‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 348 sur 368 · Cette lettre de l'empereur au pape ayant · texte numérisé non relu

Cette lettre de l'empereur au pape ayant

été publiée, comme le désirait celui qui l'avait écrite, et une copie en étant parvenue à François I", celui-ci se vit provoqué à faire de sa conduite une apologie et plus longue et plus acerbe. Dans cette apologie, il disait en premier lieu, sur le ton de l'ironie, qu'avec raison Charles s'arrogeait la qualité de bon fils et de fils aîné, puisqu'il avait emprisonné son père, et qu'après avoir saccagé ses terres, il n'avait consenti à le mettre en liberté que moyennant une énorme rançon. Dans toutes ces guerres contre les Turcs, dont il se glorifiait tant, qu'avait-il obtenu, si ce n'est des défaites continuelles, et l'humiliation du nom chrétien? Il n'avait fait qu'attirer à de nouvelles conquêtes un ennemi offensé et victorieux. Au lieu qu'on devait à François I" d'avoir conservé la Hongrie au fils du. roi Jean, légitime possesseur; et si ensuite* elle était tombée au pouvoir de Soliman, ce n'était que par la négligence ou la lâcheté des armes autrichiennes. C'était grâces à ses démarche^ que le sépulcre du Sauveur, et l'auguste sanctuaire de Jérusalem, qui par ordre de la Porte devait être détruit, serait conservé en entier, et était rendu aux religieux de l'observance. François P' professait ensuite un grand respect pour le souverain pontife et le sacré collège. 11 excusait l'incarcération de l'archevêque , en affirmant qu'étant alors dans la persuasion que ses agents vivaient encore, il avait esjDéré par celte compensation engager les impériaux à les lui rendre. Enfin, il s'étendait longuement sur le reproche qu'on lui faisait de ses alliances avec le Turc, et des secours fournis contre Ferdinand au roi Jean, allié aussi avec le Turc, et excommunié du pape. Quant au premier reproche, il accumulait les exemples pris dans l'Ancien et le Nouveau Testament pour faire voir que les relations civiles avec les infidèles ne sont point défendues. Quand au second, il alléguait que le droit était du côté du roi Jean. Mais l'une et l'autre excuse est rejetée avec une sage liberté par Beaucaire; cet écrivain avait trop bien compris qu'un historien qui loue toujours les princes de son pays ne les loue jamais , parce qu'il fait perdre toute autorité, et même, à y regarder de plus près, toute signification, à son langage. Louis XllI ne se montra pas moins sage lorsqu'il ne voulut pas exiger qu'un livre, bien qu'imprimé dans ses Etats par un de ses sujets, et dédié à Sa Majesté, mij, toujours dans le parallèle ses ancêtres au-dessus de leurs rivaux: c'est que les parures de faux bijoux ne plaisent guère à ceux qui en ont assez de véritables.

k. Le pape, afin d'étouffer l'incendie prêt à se rallumer (Adriani, livre troisième) , fit I d'abord présenter ses supplications aux deux princes par Jean de Montepulciano, qu'il députa vers eux en toute hâte. Ensuite, pour donner plus de poids à ses exhortations, il leur envoya deux légats, auxquels ne manquaient ni l'éloquence pour persuader, ni la vertu pour inspirer le respect, ni la bienveillance pour plaire. Il choisit donc, pour l'envoyer en France {le 7 août, d'après les

Act&s consistoriaux) Sadolet, homme non moins illustre par sa vertu, que par son érudition, et qui inclinait assez pour le parti des Français, avec lesquels il avait été quelque peu mis en rapport par son Eglise et sa résidence de Garpentras. A l'empereur, il destina Contarini, qui était connu pour lui être agréable, d'après les deux ambassades précédentes : c'est que par son habileté dans la politique, dans la géographie et dans les mathématiques, il engageait Charles, passionné pources sortes d'études, à parler avec lui, non comme avec un ambassadeur étranger, mais comme avec un de ses familiers les plus intimes. La mort de Contarini, qui eut lieu peu de temps après, obligea le pape à lui substituer le cardinal Michel Silva, portugais, qui à cause de son évêché portait vulgairement le surnom de Viseu {le 11 décembre 1541, d'après les Actes consistoriaux), et qui avait été tout récemment élevé au cardinalat: c'était un homme d'une grande réputation à cette époque, pour scm habileté dans les lettres humaines et dans les négociations politiques.

