‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 339 sur 368 · C'était pendant que le légat était en · texte numérisé non relu

C'était pendant que le légat était en

Flandre que s'élevèrent ces mésintelligences afin d'en être instruit. A cela il opposait que

et ces discussions d'intérêt privé; mais la cauàe publique vint y ajouter un nouveau sujet (i^.^'iirrtume : l'eujpereur fit déclarer au cardinal {Lellredn cardinal Farnèse au pnpe, 20 avril 15V0j, par le grand chancelier Granvel'.c,que, pour la satisfaction des Allemands, il lui semblait nécessaire d'assembler à Spire une diète le 23 mai , ce qui revenait à dire dans un mois, et ensuite trois semaines après, une conférence de catholiques et d'hérétiques, qui seraient députés en nombre égal par les princes de l'un et de l'autre parti. Dans cette conférence, avec l'assistance des ministres du pape, on devrait ménager quelque arrangement au sujet des querelles de religion.

11. Cette déclaration ne fut pas pour le légat un coup imprévu [Lettre du cardinal Farnèse au pape, 2^ avril 154-0; oîi trouve également tout ce qui est raconté ici dans celle du 20, déjà citée), parce qu'il lui était déjà revenu quelques bruits d'une semblable détermination prise avec les princes allemands. Toutefois, pour ne pas s'exposer, jeune comme il était, aux risques d'une réponse peu mûrie sur un sujet aussi grave , il se contenta de répondre, en général, que le pape détestait ces conférences dont il pouvait prévoir le peu de fruit, d'après tous les exemples précédents et d'après les intentions bien connues des disciples de Luther : qu'en conséquence il lui avait prescrit en tête de ses instructions de s'opposer à de semblables conférences , et de ne travailler qu'à ])rocurer la tenue du concile; qu'il laisserait néanmoins au cardinal Gervini et aux deux nonces le soin de répondre à celte proposition inattendue. Cervini demanda alors à Granvelle si les d utL princes faisaient celle communication au légat pour avoir son opinion, ou simplement pour lui notifier une résolution déjà prise. Granvelle se trouva ici serré de près; ainsi, sans répondre à la question directement, il passa à côté en montrant la nécessité de ces conférences, pour lesquelles le pape semblait avoir montré quelque propension dans l'instruction donnée l'année précédente à Montepuîciano, lorsqu'il s'agissait de s'opposer à la conférence de Nuremberg, d'où étaient exclus les ministres du pape. Mais il (ut facile de réfuter cette assertion, en faisant voir comment le pape avait proposé alors l'expédient d'une diète générale, uniquement parce qu'on ne pouvait pas célébrer le concile dont il faisait l'offre présentement. Et pour ce qui était de la nécessité on l'alléguait à tort , parce que la dernière diète de Ualisbonne avait dei.iar.dé, non une conférence, mais le concile. Mais c'était en vain qu'on disputait sur une ciiose déjà promise par l'empereur. Ainsi

celle détermination était pour le pape chos tout à fait imprévue et contraire à ses volontés ; que Granvelle lui-même avait jusqu'ici absolument repoussé cette mesure , comme ne présentant que des risques et des inconvénienls très-graves ; que les ministres de renq)creur ne devaient donc point s'imaginer que l3 légat fût venu avec les instructions nécessaires, pour suppléer en tout la personne du pape dans un si étrange incidiMil. Mais c'étaient là des raisons qui plus elle ; étaient vraies, plus elles ne devaient aboulir, dans les termes où on en était, qu'à devenir irritantes, sans être p^CTSisasives.

12. Le légat fut excessivement affligé de cette proposition, et cela devait être : en effc:! dans l'exercice de ses fonctions actuelles, il avait vu les choses de ses propres yeux (1), et son intelligence ainsi que son zèle avaient pu en matière de religion , s'élever à une hauteur que son âge ne comportait pas encore lorsqu'il était à itlome et lorsqu'il ne jugeait! que sur les impressions peu vives qui résultent du témoignage de l'ouïe. Aussi, dès lis premiers jours de sa légalionavait-il écrit au pape avec tant de liberté touchant la néccssilé de réfor.ner sans délai la cour romaine et le clergé, qu'en lisant cette lettre je demeurai dans la stupeur (2). D^un autre côté , comme c'est le propre des jeunes gens de se laisser conduire à tous les extrêmes, tantôt par l'espérance, laiilôl par la crainte, il ajouta foi aisément aux discours de Hell et des autres catholiques qui prédisaient comme résultat de ces conférences la ruine totale de la religion(3). 11 était dévoré de chagrin et de honte, par la crainle que sa légation, dont il s'était promis une gloire immense, et qu'il croyaitdostinée à procurer au christianisme le calme après la tempête, en rétablissant la paix dans Tempiro d'abord, et ensuite dans l'Eglise, ne devînt funeste sous ces deux rapports : les espérances de paix étaient évanouies, et on venait de prendre en face de lui un parti qui menaçait l'Eglise de déchirements plus incurables encore.

13. Dans une autre entrevue (0/i/e voit par une lettre au pape, datée d'abord du 22 avril et continuée jusqu'au 26) il parla donc à Granvelle aveô beaucoup d'amertume et de mc-

(1) Ceci j;e trouve dans une Icllre du cardinal Farnèse au cardinal Saiili Fiora, 26 avril 1540.

