‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 341 sur 368 · Le roi de France, lorsque le cardinal · texte numérisé non relu

Le roi de France, lorsque le cardinal

Gervini [Lettre du cardinal Cervini à Farnèse,

particulière- du 31 mai 1540) était passé à sa cour, en se

rendant comme légat auprès de l'empereur,

(1) Deux lettres du cnrdinal Cmlascan». Sforza de 1:^'»' Vf«." t'?*' ""^ bienveillance particu-

Sanla Fiora au cardinal Oorvini, du IS n.ai 1540 , cl lère. Illu. parla avec une exlrcoie modera-

auucs lellres du u.èmB, el de la luér.ie daie au cardi- Hon de la paix, non conclue entre 1 empereur

11»! Karuèse. el lui, et lui rappela la dernière proposition

qui lui avait été faite, savoir : que s'il voulait obtenir la Flandre, il fallait qu'il renonçât non-seulement au Milanais, mais au moindre pouce de terre qu'il possédât en Italie , ce

Deux puissantes raisons se réunissaient ici pour engager le pape à céder. La première , c'est queFerdinand désirait avec une ardeur extrême {Tout ceci est rapporté dans une lettre

agréable non plus au souverain pontife. Du pereur toutes cermesurer timides^ Or voici

reste, il témoigna vouloir s'en tenir aux sti- pourquoi : il ne se vovait pas encore reconnu

pulations de la trêve, et a des relations ami- sans contestation comme roi des Romains •

cales avec 1 empereur; il ne fît même pas al- quoique le roi Jean fût mort, il n'était pas pour

lusion a ces violations de promesses qui celaadmis à prendre possession de laHongrie-

sont rapportées avec tant de passion par quelques historiens ; comme si l'empereur, en obtenant de lui le passage par la France, s'était secrètement obligé à lui abandonner Milan. Certes il ne doit pas paraître vraisem-

il était exposé à toute la fureur ottomane , et singulièrement gêné par le manque d'argent; il n'apercevait donc autour de lui d'autre rempartpour protéger son agrandissement

Milan, certes il ne doit pas paraître vraisem- ou même son existence que la paciûcation blable que la facilité d'apaiser les tumultes , de l'Allemagne. D'ailleurs les conseillers ludans la seule ville de Gand, ait été achetée Ihériensdont il était environné s'ingéniaient

core que les historiens commettent souvent ùes erreurs sur les faits les moins cachés qui ont eu lieu dans leur propre pays, comme fait ici Sponde , lorsqu'il représente Cervini dans la condition de simple prélat , pendant qu'il était auprès du cardinal Farnèse , en Flandre, et lorsqu'il suppose qu'il demeura à la cour de Charles V, au départ de ce légat ; en sorte qu'il aurait reçu là et la dignité de la pourpre et la légation, au lieu qu'il fut .créé cardinal avant d'arriver en Flandre, et qu'il n'y demeura point, mais y retourna en

gnés de cette conférence, avait eu l'air de ne pas vouloir contribuer à la paix, les Autrichiens et leurs partisans auraient cru que c'était par sa faute que de si grands avantages étaient enlevés, soit à cette maison si catholique, soit à la nation et à toute la chrétienté.

8. La seconde raison était que les luthériens, à Haguenau, avaient combatiudetout leur pouvoir la proposition d'appeler les représentants du pape à la conférence de

Worms (1), s'obstinant à exiger ce qu'ils

repassant par Paris en qualité de légat, avaient stipulé avec l'évêque de Lund , à

Toutefois Sponde mérite d'être excusé à Francfort; mais la conclusionavaitétéqu'ilse-

cause de la multitude de faits dont il donne rait permis à l'empereur (0/i/e voit par le der-

l'abrégé : c'est en effet le propre de ceux qui nier chapitre du décret de Haguenau) de les

rangent beaucoup de choses dans un étroit inviter, touten maintenantla protestation des

espace, de commettre quelques méprises luthériens, qui ne reconnaissaient pas pour

dans leur arrangement. Mais ce qui n'est pas cela le pape comme chef de l'Eglise. Si donc

excusable dans Soave, historien dont le travail se renferme dans un objet spécial, et qui se vante d'avoir obtenu les renseignements les plus exacts, c'est d'avoir passé sous silence, ou, en d'autres termes , d'avoir ignoré une pareille légation.

