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CHAPITRE XII

Résultats de la conférence de Worms, et pré" paratifs d'une nouvelle diète pour la paix religieuse à Ratisbonne.

1. La réunion ayant commencé le 25 novembre, l'empereur s'excusa {on le voit paf le discours de Granvelle, cité ci-après) sur les affaires non encore terminées qui le retenai{ nt en Flandre, promit de ne pas altendr»' qu'elles fussent complètement terminées pou»

Ui

se rendre à la conférence, et y envoya pour son commissaire le chancelior Granvelie. Celui-ci fit connaître en secret aux agents du pape la raison pour laquelle Sa Majesté n'avait pas quitté la Flandre : c'était afin que

journées, afin de ne le trouver qu'à Worms, fût déçu dans ses espérances, parce querempereur ne voulait le voir ni à Worms, ni dans aucun autre endroit de l'Allemagne. Là, en effet, il ne se serait méié des affaires que pour entretenir la discorde ; parce que ces divisions étaient comme une haie d'épines qui faisait la sûreté de ce prince ; et particulièrement il aurait employé tous ses soins à rompre tout arrangement favorable au pape, qui était le point de mire contre lequel se dirigeaient tous les efforts de sa rage.

2. Granvelie ouvrit la conférence (1) par une harangue, dans laquelle il exposa à l'assemblée l'intérêt que l'empereur portait à la pacification de l'Allemagne; et il fit, en premier lieu, une courte, mais honorable mention du pape et de son zèle. Ensuite ilénuméra les malheurs (iéplorables causés par les ^dissensions, s'efforçant d'inspirer à toute l'assistance l'amour de la paix. On lut aussi l'acte par lequel l'empereur députait Granvelie pour commissaire. Il était dit dans celte pièce que l'empereur sachant que sa présence était désirée par les Allemands, comme moyen d'assurer l'union publique, il avait eu tellement à cœur de les contenter, qu'il s'était déterminé pour cette raison principalement à s'éloigner de ses Etats héréditaires d'Espagne, et à se séparer de ses enfants, afin de V^nir délibérer avec son frère, le roi des Romains, sur les moyens les plus efficaces pour arrivera ce but; que c'était dans cette intention qu'on avait tenu la dernière diète de Haguenau, et qu'on avait ordonné la présente conférence de Worms; qu'ainsi les deux partis opposés pourraient, d'une manière tout amicale et sans s'obliger à rion, conférer ensemble sur les points controversés entre eux, et sur les moyens de s'entendre; que dans la diète future il serait fait un rapport sur le tout à Sa Majesté, aux légats du pape et aux ordres del'Eînpire, afin d'en délibérer ou dans un concile légitime, ou de loulc autre manière, selon qu'il serait statué alors.

3. Le nonce, de l'avis de Granvelie (Lettre du nonce au cardinal Farnèse, 25 nov. 154.0), ne parut pas le premier jour, parce que ce n'était que comme un préambule de pure cérémonie, et parce qu'il lui suffisait qu'on lui réservât le siège qu'il devait occuper.

On fut ensuite dans une plus grande perplexité sur la question de savoir s'il convenait que lui aussi prononçât un discours [Tout cela se trouve dans les lettres de Morone,

(I) Le 25 novembie. Il ^e trouve en manuscrit dans la bibliothèque de Cassi;tno d( 1 Pozzo, avec Tacle par lequel l'enipereur délègue GrauveMo criiune coniinis.-iaiie, cl ave ' le (iisconrs du r.oncc , cilé {dus bas.

des 5 et 13 décembre)^ parce qu'on craignait à cette occasion quelque insolence de la part des luthériens. L'évéquedc Modène, qui se trouvait là comme nonce auprès de Ferdinand, mais qui n'y figurait point en première ligne, jugeait que les risques excédaient les avantages présumés ; et les autres se rangèrent de son avis, tant qu'on put croire que Granvelie partageait ce sentiment et qu'il montra de la répugnance à se trouver au discours ; mais on changea d'opinion, quand il en changea lui-même, et sembla dès lors se porter pour garant. En effet, sous un autre point de vue, et soit pour faciliter le résultat désiré par les agents de l'empereur, soit pour concilier l'affection générale aux représentants du pape, il y avait un grand avantage à prouver par cette déclaration publique l'intérêt que le pape prenait à la concorde, et à détruire les préjugés fâcheux que la méfiance ou la calomnie faisait peser sur ses ministres, en les accusant de n'être là que pour troubler et non pour favoriser les négociations.

