Or Soave prétend ici que Paul se rendit elle
si promptement à la demande des princes, La quatrième , que les querelles fréquenlrs qu'il ne parut pas tant condescendre au dé- et envenimées entre les seigneurs allemands sir d'autrui , que suivre le sien propre. Mais rendaient alors la réunion difficile et inopcn cela pareillement il est convaincu de porlune. En sorte qu'il était plus prudent mensonge par la relation de Tiepolo : celui- d'attendre que les affaires fussent arrangées, ei, en effet, loin de raconter les choses de la ce dont l'empereur et Ferdinand avaient {'essorte, établit tout le contraire, il rapporte, poir suffisamment fondé, en effet, que, comme l'une des conditions de La dernière raison était que : les légats paix proposées portait que le roi de France ayant séjourné deux mois à Vicence, aucun I3rcterait son concours pour le concile , ce évêque n'y avait paru , et que rien ne faisait prince ne voulut pas y consenlir sur les in- prévoir leur prochaine arrivée, ce qui déstaaces de l'empereur, mais bien en considé- montrait non-seulement la convenance, mais ration du pape. Et si Paul ne résista pas à la nécessité d'une prorogation, leur demande commune, touchant le nou- Ces raisons semblent-elles de peu de poids? veau relard de convocation, Soave n'aurait-il Mais oublions les toutes. C'était donc peu de ipas dû comprendre que c'est une mesure de chose que les trois principales couronnes gnnde prudence , pour conserver et son au- s'accordassent dans celle demande? Qui, plus itorilé et la bienveillance, que de ne pas se que Charles , avait désiré le concile? Avec imonlrer difficile dans les choses qu'on ne quelle importunité , pourrions-nous dire , isaurail empêcher contre le gré du deman- n'avait-il pas pressé les papes de le convoideur, alors qu'on n'espère pas pouvoir le quer? A qui semblait-il qu'il importât plus faire renoncer à sa demande ? Qu'aurait fait qu'à lui de tenir des promesses accordées à le pape en se déterminant alors pour la te- tant de vives instances de toute l'Allemagne? nue immédiate du concile, si ce n'est de Du moment donc qu'il demandait la prorogamonirer qu'à cet égard il n'avait qu'un pou- tion du coniile, il ne restait plus de doute voir impuissant, et de réduire ces princes à sur l'impossibilité ouïes inconvénients d'une faire, maigre son opposition manifeste, ce réunion actuelle. Enfin on put voir {diverses ]u'ils lui demandaient maintenant comme une lettres du légat Aléandre et de Mignanelli, pâcc? Mais peut-être que cette grâce n'était nonce en Allemagne) ({mq. les Allemands si oas une chose convenable? Ecoutons les avides par le passé de voir convoquer prompjaisons qu'en donna le pape dans l'avis eu- tement le concile, n'eurent pas en cette ciroyé à ses légats (1). constance une seule voix parmi eux qui se La première raison fut que ces princes plaignît de là prorogation. )rétendaient être tout disposés à se trouver
iu concile ; mais qu'ayant été longtemps CHAPITRE VIL
retenus loin de leurs capitales à cause des Censures et déchéances publiées par le pape
i;uerres , il convenait qu ils y retournassent ,.^^^^,, ^^ ^^ • ^^ Angleterre.
>our quelque temps , afin de régler beaucoup ^
l'affairés. 1. Jusque-là les papes avaient traité Iç roi
9. La seconde raison fut que, comme les d'Angleterre comme un corps bien malade, H'inces avaient conclu seulement une trêve, il est vrai, mais délicat, et qui devait être l non encore la paix, et comme, par ce traité guéri avec des médicaments doux, et propres
pujours subsistant, ils étaient convenus d'en- non à violenter, mais à seconder la nature, loyer leurs ambassadeurs à Rome où le pape en laissant espérer que le temps ferait le Irait office de médiateur, on jugeait conve- reste. Mais l'expérience était venue mettre lable d'attendre le résultat, parce que la paix un terme aux espérances comme aux ap- I ne fois assurée, le concile ne pouvait man- préhensions : et on voyait qu'il n'oubliait uer d'être célébré avec un plus nombreux contre l'Eglise aucun acte d'hostilité qui pût encours, une plus ardente application, une lui venir en pensée, il avait fait tomber pnquillité plus profonde et des fruits plus cruellement les deux têtes les plus vénérée» ■bondanls. de l'Angleterre, celle du cardinal de Hoches- La troisième raison que, comme on avait ter et celle de Thomas Morus, élevés par lui ,., ^ ., ^ ,. j i . ^W3t honneurs les plus éminents, dans des (1) Celle pièce se iroiive dans un livre des archives j^mps où son gouvernement ne mérita que u Vaiican, laisse parle cardinal Aléandre el inli- ^^^ ^i^„ne î «.?.. />,.:r«« At^u a^ «.'« " * !é : liuem iialicœex Icgaiione mea leriia cjermanica. ^es eloges. Leur cr me était de n avoir pas ans ce livre se irouvcnt également enregislrées loti- voulu adorer ce Nabuchodonosor, en le 1 s les pièces et lettres écrites par Aléandre, et (pii reconnaissant pour vicaire de Jésus-Christ roui ciiées ci-après. dans ce royaume. Il avait inondé les écha^
fauds du sang des dames les plus illustres, des religieux les plus exemplaires, el des savants les plus distingués. Contre le cardinal Polus, qui, outre qu'il lui était allié par les liens du sang, était un agneau de mansuétude et un assemblage de toutes les vertus , il s'était livré aux fureurs d'une haine si atroce, que, non content des persécutions racontées par nous, lorsque le cardinal s'était retiré de Paris à Cambrai, il avait offert au sénat de cette ville d'entretenir pour eux plusieurs milliers de soldats, dès que la guerre serait terminée, s'ils le livraient entre ses mains. Polus avait tout à craindre pour sa vie, s'il n'avait eu un ange gardien dans le cardinal de Liège. Les églises furent mises au pillage , les couvents profanés, les ordres religieux bannis , le nom du pape anathématisé solennellement par de plus horribles imprécations que le nom de Lucifer. Lorsque le pape convoquait le concile, aussitôt le roi publiait une invective contre ce concile comme sacrilège et tyranjique (1). Si le pape se voyait contraint de proroger le concile, aussitôt nouvelle invective, dans laquelle les raisons de cette prorogation étaient présentées comme des fraudes. En un mot, on ne pourrait trouver un esprit qui, plus que le sien, ressemble à celui de Soave : c'est la même animosité à déchirer par des calomnies toute la conduite des papes, à les peindre avec des couleurs quel'enferseul a pu fournir, à détester enfin le vicaire de Jésus-Christ, comme le démon déteste Jésus-Christ lui-même.