5. Soave fait ici un éloge de la papauté, tout en voulant faire la satire des papes. Il dit que Paul envoya ces légats pour ne pas déroger à la qualité de père commun, dont ses prédécesseurs avaient toujours fait ostentation. Ces paroles font en abrégé une belle apologie de la puissance aposlolique. Quelle suite d'actions toutes paternelles au profit des chrétiens faut-il qu'on ait dû attribuer aux papes, pour qu'en présence non pas de quelques personnes simples, mais de toute la chrétienté, ei de tant de princes habiles, ils aient pu continuellement faire ostentation du titre de père commun ? Celui qui fait continuellement ostentation de douceur, supposé i qu'il soit cruel en lui-même, combien sou- IJvent faut-il qu'il pardonne? Celui qui fait toujours ostentation de libéralité, à combien d'actes de lésinerie faut-il qu'il renonce ? à combien de dépenses, à combien de libéralités est-il forcément réduit, quoique dans son intérieur il soit dominé par l'avarice ? Si donc le pontificat romain a pour institution et pour usage de faire ostentation de charité comme père commun, il aura aussi pour institution et pour usage de prodiguer d'in-' nombrables bienfaits aux chrétiens comme à ses enfants. Et si jamais un pape avait dans le cœur des affections contraires, il n'osera les manifester par ses œuvres, sauf dans quelques cas très-rares, dans lesquels il espérera se dérober à d'innombrables milliers de regards pénétrants. D'où il suit évidemment que maintenir l'autorité des papes dans la république chrétienne, c'est un grand bienfait, commun à tous ; pourvu qu'on la maintienne sur la tète d'hommes qui bon |?ré, mal gré, soient forcés d'en faire usage pour le bien général. Plût à Dieu qu'une semblable ostentation se retrouvât dans tous es princes ; alors certainement le monde seait heureux, comme il le serait si la coutume ^t la nécessité réduisaient tous les hommes < être Vertueux ou du moins à le paraître.

6. Il y a d'ailleurs altération de la Térité dans ce que raconte Soave d'après Adriani . savoir que le pape envoya le cardinal de Viseu, quoi qu'il sût bien qu'il ne plaisait pas à l'empereur. En effet, l'empereur n'avait aucune aversion pour la personne du légat ; mais si la légation lui déplut, ce fut parce que le cardinal de Viseu avait encouru la disgrâce du roi de Portugal, avec lequel Charles était étroitement uni et par le sang et par l'amitié (1). Or le méconlentement du roi contre ce cardinal était tel, qu'il dut influer sur la conduite du pape de la uianièrj' suivante. Certaines lettres d'où on pouvait conclure qu'il y avait des rapports de confiance entre le cardinal et l'évêque de Bergame, tombèrent entre les mains du roi de Portugal. Et le pape, qui avait envoyé cet évêque en Portugal, afin de publier d'abord le concile, et eiisuite d'y demeurer comme nonce, jugea que ce seul motif suffirait pour le rendre suspect au roi et révoqua la seconde commission. Or, que ce fût cette considération qui s'opposait à ce que Charles V vît de bon œil la légation du cardinal de Viseu, Charles s'en expliqua lui-même avec le nonce en se plaignant que le pape voulait lui faire perdre ses amis. Et en conséquence il fallut rappeler le nonce au plus tôt.