k. Le nonce fit donc une courte harangue {le 8 décembre 1540), dans laquelle il dit que le Christ avait répandu son sang, non-seulement pour ceux qui, de fait, croyaient alors en lui, mais encore pourceuxqui devaient y croire dans le temps à venir ; que l'apôtre saint Paul avait ensuite mis en pratique et exalté par ses louanges une charité semblable envers les gentils ; que si la même vertu avait abondé dans le cœur de tous les chrétiens, on n'aurait pas vu pulluler les funestes discordes qui déchiraient l'Allemagne; que pour mettre fin à ces troubles, rien n'avait été omis par les souverains pontifes, et surtout par Paul 111, qui avait convoqué un concile libre à Vicence, et y avait fait résider longtemps ses légats, jusqu'à ce qu'enfin, voyant que les évêques n'arrivaient pas, il avait été contraint de proroger le concile; que, dans les mêmes vues, l'empereur avait provoqué la conférence présente, dans laquelle on pourrait traiter les questions sur lesquelles il devait ensuite être fait un rapport à la prochaine diète de Ratisbonne, ou pour y conclure un arrangement, ou pour y statuer sur un concile général ; que le pape l'avait envoyé, lui, pour employer tous ses efforts à procurer une heureuse issue de la conférence , et pour promettre au nom de Sa Sainteté aide et concours en toute manière, autant que l'honneur de Dieu et le zèle pour la pureté de la foi le permettraient.

5. Soave en rendant compte de ce discours ne peut taire, il est vrai, tout ce qu'il renferUiC de piété, mais il commet une double méprise. D'abord il raconte que le nonce promit au nom du pape la tenue du concile dans une ville plus convenable que Vicence , tandis que le nonce dit seulement que le pape était prêt à le convoquer , dès que cela serait agréable à l'empereur et à l'Allemagne. Se^ condement, il donne comme une assertion dq nonce, que le pape aurait permis à i'empe-; reur celte conférence, comme un prélude de ce qui devait se décider dans le concile. C'est là une erreur qui en contient deux : parce

HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. Uï

taient pas à le suivre comme leur chef, en sorte qu'il pouvait s'élever entre eux des divergences de sentiments.

9. L'empereur avait prévenu ce danger [Lettre de Campège, du 25 novembre) en donnant commission à Granvelle de ne pas procéder par nombre de voix individuelles, mais d'exiger que des deux côtés on rédigeât par écrit ce qui aurait été déterminé par le plus grand nombre. De celte manière on avait l'assurance que les délibérations des députés catholiques seraient orthodoxes, puisque la majorité d'entre eux l'était.

10. Quant aux deux autres dangers , le nonce Morone écrivit au cardinal Farnèse qu'il ne trouvait pas de préservatif plus efficace que de s'efforcer de retenir l'empereur en Allemagne, jusqu'à ce qu'on se fût arrêté à quelque mesure définitive, et que pour cela il fallait le contenter en lui envoyant un légat tel qu'il le demandait dans les circonstances

que d'abord le nonce ne parla jamais d une semblable autorisation de la conférence, laquelle était, au contraire, signalée dans ses instructions comme ayant été constamment repoussée et détestée de Paul III ; il n'affirma pas non plus que cette conférence fût un prélude au concile : en cela il aurait contredit le discours de Granvelle, qui avait dit qu'on délibérerait ensuite sur le tout ou dans un concile, ou de toute autre manière dont on serait convenu. Et le nonce parla aussi dans le sens disjonctif, comme nous l'avons rapporté; il voulait donc faire entendre que la conférence avait été ordonnée par l'empereur, comme un prélude à l'arrangement dont on traiterait dans l'assemblée de Ratisbonne.

