Après ce discours eut lieu la présenta
menaçaient au printemps prochain , et pour tion des procurations. Les légats répondirent
amasser des forces contre l'ennemi universel de la chrétienté. Cette seule occupation aurait dû être pour chacun un motif suffisant de renoncer à le troubler ; sans parler de la trêve conclue si solennellement à Nice avec la médiation du pape , et sans parler des instances faites au nom de tout l'Empire auprès du roi de France : on avait voulu obtenir de lui qu'au moment où toute la chrétienté unissait toutes ses forces pour chasser le Turc de la Hongrie, il voulût bien ou envoyer les troupes qu'il avait offertes autrefois comme auxiliaires, ou du moins ne susciter aucun troubfe dans les pays chrétiens ;
avec tout le respect possible pour l'empereur, et avec tous les égards de courtoisie pour les orateurs. Ensuite les uns et les autres s'étant retirés ensemble pour traiter d'affaires dans le cabinet, les orateurs renouvelèrent leurs offres, et dirent qu'ils étaient disposés ou à rester ou à passer en Allemagne pour presser le départ des évêques de ce pays , selon que les légats le jugeraient à propos. Ils donnèrent avis que la même nuit était arrivé un courrier avec un ample mandat du roi Ferdinand, lequel serait représenté en la per^ sonne du cardinal de Trente. Ils firent des instances pour que le pape sollicitât l'arrivée
et a cette demande il avait opposé wie con- des prélats et des théologiens italiens, et sti- 9i*ite directement contraire. mulât aussi l'ardeur des Français. Enfin avec
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beaucoup de doléances il^ demandèrent le 4 mars 1543), mettant en avant leurs objecrenouvellement des démarches pour la mise lions accoutumées : que le pape y présidaiten liberté de l'archevêque de Valence, parce que le concile était composé d'évéques déque ni raffeclion ni l'honneur ne permet- voués au pape, suspects à leur secte, soit l.iient à Charles de demeurer indifîérent à la pour l'avoir déjà condamnée, soit parce que captiviié et au péril de son oncle. La guerre dans ce procès ils auraient à la fois et la parne se faisait plus avec la courtoisie ordi- tialilé d'hommes intéressés et l'autorité de naire entre princes rivaux do puissance, mais juges.
avec la fureur d'ennemis irrités parles inju- Cette réponse fut par le roi des Romains rrs; aussi ne pouvait-on plus sans humilia- communiquée aux catholiques. Ceux-ci rétion demander une grâce, ni l'espérer de la pliquèrent que le pape, outre les vilh s pucourtoisie de son adversaire, si on ne la de- rement italiennes, avait, dans la diète de mandait pas. Spire, offert d'assembler le concile ou à Cam- 14.. Soave, en parlant de ces orateurs, brai ou à Trente; que la seconde ville avait commet des méprises , comnie tous ceux qui été choisie et acceptée alors par rEîi»pirc racontent au hasard. Il dit que, la fin de l'an- entier; que le pape, s<' conlorm,.hl à ce choix, née approchanl, l'empereur chargea Gran- avait convoqué le concile à Trente et y avait velle d'aller à la diète de Nuremberg en envoyé ses légats, en même temps qu'il en kiissant à Trente Mendoza ; et en réalilé donnait avis à la diète de Nuremberg, laits n'y étaient arrivés ni l'un ni l'autre avant quelle l'avait remercié de ce qui s'était fait la fin de l'année ( le 8 janvier, comme il et l'avait prié de continuer; que les décrets est prouvé par les écrits cités plus haut), 11 du concile n'émaneraient pas du pape seul, rapporte la dissolution de cette assemblée mais en même temps des évêques de toute comme opérée par ie"pape avant l'arrivée de nation; et, si l'on voulait exclure ceux-ci l'empereur en Italie, tandis que cela n'arriva sous le prétexte qu'ils seraient juges et parqu'après leur entrevue à Busseto ; et en tics , il serait impossible de trouver pour
Busseto se trouve dans les actes eonsisto- leurs de tous les princes, lesquels ne con-
Biaux sous la date du 24- juin. sentiraient point à des disposilions injustes;
!; 15. Reprenons le fil de notre histoire rleslé- qu'il ne convenait point par conséquent de
gats [Lettre des légats au cardinal Farnèse^ du s'écarter de l'usage antique de l'Eglise, qui
lâyanvter) découvrirent que Granvelle n'avait était que les conciles fussent convoqués par