2. Il en vint enfin jusqu'à un excès d'ihipiété qui fût en abomination même chez les gentils, et que n'excuserait point la fureur de la colère contre un ennemi récent : il s'y livra néanmoins dans le calme de son cœur (si toutefois ce cœur agité par les furies infernales, connut jamais le calme) et contre un saint dès longtemps révéré. Je veux dire que sa cruauté n'épargna même pas le corps de saint Thomas de Cantorbéry, parce qu'il avait souffert le martyre pour la défense de la dignité ecclésiastique, en résistant à Henri II ; or tandis que celui-ci honora ensuite les ossements du martyr, et par une humble pénitence le supplia de lui pardonner du haut du ciel , Henri VIH fit brûler ses ossements par le bourreau, fit répandre les cendres dans le fleuve, et il osa, par un procès en forme et une sentence solennelle, flétrir fia mémoire vénérée, comme si c'eût été le nom d'un rebelle convaincu ; il lui confisqua, au lieu de ses biens, les ornements sacrés que la dévotion des fidèles lui avait dédiés pendant quatre cents ans, en reconnaissance des éclatants miracles opérés par son intercession. Le pape rendit compte de ces énormités en consistoire (le 25 octobrcy d'après
(1) A ce propos je ne veux pas oineure de dire (jue lorsqu'en Îà3*6 le concile de Manioue fut convotjué, le parlement et le roi d'Angleterre publièrent une invective contre le pape, laquelle se trouve dans la bibliothèque de Brème (class. V, p. 507) sous ce litre : {Régis senaiusque Angliœ de concilio Manttiœ celebrando senlenlia.
les actes consistoriaux) le jour même qu'il parla des projets de réforme ; et il députa une congrégation choisie parmi les plus illustres des cardinaux, pour délibérer sur ce fait. Le choix tomba sur Ghinucci, alors secrétaire des brefs; Gampège, non moins au courant que le premier de l'état de l'Angleterre; Gontarini, homme d'un mérite éminent sous tous les rapports, et formé à la prudence dans la haute école de sa patrie, et Caraffa, jouissant d'une giande estime pour son zèle et sa prudence, familiarisé d'ailleurs avec les habitudes des cours, et particulièrement de celle de Londres.
3. Que chacun juge maintenant en luimême, si après avoir usé de tant de modération et de lenleur,après avoir tant de foisdéli béré, c'était renoncer à une prudente patience, comme le prétend Soave , que de témoigner un juste ressentiment pour tant de méfaits oulrageux , et contre le siège apostolique, et contre la justice, et contre le ciel même. Les cardinaux décidèrent qu'il fallait recou- i rir contre Henri aux condamnations les plus rigoureuses qui eussent été autrefois prononcées par les pontifes romains, c'est-àdire aux censures, à la déchéance du trône, et à la défense pour tout catholique de communiquer avec lui et ses partisans. C'est ce qui fut exécuté {lettre originale du cardinal Farnèse à Aléandre, le S juin 1539) par une bulle, sous la date du 17 décembre de la même année; et on envoya avec une mission secrète le cardinal Polus à l'empereur et au roi François l*"' pour les engager a rompre toute espèce de communication avec c0 prince dans leurs Etats, et pour les instruire des besoins de l'Angleterre (1).
4. Soave, applaudissant à toutes ces impiétés de Henri Vill, prétend que le pape fut plus affecté de la suppression du culte de saint Thomas, que de se voir contester le pouvoir de convoquer le concile ; parce que priver un saint canonisé des honneurs sacrés que lui a décernés le pape, c'était dévoiler un grand secret. Mais ce mot renferme plusieurs erreurs amalgamées ensemble et pétries avec le suc amer de la malignité : premièrement un prince qui ne veut pas que le pape soit le chef de l'Eglise, et qui s'en fait lui-même le chef absolu dans son royaume , comme avait fait Henri jusqu'alors, lui enlève sans doute plus que l'autorité de canoniser les saints, puisqu'il la lui ôte avec tout le reste delà souveraineté pontificale, et le réduit à la condition d'un simple évêque ; secondement contester au pape la primatie et le pouvoir de réunir des conciles œcuméniques, était une erreur condamnée jusqu'alors par l'Eglise romaine, comme une hérésie qiti détruit les fondements de la foi; mais cette
(1) Si cependant ils ne réussissaient pas à rappeler le roi d'Angleterre au devoir. Schelhorn , à son ordinaire, trouve encore à exercer sa malignité sur celte légation privée de Polus ; mais le cardinal Quirini, dans ses 'remarques sur la lettre de cet auteur (p. ép. II, p. XXI et suiv.), Ole à la médisance tout prétexte.
905 LIVRE Qî ATHIIlME.
même Eglise ne condamnerait pas comme
hérétiques ceux qui affirmaient que les papes I peuvent se tromper dans les canonisations, comme en matières purement de fait, sentiment qu'avait soutenu dans ses ouvrages imprimés le cardinal Cajétan , bien que l'on condamnât, comme téméraire et impie, quiconque affirmait qu'il y avait eu erreur dans tel ou tel cas particulier. Toutefois aujourd'hui on rejette même l'opinion de Cajétan, parce qu'on juge qu'il appartient à l'assistance dont Dieu a toujours environné l'Eglise de ne pas la laisser errer sur un fait d'une si grande importance. En troisième lieu, Soave ne s'était donc pas aperçu que la condamnation de la mémoire de saint Thomas, sous prétexte qu'il avait combattu la souveraineté affectée par le roi sur l'Eglise, entraînait comme conséquence la condamnation de saint Ambroise, pour avoir osé exercer un pouvoir sur l'er^ipereur Théodose , et celle de saint Jean Chrysostome, pour avoir agi aussi en supérieure l'égard de l'impératrice Eudoxie; et enfin que s'il est peraiis à un roi de déposséder du culte religieux un saint particulier, vénéré unanimement dans l'Eglise depuis plusieurs siècles , on en pourra faire autant de chacun des saints, et ainsi on pourra abattre tous les autels des saints, fouler aux pieds toutes les reliques, et honorer seulement en général et confusément les bienheureux esprits, quels qu'ils soient, qui sont dans le ciel?