6. Il fut convenu qu'à l'occasion de ce discours, les luthériens s'abstiendraient de leurs protestations ordinaires (1) ; et cela est si vrai que, dans la réponse faite au nom de

toute l'assemblée, on remercia Campège et . - » 17 rp , /t , ,• , ^

on le loua pour son discours, sans faire men- présentes. En effet (Tout ceci se trouve dans t n du oane ^^^ lettres de Morone déjà citées, et dans une

^'^ Les ministres du pape se trouvèrent autre du 22 décembre) Grauvene, sachant que alors dans une grande anxiété {Lettres du P^r lui-même il ne pouvait tenir tête a la nonce Morone, des 5, 13 et 15 décembre). D'un to^g^e des luthériens, et que 1 autorité pon-

tihcale était une arme qui ne pouvait être maniée avantageusement par le bras faible d'un simple prélat, même avec le courage qu'il aimait à reconnaître dans Campège, fut fâché que l'empereur eût demandé au pape un pareil ministre ; et il commença à demander qu'à la prochaine diète de Ratisbonne on envoyât un légat , accompagné d'une nombreuse suite de théologiens , et abondamment pourvu de pouvoir et d'argent. Ainsi, tandis que dans le principe ils appréhendaient que l'autorité trop prépondérante d'un représentant pontifical n'aboutît à ruiner les espérances d'accommodement, maintenant ils regardaient cette autorité comme un auxiliaire indispensable pour réaliser ces espérances , ou du moins pour arrêter les progrès de l'hérésie, laquelle commençait à paraître non moins menaçante pour le sceptre du souverain, que pour la houlette du pasteur. 11 . A cette réunion assista, au nom du roi de France, Vergerio, évêque de Capo d'Istria, dont nous avons parlé plus haut, homme aussi remuant que hardi, et du caractère de ces gens qui ne peuvent vivre sans se mêler d'affaires, et qui ne pensent pas que les affaires puissent se traiter sans eux. Soave, qui raconte ce qu'il imagine, et qui n'imagine que supercheries et duplicité dans les papes, écrit hardiment que Vergerio parut à cette conférence au compte de Paul III, mais avec

côté, si cette conférence demeurait sans effet, deux doutes pénibles s'élevaient dans leur esprit : d'abord l'empereur pouvait accorder à l'Allemagne une paix perpétuelle en matière de religion. Or, il était visible que cette nation, jusqu'ici retenue par la crainte de la puissance impériale , une fois délivrée de ce frein, irait tout d'un saut se précipiter dans la licence luthérienne; en sorte que nonseulement elle s'abîmerait tout entière dans ce gouffre , mais qu'elle entraînerait les autres provinces dans sa ruine. Il pouvait du moins arriver que l'empereur, constant dans ses pieuses intentions, mais désespérant du succès de ses efforts et des remèdes, abandonnât l'affaire au cours de la nature ; et qu'ainsi ses lois demeurant désarmées d'autorité et de forces , l'Allemagne vint à les décliner d'elle-même, et à se constituer de fait en liberté.

8. D'un autre côté, si la conférence ne demeurait pas sans effet, on était menacé d'un résultat pire encore. Car les députés étaient au nombre de onze de chaque côté, selon le nombre des princes et des villes les plus considérables parmi les protestants : or les protestants, comme il arrive dans toute société nouvelle et attaquée, se montraient unis et inséparables , tandis qu'on ne pouvait pas avoir une égale confiance dans les catholiques : premièrement, parce que les trois priu-

ces (Lettre du nonce Morone, du 13 décembre) 1 apparence d envoyé du roi, afin de poudésignés pour ce parti favorisaient en réalité ^o'^ «"'«"^ servir la cause. Ce récit est tellel'hérésie Tc/étaient les électeurs palatin et ^ent faux, que longtemps auparavant le de Brandebourg, et le duc de Clèves; secon- cardinal Aleandre avait averti (1) secretedement, parce qu'il y avait entre les docteurs «^^^nt le pape des propos que tenait cet evécatholiques quelque ferment de rivalité ; or , ^^^ contre 1 honneur du siège apostolique, — ^ ^ des menaces mêmes qu il osait proférer, et

quoique Eckius fût le plus capable et le plus digne de confiance, les autres néanmoins, tout en reconnaissant sa supériorité, ne consen-

(1) Celte réponse se trouve dans la même biblio» ihèque de Cassianodei Pozzo.