pas de bonnes intentions pour le concile, et ils le pape, surent qu'il lui avait échappé de dire qu'il Rien de tout cela ne fut capable de persua-
que les bruits en vinssent jusqu'aux oreilles ou pour tromper autrui, ou du moins pour
du pape, et qu'ainsi , piqué de jalousie, il re- paraître plutôt trompés que pervers, cherchât l'amitié de l'empereur par plus de 18. Le pape obtint tout ce qu'il était per-
condescendance : car du reste, le concile na- mis d'espérer dans cet état de choses, c'e^t-
lional n'était pas moins odieux à l'un qu'à à-dire, que les catholiques d'Allemagne de-
l'aulre prince. meurassent satisfaits de ses procédés. Touté-
16. Les deux Granvelle passèrent à Nu- fois il n'eut pas l'avantage de conduire reraberg, et Mendoza demeura à Trente, l'entreprise jusqu'à l'exécution; mais, comme Dans la diète le nonce invita les Allemands nous l'avons dit autre part, si son zèle à au concile. Ils en remercièrent le pape et procurer la tenue du concile était sa justifiisupplièrent Sa Sainteté de poursuivre l'en- cation , l'expérience qu'on fit de l'obstacle treprise. Le pape employa aussi pour publier invincible qu'y mettaient les guerres entre le concile, et là et en Pologne, un de ses ca- 'es chrétiens fut aussi la justification de son^ mériers appartenant à une illustre famille prédécesseur, qui avait ajourné le concile, d'Allemagne (1) , et qui pouvait, à ce titre, comme impossible avant la paix.
plaire davantage elmieux réussir dans l'exer- 19. Mendoza, qui savait bien que les pré-
idce de cette fonction. Cet homme était Ot- lats espagnols ne viendraient pas, et qui
Ion Truxes : il fut peu de temps après ho- voyait également l'absence des autres na-
(loréde la pourpre, laquelle il honora lui- lions, jugea mutile de prolonger son séjour,
néme par l'éclat de ses vertus et de ses ac- Ainsi, contrairement à ce qu'il avait promis»
lions, comme nous aurons successivement ^^"^ légats, il partit de Trente assez précipi-
i)ccasion de le voir. / tamment, et retourna exercer les fonctions
17. Les protestants dressèrent ensuite un d'ambassadeur à Venise. Le pape fit à ce suicte séparé par lequel ils rejetaient le con- j^t ses réclamations auprès de l'empereur ile ( Lettres de Verallo, nonce en Allemagne, {I^ettres du cardinal Farnèse àPoggto, U /e-f
vrier 15'i'3) par l'organe du nonce. Les évê-'
(1) La pMblicaiion du concile faiie par Truxes de- ^^f^ eux-mêmes, jugeant qu'ils avaient sa-
.'lU le roi de Pologne, à Cracovie, le 15 ociobre tisfait a leurs obligations en »^enant, et qu ils-
54i.esi dans un volume des In^iruciions ad cuiici- ne devaient pas, sans aucune utilité pour*
umTridenùnum, dans les archives du Vatican. l'Eglise universelle, s'exposer plus longtemps^
fîISTOIRE DU CONCILE DE IKENTE.
iOOâ
et à des dépenses personnelles et à tous les dommages que leur absence causait à leurs diocèses respectifs, partaient les uns après les autres : de sorte que le pape étant arrivé à Bologne et y ayant fait venir le légat Parisi, comme il a été dit, et bientôt après Polus, délibéra avec eux, dans une congrégation de huit cardinaux [le 11 mai 1543, d'après les Actes consistoriaux ) spécialement députés pour cette affaire, sur la question de savoir s'il convenait de maintenir cet essai de concile, ou de Tajourner à une époque plus favorable. On fut d'avis unanime que, pour constater le zèle du pape, c'était plus qu'il ne fallait que les démonstrations précédentes, les invitations si souvent réitérées, les nonciatures particulières si multipliées, et enfin l'attention d'entretenir à Trente, pendant sept mois, trois illustres légats. Persister à maintenir cette assemblée incomplète ne pouvait avoir d'autre résultat que de rendre plus coupable et plus réfléchie la désobéissance des catholiques, et moins respectable auprès des hérétiques l'autorité pontificale. C'était donc un moindre mal de dissoudre le concile, avec promesse de l'assembler de nouveau dès que les divers membres de la chrétienté paraîtraient disposés à se réunir.
20. Le pape voulut néanmoins auparavant exposer de sa propre bouche à l'empereur les raisons données ci-dessus. L'empereur, quoiqu'il eût un extrême désir de contenter les Allemands, au moins avec quelque ombre de concile, reconnut comme évidente la contenance de la mesure proposée, et ne put y refuser son adhésion.
