‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 338 sur 368 · Le légat retarda à dessein son arrivée · texte numérisé non relu

Le légat retarda à dessein son arrivée

(I) C'est la promolion à révêcho deNicasiro, et 'Il à In pourpre, cpii moiive les féliciiations de Sa-

< et à Cervinij (/fô. Xll, ep. 18) ; coinine Ta reinar-

< 3 le P. Lagoinarsini (p. ep. I, p. 10), corilre Pierre

^ilidori, auieiir de la Vie de Cervini , depuis pape,

Sis le nom de Marcel 11.

*2) Non pas le 18 février, comme il est dil ici ; ;oi^ jo I' I . - /» . • • . !..• J/-VT

mais il fut peu question d'affaires [Lettre du cardinal Farnèse au pape, du 9 février 1540). Charles et François se séparèrent à Saint- Quentin, et le légat demeura enco*%» quelques jours auprès du roi. Alors il lui exposa la partie la plus essentielle de son mand.it : c'était d'abord de procurer sans délai la con-

ic'u io ••'""."" /V ,":•■;- - -^ ciusion d'une paix perpétuelle entre Lcuis

io9) ''^^^'''^''^ (Lagomarsini, ubi supra , p. 107 Majestés, et cette paix, on pouvait la regarder

3) Tout ceci se trouve dans une lellre du cardinal iièse au pape, datée de Lyon, 18 décembre 1559. les Icilres tant du cardinal Cervini (pie de F.r- '.0, 'pii seront citées ci-après, oulre la copie qn '■ 'rcuve d;>iis les bibliothèques spéciales des t^w

herini et des Borghèse , furent presque toutes déixisées avec d'autres pièces par Alexandre C< rvini, enne les m:iin de Sirleti, gardien de la bibiiotliè(|ue du Yniican, et une partie y est placée dans les archives

paulilicales.

comme proclamée après les témoignages d'affection qu'ils s'étaient donnés mutuellement. Il lui parla en même temps du concours que devrait prêter Sa Majesté très-chrétienne, soit pour repousser la fureur des Turcs, soit pour ramener les luthériens et le roi d'Angleterre à la soumission envers l'Eglise. Le roi répondit en rappelant ce qu'il avait dit à l'empereur : il lui avait donné l'assurance qu'il n'aurait pas d'ami plus dévoué, de meilleur frère que lui; que lors même qu'il ne voudrait point entamer d'autre négociation, mais seulement demeurer dans les termes de la trêve , lui de son côté il ne serait nullement fâché de s'en tenir là. Il avait toutefois ajouté que pour employer ses forces dans une entreprise générale contre les Turcs, ou contre les hérétiques, il serait peut-être obligé de se séparer de plusieurs de ses amis. Il ne s'y refuserait pas , dans le cas où ils ne voudraient pas consentir eux-mêmes à ce qu'exigeait l'équité; mais quepour cela, ilétait indispensable qu'il se fût délivré de tout autre embarras par un arrangement final de tous les différends. Le roi dit ensuite au légat qu'il le verrait avec plaisir suivre l'empereur en Flandre, s'interposer dans toutes les affaires d'intérêt public, et presser la conclusion des deux mariages qu'il avait proposés. Le connétable de Monlmorenci ( Lettre du cardinal Farnèse au pape, datée d'Amiens, 10 février 15i0),qui tenait le premier rang dans la faveur et l'estime du roi, parla aussi dans ce sens au cardinal Cervini, et fit en même temps de grands éloges du pape, dont la charité paternelle, disait-il, avait seule ménagé l'union qui existait jusqu'alors, ou existerait à l'avenir entre ces deux princes. Le légat suivit ensuite l'empereur en Flandre, et le roi Ferdinand s'y rendit aussi.

k. Le pape avait recommandé à son neveu d'apporter tout son zèle à solliciter la conclusion de la paix entre ces deux princes. On parlait déjà partout de cette paix comme assurée, et on voyait bien à quel point y était intéressée la chrétienté, surtout depuis que le bruit se répandit que les Vénitiens s'arrangeraient avec les Turcs, comme en effet il arriva. De là naissait un plus grand besoin de fortifier la ligue d'un autre côté, et de concentrer les forces de l'empereur, qui la soutenait. Mais les élans de joie qu'avaient causés ces bruits de paix durent bientôt être réprimés (Lettre du cardinal Farnèse au pape, datée de Gand, k mars), parce que l'empereur, pressé vivementun jour là-dessus par le nonce, lui répondit que c'était là une affaire sur laquelle il était plus indécis qu'il n'avait été ou ne serait de sa vie. Le cardinal Farnèse fut singulièrement troublé à cette déclaration inattendue : il voyait sa légation exposée à demeurer inutile et sans gloire, il en perdait tout le fruit et tout l'honneur en perdant l'espoir da consolider la paix. Son trouble fut encore augmenté par le soupçon {Lettre du cardinal Farnèse au pape, 5 avril 154^0) que l'empereur ne prétendait le retenir auprès de lui que pour nourrir d'un espoir trompeur leroi de France, par la présenced'un