(1) Lettre du cardinal Aleandre à Cervini, datée du 'i2 mars 1539; et dont Cervini accuse réception dans une lettre adressée à Aleandre, le 28 du même mois.

de ses liaisons avec les luthériens, et il citait choix même après la paix conclue parlesVéni-

m témoignage le nonce Morone et celui de tiens avec les Turcs ; que le pape renonça au

Venise. On s'apercevait' donc alors qu'il cou- dessein de l'envoyer à AVorms, parce* que

vait déjà dans son cœur ces serpents qui l'empereur demanda un simple prélat; mais

plus tard parurent au jour, et dans ses écrits que ce prince demanda ensuite pour Ratis-

et dans ses actions. Et si telle était l'opinion bonne un légat qui fût porteur de pouvoirs

que se formaient de lui ceux qui l'obser- pour mettre fm à toutes les dissidences, et

vaient de près, on n'avait pas à Rome une pourvu de fonds suffisamment pour gagner

aulre idée de son séjour en Allemagne : à tel les esprits, même à prix d'or. Néanmoins le

point qu'on lui avait offert de lui payer la pape ne donna au légat que des pouvoirs

pension qu'il recevait du roi de France, très-limités, comme on verra ci-après, et il

pour l'engager à résider dans son évêcbé. Le repoussa absolument l'autre moyen, en fai-

pape (Lettre du cardinal FarnèseàPoggio,du sant voir à l'ambassadeur de Charles V que

dernier jour de février 1542) fit connaître c'était une chose à la fois inconvenante et toi ■ ■ afin

ble, ic mil eiuij^iit; uu iiieciiiu u« cfs iiugu- pcis uesuiii u une nouvelle aeiiDeraiion poui ciations. choix de la personne. On avait dans Contais. Sous prétexte d'éviter la confusion et rini un homme qui réunissait tout à la fois la longueur, Granvelle réduisit à un plus [Voyez sa Vie écrite par Jean délia Casa) \a petit nombre les députés de la conférence, prudence et l'habileté dans les négociations Eckius et Mélanchton discoururent quelques politiques, l'érudition dans les sciences, tant jours sur le péché originel, jusqu'à ce que profanes que sacrées , le zèle pour soutenir Tempereur, ou parce qu'il appréhendait que avec force la cause de saint Pierre, eila conla conclusion ne pût être amenée sans un duite exemplaire pour représenter avec dicoup d'autorité, ou parce qu'il craignait que gnité et avantage la personne de son succesla dispute les entraînât hors des bornes s'il seur. Il avait été ambassadeur de sa réiDun'y présidait pas, interrompit la discussion, blique auprès de l'empereur, pour obtenir la et la réserva pour la prochaine diète de Ra- délivrance de Clément VII, retenu alors dans tisbonne, à laquelle il promit d'assister. le château Saint-Ange, et il fut si agréable A 13. Soave ment encore ici grossièrement, Charles V, qu'il le demanda pour légat dans quand il attribue à un artifice des Romains les affaires présentes. Il avait ensuite rempli d'avoir traîné la conférence en longueur les fonctions d'ambassadeur auprès de Clépour la rendre inutile, et aux démarches de ment lui-même, dans la solennité du cou- Poggi auprès de l'empereur cet ajournement ronnement de l'empereur à Rologne; et là de la discussion. Au contraire, la vérité est également il sut si bien réunir tous les sufque Morone, dans toutes les lettres précitées frages, que dès lors Paul III conçut de lui écrites de Worms au cardinal Farnèse, se cette estime dont il devaitplus tard iuidonner plaignait de cette longueur comme d'une de si glorieuses marques, lorsque, du rang de astuce des luthériens, qui voulaient tempo- sénateur de Venise, sans le faire passer par riser jusqu'à ce que l'empereur retournât en d'autres degrés, il l'éleva tout d'un coup au Espagne, et demeurer ainsi en possession cardinalat. C'est ce qui donna lieu à Louis stable de la liberté de religion et de la jouis- Mocenigo de faire, à ce sujet, ses plaintes sance des biens ecclésiastiques, qu'ils avaient d'une manière flatteuse, comme si le pape, extorquées pour un court délai et jusqu'à une dans celte élection, avait moins honoré que prochaine décision. Et de fait il n'est pas pos- dépouillé de son plus bel ornement leur sésible que Poggio ait faitdes instances pour ob- nat. Sa réputation de science et la vigueur tenir la prérogative de cette conférence, qui de son zèle demeurent constatées par ses œudépîut si fort au pape, comme on le verra vres, dans lesquelles, lorsqu'il s'agit d'in-

lorité des exhortations , et ensuite la force franchise. |Dans la vie spirituelle il fut élève

des armes. Mais pour les armes, personne de saint Ignace (2), et des premiers à adop-

n'est moins hardi à vouloir s'en servir pour ter pour lui-même et à répandre par son in-

irapper, que celui qui les tient en sa main : fluence la pratique des exercices spirituels

par la raison que les autres n'en voient que dont Ignace fut le saint instituteur. De plus

le lustre, mais lui en sent la faiblesse. ce fut Contarini qui présenta au pape la règle

qu'Ignace avait dressée pour la compagnie

CHAPITRE XIII. de Jésus, et qui en obtint l'approbation. Peutêtre cette circonstance pourrait rendre sus-

