CHAPITRE IX
Détermination de V empereur touchant la ligue de Francfort. — Légation du cardinal farnèse en Espagne, et ses négociations. — Prorogation du concile.
i. Nous venons de yoir Soave énoncer dans le récit de cette négociation deux erreurs d'une mauvaise foi évidente; nous allons le voir encore dans la suite de ce récit commettre nombre de méprises, dont quelquesimes très-graves. Il dit que l'évéque de iVlontepulciano fut envoyé vers l'empereur: ce qui est si éloigné de la vérité, qu'alors il n'y avait même pas d'évêché à Montepulciano.
ment en toute manière.
15. Soave montre bien qu'il a lu l'instruction précitée, mais, dans le compte qu'il en a rendu, il fait peser sur le pape deux imputations. La première le représenterait coupable d'une faute après tout assez excusable: ce serait de n'avoir employé que des raisons jhumaines pour détourner l'empereur d'ap- Iprouver l'accommodement, tandis qu'en réa- \h^ la raison qu'il fait valoir, comme le preîîijeretle plus solide argument, c'est l'honneur le Dieu, montrant bien parla que l'empereur, )Our aucun intérêt terrestre, n'aurait voulu f porter la moindre atteinte. Mais la seconde nculpation est le comble de la malignité, si
<('l).Ceci se trouve dans rinslriiclion donnée à Monepulcimo, sons la date du 9 août , et dans les lettres Il cardinal Farnèse à Aléandre, sous la date du 48 OUI 153&.
tisan du cardinal Farnèse. Ce Ricci parvint ensuite aux premières dignités sous Paul III, et plus tard, il fut mis au rang des cardiii.uix par Jules III, avec lequel il avait été intime lorsque tous deux étaient dans une moindre fortune ; mais, parce que le hasard vérifie quelquefois les paroles comme les songes, il arriva ensuite que, sous le pontifical de Pie IV, Montepulciano devint siège épiscopal, et ce cardinal fut élu évéque de sa pairie. Les autres méprises de Soave tirent plus à conséquence. Il rapporte qu'après le départ do Montepulciano le concile fut prorogé; mais, au contraire, nous lisons que la prorogation fut arrêtée en consistoire le 30 mai, et la bulle à ce sujet fut publiée le 13 juin, avant que le légat Farnèse arrivât à Tolède ; et le départ de Montepulciano eut lieu le 20 août, après 1(5 retour du légat, lequel, dans une lettre écrit»
lliSTOIRK ini CONCILE hlL THENTE.
trouver
le 18, iriande au cardinal Aléandre que ce départ allait avoir lieu.
2. Enfin Soave raconte que l'empereur ne déclara point s'il consentait ou ne consentait pas à la conférence de Nuremberg : c'est là un mensonge sans excuse, car on trouve, lîon-seulement dans les archives pontificales, mais entre les mains de beaucoup de parti-
ceux de l'une et l'autre religion avec des députés du pape et les orateurs de l'empereur, avec ceux du roi des Romains, aussi bien que du roi de France , qui témoignait le désir de contribuer pour sa part à la concorde : là on traiterait les questions d'une manière amicale et charitable.
3. L'empereur acceptait en même temps culiers, la réponse de l'empereur à Monte- le secours offert par le pape au parti eathopulciano, réponse qui fut bientôt après com- lique , et l'exhortait à entrer dans la ligue îîiîiniquée par le pape au légat Aléandre défensive en remettant à sa disposition cin- {Celte réponse lui fut envoyée de Rome le 18 quante mille écus ; il s'engageait à fournir octobre 1539 , comme nous le voyons par une de son côté une somme égale. C'est ce qui note de la main du légat). Or Vemipereurs'ex' fut effectué par le pape, en son temps (1), primait là-dessus d'une manière très-nette, lorsque tous les articles eurent été réglés, Ainsi Soave a été ici , comme en beaucoup et que l'on fut parvenu à dissiper les soup-
d'autres matières, mal pourvu de renseignements , même des plus faciles à obtenir; ou, du moins , il a été infidèle envers le lecteur, en les supprimant , quand ils étaient tant soit peu favorables au souverain pontife. Il est vrai que l'empereur montrait dans cette pièee qu'il agréait les services de l'évêque
çons qui s'étaient élevés dans l'esprit du roi de France.