Le pape étant donc retourné à Bologne, publia une bulle dans laquelle il déroulait toute la suiîe des soins et des peines qu'il s'était donnés pour la réunion du concile. Or le tableau de tous ces faits , présentés ainsi sous un même coup d'œil, tantôt groupés ensemble, et tantôt isolément, doit non-seulement contenter, mais ravir d'admiration le plus sévère lecteur , ainsi que pourra s'en assurer par liîi-iuôme quiconque prendra la peine de lire celte bulle, pourvu qu'il le fasse avec des yeux exeiiîpts de cette malveillance qui, à l'exemple de certains miroirs, change en monstres les plus belles figures. H est dit ensuite dans la bulle que Charles et François, pour s'e:&cuser de ne pas y paraître, alléguaient la nécessité de défendre en personne leurs propres Etats; que les évoques de diverses provinces s'excusaient aussi, les uns par les empêchements de la guerre, les autres par les craintes et les périls du voyage; en sorte que les légats avaient inutilement séjourné à Trente pendant plus de six mois, non sans quelque déchet pour la dignité du souverain pontife. Il avait donc voulu avoir l'avis, non-seulement des deux légats qu'il avait appelés auprès de lui à Bologne, mais encore de Morone, qui était resté à Trente, et de presque tous les cvêques réunis en cette ville. Et l'opinion unanime était qu'il fallait réserver l'entreprise pour des temps meilleurs, tant
que la guerre serait allumée de tant de côtés entre les principales puissances , et qu'on aurait à craindre les terribles attaques de la puissance ottomane, tant dans la Hongrie que sur les côtes méridionales de l'Italie. La crainte de ces incursions devait rappeler chaque souverain à la défense de ses propres Etats; et le pape en particulier devait aviser à la sûreté de la capitale du monde chrétien et aux moyens d'opposer les plus fortes digues à ce torrent impétueux, ainsi qu'il était bien déterminé à le faire. En conséquence, et de concert avec les cardinaux, il rappelait le troisième légat, déchargeait les évéques présents à Trente de l'obligation d'y séjourner plus longtemps, et les absents de s'y rendre ; déclarait dissoute cette assemblée, selon son bon plaisir et celui du siège apostolique, et promettait de la convoquer de nouveau et de la continuer, dès que l'opportunité s'en présenterait.
21. Pendant que le pape était en Lombardie ( Adrianif litre IV, Beaucaire, livre XXIII, w° 43 ), l'escadre turque passa dans la mer de Toscane, conduite par le capitaine Polin, ministre du roi de France , duquel nous avons déjà parlé. Cette flotte, après avoir fait beaucoup de dégâts , mais aucune conquête durable sur les côtes de Naples, s'approcha de Terracine, ville des Etats du pape; et ensuite, la nuit de saint Pierre, prit texre à Ostie pour se ravitailler. Ce fut un grand sujet d'épouvante, non-seulement pour les habitants de cette ville, mais encore pour les Romains qui , dépourvus de toute force militaire, songeaient à se sanverpar la fuite; mais le légal fit publier la lettre que Polin, en approchant des terres du pape, avait écrite au gouverneur de Terracine, et par laquelle il garantissait toute sûreté pour l'étendue entière de l'Etat ecclésiastique, disant que son roi, de qui dépendait cette expédition, n'était pas l'ennemi, mais le défenseur du siège apostolique. En conséquence les Turcs, s'élant pourvus chez les paysans de vivres, qu'ils payèrent à juste prix, et ayant échangé avec eux un grand nombre d'esclaves de leur nation, partirent trois jours après, et firent voile paisible-»i ment vers Marseille. Les impériaux^ manifestèrent à ce sujet quelques soupçons, et semblèrent conclure que ces incursions des- Turcs n'avaient pas eu lieu sans le consentement du pape. Mais cela suffisait tout au plus pour colorer aux yeux du vulgaire un soupçon apparent, et non pour motiver un soupçon réellement conçu par les impériaux; car ceux-ci devaient très-bien voir s'il était aucune garantie qui pût délivrer d'inquiétude le souverain pontife, lorsqu'il voyait ses possessions dans la gueule de ce lion dévorant, qui dédaigne d'assujettir ses appétits, ou à ses propres engagements, ou au désir de ses alliés.