5. En outre Soave croit avoir trouvé un bon moyen de ridiculiser l'imprudence de Paul III dans cette délibération, quand il ajoute que l'événement fit voir quel cas on en faisait. Mais nous avons déjà montré dans le livre précédent la stupidité d'une semblable raillerie {Chap. 15) : comme si en effet il était plus prudent de se laisser fouler aux pieds sans résistance que de combattre , dans le doute si on remportera la victoire. Qu'il se moque aussi de Philippe II , qui déclara déchu par sentence, comme rebelle, le prince d'Orange , bien moins puissant que le roi d'Angleterre, et cependant l'événement fit voir quel cas on en faisait. Qu'Use moque des rois de France, qui si souvent voulurent priver de tout domaine, pour crime de félonie, les seigneurs leurs sujets, et qui se virent ensuite contraints de leur pardonner en leur accordant des conditions fort avantageuses. Qui donc est assez insensé pour se figurer qu'il y ait dans le pape, avec l'autorité de Jésus-Christ, son omnipotence? Les foudres mêmes du ciel ne tuent pas toujours les méchants, mais toujours elles les épouvantent, parce que quelquefois elles les tuent. Les confédérations non plus qui se formèrent entre les potentats catholiques et Henri ne sont nullement une preuve de mépris pour
trême nécessité à laquelle ils se croyaient réduits, lorsqu'ils se liguèrent avec ce prince. Après tout, il est certain que cette sévérité des papes , quoiqu'elle ne porte pas toujours des CoNC. DE Trente. 1
coups mortels , n'est cependant devenue méprisable pour aucun monarque chrétien; et il est tel prince plus puissant que le roi d'Angleterre, qui n'a pu affermir la couronne sur sa tête sans l'humilier d'abord devant le pontife romain.
6. Et cette confiance dans Paul 111 n'avait rien de téméraire à cette époque, puisque 'es soulèvements des catholiques contre ce roi inhumain étaient appuyés premièrement de l'approbation expresse des deux monarques , comme le cardinal Farnèse, légat, le représen- ; tait à Granvelle (Lettre du cardinal Farnèse à Paul III, datée de Tolède , le 20 janvier 1539) ; secondement encore des promesses (I) de l'empereur et des espérances qu'avait données le roi François P% comme l'atteste Soave lui-même; et ces espérances n'avaient rien de simulé , puisque après la bulle il offrit de retirer d'auprès du roi d'Angleterre son ambassadeur, le jour même que l'empereur retirerait le sien , et d'attaquer l'Angleterre avec une armée complète, pourvu que l'empereur et le roi dEcosse prissent part à l'entreprise, dans Je but départager entr'eux la conquête ou d'y établir un nouveau roi. J'ai même trouvé que sans une garantie semblable le pape n'aurait pas voulu passer plus avant : il y avait en effet trois ans qu'il avait faitconnaîtreauroiFerdinand ledéploiementde sévérité qu'il méditait contre le roi Henri pour l'injure faite à la tante de ce prince et en même temps au saint-siége. Ferdinand avait répondu que cette pensée lui paraissait convenir à la justice de la cause, à l'obstination du roi et au zèle du souverain pontife , et qu'en ce qui dépendait de lui il désirait seconder Sa Sainteté dans l'exécution, ainsi que sa conscience lui en faisait une loi ; mais qu'il nepouvait cependant donner une approbation pleine et entière, tant qu'il ne connaissait pas à cet égard les inlentions de l'empereur. Le pape jugea prudent de s'en tenir là , pendant que l'empereur fut embarrassé dans les guerres contre les Turcs et contre les Français ; mais voyant ensuite qu'il était délivré de ces deux embarras, et que d'accord avec le roi de France (2) et le roi des Romains, ils se montraient tous les trois disposés à rompre tout commercn avec Henri en exécution de la sentence pontificale, certes le pape aurait passé pour élre par trop lâche s'il n'avait pas tenté l'entreprise ; et aujourd'hui chacun le blâmerait de n'avoir
(1) Extrait de lettres écrites de France au cardinal Farnèse, le 21 janvier 1559, par Laiino Giovenale, envoyé exlraordiiiaire du p;ipe; envoyées par Farnèse au cardinal Aléandre, et annolées de la wv.nït de ce dernier. Elles se trouvent dans les archives des Horghèse.
(2) Pour les deux premiers nous en avons la preuve dans une lettre originale du cardinal Farnèse au cardinal Aléandre, à la date du 17 décemlire 1558 : celte lettre se irouve dans les archives des Barbeiini. Poin' le iroisièuie, nous avons une lettre du cardinal Aléandre, légat, ei de Fahio Mignanelli, nonce auprès du roi Ferdinand ; elle est écrite au nom des <leux ensemble et adressée au cardinal Farnèse, sous la date du 21 novembre 1558.
(Vingt'nmf,)
pas osé par pusilïaTîimité guérir la gangrène par le feu , et sauver d'une pulréfaclion complète un si noble royaume ; sans aucun doute elle n'est pas moins applicable au corps social qu'au corps humain , cette matime de la médecine : Dr1ns les lïiati* eif^êrii>s il vaut mieux appliquer tin rémè'dë douteux que dé ri'éri àppflfqdêr rfttctiri.
GHÀPITRÉ Vlïl.
LégtiM^ à'û ctirâinûl AUandre êk Aïïèina(jnîé, pour accordée léÈ différends cH matière dé fetigiort.