k. Avant cette négociation avait eu lieu la mort de l'impératrice, et à l'occasion de cette perte , le pape voulut présenter ses compliments de condoléance à l'empereur de la manière la plus honorable qu'il serait de Lund, puisqu'il le louait d'avoir par cet possible. En conséquence, il députa pour accommodement opposé une digue à ce tor- cette ambassade le cardinal Alexandre Far-
rent dévastateur, et d'avoir, par la clause qui réservait à l'empereur un délai de six mois pour la ratification , lié les mains aux protestants dans cet intervalle, sans les liera .son souverain : aussi renvoya-l-il enAllemagne l'évêquedeLunden comblé d'honneurs. Quant au pape, il jugea à propos de dissimuler envers lui le mécontentement que lui avait causé sa conduite. Mais en même temps l'empereur promit au pape de ne pas ratifier cet accommodement, trop contraire à la religion, et de ne pas permettre que celte profane conférence eût lieu, et l'empereur tint parole. En outre, dans sa réponse au pape, il ajoutait ce qui suit, avec des expressions pleines de respect pour Sa Sainteîé : Que puisque Sa Sainteté s'en remettait sur lui pour choisir l'expédient qui lui paraissait le meilleur entre les deux proposés , îl rejetait celui d'une diète générale, non-seulement parce qu'il ne lui était pas loisible d'y assister, mais, parce qu'en y assistant en personne, il compromettrait à la fois et la dignité du siège apostolique et la dignité impériale; que les Alleïnands avaient appris à ne pas le respecter dans leurs assemblées , comme on avait pu voir dans la diète de Ratisbonne, où par trois fois il fut décrété, avec tant de violence et malgré lui, que si pour un empêchementquelconque le pape n'assemblait pas le concile universel dans le délai de dix-huit mois, il devrait, lui, le convoquer au plutôt de sa propre autorité, ou du moins, en place du concile universel, un concile national; et pour cette raison il avait fallu éviter ces réunions générales , pour ne pas voir se renouveler l'audace de cette pernicieuse demande. H jugeait donc que pour empêcher les Allemnnds d'en venir à une rupture, en des temps que les guerres des Turcs rendaioiit hi critiques, et pour ne pas enlever aux catholiques l'espoir de celte paix si désirée , il serait bon de convoquer une seconde conférence à laquelle devraient se
nèse , son petit-fils, qui partit le 19 mai. Il lui fut enjoint (2) de demeurer là seulement quelques jours, soit pour ne pas faire soupçonner que cette ambassade, sous le voile d'une cérémonie de politesse, cachait quelque intrigue profonde; soit pour ne pas se trouver présent, lorsqu'il arriverait de Rome quelque refus , au cas oii l'empereur solliciterait quelque grâce difficile par l'entremise du cardinal ; car un pareil refus ne manquerait pas de détruire tout le bon effet de sa démarche. 11 reçut toutefois commission (3) de parler de trois affaires d'intérêt public.
5. La première avait pour objet la paix à conclure avec le roi de France, et qui ne paraissait pas pouvoir se conclure sans lui abandonner le Milanais. Là-dessus le pape déclarait que, sous le point de vue de l'intérêt particulier, soit de l'Etat ecclésiastique à cause de Parme et Plaisance, soit de sa propre maison, à raison de l'alliance nouvellement contractée, il voyait de bon cpil celle possession sous la domination de l'empereur; mais que les intérêts généraux de la chrétienté l'emportaient dans ^on esprit ,
(1) Lettre du cardinal Farnèse au nonce Poggio en Espagne, du 29 octobre 1539; et une autre du cardinal Sanla Mora au cardinal Farnèse, à la date du 8 mai 15?0; ainsi tju'une autre du cardinal Cervini au cardinal Farnèse, daiée de Bruxelles, 7 juin 1540.
(2) C'est ce qu'on voit dans une lellre écrite de Tolède par le légal au pape, sur la lin de juin.
(3) On le voit par l'inslruclion donnée au légal, sous la date du 19 mai, et qui se trouve dans les archives des Borghèse; ainsi que par deux lettres Gcriies de Tolède au pape, par le légal, l'une du 21 juin 1559, l'auu'e écrite peu de jours aurès (a). Ces deux leiires sonl dans les archives du Yalican. Et le recueil des lellreo àciler, qui sonl écrites par le cardinal Farnèse à Poggio, jusqu'à l'année 1550, se trouve chez les Barberini.