Légation du cardinal Contarini à la diète de pect ce qu'on écrit ici à sa louange, si cet

Ratisbonne. homme illustre n'avait été célébré avec de

1, Le lecteur a déjà vu que le pape avait ,,. y d,^,,! b,,^,,^,! ^j,„s j^ deuxième livre

désigne légat pour une assemblée de ce de la Vie dt; s:ûnt Ignace; et ceci est encore confirmé

genre, quand elle aurait lieu, le cardinal (las- par une lettre de la main même du saint à Pierre

pard Contarini; que l'empereur approuva ce Contarini.

plus grands éloges encore par les écrivains les plus distingués de son siècle.

2. Le pape lui remit une instruction secrète (1) en lui recommandant de ne confier à personne qu'il eût reçu des ordres écrits.

En rendant compte des commissions qui lui furent données dans cette pièce, Soave se fourvoie étrangement dès les premiers pas ; il prétend que Gontarini, en exécution de son mandat, s'excusa auprès de l'empereur de n'avoir pas reçu du pape le pouvoir de rien conclure sur les articles de foi, parce que ce pouvoir est inséparable de la personne du vicaire de Jésus-Christ, et ne peut être délégué à un autre; mais que si les luthériens consentaient à reconnaître les points de religion déjà fixés par l'Eglise romaine, il s'offrait du reste à donner toute satisfaction aux Allemands. Ceci est directement contraire au premier chapitre de l'instruction, dans laquelle il n'est nullement question d'un pareil pouvofr sur la décision des dogmes; il y est dit que, touchant la dispense des lois et des rites institués par l'Eglise, le pape ne lui conférait aucun pouvoir, parce que les demandes des luthériens pouvaient porter sur des choses auxquelles on n'avait pas pensé, et que d'ailleurs, autant qu'on pouvait le conjecturer, ces demandes seraient telles que le pape lui-même, quand il y serait présent, ne pourrait pas y condescendre sans scandale et sans péril pour les âmes, du moins avant d'avoir entendu les autres nations.

3. Il y était dit ensuite que le principal moyen pour apaiser les troubles de l'Allemagne étant la paix entre les princes, le légat s'emploierait de toutes ses forces pour exhorter l'empereur à la paix, comme le pape, de son côté, ne cessait d'y exhorter le roi trèschrétien.

Sa Sainteté se confiant tant dans la piété de Charles et de Ferdinand, que dans les promesses faites par Granvelle à Worms, ne pouvait se résoudre à croire que Leurs Majestés en vinssent jamais à concéder ni permission, ni tolérance de choses qui pussent altérer la pureté de la foi catholique, ou compromettre le pouvoir du saint-siége. Dans le cas où on proposerait là-dessus un arrangement, le cardinal interromprait à l'instant la négociation en offrant le concile. Il n'y aurait pas moyen de repousser cette offre, comme d'une chose impossible tant que la paix n'était pas consolidée : parce que, s'il y avait dans les princes le zèle qu'on devait attendre d'eux pour la religion , ils pourraient faire ce qui s'était pratiqué d'autres fois, c'est-à-dire accorder des sauf-conduits aux évêques pour traverser leurs terres; et en^ suite, par lés soins du concile, on pourrait espérer , d'après des exemples antérieurs , non-seulement la paix spirituelle, mais encore la paix temporelle entre les chrétiens.

Au cas où ces propositions ne suffiraient

, (i) Le 28 janvier 1541. L'original de celle insiruclion se trouve parmi les manuscrils des Borghèse , et il y en a aussi une copie dans un volume d'instructions des archives du Vatican,

pas pour amener la diète à s'abstenir de ces concessions illégitimes , il protesterait avec franchise et modestie à la fois, qu'il ne pouvait les sanctionner par sa présence; et, au contraire, il s'y opposerait au nom du pape; que si ces concessions étaient déjà faites , il les déclarerait nulles, et se retirerait du lieu où elles auraient été accordées , mais non de la cour ni d'auprès de la personne de l'empereur, sans un nouveau mandat.