1. L'empérèur et le foi Férdifïand qui avaient jusqu'alors deitiaridé lé con'cife avec une ardeur eitlrème, tandis que' lés papps se montraient peu empressés, uiainlenant qu'on en tenait à l'œuvre, demeuraient conv.nncus que ce n'était pas le moyeti d'à paiser les héréliques, et ils apercevaient, avec celte lumière de révidehre que répandent les objets vus à proximîlé, VA vérité des raisons cotitraires que leur avait présentées Clément Vil, mais qui de son vivant n'eurent aucun poids, parce qu'on n'y voyîfitque la partialité d'un intérêt personnel. C'est là une erreur très-fréquerile parmi ks hommes, parce qu'ils ne foiit pas attention que lorsqu'un conseil paraît intéressé, il ne faut pa? sans douté céder à l'autorité de celui qui le donne, mais écouter et peser ses arguments. Effectivement l'itltérêt qjui rend aveugle, quand il s'agit de Voiries réalités contraires, fait en mêlïie temps office d'Argus quand
hausser le prix de la marchandise par l'emipressement à la demander, le pape, se trouvant à Lucques à son retour, prit îa sage précaution de lui confier trois brefs : l'un corhine accidentel et secondaire ( ik juil^ /p7l538), pour la conversion des Bohémiens. H s'était agi précédemment de cette conversion, et à ce sujet des pouvoirs avaient été envoyée lannéë précédente au nonce MoronC; inais le légat ne tarda pas à en désespérer. L'autre bref, qui était le principal et qui fournissait le motif avoué de la légation, avait pour objet les affaires de Hongrie : c'est-à-dire, soit dé cortclnre défiriitivehient la paix non encore s'OlCfihélleriient stipulée entré le roi Ferdînand et le roi Jean ; soit de régulariséh' le gouvornemérlt des Eglises dont les évéques n'étaient pas encore confirmés |iar lif pape; soitehfîri de sauver ce payjj de la peste du luthéranisme et de la tyrannie des Turcs. Le troH.-éme bref avait pour objet l'accommodemenl avec les luthériens; ce bref devait être tenu secret (1) jusqu'à ce qu'on eût quelque lueur d'espérance d'un heureux succès. C'est une grave négligence de Soate de n'avoir pas dit un mol de celte légéïlion qui dura un an.
2 Quoique le roi des Romaiiis eût d'abord appl'tudi [Lettres du nonce Morone au cardinal Aléandre, le 2 août et le 3 septembre 1538) ftu choix d'Aléandrîï, et l'eûl accueilli avec beaucoup de marques d'affection et d'honneur, néanmoins poussé à cela par ses conseillers, dont plusieurs étaient moins religieux que leur maître, il fit insinuer à Rome
envoyé cOnitiië légat eti Allemagne. Ce cardinal fut choisi à cause dé son Habileté supérieure à célfe de V(M àctti'e, et mieux: connue de t'étripére'or'. ^à'is^ comme Feu-
intéressé, thériens à cause des discussion^ précéden-
Ces princes^ prévoyant déne (1) que du les et de l'édil de Worms, ariile redoutée concile résulterait non là réconciliation, mais dont on lui attribuait la fabrication, comme la condamnàlion des hérétiques, et craignant aussi à cause de son naturel ardent, plus? que cette condâniitation ne causât encore convenable pour guerroyer que pour lairé plus de trouMcà et de bouleversements, tour- la paix. Il était même arrivé que, comme dans nèrent toute lelir âltéulibn vers les moyens l'avant-dernière promotion, le pape avait iode rétablir la concorde. L'empereur en parla lenlijn de l'élever à la pourpre, il en fut au pape à ViHefranche, où il fut convenu détourné par les représentations qu'on lui entre eux que lé cardinal Aléattdrë (^[serait fit que cela déplairait au roi Ferdinand , à
cause de l'odieux que s'était attiré ccthomme pour avoir exaspéré lés esprits en Allemagne par soii caractère impétueux. Ferdinand ayant alors eu connaissance de ces bruits , en avait témoigné beaucoup de chagrin , cl avait fait connaître par ses lettres au pa|)e [datées de Vienne , 3 février 1537) la fausseté de toutes ces suppositions, l'affection qu'il portait à ce grand prélat, les doux et hotiolables souvenirs qu'il avait laissés dans le cœur des Allemands , et la joie que lui cl toute la nation éprouveraient en le voyant porté aux premières- dignités de TEglise. Le nonce Morone avait aussi écrit plusieurs fois en ce sens à Aléa il dre touchant l'intérêt que
(l)L(?tue d'Aléandre, datée de Vicence, 14 juillet 1558, adressée à Jean Bianclielio, ininislre (Jn c.irdiiial Ghiuucci; ici plusieurs auires lelires écriiés depuis au pape el au cardinal Farttèse.
voyer (3) ainsi pour amener à un accommodenieiU les- luthériens; c'eût été nourrir leur orgueil, abaisser laf majesté pontificale, et
(1) Lettre de Morone, éyê \\\q de Modène, nonce en Allemagne, an cardinal Farnè^e, sons la dale du 2 jnin 1558, el par lui coinninni piée au cardinal Aléan- "dre, dans les archives des B-.irberini.
(2) On le voil dans 1» letiro écrile par Charles V f à Ferdinand, le 1-2 se^aenibie, laquelle sera ciiée
i plus bas.
^ (5) Ou le voitdansuneinslruclior. envoyée à Poggio, nonce en Espiigiie, par le cardinal Farnése, le 12 octobre lo58,elc<nHniufli.inée an légat Aléaudre. Quant à rinsuiiciion donnée à Aléandre lui-njéme , elle se trouve dans un recueil d'inslructioiis, aux archives du .Vatican.
909 LIVRE^QUAÏRIilMIî:. 010
le roi et les Allemands prenaient à sa pro- commença à perdre l'espoir prochain qu'on
pape faisant plus attention au bien public accorder; qu'exclure des assemblées religieudans cette affaire, qu'à la réputation per- ses un prélat savant et intègre, sous présonnolîe du ministre {voyez les lettres déjà texte qu'il était un objet d'aversion pour les
citées), oc le rappelât, en lui substituant mécréants, n'était pas'une conduite conforquelquc autre. 11 ne se fit point défaut à lui- me aux exemples de l'Eglise, exemples jus- .^A^... ^» :. ^^.,^„« „., ^ : ,1. i„ ijpj^g p^j. jg succès, puisque ce fut par un
prétexte semblable qu'on proposa de tenir saint Alhanase éloigné du concile de Sardi-
même, et il envoya au pape une copie de la lettre que le roi avait autrefois écrite à Sa Sainteté. Or, comme il soupçonnait (no/es de la main du cardinal Aléandre , à la marge de la copie de la lettre précitée) le nonce d'avoir entretenu ces idées dans l'esprit du pape, il envoya aussi copie des assurances réitérées par lesquelles le nonce attestait combien il était agréable à cette nation. 11 concluait de
je, et cependant les Pères s'opposèrent à m exclusion avec tant de fermeté, qu'ils ai-
que,
son exciusiuii aveciaui ue îermeie, qi mèrent mieux laisser partir soixante évêques ariens ; or la présence de cet homme fut cause que l'Eglise occidentale conserva les vrais canons du concile de Nicée , et la
tout cela quel'orage présent ne pouvait avoir véritable exposition de la doctrine catholi-
que deux causes : ou les calomnies des conseillers pervers dont était entouré ce roi si religieux ; ou le désir que la négociation ne fût pas entre les mains d'un personnage éminent en dignité , et profond en science, mais entre les mains de quelque commissaire obscur envoyé de Rome, qui servît seulement à sauver les apparences, et qui se laissât entraîner à tout ce que les politiques eslim raient équitable d'après les principes de la sagesse humaine. En efi'et l'origine de toute l'affaire avait été dans Fcrdinanil le désir d obtenir de l'Allemagne les secours qui devaient être fournis contre les Turcs [on le voit par la copie déjà citée de la lettre du îionce Morone, adressée an cardinal Far- Tièse, le 2 juin 1538). Or ces secours lui étaient refusés et parles catholiques, parce qu'ils alléguaient le besoin de se tenir sur la défensive contre les insultes des luthériens , et par les luthériens, parce qu'ils s'excusaient par la crainte d'être inquiétés et par les catholiques et par l'empereur. Aussi le marquis de Brandebourg avait-il proposé d'en venir à un acconuiiodemenl en accordant aux luthériens la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, et autres satisfactions qui devaient se réduire à l'exemption de simples défenses ecclésiastiques , et ne portaient aucune atteinte à la pureté de la foi.