[a) Celle seconde lellre du cardinal Farnèse au pape, porte la daietlu 2o juin. Elle se trouve avec doux auiref du môme jour, adressée à Polus, dans le lome second.oes lelires du niênio Polus, iaipriuiées par le cardinal Quinui (p. CCLXXXI et suiv.).
parce que sans la paix la chrétienté ne pouvait faire face à la puissance démesurée des Turcs, surtout lorsque les Vénitiens, mécontents de Doria, comme on le craignait, viendraient à conclure une trêve en leur nom propre et privé, et se sépareraient de la ligue ; car ils ne demeureraient pas longtemps dans cette ligue, si on ne faisait quelque hardie tentative de conquête, et ils ne voudraient pas se borner à une stérile défense, avec des chances de perte et des dépenses continuelles sans espérance de gain. Or, pour tenter une entreprise vigoureuse, il fallait s'adjoindre les forces du roi de France; mais dans la supposition même où la trêve avec les Turcs serait commune à
nait à Carpentras, eût traité pareillement avec le roi JFrançois I(?r (1).
8. La troisième affaire concernait le concile : à cet égard le cardinal ne reçut pas de mandat précis à son départ, le pape s'étant réservé d'en délibérer en consistoire et de lui en donner avis dans son voyage, comme il arriva en effet. Le pape avait longtemps été suspendu entre deux partis . ou de le proroger, ou de l'ouvrir dans tous les cas, même quand les êvêques ne s'y seraient pas encore rendus ; et quand il aurait ainsi fait connaître au monde que ce n'était point par son fait que le concile n'avait pas lieu, il en prononcerait la fermeture, pour agir avec loyauté, et ne pas irriter
toutes les puissances , comme on le désirait, encore par des mets en peinture la faim dont
néanmoins le bras du roi de France serait toujours nécessaire pour comprimer les luthériens, donner ainsi la paix à l'Eglise et relever le pouvoir de l'empereur, presque ruiné en Allemagne. Là-dessus le pape proposait un double mariage, entre une fille de Charles et le duc d'Orléans, et entre une fille de François I" et Charles V, devenu veuf.
6. Touchant cette .première affaire, l'empereur se montra tout à fait accessible aux propositions de paix, mais non à celles de mariage ; il répondit que le roi y regarderait à deux fois avant de donner sa fille à un homme de son âge, et que lui environné de fils et de filles, il devait plutôt songer à les marier que lui-même. Et Charles effectivement passa dans le veuvage le reste de sa vie.
7. La seconde affaire confiée par le pape au légat fut celle du roi d'Angleterre : le pape voulait que l'empereur, conjointement avec le roi de France, envoyât des ambas-
I sadeurs à Henri, pour lui déclarer que s'il i ne se réunissait à l'Eglise, tous deux rom- I praient avec lui et l'attaqueraient à main I armée. L'empereur n'y consentit point, al- ! léguant que le but des luthériens et de l'Ani glais était le même, savoir, de s'engraisser Ides dépouilles de l'Eglise, et de secouer le joug de Rome; qu'en conséquence unis de icœur, ils ne tarderaient pas à unir leurs forces ; que déjà quatorze mille soldats allemands étaient sur les bords de l'Océan, prêts à voler au secours de l'Angleterre, que les luthériens avaient des soldats et non de iTargent, et qu'ainsi il valait mieux battre auparavant les luthériens, parce que Henri, n'étant pas inquiété, ne se priverait pas de son. argent pour secourir les luthériens, [tandis que les luthériens, à la première requête du roi, accourraient volontiers avec des troupes, parce que l'or est plus puissant que toute espèce d'aimant pour attirer le fer. Et comme le légat insistait néanmoins, en disant que la réputation du siège apostolique demandait que l'on tînt du moins les esprits en échec par ces ambassades de proleclio.n, il lui fut répondu qu'il fallait attejiflre que le cardinal Polus, qui après avoir négocié avec l'empereur, était passé en France, et par ccainle d'embûches séjour-
élait tourmentée la chrétienté entière. H s'était enfin arrêté au dernier parti, de telle sortelqui! avait rappelé Aléandre [Lettres du cardinal Famés e à Aléandre, particulièrement celle datée d'Ostle, 15 mai 1539), afin qu'il pjésidâl dans le concile comme légat. La raison en était que les théologiens allemands, et autres ecclésiastiques plus zélés dans les choses divines qu'expérimentés dans les affaires humaines , demandaient {Lettre d* Aléandre au cardinal Farnèse, 22 février 1539), incessamment le concile au pape et à ses ministres , comme si celui qui avait juridiction pour le convoquer avait eu aussi le pouvoir de le réunir, et comme si les laborieuses recherches de leur érudition, ai*mes puissantes dans les débats scientifî- :ju£s, devaient suffire également pour réprimer les séditions armées des hérétiques opiniâtres. C'était là une illusion dont il paraissait que ces hommes pieux ne pourraient revenir, et en conséquence ils ne conserveraient une affection sincère pour le pape qu'autant qu'ils verraient par le fait même que ce qui leur semblait répugnance était impuissance. réelle. Mais avec le temps ils furent enfin éclairés par les représentations du légat (Lettre d' Aléandre déjà citée), qu'ils savaient bien être par lui-même porté pour le concile, elles ordres du pape dont il a été parlé ci-dessus, après lui avoir été transmis, furent ensuite suspendus {Lettre de Durante Duranti en V absence du cardinal Farnèsej légat en Espagne, au cardinal Aléandre , du 28 mm 1539). A la fin, la majeure partie des cardinaux, voyant que tous les rois im-