(^2) C( lie loure est datée de Gand, 26 , 27 février 1540. i'.ile se irouvc avec plusieurs auircs déjà citées, laiis It's archives des Boiglièse.

(3) Toulce(|ui suit conccrnanl lo légat est contenu dans diverses lettres au pape , d dées de Gand. 'iO, 22, ^2i, 27. 21) avril I5i0.

contentement. Et dès le lendemain de la première, il avait fait présenter à l'empereur un écrit très-énergique, dans lequel, avec une franchise sans, égale, il blâmait cette résolution, comme n'étant conforme ni aux intérêts de la religion ni à ceux de l'Etal.

ik. Non pas d'abord aux intérêts de la religion, puisqu'on savait bien que les luthériens portaient l'audace non-seulement

jusqu a jusqu'à

enseignements que pour la saintelédes rites, et pour la rectitude des lois.

Tout cela était exprimé dans cette pièce en un langage hardi et intrépide, quoique tempéré par cette conclusion que le tout était remis à la prudence de Charles et de Ferdinand.

16. Cet écrit déplut à l'empereur, et bien examiner comme douteuses, mais P^"^ ^^pcore lorsqu'il vint à s'imaginer qu'on vouloir convaincre de fausseté les Pensait a le laisser passer dans des mains "doctrines déjà décidées, et embrassées una- ^^r^ngeros, ou à le lire en consistoire, et à nitnement depuis tant de siècles par l'Eglise. Et quand même ils se rangeraient pour tout le reste à l'unité de la croyance, il était bien connu qu'ils vendraient ces concessions à un prix sacrilège, qui serait de s'accorder avec eux pour ôter toute prééminence au vicaire de Jésus-Christ, c'est-à-dire pour arracher la racine d'où les rameaux de l'arbre entier reçoivent l'unité et la vie. Et finalement on pouvait tout au plus espérer qu'ils se contenteraient d'obtenir des dispenses et des singularités dans les rites et les lois ecclésiastiques. Or il n'était pas convenable de leur faire de pareilles concessions sans l'autorité d'un concile, et sans

l'avis des autres peuples, si l'on voulait que lui avaii aeciare par ecrii. Mais i empereur ceux-ci demeurassent paisibles spectateurs dit qu'il avait lu le discours, qu'il connaisdc cette latitude exceptionnelle accordée aux sait la force des objections, et il s'excusa de Allemands, et que le remède appHqué sur n'avoir pas donné au légat le temps d'en

publier ainsi comme un manifeste contre ses actes. C'est pourquoi le légat conseilla au pape de n'en rien faire. Mais il lui représenta qu'il était importait de se fortiGer en Allemagne en se ménageant des adhérents indépendants de l'empereur. Pans cette vue il lui proposait de former des alliances particulières avec les seigneurs catholiques, de créer des cardinaux allemands, non à i'a demande de Charles, mais par des élections spontanées.

Le légat (lettre du nonce Poggio au pape^ 24 avril 1540) chargea encore le nonce de corroborer, de vive voix et par un discours chaleureux, auprès de l'empereur, ce qu'il lui avait déclaré par écrit. Mais l'emoereii

un membre malade ne fît pas refluer les humeurs peccantes dans le reste du corps, qui était sain.

15. Celle résolution n'était pas plus conforme aux intérêts de l'Etat: parce que toute 'utilité qu'on prétendait en retirer consisait dans la pacification de l'Allemagne , lans le secours fourni par les protestants îontre les Turcs , et dans la satisfaction ionnée aux catholiques. Pour ce qui était

obtenir la pacification de l'Allemagne, oii

donner avis au pape, par cette raison qu'il n'y avait pas six jours que son frère et lui avaient conçu l'idée de cette détermination ; en sorte que l'ayant prise si tard, et étant si pressés de la mettre à exécution, ils n'avaienÉ pu observer à l'égard du pape ce que les convenances auraient demandé. Quant à la mesure en elle-même, il s'efforça d'en prouver la nécessité, et il promit que dans toute la suite de cette affaire Sa Sainteté adrait toujours le premier rang : en quoi il fit ce

oyait que les protestants avaient audaciou- qu'on fait d'ordinaire ; car lorsque, sans être I . .^li i„ j^„. ,i„- j:v. a„x„„i- hostile, on est forcé de prendre un parti fâcheux, on cherche à contenter du moins par dé bonnes paroles.

ement violé les décrets des diètes générales, l'abord de Worms, ensuite d'Augsbourg , t puis encore de Ratisbonne, jusqu'à s'ar- ■oger comme un droit de vol et de brigandage, au mépris de Sa Majesté et de l'Emlire; on ne pouvait donc espérer qu'ils Ibserveraient mieux ce qui serait prescrit ou ionvenu en vertu de la nouvelle diète. On ne jouvait pas non plus espérer avec plus de bndement que les luthériens fourniraient jette année le secours contre les Turcs, la 'itson étant si avancée, qu'après la diète ( t i conférence il ne resterait plus assez de i'mps pour les opérations de la guerre. Enfin ia était bien plus assuré de donner satisktion aux catholiques par un concile unlrseh ie pape était tout préparé à l'emploi de moyen, et le légat, au nom de Sa Sainteté, !)ffraità en effectuer l'application immédiate, était là le remède canonique toujours emoyé par l'Eglise dans de semblables déêlés, toujours exempt d'erreur et agréae à toutes les nations ; en un mot, c'était pitrre de touche qui ne trompe jamais

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