7. Les premières démarches du cardinal iCervini, dans sa légation, s'adressèrent donc jau roi de France ; il lui exposa les causes de son retour vers l'empereur, et lui recop-

ies agents du pape ne se fussent pas trouvés à la conférence , cette apparence extérieure aurait donné à croire que les luthériens avaient eu gain de cause, et que l'absence était une exclusion, au grand déshonneur de l'autorité pontificale.

9. Le pape se disposa donc à céder aux instances de Charles et de Ferdinand en envoyant ses représentants à la conférence de Worms. Or l'ambassadeur de l'empereur

manda la défense de la religion parmi les ris- {tout ceci est consigné dans une lettre du car-

ques auxquels l'exposeraient les conférences* dinal Farnèse au nonce Poggio, 16 octobre

ordonnéesnouvellement.Leroitémoignaqu'il 1540) ayant déclaré que Sa Majesté ne dési-

n'approuvait point ces diètes et ces confé- rait point y voir un légat du pape, mais bien

renées, et il ajouta que l'empereur l'ayant plutôt un simple préiat, les vues du pape se

invité à y envoyer un orateur, il ne l'y cnver- nortèrent d'abord sur l'évêque de Vérone.

yenvoy jrait qu'à charge d'agir de concert avec le nonce et dans le même but. C'est en effet ce que fit François Olivier, ambassadeur du roi, |lequel prononça dans la diète un discours vraiment catholique et plein de sagesse {Lettre du cardinal Cervini au cardinal Farnèse, du 10 août isio : on le voit d'ailleurs par son discours) Maïs comme eeiie assemblée étail main' tenant inévitable, plus on en connaissait les dangers, |j1us le blâme en aurait pesé sur le pape, s'il s'était montré obstiné à refuser l'assistance de ses envoyés à cette conférence. CoNC, DE Trente. 1.

Celui-ci néanmoins fut récusé par les impé riaux comme affectionné aux Français; en sorte que le pape arrêta son choix sur Thomas Campège, évêque de Feltri (// fut choisi en consistoire, le l^^r octobre i^h-0, d'après les actes consistoriaux), La raison de cette présférence était que le pape avait pour principe, dans le choix de ses ministres p.our des af-

(I) C'est ce qu'on lit dans une lettre de révéqjie de Feltri à Farnèse , datée de Worms , 25 novembre

[Trente.)

IltSTOIUE DU CONCILE DE TUENTE.

faires graves , de ne pas se contenter en eux fie la théorie générale , sans la pratique qui descend aux spécialités; parce que si l'une éclaire les spéculations de l'intelligence, l'autre gouverne plus sûrement l'opération. Or Campège était abondamment pourvu de

quel elles avaient été convoquées : néanmoins il voulait imiter celui dont il était Vindign^ vicaire , et qui avait incliné sa majesté à toutes espèce d'abaissement pour le salut du genre humain.

A toutes les raisons qui rauraient dissuadé

ces connaissances pratiques, ayant élé formé d'y faire intervenir son ministre il avait op-

au maniement de ces sortes d'affaires par les différentes légations dans lesquelles il avait suivi le cardinal son frère : il avait d'ailleurs géré plusieurs emplois à la cour avec une grande réputation de prudence et de doctrine.

posé, comme raison prépondérante, la conp.nnce en la bonté et en la pmdence de Vpmpereur, qui lui en adressait la demande. Ainsi il ne s\n promettait que mieux que Sa Majesté protégerait le siège apostolique , vu qu'aux

Le pape lui adjoignit, par le conseil de Char- excellentes dispositions de sa singulière piété ,

les et de Ferdinand, quatre théologiens dis- "" «•"^•--« -•' / -^ ' -- ^ - '•-

tingués (on le voit dans Vinslruction ci-après rapportée , donnée le 16 décembre 15i0). Ce furent Thomas Badia, maître du sacré palais, Grégoire Gorlèse , abbé de l'ordre des bénédictins , tous deux nommés déjà parmi ceux qui composèrent le conseil de réforme; Pierre Gérard, Français, et enfin un savant écossais , qui séjournait à Rome , entretenu aux frais du p spe. Il en aurait envoyé un plus grand nombre ; mais les plus distingués parmi ceux qui se trouvaient. auprès de la cour romaine étaient des moines , et en effet des quatre théologiens envoyés à Worms , le moine seul montra une entière capacité , au

5e joignait le motif de ne pas donner lieu à autrui de se repentir pour avoir déféré à son jugement et cédé à ses désirs.