22. H était une cause de soupçons plus réels qui, comme un ver rongeur, tourmcnli it les impériaux, c'étaient les nouvelles ilémonstrations d'amitié entre le pape et le roi de France : car celui-ci, afin de fane
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disparaître l'odieux de celte alliance avec désirait la marier avec son Gis aîné, le dau-
le Turc, montrait un zèle tout particulier phin, comme il arriva depuis; et le sort de
pour la défense de la religion orthodoxe et cette royale enfant devait être en France
le respect dû à son chef. Ce fut pour cela de ceindre une counmne, et en Angleterre,
que dans ce temps-là même il bannit de ses de porter sa tête sur un échafaud.
Klats l'hérésie des luthériens par des édits 25. Les choses étantdoncainsi (i^eaifcmre,
très-sévères, et les fit condamner solennelle- liv. XXlll, n. 31), Henri, déjà .mécontent de
ment par ses Académies, comme Soave est François 1er, soit à cause de l'alliance qu'il
forcé de le rapporter. Par celte conduite, avait précédemment contractée avec l'Ecos-
François l'^r cherchait à faire paraître plus sais, son rival, par le mariage de Madeleine,
coupable aux yeux du monde l'empereur, sa fille, comme nous avons rapporté ailleurs,
qui faisait aux Turcs une guerre purement soit à cause des secours fournis par Fran-
politique, et permeltait de professer l'hérésie cois lei* à l'Ecossais dans les guerres qui s'éle-
en Allemagne pour se conserver la faveur vèrent entre lui et Henri Vlll , pour des
des protestants ; tandis que lui, en se déclarant leur ennemi, il s'estimait heureux de s'aliéner les esprits de leur faction ; et s'il faisait alliance avec les Turcs, c'était sans
contestations de frontières, s'irrita bien davantage contre lui à l'occasion de l'appui qu'il prêtait au cardinal Béton et aux autres Ecossais, lesquels s'opposaient à ce qu'il
aucun préjudice pour la religion catholique, réunit ce royaume au sien. Ainsi, comme au
mais seulement pour se servir de leurs ar- ressentiment vmt se joindre l'ambition de
mes contre ses ennemis. Par là on voit que faire valoir, avec le secours de Charles, les
si par fois chez les princes l'ambition séduit anciennes prétentions des rois anglais sur le
l'intelligence au point d'en faire pour la trône de France, et dont ils ne conservaient
conscience une conseillère trop complaisante, qu'un simple titre, il se ligua avec lui contre
néanmoins, cette attention même, à se trom- François 1*^1". L'empereur cherchait à légitimer
per soi-même, et à se couvrir de quelque cette alliance, par la raison qu'elle lui était
manleau en présence des bons, fait opérer nécessaire pour se défendre contre une autre
même parmi le mal un très-grand bien, tan- ligue bien autrement pernicieuse aux chré-
dis qu'au contraire, il n'y apas de plusgrande tiens, celle formée entre son adversaire et
peste au monde que le cynisme de la per- le Turc. En conséquence, par l'organe de son
versilé dans ceux qui gouvernent. ambassadeur à Rome, il demanda au pape
23. L'empereur, d'un autre côté, fit une ac- d'unir avec lui contre le roi de France les
lion qui, quelques années auparavant, aurait armes spirituelles aux armes temporelles;
élé incroyable : ce fut de se liguer avec lui faisant représenter que, ce prince ayant
Henri VIII, celui qui avait répudié sa tante; complètement équippé la flotte turque, elle
orceladevint possible,|soitparceque lesinju- ne pouvait manquer d'enlever Nice au duc
res, aussi bien queles hommes, ont leur jeune de Savoie, ce qui serait un grand dommage
âge et leur vieillesse: d'où il résulte que les pour la chrétienté entière, plus récentes, quoique moindres, provoquent 26. Le pape, à cette demande, opposa
plus vivement la colère, et la détournent de dessus les anciennes , quoique plus graves ; soit plutôt parce que dans les hommes la crainte est une passion plus puissante que le ressentiment, comme tendant directement à notre conservation personnelle : en sorte que |dans les dangers le ressentiment s'éteint sous les glaces de la crainte, et celui qui est tout occupé de sa propre défense, ne songe guère à se venger.
I 24. Henri avait épousé et répudié plusieurs I femmes ; de l'une d'elles, nommée Jeanne Seymour, il lui était resté un fils au berceau, inommé Edouard. Il forma le dessein de lui
quatre raisons : la première était que le roi
'Angleterre
trône de France ; et par conséquent, ayant refusé à l'un, il devait pareillement refuser à l'autre.