3. Le cardinal rappelait sans jactance que, de tous les ministres employés par le siège
que, d'après l'aveu même des^ Grecs, nos adversaires.
k. Cette apologie que faisait de lui-même Aléandre , était plus solide que néceasaire, parce que (Lettre d' Aléandre au pape, datée de Lintz, li septembre 1538) les instances de Ferdinand, pour l'éloigner de cette négociation, ne furent ni bien vives ni longtemps soutenues.
Dès l'entrée des négociations {Lettres d*Aléandre au pape, du 1" octobre et du 2 novembre 1538), les protestants, qui s'étaient réunis à Eisenach, demandèrent que Ferdinand donnât plein pouvoir aux électeurs palatin et de Brandebourg; mais c'étaient précisément ceux en qui on se fiait le moins du côté des catholiques: le premier, parce qu'il avait du ressentiment contre le souverain pontife, à cause du refus fait à son frère de la coadjutorerie d'Eyslat, quoique pour des motifs si raisonnables, que le roi Ferdinand reconnut la sainteté de cette détermination; le second , parce qu'il chancelait dans la foi, comme il a été dit , au point que, non-seulement son frère était luthérien déclaré, mais l'électeur lui-même permettait dans ses Etals la libre prédication de cette secte. Toutefois on ne pouvait alléguer cette défiance, de peur que le soupçon, ouvertement manifesté, ne les rendît tels qu'on les soupçonnait. Voilà pourquoi le pape, dans le bref d'Aléandre touchant la réunion , louait l'électeur de Brandebourg comme imitateur du zèle de son
apostolique dans cette cause, aucun n'avait père à ramener les égarés dans le droit cheobtenu de bons résultats, si ce n'est lui, par min. Il fut donc décidé (Lettre commune du
légat et du nonce au cardinal Farnèse, sous la
le tempérament opportun d'une patience pleine de modération, et d'un zèle plein de vigueur dans la diète de Worms ; que là il avait prévalu contre tant d'oppositions, et avait arraché des mains de tous les princes et de tous les ordres d'Allemagne la meilleure arme qu'on pût avoir pour terrasser l'hérésie et défendre le souverain pontificat ; que pendant bien des années il s'était abstenu d'aigrir les luthériens par des invectives, tandis que par des invectives d'autres catholiques, plus zélés que circonspects, avaient irrité la plaie el l'avaient rendue incurable; que dans la diète d'AugsbOurg, où il ne put être envoyé pourcause de maladie, lorsqu'on
date des 18 et 20 novembre 1538) que Ferdinand répondrait qu'il n'était pas possible de donner des pouvoirs pour rien conclure avant quela réponse deCharles fût parvenue, mais qu'en attendant, ils devaient tâcher d'amener les luthériens à des conditions acceptables. Los deux électeurs eux-mêmes s'étaient déjà désistés de la demande faite pour eux parles luthériens, parce qu'ils la reconnaissaient peu raisonnable et odieuse, et ils se bornèrent à demander que ce plein pouvoir fût envoyé par l'empereur à son frère.
5. Celui-ci avait reçu des réponses {Postscriptum aux lettres de Valladolid , 22 sej)-
IIISTOmE DU CONCILE DE TRENTE
aussi ton- mieux traitée que lui par le pape. Ce nomrance, afin veau lien de famille, se joignant à la piété des t il lui di- deux princes autrichiens envers la dignité du
sans sa participation et son autorité, ni sans le légat Méandre, et qu'il fallait aussi toujours s'entendre avec le roi de Frr
rait%lu1eS"en^ gén^ ëû^^oTn pontife les portait à travailler, avec un vif
d'avancer successivement par trois degrés : et sincère desir. au maintien et au retabl.ssc-
]P n, emier était de rappeler les hérétiques au ment de son autorité. Mais les circonstances
r^calholique dans toute sa perfection; le ne pouvaient être pires parce que le roi Jean
ru cainoiiquu ua ^^ réussît pas dans le refusait de laisser publier la paix [Diverses
Dmnier^serait de leur accorder tout ce qui leltres du légat Aléandre àla date du 19 juin
nSpas ou opposé à la substance de la 1539) tant que l^erdinand ne serait pas en
f^f nu de nature à scandaliser le reste de la état de lui fournir un puissant secours con-
nhV.p^ipniV afin d'obtenir d'eux une réunion Ire le sultan, parce que celui-ci, irrite de
"il- ^'iiel-fn n'eût p^^s T te^pTcaUend.. ^.ïir 2.715= r/lO Z^S"^: quT, dl-
nnc'réoonse de lui ; mais, à tout événement, tourna longtemps le pape par ses ardentes
ruerait oermis au roi Ferdinand de promet- pneres, de confirmer les evêques de Hongrie,
Il seidii puim.^ jjPjjj qijg |.g Cyj pgyp gyj^ ^ ^^ motit pressant
tre en son nom. ^ ^^^.^ accroissement d'amener Jean à l'exécution du traité {Letire
D. A ceiio ^v 2. i„ „in„ pi ipc Autrichiens, ducardinal Farnèse à Aléandre, datée dOslie, de conOance en're f f pe et les Auiricmens . ^^^^ ^^^^^ ^^ ^^^^^^^ ^^^ ^^^^^^.