Le nonce et ceux qui V accompagnaient observeraient un parfait accord de volontés et de senlitnents , et ne laisseraient jamais éclater la moindre étincelle qui pu! trahir quelque dissentiment entre eux , et détruire ainsi toute Vautorité que devait se concilier leur union.

Les autres ne devraient rien entreprendre sans le communiquer d'abord au nonce^ et sans s'être concertés entre eux.

Ils devraient être prompts à écouter et lents à parler ; ils s'abstiendraient des disputes, et

iuf^ement de Granvelle et de Morone {lettre plutôt ils emploieraient les exhortations cha-

de Morone, datée de Worms, 13. décembre 1540). Or le nom et l'habit de moine étaient odieux dans ces contrées, ainsi que le pape en avait été averti par l'empereur ( dans la lettre de Farnèse déjà citée). Ce fut précisément pour cela que dans la religion d'Ignace dcLoyola, fondée vers cette époque même {le 27 septembre), approuvée, après de longues et nombreuses délibérations, par Paul III, et

ritables : celles-ci gagnaient les cœurs, celleslà irritaient les esprits. Quelques provocations qu'on leur adressât , ils s'abstiendraient des répliques contentieuses ou poignantes ; or quelque gravité qu'ils observassent, ce ne serait point en eux ou faiblesse de cœur ou défiance de leur cause ^ mais excellence de la charité, et attention à maîtriser l'emportement de la passion.

Que s'ils recevaient quelque proposition d'accommodement qui ne leur semblerait pas

instituée pour s'occuper spécialement de missions, on eut soin d'écarter les dénominations et les vêtements usités parmi les moi- préjudidable à la pureté de la religion, ni à nés , quoique ces choses en elles-mêmes l'intégrité delà doctrine, ils en donneraient

soient d'ailleurs vénérables et samtes , mais on jugea qu'à cette époque elles étaient, par la malice des hommes, peu propres à obtenir le bien qu'on se proposait. Le pape écrivit

aussitôt connaissance au pape , en faisant naître l'espérance d'une réponse favorable. < Ils s'appliqueraient principalement à réfu- j ter les calomnies des luthériens touchant les

en outre deux brefs , par le moyen desquels abus introduits par le siège apostolique dans le nonce devrait inviter à la conférence Al- les rites et dans les lois. bert Pighius, homme célèbre par ses écrits ; Ils travailleraient du moins à empêcher que

et Antoine Perrenot , fils du grand chance- cette conférence ne devînt nuisible, si elle n'élier, qui réunissait un beau génie et une tait pas profitable; mais, quel qu'en fut le réerande érudition : c'étaient là des qualités sultat, ils ne devraient pas craindre que l'insuccès pût, en aucune manière, diminuer leur mérite ; de même que le pnpe lui-même ne croirait pas avoir fait une œuvre inutile en remplissant son devoir devant Dieu, lors même que la malice des hommes en ruinerait tout le fruit.

qui, dans ce dernier, étaient encore rehaussées par l'éclat qu'elles empruntaieiit du haut rang qu'occupait son père ; et depuis étant parvenu lui-même à la dignité de ministre du roi, il laissa un nom des plus célèbres dans l'histoire de ce siècle.

10. Le nonce reçut les instructions suivantes (1) : Quoique le pape n'approuvât point , mais au contraire eût en horreur ces sortes d'assemblées où il s'agissait de disputer sur la religion , et quHl sentît d'ailleurs l'abaissement de considération qui en résultait pour le siège apostolique , sans l'agrément du-

(1) Le T) ociobrc 1510, comme porte un recueil (rinslructions relulives au concile, qui se trouve dans les archives du Yalican.

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