7. Mais reprenons le récit des actes de Paul 111. H avait, vers ce temps-là {le % juin 104^2), introduit dans le sacré collège des hommes capables de coopérer à l'entreprise du concile, en y appelant d'abord Christophe Madrucci, évêque et seigneur de Trente, qui devrait ainsi apporter à cette entreprise et une autorité plus influente, et un zèle plus ardent; pareillement encore deux théologiens distingués, Badia et Cortez ; en outre Morone, qui réunissait plusieurs sortes d'érudition, et qui était surtout très-versé dans la matière des conciles ; enfin Marcel Crescenzio, grand jurisconsulte, comme le prouvent ses célèbres décisions; et enfin plusieurs autres personnages d'une prudence éprouvée dans les affaires du monde. C'est une chose digne d'observation que le motif qui obligea le pape (Lettre du cardinal Famés e à Poggio , du k juin 154^2) à n'élever au cardinalat aucun homme de nation étrangère, ni même aucun des nonces près des deux monarques. Le roi de France déclarait qu'il n'agréerait pas les nominations des cardinaux, si, pour le nombre, il n'était pas mis de pair avec l'empereur; et, au contraire, l'empereur déclarait qu'il ne les accepterait pas si le roi était traité d'égal avec lui. Ainsi l'unique moyen de n'offenser aucun d'eux, fut de ne complaire à aucun. Or comme on ne devait point voir paraître , dans les cours de ces souverains, de nouveaux cardinaux de leurs nations, il fut jugé convenable de n'y en faire paraître d'aucune sorte ; et, en conséquence,

(1) Tout ceci est consialé par une lettre du cardinal Farnèse à Poggio, uonceen Espagne, soui la date (In 5 iiovorubre 1542. Le recueil de ces leUres à Poggio, jusqu'à ran:;ée 1580, existe parmi les manuscrits des Barijerim.

les nonces n'eurent point part à la fïromotion. C'est de ces considérations éloignées que dépend , assez souyent même sous les princes les plus sages* la fortune des ministres et la distribution des plus hautes récompenses. Mais parmi ceux qui furent alors promus, le pape destina spécialementMorone, avec deux autres cardinaux, à la légation du concile, et il le désigna comme directeur de ses deux collègues. L'un de ceux-ci était le cardinal Parisio, fameux dans la science du droit; l'autre, Polus, savant dans la théologie, et vénérable par la sainteté de ses mœurs, par l'éclat de la naissance, et parla gloire de l'exil et des persécutions soulïertes pour la défense du siège de Rome.

Soave est si bien informé touchant ces légats qu'il place leur départ de Rome au 26 août, tandis qu'ils ne furent même pas d'épulés avant le 16 octobre, comme on le lit dans les Actes du consistoire.

8. Paiil IJI renouvela aussi {dans une réunion consistoriale , le dernier d'octobre 1542, d'après les Actes consistoriaux) un décret porté lors de l'autre publication du concile, six ans auparavant, et d'après lequel, le siège venant à vaquer, l'élection du pape appartiendrait aux cardinaux. Par là il voulait éloigner les dangers du schisme qu'aurait pu amener ou le conflit entre eux et les Pères du concile, s'il n'avait résolu la difficulté d'avance , ou le trop grand nombre d'électeurs el le manque d'informations, s'il avait décidé la question en faveur du concile. Il ajouta, dans le même but {le 2 mai 1536, c/'a-

f)rès les Actes consistoriaux) ^ que même dans e cas où le pape mourrait ailleurs qu'à Rome, comme on pouvait le craindre d'après l'intention qu'il avait d'assister au concile, l'élection aurait lieu à Rome, ville qui offrait plus de sûreté que toute autre contre les violences des étrangers.

Les lègaits reçurentles commissions suivantes : Aussitôt arrivés, ils donneraient avis aux princes de leur arrivée, en les invitant à en-^ voyer au concile les prélais soumis à leur do^ minalion. Ils afficheraient à la porte deTéglise une convocation générale pour tous ceux qui, ou de droit écrit ou par une légitime coutumej devraient y assister.- Avant r ouverture du concile, ils n'entameraient avec les hérétiques aucune discussion ; ils prendraient dans leurs rapports avec eux un juste tempérament , et leurs manières ne seraient ni dures au point dé leur faire craindre un ressentiment implacable, ni doucereuses au point de leur donner Vidée d'une timidité lâche. Ils n'ouvriraient le concile que lorsqu'il serait arrivé un assez grand nombre de prélats des quatre principales régions de la chrétienté , Italie , Allemagne , France et Espagne, et encore alors ne serait-ce qu'après en avoir donné avis au pape, et après avoir attendu ses ordres. En tout cela ils agi^ raient avec tant de zèle que le retard ne pût être imputé à leurs lenteurs, mais seulement à la négligence des évêques qui ne se seraient pas réunis (1).

(1) Les instructions sont dans les archives du Ya- Ucon,

HISTOIRE DU CONCILE i)È TUENTL.

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