Il agirait semblablement dans le cas où on voudrait faire ces concessions injustes, comme mesures temporaires, et sous couleur de remettre le tout à la décision du futur concile; ou bien encore si on prenait le parti de réunir un concile en Allemagne , ce qui serait injurieux au pape et aux autres nations, et seulement avantageux à l'hérésie , qui serait là comme dans son fort.

Or, dans toutes ces nécessités de défenses et de protestations , il déclarerait à l'empereur que le pape ne procédait ainsi que par zèle pour la religion , et d'ailleurs sans préjudice de l'amitié qui avait toujours existé entre eux, et qui avait été de nouveau raffer^ mie par les liens du sang.

Il aurait secrètement auprès de lui dans tous ses actes un notaire, avec des témoins, afin de conserver un souvenir authentique de tout ce qui serait dit et fait.

4. Le pape se plaignait ensuite assez au long de ce que ayant apporté tant de zèle à procurer la tenue du concile et la paix entre les princes, et ayant montré une si longue patience à souffrir que l'on traitât dans les diètes impériales les points de religion, vians l'espoir que la présence et l'autorité de Vempereur amèneraient quelque mesure salutaire, il se voyait jusqu'à cette heure déçu dans son attente.

Il courait des bruits que Sa Majesté serait disposée à confirmer et proroger la trêve de Nuremberg, en vertu de laquelle les hérétiques interprétaient à leur avantage toute expression équivoque, et s'arrogeaient une licence sans bornes; et, en conséquence, si le légat remarquait aussi qu'en ce point on causât quelque préjudice à la religion, il protesterait en la forme déjà indiquée.

A plus forte raison, il le ferait dans le cas où ils recourraient à la convocation d'un concile national; et il rappellerait à l'empereur que toujours, et particulièrement à Bologne, Sa Majesté avait détesté le concile national, comme funeste à l'autorité, soit apostolique, soit impériale, et avait affirmé qu'on ne pouvait remédier au mal que par un concile œcuménique.

Or, comme le cardinal avait demandé aii pape, si, d'après l'expérience qu'on avait faite du mauvais succès des manières dures avec les luthériens, Sa Sainteté trouvait bon qu'on fît l'essai de la douceur, il lui répondit: que les moyens de douceur ne lui déplaisaient pas , pourvu qu'ils fussent soutenus par une conduite pleine de dignité, qui ferait disparaître tout soupçon ou de peu de confiance en la bonté de la cause, ou d'intention de suborner.

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5. Le légat arriva plus tôt que les autres à rablc à la religion ; et c'est pour cela que

Ralisbonne [Cest ce qui est rapporté dans la les luthériens, en prolestant contre ce décret

première proposition publique de Vempereur à avaient pris le nom de protestants comme il

la diète). On y vit ensuite arriver quelques a élé rapporté en son lieu. La «seconde concer-

princes et enfin 1 empereur. Le légat profila nail l'autorité el la direction qui appartenait

de l'opportunité pour s'acquitlcrde son man- au légat, el dont il n'était même pas fail men-

iUii concevnanilcipiux (Lettre du cardinalCon- tion.Granvelle excusa ce silence, en alléguant

larini à Farnèse, 5 avril 154.2 : le recueil entier qu'on avait affaire'à des animaux sans r'ai-

est entre les mains de Vauleur) ; et engageant son et féroces, et que, par conséquent il fal-

ja conversalion à propos d'une parole que lait ménager leur emportement pour l'es ap-

l'empereur avait prononcée dans une tout privoiser. Le cardinal ne se contenta point

désiré, combler les vœux communs de la deur des ministres, il en parla à l'empereur

chrétienté tout entière. L'empereur pâlit à lui-même, et fit modifier la rédaction^; mais

coite proposition inattendue; mais il répon- dans les deux additions à faire les agents de

dit sur un ton qui en ôtait toute espérance, l'empereur choisirent les tournures les moins

11 disait, comme font d'ordinaire les princes, expressives, afin qu'elles passassent inaper-

qu'il n'avait pas manqué pour sa part de pro- eues pour les luthériens,

poser les conditions les plus honorables; ' 7. Ainsi il était dit dans la proposition

tandis que le roi François I" faisait les sien- — "*" a- . • . .

lies, non pas atec une égalité fraternelle, mais avec la supériorité d'un maître.