(1) Pendant qu'il séjournait à Carpenlra^s, Polus avaii. néanmoins expédié au roi François T', l'abbé de Sansalulo, qui avait faii'prendre par ce prince des résolutions opportunes (Lettre du cardinal Farnése, du 21 juin). Mais l'empereur insistait pour que le légat Polus se rendît en personne auprès du roi de France; et sM le faisait, l'empereur promettait d'envoyer incontinent, en Angleterre, son ambassadeur avec celui du roi très-chrétien, pour détourner Henr.i des desseins pervers qu'il avait formés. C'est pour cela qjie le même cardinal Farnèse (Lettre du 25 juin) insinuait au pape d'envoyer sans délai Polus vers le roi irès-cbrétien. Mais le pape en jugea mirement, et les nouvelles brouillerics qui s'élevèrent entre Charles Y et François l" ronjpireni la né^ociaiion.
prouvaient et refusaient cette convocation, d'un concile, il exprimait les instances quo
juo^èrent que cela suffisait pour sauver la faisaient actuellement les princes catholiques
réputation du pape. Au contraire en ouvrant pour un nouveau délai, et il prorogeait le
le concile contre la volonté des souverains, concile en se réservant d'en fixer l'époque, et
le pape serait, d'un côté, en butte aux raille- promeltanl tous ses efforts et toute sa soUi-
ric des hérétiques, qui le verraient mal obéi citude pour en effectuer la réunion. En con-
ménie par les siens, et d'autre part en but e séquence il enioi^mi (lettre de Durante an vom
aux reproches des catholiques pour avoir du pape, au légat Alénndre, du 3 juin io?j9)
(enté sciemment l'impossible. De plus, à ses représenianls de protester auprès des
Aiéamlre {Lettre du légat an cardinal Far- princes, de les presser de couper court à tous
iwse, du dernier jour de février 1539), s'était les retards, et de leur déclarer qu'il avait ar-
d'abord plaint au roi de ce que les évêques rété dans sa pensée de ne plus souffrir que
d'Allemagtie se montrant si empressés pour l'affaire fût traînée en longueur,
le concile, aucun d'eux ne s'était mis en 11. Là-dessus l'empereur répondit au légat
m- sure d'obéir, lorsqu'il avait été convoqué que les choses faites n'étaient plus un objet
à Vicence. Mais Ferdinand les excusa en de délibération ; mais que si d'une part il ju-
affirmant que s'ils étaient restés chez eux, geait l'époque actuelle peu propre pour la
ce n'était point par désobéissance, mais célébration d'un concile, d'autre part il au-
parce que ne croyant point à l'exécution , rait jugé plus expédient de ne pas fournir
^ucun d'eux n'avait voulu risquer et son matière de calomnie contre le pape à la mau-
«rgent et ses voyages; que la même chose vaise foi des hérétiques par une proroga-
arrivait dans les diètes, bien qu'on les eût lion indéterminée, mais de le convoquer pour
sollicitées avec une ardeur extrême, tant une époque fixe, comme il s'était fait précé-
qu'on n'y voyait pas paraître l'empereur en demment. Le légat lui répliqua qu'on allait
personne. Du reste il soutenait [Lettre encore mieux au devant des calomnies par
d'Aléandre au cardinal Farnèse,!^ mars cette prorogation indéterminée, parce qu'elle
4539) que les circonstances n'étaient pas permettait de réunir le concile à une époque
favorables à un concile. aussi rapprochée qu'on le voudrait, tandis
jpoqi . ,
fait précédemment. Mais avant de s'engager vel ajournement selon les exemples qu on en
pour un temps déterminé, il aurait fallu quel- avait déjà ; et dès lors le souverain pontife
que apparence fondée de succès, et on ne se voyait exposé au reproche de déloyauté
voyait aucune disposition prochaine , d'au- pour avoir promis une chose fausse, ou d'im-
tanl plus que le roi de France avait dit à La- prudence pour avoir promis une chose in-
tino Giovenale (1) que les protestants ne vraisemblable; que le crédit, le plus riche
viendraient jamais à un concile en Italie, que trésor des princes, baissait rapidement quand
par conséquent la convocation d'un concile leurs actions ne soutiennent pas ce que
à Vicence n'était pas le moyen de les gagner; leurs paroles ont proclamé à la face du
qu'on ne pouvait espérer de les ramener ni monde.
