CHAPITRE IL
Conférences du pape avec l'empereur à Busselo^ et continuation de la guerre.
1. Les démarches des légats demeurèfertt infructueuses pour la conclusion de la paix entre les deux couronnes ; c'est ce q.ui a coiitume d'arriver dans la première chaleur du ressentiment , avant qu'elle se soit un peu évaporée dans quelques entreprises et qu'elle se soit ralentie par la lassitude. Le cardinal de Viseu, en particulier , ne fut pas écouté avec plaisir, non-seulement pour le motif personnel qUe nous avons fait connaître , mais encore, ainsi que l'empereur, à cette même époque, le déclara au nonce, à cause de l'éloignement que Charles avait pour la négociation qui était confiée au cardinal, et â cause des sujets de mécontentement qu'il avait contre le prince de qui il tenait ce mandat. En effet, la neutralité du pape semblait à l'empereur de la partialité , parce qu'il croyait avoir seul par devers lui le bon droit. Et néanmoins le pape avait dit {Lettre du cardinal Farnèse au cardinal Saint-Gèôrges , du 24 décembre 1542, dans les archives des Borghèse) clairement à Granvelle qu'à Rome on vivait de pain et de neutralité^ et qu'après avoir vu combien peu il avait obtenu de succès et combien il s'était attiré de blâme en déployant les armes spirituelles dans la causé d'Angleterre, quoique pour des raisons bien plus fortes, et à l'égard d'un prince bieii moins puissant , il estimait une folie de vouloir employer ces mêmes armes, non-seule-^ ment à retfancher un membre, mais à couper le corps parle milieu, en séparant de l'Eglise le roi de France. Le pape d'ailleurs ne négligeait rien {Diverses lettres de Farnèse à
un
m Flandre, le pape délibéra pour savoir s'il, mêmes le modèle des réformes qu'il devait
devait personnellement s'ennployei' auprès de présenter aux ecclésiastiques d'un rang inlé-
lui pour l'exhorter à la pdix. La question rîetir, et aux nations éloignées,
fut longuement discutée dans le consistoire L'empereur débarqua à Gênes sur la fin
[depuis le 6 jusqu'au 12 noi^embre , d'après du printemps , conduisant avec lui ÔelftYC
les Actes consistoriaux)^ et dans la réunion Farnèse , son gendre, qui était allé lui pré-
du 11 novembre, il adressa le projet d'un bref senter son hommage en Espagne. Le pape lui
ijui devait être ehvoyé aux deux princes, envoya , pour lui offrir ses civilités, Pierrc-
conçu pour chacun d'eux à peu près dans les Louis, père d'Octave, et ensuite il lui envoya,
mêmes termes. Là, rappelant les démarches avec la dignité de légat, le cardinal Farnèse. •
qu'il avait faites par le passé pour mena- Tous deux étaient chargés d'employer les
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constances actuelles la nécessité de l'unioh le rendait sourd à toute proposition de paix,
entre eux se faisait sentir davantage^ soit à soit parce qu'il était pressé d'aller faire en
causedes préparatifs que faisait la puissance Allemagne les préparatifs nécessaires à la
ottomane, soit à cause de l'ouverture dû con- guerre, déclara qu'il ne pouvait se détourner
cile;qu'enconséqucnceilnevoulaitpas cesser jusqu'à Bologne pour une semblable entre-
d'espérer en la divine miséricordejCt il avait vue i cependant il se montrait tout disposé,
résolu de passer en Lombardie pour s'ahou- du moment que le pontife se rendrait dans
cher avec les deux princes, bien persuadé un lieu qui se trouvât sur son chemin.
que par respect, sinon pour sa personne, au k. Sadolet {Dans le recueil des Lettres
moins ponr celle de Jesus-Ghrist, qu'il repré- adressées à Paul Sadolet, celle qui est à la
sentait, ils ne refuseraient pas cette entre- date du 16 juin i^hS ) , qui pour lors était de
vue; mais qu'ils se rendraient dans quelque retour de sa légation de France, raconte
lieu voisin, etsUspendraient, en attendant, le
mouvement des armées, en donnant passage
libre aux courriers et aux ministres qu'il
emploierait dans la négociation. 11 était, di- s'il était convenable que le pape consentît à
sait-il, engagé à cette démarche par les de- se déplacer pour aller trouver Charles en un
voirs attachés à la dig!)ilé pontificale; et dès autre lieti. A l'unanimité ils avaient décidé
. poser . .