p1 Pn VOICI les causes . adWOIU lo v^aiumai ^ .•//••
do Médicis était venu à mourir, non sans ru- adressées au même et citées ici, se trouvent en
mpnrTsourdes d'uu empoisonnement com- originaux dans les archives desBarbennu)
^?s nar son neveu, Alexandre, j.loux de Mais le pape, après quelques délais, se crut
r^n nnnvnir Alexandre avait ensuite été as- oblige de pourvoir au salut de cette portion son pouvoir, ^texanarc uv chrétienté ; et non-seulement il con^
encline nar la trahison oe L.duiLiu, &<.ui |ja i ^ a /oa • .iKon v > /
sassine pai la •!« ^ ,, firma les eveques (30 mai 1539, d après les
' * ' - - •• accorda des se- Htre de Durante
Marguerite, fille naturelle ue leuipciciu ui ^ -y------- — •' — r ■i-,\^\^^ ^•f'^^ "**
Se d'Alexandre, était demeurée veuve. ^^;^^\f^^^^^^
Celle-ci, quoique recherchée par Corne qui ^'^'J^;^^.^^^^
i/oninî! ronsolider sa domination nouvelle, aucauiinaiJi^a7nese,auzôahiu,ioô\)),iC(\uo\,
Youidii VV ' ^ ^Aro n Oriivo Fnmèsc comme il est ordinaire aux ministres, mettait
fut mariée par son père a uciave r unejjL, . »
dans laquelle us c,a^ii^.rrcvu..u,....^.^j..^^^ dU'e'a°ndr<! d« 29 i,.m. 1539). Mais iï n'en
H,?r',!i"Frnnrois I" ■ et, pour la conserver, fut pas de même de Charles ; il entra dans ou roi françois i , < i, i>ul ■ , ,' i„o ,,.,/.t, / u lonn r.f..i.- i-pt..,-, u.,. in r,.,i>i ..«r ,.i.
sitions d'un projet de mariage entre vicioire, V": "7™ ' "' "";" "'; i'"i"-' ""■"■-, "- -^ — ■-.
sœur d'Octave, et le duc de Vendôme, prince jw» 1^39) touchant la connrmaiion des cvc-
du sans royal. Celui-ci, par un autre ma- l^^s. . , -. •. '
rtaee monta depuis sur le trône de Navarre, T. Comme donc le secours était nécessaire
et fut la souche de ces rois qui, lorsque la pour affermir le sceptre de a Hongrie dans branche des Valois vint à s'éteindre , sont es mains des princes d Autriche, c clait un .nonlés sur le trône de France ; du reste, la crrih e obstacle que le rejet des (Icmandes
proposition du pape fut alors froidement ac- insoutenables des luthériens. En effet leur
cS par les Français. Mais le pape fut si faction pouvTsit ( Jeltre d Méandre, d« 28
v.uv,iiiic t^aa V . decemb. 1538) mettre en campagne trente
(I) C'est ce qui est rapporté dans une lettre écrile ^î'-f f^".'"*^'"^ "jj '"'^ ,«'"<' chevaux ; et elle
par fe cardinal Farnèse a» pi.pe . Jaléc de France, était SI répandue dans le peuple que le légal,
9 février 1540; et celle letire avec beaucoup d'au- a son arrivée (Lettre du légat au pape .
ires se trouve dans les archives des Baibcrini. 9 septembre 1538), trouva ou Allemagne
quinze cents cures vacantes, à défaut de pré- avons parlé plus haut, et qui voulut opposer
très catholiques. Elle allait d'ailleurs crois- ainsi cette ligue là celle de Smalkalde lors-
sant parmi les classes élevées; et à son qu'il vit l'audace des luthériens et leur opi-
soultle les peuples d Allemagne se laissaient niâtre résistance à l'empereur. Et cette lioue
entrainei- et rouler comme les feuilles au gré fut comme l'arche qui, depuis, sauva do'' ce
de la religion pour lui et pour sa famille, que Helt, quoique petit de taille, mérilait avait [Lettre du cardinal Farnèse, en réponse bien de porter son nom, qui , en allemand au légat Aléandre , datée de Rome, 28 octo- signifie héros. Le chef de celte ligue était le hre, 1538) défendu alors sévèrement à toute duc Henri de Brunswick, duquel certaines personne de parler aux enfants de contro- lettres , interceptées par le landgrave de verses sur la foi ; d'un autre côté, pour ne Hesse, lui firent soupçonner qu'on machipas s'aliéner totalement les esprits des luthé- nait quelque attaque 'à main armée contre riens, il avait été prodigue (Ie/fred'.4/ean:/re, les protestants. Or son zèle pour la cause à la date du 29 juin, 1539) envers eux de commune était encore stimulé par une incharges et de magistratures: ce qui ernpé- jure personnelle; car il avait vu qu'on parchaitque l'attrait présenté par la sensualité lait de lui dans ces lettres comme étant sur et par l'avarice en faveur de l'hérésie ne fût le point de devenir fou. contrebalancé par l'appréhension d'encourir 9. L'évéque de Lund se rendit donc à la disgrâce du souverain. Enfin la faction celle réunion. Les luthériens avaient deluthérienne se fortifiait aussi parmi les prin- mandé ( Lettre du cardinal Aléandre au carces, puisque justement à cette même époque dinal Famèse , datée de Vienne, 2^1 janvier l'avidité des biens eéclésiasliques porta l'é- 1539) trois choses: la continuation de la lecteur palatin et celui de Brandebourg à paix de Nuremberg; la sécurité contre toute publier des édits favorables à la nouvelle espèce de vexation, avec engagement récisecte. proque ; ces deux conditions, en des cir-