6. Quant à l'affaire principale de sa léga- blesse contre le terrible adversaire du de-

ip

en se déclarant chef des protestants, s'était à la fatigue de beaucoup de voyages pour en enrichi et agrandi par les contributions et la traiter personnellement avec les pontifes rosoumission des peuples, aspiraient, pour mains ; mais que les guerres qu'il avait fallu eux-mêmes, à un avantage semblable dans soutenir contre l'ennemi héréditaire du chrila faction catholique, avides d'enlever aux stianisme, et par terre et par mer, l'avaient î^lises, par astuce, les biens que les luthé- distrait de son entreprise. Là il rappelait, riens leur enlevaient par la violence. Aussi dans un style à la fois précis et pompeux, ■aimaient-ils mieux la guerre que la paix, et les dépenses énormes qu'il avait faites en ils s'opposaient vivement à la conférence, voyages \le long cours plusieurs fois répétés, qu'ils redoutaient comme un moyen d'en hâ- les armées innombrables détruites, un état |ter la conclusion ; ils cherchaient donc à co- de gêne continuelle souffert avec constance lorer et à fortifier ce dessein du nom et de pour défendre la dignité de l'empire contre l'appui du légat. Mais le légat avait des idées la funor ottomane; il avait fallu encore, au idiamétralement contraires , et, trop confiant prix de beaucoup de sacrifices el de peines, peut-être dans sa médiation et dans la bonté qu'il remplît ses devoirs de souverain en de la cause, sans être encore détrompé par protégeant le duc de Savoie, prince et vassal l'expérience, il croyait que la maladie ne se de l'empire, contre les insultes des étranprolongeait jusqu'ici que par la faute des gers, et en mettant à couvert de leurs viotnédecins, et non par la malignité des hu- lences le Milanais, autre fief de l'empire. Enineurs. En outre, il regardait comme un re- suite, dans les entrevues qui avaient eu lieu inom odieux et déshonorant pour le saint- à Nice, entre le pape, le roi de France et lui, piège, qu'on pût l'accuser de rompre les fils une longue trêve ayant étéconclue entreleurs i'une réconciliation dont le lissu commen- couronnes, il s'était embarqué pour TEspai^ait à se former, et d'empêcher les parties gne, afin d'ajler mettre ordre aux affaires l^ontendantes de s'entendre pour en venir à de ce royaunie, et avec intention de revenir un accord. Ainsi les catholiques dont nous bientôt par l'Italie en Allemagne, pour hâter venons de parler ( Lettre du cardinal Conta- la convention du concile ; mais à cause des Km à Farnèse, du Vp avril), voyant qu'ils obstacles qui s'opposaient à ce même conl^'avaientpas l'appui de leur chef, se désiste- cile, il avait retardé quelque peu son voyage, l'entdeleur opposition.il fut question de ré- Enfin, mvité avec beaucoup d'instances et liger la proposition qui devait être faite, au de courtoisie par le roi de France à prendre lornde l'empereur, à la diète, et on la com- sa route au travers de ses Etats, il avait nuniqua au légat. Il désira qu'on y fît deux voulu lui complaire, pour donner une preuve tddilions ( Tous ces détails se trouvent dans et de leur amitié fralernelle et de sa cônes lettres du cardinal Contarini à Farnèse, fiance en ce prince. C'était ainsi qu'il était les 5 et ik avril 154.1). La première s'ob'.int venu dans la Basse-Allemagne, dont les ardus facilement, et consistait en ce que l'em- faires urgentes l'avaient empêché d'assister »ereur déclarât qu'il laissait en vigueur lé- à la récente diète de Haguenau, dans lalil d'Augsbourg, qui était entièrement favo- quelle cependant il avait été représenté par

ÎIISTOIRE DU CONCILE DE TUENTE.