médiateur si respectable, et par là le distrain î pour cette année de tout préparatif d< guerre. D'où il serait résulté ensuite que U roi aurait soupçonné le pape d'avoir ét< complice de cette déception et lui aurait re tiré sa confiance. Or Paul était si jaloux d( ne pas perdre cette confiance, qu'au con traire, comme nous l'avons vu, il désirai établir entre ce prince et lui quelque lien d{ parenté, afin de compenser ainsi la dépens dance où il avait mis sa famille par rapport il l'empereur, dans la personne d'Octave Farnèse , et afin de rendre par là plus facile sor rôle de médiateur. Ce lien [Lettre du légat ai pape, datée d'Amiens, 10 février 1540), qui devait unir avec la France la maison Far

pourq

pape, à tous les autres époux qui lui fur.cn proposés pour sa petite-fille Victoria, préfé-' rait [Lettre du cardinal Farnèse, adressée'd Rome au cardinal Cervini en Flandre, 27 juii 1540) un fils du duc de Guise, comme il le fi savoir à l'empereur par le cardinal Cervini L'empereur ne désapprouva pas cette idé( [Lettre du cardinal Cervini au cardinal Far nèse, à Rome, 10 août 1540) ou parce qu'il l. trouvait raisonnable, ou parce qu'il dédaignait, comme une dérogation à sa dignité de prier les Farnèse qu'ils voulussenthici ne s'appuyer que de sa protection , surtou quand cette démarche l'aurait exposé à l'hu milialion d'un refus. Mais Paul n'ayant pa réussi dans ce projet de mariage, il accepta pour épouse d'Octave, son troisième petitfils, ainsi que nous le rapporterons plus tard Diane, fille naturelle du roi de France.

5. Le cardinal Farnèse, voulant donc éviter l'apparence même de participation ai dessein d'amuser le roi François I", fit dc! instances auprès du pape pour obtenir sor rappel et il l'obtint. Ici Soave est dans l'erreur, lorsqu'il attribue le départ du légat ai déplaisir que lui causa l'empereur en convoquant une diète et une conférence sur Ic! matières de religion ; car le pape reçut [Q) le voit par une lettre du cardinal Cervin au cardinal Farnèse et datée de Melun, 3i mai) la demande du légat, et y acquiesça er le rappelant avant d'avoir connu ce proje de conférence. Au contraire, il paraîtra pai notre récit qu'à la nouvelle de cette conférence, le pape jugea à propos de transmettre de nouveaux ordres qui trouvèrent le cardi nal déjà parti et déjà arrivé en France. Or découvrit bien alors la fausseté des soupçonj du légat, touchant l'artifice que l'empcreui pouvait mettre à le retenir, car à la première proposition de son rappel qu'il lui f\ présenter par le nonce [Post-scriptum du cardinal Farnèse, à la date du 7 avril I5i0, da)v. la lettre déjà citée, adressée au pape sous le date du 5), l'empereur y donna son approbation en disant que la saison d'été était assez avancée; que la paix.no pouvait se conclure avant que Ferdinand fût allé en Al lemagne pour arrêter quelque chose tou chant les affaires de religion, et fût de rc-

m LIVRE QUATUIÈME.

îlour, ce qui demanderait au moins deux, mois.

I 6. Mais à ce soupçon il en succéda un jniiti e plus grave dans l'esprit du légat. Le ibruit courut {Lettre du cardinal Farnèse au pape, datée de Gand, 10 avril 15^4-0), que la jpaix devait se conclure à condition que l'inifcslituredu Milanais serait donnée au fils de Ferdinand, et que le roi François P' aurait ia Belgique ; et tout cela, par un traité secret I lient il ne voyait pas qu'on lui donnât communication. Il fut donc en proie au plus vif ilépit, en voyant ces deux princes former un iluumvirat poiir se partager la chrétienté ; m sorte que l'Italie et la haute Allemagne lieraient livrées en proie à l'empereur; la passe Allemagne et la Grande-Bretagne au 'oi de France. Il lui semblait incroyable, en >ffet, que sans cela l'empereur voulût dénembrer la monarchie autrichienne en en etranchant une si belle principauté, sans lutre avantage que de donner Milan à son leveu. Mais ce soupçon du légat ne tarda )as non plus à se dissiper, lorsque le bruit le cette paix imaginaire vint à s'évanouir. )'où on peut apprendre que celui qui est irompt à soupçonner est exposé à plus de aéprises que celui qui ne soupçonne quediffiilement, parce que la plupart des soupçons, ûéme colorés, sont le fruit de l'erreur. 7. Ce fut d'après de moins légères appacnces que le pape lui-même commença sous 'autres rapports à se défier de l'empereur, l n'avait pu encore obtenir des ministres de e prince l'exécution de sa promesse , touihant les grains de Sicile, dont il avait beoin (1) pour subvenir à la disette de Rome. In outre, vers ce même temps, avait eu lieu 3 soulèvement de Pérouze, fomenté, comme n le croyait, par le duc de Florence. Or le ape ayant obtenu du vice-roi de Naplcs rois mille fantassins pour réduire ce peuple l'obéissance, il avait été stipulé que le vice- 3i ne pourrait les rappeler que dans le cas ù ils lui seraient nécess''aires pour s'opposer quelque tentative des Turcs. Sous ce rétexte, le vice-roi les avait rappelés au loment qu'on en avait le plus besoin, et vant qu'ils eussent servi pour le tiers de la )lde reçue, bien qu'aucune apparence ne înt motiver une crainte raisonnable d'inirsions de la part des Turcs. Le pape en fut vcnient affecté, soit à cause de î'inquiéde que lui donnait la dislocalion soudaine une portion si considérable de 1 Etat eccléastique , soit à cause de la diminution de n crédit, laquelle devenait inévitable, dès l'on pourrait croire que les gens de l'em- 'reur le voyaient volontiers dans l'embars, et méprisé de ses vassaux.