8 A cela se joignit la mort du duc Georges constances aussi critiques, paraissaient supde Saxe, qui, tout en exerçant la plus haute portables au légat, mais la troisième était influence en faveur du parti catholique, oble- trop dommageable pour être tolérée : c'était nait encore la vénération du parti de l'héré- de déclarer la paix, de telle sorte, qu'en sie. Cette mort, qui fut précédée de celle de vertu du traité, la chambre impériale susson fils unique, porta ce noble héritage au pendît toutes les procédures contre ceux qui duG Henri, son frère, lequel était luthérien, avaient enlevé des biens d'églises. On cou- Ainsi donc, en présence de si redoutables ad- vrait une si grande iniquité du prétexte que Vefsâires, la prétendue insuffisance des for- ces biens ayant été donnés à Dieu à titre de ces n'était qu'un voile qui-couvrait l'insuffi- religion, dès lors que la vérité elle-même de sauce du courage en lui prêtant le masque de la religion était controversée, tous les artila prudence : en conséquence, on prenait clés qui s'y rattachaient devaient l'être aussi, ouvertement tous les moyens de les gagner Or quoique ceci, quant au passé, ne comprît par voie de conciliation. La mort du cardinal que l'enlèvement de biens meubles ou imde Trente, qui, parmi les conseillers du roi, meubles de peu de valeur, on pouvait en l'emportait également sur tous les autres et induire pour l'avenir la liberté d'usurper les par son crédit auprès de Ferdinand et par possessions des ecclésiastiques, ainsi que son zèle viril pour la religion , cette mort, leurs villes et châteaux, sans crainte des dis-je, laissa un champ plus libre aux cou- magistrats, comme si c'eût été le patrimoine seils de la pusillanimité. de gens rebelles; et il ne restait même pas
Pour négocier cet accord, l'empereur en- l'espérance de les recouvrer par sentence du voya Jean Vésal ( ceci se trouve à la fin du concile, puisque les luthériens, sous le nom dernier discours envoyé à Rome par Aléandre), de concile légitime, n'entendaient plus qu'une évêque de Lund et postulé, comme parlent synagogue de leurs docteurs. les canonisies, pour le siège de Constance. 10. L'évéque de Lund rejeta cette con- Ce prélat avait demeuré douze ans à Rome, dition qui, pour mettre fin aux inquiétudes et passait pour le confident du souverain des hérétiques, en aurait causé de bien plus pontife. Il arriva en Allemagne à l'entrée du cruelles aux ecclésiastiques de tout rang, printemps et au moment où les luthériens En conséquence les deux électeurs palatin [Lettre d' Aléandre au cardinal Farnèse, du et de Brandebourg s'étant interposés, on Q février i^3d) venaient de se réunir en as- parvint à conclure, du consentement des semblée à Francfort. Ce qui avait donné lieu ambassadeurs de l'empereur et deFerdinand. à cette réunion, ce furent certains soupçons une convention qui fut signée le 19 avril, et (jueleur inspira, comme nous allons dire, la dans laquelle on prit les leuàpéramenls qui suiligue catholique. Cette ligue, en effet, s'était vent : la paix en matière de religion dureformée peu de temps auparavant [Lettre d'A- rait quinze mois, et on suspendrait les proléandre au cardinal Farnèse, août 1538) en- cédures pour les dommages antérieurs , de tre l'empereur, le roi Ferdinand, les deux telle sorte néanmoins qu'on n'en tolérerait ducs de Bavière , le duc Georges de Saxe et pas d'autres à l'avenir. Mais du reste, l'éaulres seigneurs catholiques, par les soins vêque de Lund, guidé par cette règle, que infatigables de ce Matthias Helt dont nous lorsque un acci^mmodement est désiré par un
prince , le ministre est plus agréable s'il le conclut, même avec quelques désavantages que s'il vient à le rompre , descendit à des conditions préjudiciables en même temps au pape, à l'empereur et au roi Ferdinand ; au pape d'abord , parce qu'il fut convenu qu'on ouvrirait, le premier août, à Nuremberg une conférence sur la roliglf>n avec six théologiens de chaque côte, et des orateurs envo3'és par l'empereur cl par Ferdinand. Or il éiait dit dans cet article que les deux électeurs qui s'étaient entremis, auraient voulu qu'on laissât à ia disposition de l'empereur d'en donner avis au pape, au cas que Sa Sainteté voudrait envoyer ses représentants à cette assemblée , mais que les lulhériens avaient protesté qu'ils ne regardaient pas le pape comme chef de la religion chrétienne, et qu'ainsi ils ne consentaient pas à ce qu'il fût appelé dans une réunion de ce genre. Le Iraité était aussi préjudiciable à l'empereur , parce qu'il y était stipulé {c'est ce- qu'on peut voir dans les discours envoyés à Rome par le légat, num. 25) (dans un chapitre secret, il est vrai, pour en atténuer la hontejque l'empereur ne pourrait, en ce qui concernait le.pays de Gueldre, ni à l'expiration de quinze mois, procéder de fait, ni dans cet intervalle, procéder même en droit, contre leducde Juliers, beau-père de l'électeur de Saxe , et dont l'évêque de Lund était sujet. Le traité enfin était préjudiciable à Ferdinand, parce qu'on admettait la protestation qu'avait faite l'électeur de Saxe en signant, et par laquelle il refusait de le reconnaître pour roi des Romains.
11. Cet accommodement ne put donc que déplaire à tous ceux du parti catholique , soit pour le spirituel, soit pour le temporel, d'autant plus que depuis y ayant euà Worms une diète composée à la fois de catholiques et d'hérétiques, pour délibérer sur le secours à fournir contre les Turcs , il fut décidé, qu'avant de l'accorder, on réglerait les différends en matière de religion. Ce qui fit voir que l'évêque de Lund , même avec un traité aussi désavantageux , n'avait pas atteinl le but de ses négociations , c'est-à-dire ce secours tant désiré pour assurer et aux Allemands la défense de leur territoire, et aux Autrichiens la possession de la Hongrie.