le roi des Romains, son frèrp. Par toutes cos déponsos et ces fatigues il devait avoir prouvé au monde combien il avait à cœur l'honneur de l'empire , et que pour le procurer il n'épargnerait non plus, à l'avenir, ni efîorts, ni travaux. C'était cette pensée qui l'amenait à cette réunion, quoique encore convalescent. Son premier objet était d'y terminer les divisions en matière de foi, divisions dont l'origine était due à la mauvaise interprétation des divines Ecritures. Dans cette vue , au cas que les seigneurs assemblés ne lui proposassent pas une voie préférable et plus courte, il avait pensé qu'on pourrait députer de part et d'autre, pour s'occuper des points controversés [sauf toujours la conclusion et la constitution d'Augsbourg), un petit nombre de personnes honorables, pieuses, amies de la paix, attachées aux intérêts de l'empire et de la nation. Ces personnes chercheraient quelque moyen facile de rétablir la concorde et en feraient part ensuite à Sa Majesté et à la diète, afin que l'on pût en venir à une conclusion, et en donner communication au légat du pape , comme il avait été réglé à Haguenau. Qu'il s'était arrêté plus volontiers à ce parti, parce que à Augsbourg et à Wornis (saut toujours ce qui a été dit) ce parti avait été jugé le plus avantageux par les ordres de l'empire.

8. Soave prétend qu'il s'est attaché à rendre compte de ce qui s'est passé à cette diète avec une exactitude particulière, pour deux raisons : l'une, parce qu'on jugea dans cette diète qu'il n'était pas possible de rien faire de bon, là où les ministres du pape seraient pour quelque chose; l'autre, parce que les résultats de cette diète engagèrent Paul, non-seulement à consentir à la convocation du concile, comme précédemment, mais à la presser de toute ipanière et par tous les moyens possibles. Or, cependant, cette prétendue exactitude de Soave, soit par malignité réfléchie, soit par défaut de renseignements, se soutient si peu que chacun peut s'en apercevoir en confrontant son récit avec le nôtre; outre que ses deux observations , que nous venons de citer, sont évidemment fausses.

9. Quant à la première, il ne rapporte pas lui-même, dans toute sa relation, un seul fait du cardinal Contarini qui la confirme. Il écrit ailleurs que les luthériens étaient en dissidence avec les catholiques sur plusieurs dogmes très-importants, comme l'eucharistie , la confession , l'infaillibilité des conciles : comment donc était-ce la faute des ministres du pape, si on n'en vint pas à un accommodement? C'est donc peut-être une faute, dans l'opinion de Soave, de n'avoir pas une foi postiche qui se façonne au bon plaisir d'autrui , comme faisait cet astrologue qui , en considéralrion de son ami, ajusta les signes à son gré, et eut soin d'en retrancher une sinistre quadrature de Saturne qui lui présageait des désastres? Mais que dis-je ? cette complaisance même à façonner sa foi comme la cire n'aurait pas suffi pour rétablir la concorde, puisque les luthériens eux-

mêmes étaient divisés entre eux (Lettre de Contarini à Farnêse, 13 mai 1542) dans celle assemblée, sans parler de tant d'autres sectes déjà répandues dans le nord; et notamment il y avait dans cette réunion Jean Calvin (1), bien que peu connu jusqu'alors. C'était lui qui devait faire sortir du sein même du luthéranisme une autre religion , qui n'eut pas moins de succès parmi les Allemands que la luthérienne, et qui ne s'accordait pas plus avec celle-ci que la religion catholique, il est certain que Contarini s'appliqua avec tant de zèle à concilier les esprits, que Soavé lui-même raconte qu'il fut pour cela blâmé de plusieurs à Rome.

'. 10. La seconde observation également est totalement opposée à la vérité, parce que, même avant la diète de llatisbonne , le pape employa tant de nonces, tant de légats, tant de prières, tant de dépenses, pour réunir le concile, que» si c'est là un simple consentement et non une coopération véritable à celle œuvre, il faut changer la signification des paroles. Je puis produire des lettres tout à fait confidentielles du cardinal Farnèse, écrites à Paul lîl lors de sa légation en Flandre; or, dans ces lettres, tout en se louant du roi François l^"", sous les autres rapports, il se plaint seulement de l'avoir trouvé très-froid touchant l'affaire du concile, pour laquelle il savait combien le pape montrait d'ardeur. Mais il n'est pas de matière sur laquelle il soit plus facile de mentir, que sur celle qu'il est plus malaisé de connaître, savoir: Tintenlion d'autrui.

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