par les armes, ni par les disputes, mais seu- CHAPITllE X. iementparles égards; qu'il était bien avec
eux, et qu'il s'entremettrait puissamment; Nouvelle légation du cardinal F arnèse auprès
qu'il proposerait pour la résidence du con- des deux couronnes pour traiter de la paix
cile, Lyon, ville où les hérétiques ne crain- ei des affaires de la religion.
draiefit pas de s'assembler, et dont le choix ,• , t^ > '. •. i , i
ne pouvait inspirer aucune défiance à l'em- V^^^'^'^'^.'ï^^^ Farnese était de retour de
percur, vu les rapports de bonne amitié qui ?'^ légation d Espagne, et après lui Aleandre
existaient entre eux. C'était là ce que l'a- était aussi revenu de sa egaUon d Allema-
mour propre persuadait au roi, ou du moins gn^, rappelé par le mMJeUre de Farnese à
ce qu'il s'ingéniait à persuader à l'empereur Aleandre, du VI octobre 1539) qui jugea, sa
et au pape, pour rehausser la valeur de son présence inutile dans ces contrées, et utile a
ailiince Rome pour conférer de vive voix avec lui sur
10. Le second expédient qui demeurait au les affaires de la religion , lorsqu'il arriva
pape était de proroger le concile pour un q"e les Gantois se révoltèrent contre l empe-
Lmps indéterminé, (fest-à-dire jusqu'au mo- [^ur, qui éta.t tout a la fois leur seigneur et
ment où il aurait trouvé convenable de le ^"^ compatriote Voulant donc étouffer le^
convoquer. Et ce dernier parti fut adopté en t\"celle avant qu elle eut allume un mcendic,
consistoire (/e 31 mai 1539, d'après les Actes f désirant prévenir les enlrejrises du duc
consisloriaux), en même temps que la publi- ^^ J"l«;rs sur e pays de Gueldre avan qu
cation d'une bulle. Dans cette bille le' pape fe fut ortifié d armes et d auxiliaires .1 p.
rappelait les soins qu'il avait pris et les ob- 1^ resolution de passer en toute hâte dans le
§la4$ qu'il avait rencontrés pour la réunion Pj^ys-Bas, avec une suite peu nombreuse et
^ ^^ ^ désarmée. D.ins cette vuene trouvant pointue
(\) Ceci se trouve en p.riie d.ns le sommaire des f^^ P'"S. courte ailleurs que par !■;; F;-ance,
Leu4s de Giovenaie déjà ciié. el en panie .laus ,me >1 "« craignit pas de se mclle onUe es
aune ielaii(.ii de sa iiégociiuiou écrile p.i- 1.! ("iuli mains de français 1"' et de s aliaisser a lui
liai Farnese el envoyée à Aleandre, le 1ô mai 15ô9. domaudor passage : ce qui Jui fui accorde.