8. Mais par-dessus tout, le cœur du pone ne put qu'être navré à l'occasion de la pture violente et publique qui vint à écla-

(i) Tout ceci se trouve parliculiéremenl dans les Uiesdu cardinal Guidascanio Sforza , pelit-fils du Ipo, adressées do Rome au cardinal Cervini, les •1 mai ei 5 juin 1540 ; et dans les auires lettres qui fvent.

ter entre son pelit-fiîs Octave et sa jeune épouse, rupture qni était impulée à Lopoz Hurlado {Cini, dans la vie de Côme de Médicis , /«yre 11) , de Mendoza , gentilhomiue du conseil royal, envoyé d'Espagne auprès d'elle après la mort ' d'Alexandre , pour l'assister de ses avis; cette rupture alla jusuq'à tel point, que Marguerite prétendait ( Lettre de Cervini à Farnèse , datée de Melun , 31 mai 1549) n'être point la femme d'Octave, parce qu'elle n'avait pas prononcé le oui, quand celui-ci lui avait donné l'anneau, et qu'ainsi il n'y avait entre eux que de simples fiançailles, sans qu'il y eût eu ensuite cohabitation, circontance qui, selon la présomption du droit canonique , aurait fait passer les fiançailles à la qualité de contrat de mariage. Or, quoique le pape, et par les démarches empressées du nonce ei du légat, et par une seconde députation de Monlepuîciano, eût sollicité l'empereur d'interposer son autorité pour rétablir la paix entre les époux et éloigner Lopez, qu'il accusait de souffler la discorde, il n'avait obtenu jusqu'ici que des réponses froides et stériles , en sorte qu'il croyait que sa maison ( Lettre du cardinal Farnèse à Cervini, datée de Rome 9 juin 15V0), et sa personne étaient devenues la fable et la risée de la ville de Rome et du monde entier, et il soupçonnait que l'empereur voulait le tenir en bride par la crainte du ridicule que lui aurait attiré la rupture forcée d'une alliance aussi illustre. Mais à la fin il fut évident ( Lettre de Cervini au cardinal Far^ nèse, 10 août i^M)) que l'empereur agissait en ceci avec de bonnes intentions , quoiqu'il ne voulût pas violenter sa fille, ni déshonorer un serviteur qu'il estimait fidèle. Aussi disposa-t-il sa fille à se réconcilier avec Octave; et s'il rappela Lopez, ce fut d'une manière pleine d'égard, et en lui ménageant un congé honorable, même de la part du pape. Le vice-roi également renvoya les troupes {Lettre du cardinal Farnèse à Cervini, datée de Rome. 9 aoiit 1540), et la reddition de Pérouze eut lien, en sorte que le pape en fit remercier l'empereur.

9. Il conserva néanmoins {Lettre ducardi' nnl Farnèse à Cervini, datée de Rome, '21 juin 1540) quelque ressentiment à ce sujet, parce qu'il soupçonnait le vice-roi de s'être entendn avec le duc de Florence, et il se tint offensé de ce que l'empereur , sur la plainte porté contre le vice-roi, avait répondu que le viceroi avait eu tort d'agir de sa propre autorité, d'abord en fournissant des troupes, et plus tard en les rappelant. Le pape, mécontent de cette réponse, fit présenter ses doléances à l'empereur avec une grande liberté; il lui rappela que, puisqu'ils étaient si étroitement unis par la ligue contre les Turcs et contre les héi'étiques , l'intention de Sa Majesté devait être que ses ministres regardassent comme sa propre cause la conservation de l'Etat ecclésiastique. De là dépendaient, eu effet, les secours que le pape pouvait fournir pour les entreprises communes, et celle raison devait suffire, sans avoir égard au lien

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particulier de parenté. Il lui semblait donc le légat ne put même obtenir le temps néeesJ bien étrange que , dans les cas graves et qui saire pour en informer le pape par un cour-l ne souffraient pas de délai , l'empereur trou- rier; il lui fut répondu que la nécessité était!

urgente, et que les deux princes avaientj présupposé qne les intentions du pape devaient êire assez connues du légal pour qu'il n'eût besoin ni de temps , ni de couri icrs,i

vât mauvais que ses ministres interprétassent ainsi ses volontés pour fournir au pape des secours nécessaires.

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