Mais (Lettre dAléandre à Farnèse , /e 28 mai 1539), plus que tout autre, le légat s'emporta contre la convention et celui qui en était le médiateur, lorsqu'il se vit déçu dans les espérances qu'il en avait conçues en luimême, et qu'il avait fait concevoir à Rome. Aussi ( // s'en excuse à la fin du dernier discours envoyé à Rome ) comme dans la discussion du traité on avait débattu longtemps l'article où il s'agissait d'admettre ou de ne pas admettre, en attendant de nouveaux sectaires et confédérés dans l'un et l'autre parti ; et comme finalement il avait été décidé qu'on en ferait défense de part et d'autre pour six mois, pendant lesquels il serait libre à l'empereur de ratifier cet article, aussi bien que les autres, pour la durée entière des qninze mois, le légal en prit occasion de rompre tout
l'arrangement ; et pour détourner l'empereur de le ratifier, il fît tous ses efforts, soit de vive voix auprès de Ferdinand, soit auprès du pape, par plusieurs discours écrits qu'il lui adressa (1), et surtout par l'organe de son secrétaire, qu'il envoya tout exprès. 11 voulait qu'on représentât à l'empereur, non pas tant l'avilissement du siège apostolique, dont Sa Majesté se nomniail l'avocat et se déclarait le protecteur, que le péril évident de la religion elle-même dans une semblable conférence. Pourrait-on en effet, dans celle conférence, fonder le moindre espoir sur le parti hérétique, dont on connaissait les fureurs implacables ? Pourrait-on être plus rassuré du côté des catholiques qui y seraient députés? Ne voyait-on pas plusieurs de ceux-ci jeter le masque et professer ouvertement l'hérésie, qu'ils avaient auparavant couvée dans le cœur? N'en voyait-on pas d'autres soumettre la conscience aux lois de l'intérêt? Et puis la ruine de la religion ne menaçail-elle pas celle de l'Empire, comme témoignait l'exemple de l'Orient, et comme venaient encore le confirmer les entreprises mêmes de la nouvelle hérésie, qui avaient toujours abouti à diminuer ou l'autorité de l'empereur ou les Etats de Ferdinand. Aléandre s'efforçait de prouver que l'évêque de Lund avait agi en fraude, étant gagné parles présents delà ville d'Augsbourg et par les promesses du prince danois; qu'il travaillait à s'assurer un établissement dans la Hongrie, et qu'enfin il songeait. à quitter l'état ecclésiastique, dans lequel il n'avait jamais voulu se fixer par la réception des saints ordres. C'était pour cela qu'il avnit exagéré, au-dessus de la vérité, les forces des luthériens et l'imminence de leurs armements ; voulant faire croire que c'était la crainte de plus grands dommages pour ses maîtres qui l'avait engagé à accepter des conditions désavantageuses, tandis que plus véritablement son intérêt privé avait été l'appât qui Tuvait séduit. Là-dessus le légat s'ingéniait à multiplier les preuves.
12. Aléandre fit encore dire au souverain pontife, par son secrétaire, que la reine Marie, régente de Flandre, pervertie par de mauvais conseillers, était bien loin d'imiter la piété de ses frères; qu'elle protégeait les luthériens dans son gouvernement, détournait l'électeur de Trêves et autres d'entrer dans la ligue catholique, comme si cela contrariait les désirs de l'empereur; et qu'elle avait donné ordre à son ambassadeur de retenir le plus possible celui que François l" avait désigné pour prendre, avec Ferdinand et avec le légat, les mesures les plus favorables au bien de la religion.
13. L'évêque de Lund , d'autre part, avait aussitôt écrit à Rome {Cest ce qu'on trouve dans les instructions que nous citerons ci-après), rendant compte de ce qu'il avait fait, et s'évertuant à le soutenir comme nécessaire pour détourner de plus grands périls
(l) Ces discours se trouvent aux arcliives du VaU'» eau, dnns le volume des écrits d'Aléandre qui esl inlilulé : Ex leitia mea legatione germanica.
9ia
dont on était alors menacé : i\ chercha aussi ce n'est que la méchanceté ne s'appelle plus a produire la même impression dans Icsprit malignité quand elle n'est pas cachée plus
.de 1 empereur et pour cela il se rendit eu ou moins. Le roi <J'AngleteVre avait en ce tonte hâte en Espagne. Je ne dois pas non lemps-là publié un édit sévère contre les héplus laisser ignorer ce que je trouve dans les rétiqnes, dans lequel i! ordonnait qu'on retînt papiers du cardinal Contanni depuis légat 1/, pratiquedes sacrements, le rit de la messe, a Rafisbonno, comme nous le dirons plus l'accomplissement des vœux de rclicion et has. Ce cardinal rapporle qu il entendit là . . - - ^
les excuses del'évéque de Luod , et qu'il lui témoigna en être satisfait; mais que ces excuses ne satisfirent point le pape {Lettre du cardinal Farnèse au cardinal Contarini, du 2kmai J54-1, dans le§ mamtscrits des Cervini), lequel trouva bon que cet homme reçût des politesses, mais non des marques de confiance de la part du légat. Or il le jugeait inexcusable, ou de s'être engagé dans cet accommodement, contraire aux intérêts delà religion, sans ordre de l'empereur, ou du
en un mot tout ce qu'impose la foi catholique, sauf l'obéissance à son véritable chef, dont il n'était pas parlé dans redit en question. Le pape exhorîa l'empereur à imiter cet édit, comme étant, de la part de Henri, un amendement de ses erreurs précédentes, et à faire voir aux hérétiques combien ce roi était peu disposé à favoriser leur secte, puisqu'il se jiiontrait au contraire disposé à se réunir de nouveau à l'Eglise. Or ici Soave raille Paul III avec ce spirituel épiphonème : Tant iintérêt personnel est capable de faire louer et blâmer jnoins d y avoir entraîne 1 empereur par des la même personne! Gomme si l'Eglise, dnns le
renseignements sinistres ; d'autant plus que six semaines auparavant il avait écrit au cardinal Aléandre tout l'opposé de ce qui s'était fait depuis.
\h. Mais revenons à l'époque dont nous parlions. Le pape donna créance au légat
concile de Constance, n'avait pas conàamn(^ cette hérésie de Jean Hus: que toutes les œuvres de Thomme juste sont bonnes, et que toutes celles du méchant sont mauvaises, et comme si beaucoup d'actions des idolâtres n'avaient pas été louées par les saints Pères.
Aléandre, et ayant occasion d'envoyer en Es- Mais certainement, si en cela on conunet une
pagne Jean de Montepuîciano, pour obtenir que Rome, en temps de disette, reçût de la Sicile des approvisionnements de blé, il lui confia (1) une instruction, rédigée presque textuellement avec les discours qu'il avait reçus du légat, accusant dans cette pièce la fidélité de l'évéque de Lund , et faisant connaître ses soupçons sur la régente; mais com- «ie il paraissait nécessaire de donner quelque satisfaction aux Allemands, las des troubles auxquels les condamnaient les discordes présentes, deux moyens étaient proposés par le pape à l'empereur. L'un, mis en avant par Matthias Helt, était de convoquer une diète générale dans laquelle l'empereur se trouverait, et par là on éviterait la conférence de Nuremberg; l'autre moyen, préféré par le légat, était de fortifier d'armes et d'argent la ligue catholique et d'y attirer d'autres princes, et par là on réprimerait l'insolence des
erreur, je ne puis en reprocher une semblable à Soave, parce qu'il est toujours invariablement fidèle à blâmer la conduite des papes et à louer celle des hérétiques.