de juge qui pourraient entrer 4ians seâ at^ fatigues, ni sa suprême dignité à plus d'abais-
tributions. Pouvaient-ils, vu leur prudence et sements; la négociation pourrait se continuer
ieurdroiture, ne pas demeurer convalni us qUe par le moyen de messages* Or l'affaire ayant
pour se soumettre à une telle fatigue dans la été de nouveau proposée en consistoire^ afin
saison rigoureuse, et avrc son âge avancé, de prendre une détermination définitive, cinq
il n'était mû que par le zèle du salut uni- cardinaux, qui opinèrent avant Sadolet , s'en
versel? Or, plus que tous les autres Etats, tinrent au sentiment déjà exprimé ; inais lui,
leurs puissantes monarchies étaient inté- s'en rapportant au pape pour ce qui était de
ressées à ce qui se faisait pour tous, comme ses forces physiques, déclara que pour ce
aussi, plus que les autres, elles eussent été qui était de la dignité, il n'en concevait pas
compromises dans la ruine générale. Du d'autre dans les actions d'un premier pasteur
reste, ils avaient pu connaîli e, par une Ion- que l'utilité et l'avantage de son troupeau.
giie expérience, l'égal partage de son affec- Sans aucun doute, on devait espérer la con-
lion entre les deux, et l'éloignement absolu clusion de la paix de démarches auxquelles
pour toute partialité. Enfin il les priait d'à- la voix majestueuse^du pontife donnerait
viser à ce que les évêques de leurs Etats se tant de poids, plutôt que de démarches tou-
rendissent le plus tôt possible au concile, jours languissantes quand elles n'étaient
comme ils y étaient tenus, et par le devoir animées que par la voix de ministres privés;
de leur charge, et en vertu de ses ordres du moins celle entrevue servirait à dissiper
exprès. un préjugé non moins répandu que nuisible
Le pape partitde Rome (1) le 26 février, et il à l'édification des fidèles, savoir : qu!entre le
a Bologne vers le milieu de mars, il adressa (/e8;uml543, d'après les Actes cunsistoriaux
en plein consistoire ( le 19 mars» à Bologne, qu'une entrevue aurait lieu à Parme, ou en
d'après les Actes
iiaux un discours
a observer les réformes, leur représentant fe pontife à'j ,
qu1l fallait que le concile trouvât en eut- une contesttiiioii sUi* la question de permettre,
(1) C'est qu'on voit p.? i.lie lettre écrite par le car- ^^ de ne pas permettre que Ç^^'^^f / ^"^jlf
tlinal Farnèse au nonce Veràllô , datée de Spolèie, avec une escorte militaire , comme il le pre-
« in^rs 1543. tendait, parce qu*on savait qu il s altribuaif
un droit sur Parme, comme il l'a.vaii déclaré dans la fameuse et longue réponse à la lettre de Clément, réponse que nous avons rapportée en son lieu. Pour couper court à la difficulté [Jove^ liv, XLIII), ils convinrent de se voira Busseto, terre des Pallavicini sur les bords du Pô, avec une garde égale pour chacun des deux princes. Ceci fut réglé en consistoire (à Parme, le iS juin, d'après les Actes consistoriaux ) , et dans la même réunion furent encore choisis deux légats pour aller au devant de l'empereur : le cardinal Parisi, rappelé peu auparavant {dans une réunion
des démarches déjà
vaise part Tintention
faites. Soave affirme que le principal but Je Paul dans cette entrevue était d'obtenir de l'empereur le Milanais pour Octave Farnèse, en lui offrant beaucoup d'or, nombre de chapeaux, et une promesse de se liguer avec lui contre les Français. Or de tout cela il n'apporte aucune preuve. Je ne veux pas dissi • muler que j'ai lu quelques-unes de ces choses dans Jean-Baptiste Adriani , historion non méprisable de cette époque, mais onnemi de Paul, et pour ce4a même agréable à Soave. L'encre de ce dernier présente les propriétés
lies du corps l'humeur maligne, outre celle qu'ils apportent avec eux. Je ne m'arrêterais pas à contredire celte assertion , si d'ailleurs elle ne paraissait pas trop peu vraisemblable : car il n'est ni de mon dessein de nier les fautes des papes, quelque graves qu'elles puissent être, surtout en ce qui ne touche point le concile et la religion ; ni conforme à mes intentions de couvrir l'affection extrême de Paul pour sa famille. Mais je soutiens comme une vérité que selon toutes les inductions, je répute fausse l'assertion le ces historiens.