ef- l'empereur et de son frère, ainsi que du n

fct de cette concession fût retardé pendant très-chrétien. Par ce moyen iî parait à I

trois ans, jusqu'à ce que sa nièce fût en âge calomnie qui l'aurait accusé d'éviter le cou

d'être mariée au duc; il voulait qu'en atten- cile comme dangereux pour lu monarch dant on choisît un dépositaire qui eût sa confiaiîice, et que le roi lui prêtât secours

contre les Turcs et appui contre les prote- (1) L'auiwiié de Tiepolo a conu-airii aussi Muraio

- *^ - - (a l'ainiee 1538) de reconnaure que les vrais luoli

-* —- '■■ "— ^aul m lurent ceux qu'cxpo!

(irandissemenl de la maison Fu\

stants. Par contre, le roi ne comptait pas lai-J'^'et idoo; ue re «..wno

aseer sur IVsnérinrp d'une nareiUo acauisi- ^^' ^^^^^^9 ^" P'^P^ ^'^"^ ^^^ lurent ceux q.i cxjo

dscez sur l espérance U ui)e pareille acquisi- pa/iavit^ini , et non raarandissemeni de la maison Fu

tion pour l acheter aux dépens de sacrifices „^,. comme se le sont fiquré les gens malins >

actuels et de la rupture de ses alliances pre- cette époque et autres depuis. Or, parmi ceux-ci i

sentes. 0r, d'autre part, l'empereur ne comp- duii bicu, outre Soave, meure le Gourayer, sop cor

^uit pas assex sur l'espérance des secours mcntaicur,.

f>3i LIVRE QUATRIEME. m

papale ; et il déclara que dans tout cela il sur les bras le formidable effort des Tuics n'entendait point déroger à la bulle précé- /pour subjuguer la Hongrie, il convenait de dente, publiée à Plaisance. Il donnait à en- lui opposer le plus grand déploiement de tendre par là que quoiqu'il étendît la proro- forces , en sorte que les évêques tant de Hongation jusqu'à Pâques , néanmoins , ce terme grie que d'Allemagne , et ceux-là particulier étant échu, le concile ne serait pas censé rement qui possédaient des seigneuries ouvert sans une déclaration expresse du temporelles, devraient être occupés à la dépape, puisqu'il pouvait arriver par divers fense de leur territoire, et par conséquent, accidents, que même alors il ne fût pas une portion si distinguée du corps des pi éials expédient de l'ouvrir. ne pouvait en ce moment se rendre au con-

Page 1