ne
Ces démonstrations réciproques donnèrent dès qu'il sut que l'empereur était en France
occasion de reprendre les négociations pour et il résolut de n'entrer à Paris que lorsque
la paix définitive; le bruit s'en répandit, ce prince en serait parti. Il avait en effet
comme si la paix eût été déjà sûre et seu- commission de ne pas montrer d'empres^e-
lement non publiée. On parla aussi du ment à joindre l'empereur , comme en effet
nouveau lien de parenté qui devait unir ces il en aurait montré dans la circonstaîice
vembre 1539) de la reprise de ces négocia- un désavantage à parler de concorde , tandis
linnu nnr M n o-pnfillinnnmA Hpnôf hp îi rpf »n>(Tf>f mi'il A»«^;i ^^i^,^ i^^ :-ç j i nrl*» -A
des soupçons eu
. , ^ . ^ , •. ' ^, «^ »-•-"- "TV.V. .mporlunile enla-
roi des Romains, devait passer en tian- mer les négociations parmi les cérémonies et
Ire pour voir son frère et délibérer avec lui sur l'étal actuel de la religion , prit a résolution d'envoyer de nouveau , comme égal, auprès de l'empereur, le cardinal Farnèse qui , encore adolescent , mourait une capacité au-dessus de son âge.
^aul, dès l'es premiers jours qu'il l'avait pronii au cardinalat, lui avait donné pour se- •rétaire et pour guide Marcel Cervini, de
les fêtes. Ainsi le cardinal Farnèse avait inlention d'attendre que l'emperrur fût en Flandre , de se. présenter ensuite au roi , et de lui déclarer que le pape l'avait envoyé pour se congratuler avec Leurs Majestés à l'occasion de la paix, et pour en solliciler la publication. De cette manière, en effet, sans prendre aucun ombrage do voir le neveu du pape auprès de son rival , le roi de France
iionlepulciano,personnaged'une vertu, d'une ne pourrait qu'être bien aise qu'un nouvel Tudilion, et d'une prudence rares. Nous au- aiguillon vînt presser T
ijons amplement occasion de parler de ce lernier dans l'histoire présente , pqisque lous le verrons successivement élevé aux 'ji'us baulcs dignités, choisi pour être légat, ►résident du concile, prendra* la plus grande lart à ce qui y fut fait pendant plusieurs nnées , et plus tard être appelé au gouver-
„ . . empereur de conclure
la paix , et l'empereur, de son côté, ne serait pas fâché que la présence du cardinal auprès de Sa Majesté fût, à la face du monde, une preuve de l'appui que le pape prêterait à son trône.
3. Mais le roi étaut allé au devant de l'empereur pour le conduire à Paris, et voya-
ement général de l'Eglise. Malheureusement géant en litière, la marche de ces princes fut
on règne ne fut que de peu de jours, et ne si lente que le légat ne pouvait plus, sans
ervit qu'à constater son mérite, sans faire affectation, retarder à ce point son arrivée;
i bonheur de la chrétienté {le 2k- novembre il songea donc à éloigner tout soupçon de
^9, d'après le Journal de Biaggio de Césène), l'esprit de l'empereur, en lui faisant parve-
ervini a:yant donc accompagné et dirigé le nir par le nonce Poggio, un mf\^sage dont le
ardinal Farnèse dans la légation d'Espagne sens élaitquedansParisilnesortira tpointdes
u| n'était que de cérémonie, le pape voulut termes généraux de la politesse, qu'il laisserait
plus forte raison que son petit-fils fût di- Leurs Majestés conférerimmédiatement entre
gé par lui dans la légation de France et de elles et qu'il se réserverait de lui exposer en
landre, qui devait avoir de si grands résul- Flandre les commissions dont il était porteur
ds. Et afin qu'il pût avec plus de dignité dansl'intérêtde la chrétienté. Il fut ensuite in-
|iraître auprès du légat pour intervenir et \\lék entrer {On le voit par une lettre du comte
irlcr dans les circonstances les plus impor- de Farnèse au pape, datée de Saint-Mathurin,
nies , le pape jugea convenable qu'il fût , 29 décembre 1539) dans Paris un jour avant
Drame le légal, revêtu de la pourpre. Peu que l'empereur y arrivât : peut-être était-ce
"mois auparavavant (le '21 août 1539, cVa- afin que le légat pût ainsi parler d'affaires
es les Actes consistoriaux) il l'avait élevé avec le roi, ce que la civilité n'aurait pas per-
r le siège épiscopal de Nicastro (1) ; et il mis en présence de son hôte illustre. Mais le
»ulait encore , avant que le légat arrivât à légat s'en abstint, comme il l'avait résolu et
iris , le compter au nombre des cardinaux fait savoir à Charles. Ainsi le temps se passa
ns une promotion d'élite {le iS février, d\i- à Paris en déploiement de magnificence, et
\:ès les Actes consistoriaux) (2). en démonstration de courtoisie affectueuse,
.-- 3s consistoriaux) (2)