La seconde était que , s'il employait ses forces contre les Français, il serait détourné de les opposer, comme il faisait , aux forces ottomanes en faveur des Autrichiens , et par mer et par terre , c'est-à-dire dans la Méditerranée et en Hongrie.
La troisième, que ce serait exposer le siège
[laisser la couronne; et Jacques V, roi d'E- apostolique à perdre le roi de France, comme
jcosse, fidèle défenseur de la religion romaine il avait perdu le roi d'Angleterre.
{Beaucaire, livre XXlII,nwm. 27), étant mort, La quatrième, que le pape, ayant infruc-
en laissant pour héritière de sa couronne tueusemcnt, comme père, épuisé toutes les
Marie, qui lui était née huit jours aupara- voies de douceur, était déterminé à n'agir
jvant de Marie de Lorraine, filîe de Claude, plus que comme juge, et à rechercher quel
duc de Guise, Henri ( voyez Bzovnis , à Van- était celui des deux qui. par sa faute, mettait
née 1543, au num. kS) aspirait à la fiancer obstacle à la paix, seul remède efficace a
avec Edouard pour fixer sur Iq tête de ses tous les maux de la chrétienté. Or une lois
'descendants la souveraineté de toute la qu'il aurait constaté les torts, il procéderait
iGrande-Bretagne. Mais cette négociation était contre le coupable par voie de censures, jlraversée, soit par la reine, mère de la princesse, soit par le cardinal Béton, honoré par Paul 111 ue la pourpre, en considération de lacques; soit par les autres seigneurs écossais dévoués au roi François 1er. Ce dernier
(1) Tout ceci se trouve, dans b UMire du duc d'Alva au cardlMiil Fanièse, daiéede M \x\, '20 août. Celle leîirc dont nous di^nnons la leiiei;r ci-après, se trouve parmi lesniapuscrUsdes borgnèse.
ÏOil HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. iOlâ
27. Leduc d*Albe, gouverneur de Milan, les calomniateurs qui envoient des lettres non ayant eu connaissance de cette réponse, écri- signées de l'auteur véritable, et veulent faire vit une lettre fort longue au cardinal Farnèse, accroire qu'elles portent la souscription de dans laquelle, après avoir dit en commen- tout le peuple. Il n'est pas nécessaire d'élro çant que Paul III s'était signalé par son zèle habile orfèvre pour discerner la fausseté de à n'épargner ni argent ni fatigues pour la tout le clinquant dont Soave s'étudie à coudéfense du troupeau de Jésus-Christ, il l'ex- vrir le vice de ces alliances. Les papes» il hortait à couronner les jçloires de son ponti- vrai, ne s'opposent pas à ce que les calholificat par cette dernière démonstration. Il ques, dans quelque grand danger pour la s'efforçait ensuite de réfuter les quatre ob- chrétienté, acceptent le secours même des jections du pape. Mais il n'entre pas dans hérétiques, mais avec deux conditions, mon sujet de donner tout au long ces ré- 28. La première est qu'on ne leur promette ponses. J'y remarque seulement deux points : pas de les maintenir en possession paisible l'un est que, touchant la quatrième raison, de professer et d'exercer leur fausse relitout en soutenant que Charles refusait avec gion, parce qu'ils sont rebelles envers l'Ejustice Milan aux Français, il n'insinue en glise dont ils sont devenus les sujets par le aucune sorte que Paul llï eût songé à en baptême; ainsi, comme on ne peut justement faire l'acquisition pour sa famille : si cela se liguer avec les sujets rebelles d'un prince eût été vrai, le pape n'aurait pas pu, un temporel en leur promettant de les défendre mois après, reprocher à l'ambassadeur de contre leur légitime seigneur, de même, et à Charles que celui-ci, par son obstination à plus forte raison, on ne le peut avec ceux ne pas sacrifier Milan, fournissait un aliment qui sont révoltés contré l'Eglise et contre Iç à l'incendie ; il n'aurait pas pu, à cette oc- vicaire de Jésus-Christ. C'est pour cela que casion, le menacer des armes spirituelles; les papes, s'ils approuvèrentque l'empereur l'autre point que je remarque, c'est que le profitât [de l'appui des protestants contre les duc d'Albe, pour montrer la disparité des Turcs, désapprouvèrent néanmoins toujours deux ligues, allégua que celle de l'empereur que, pour obtenir cet appui, il leur accordât avec le roi d'Angleterre était uniquement di- ou à perpétuité, ou pour un temps, des immu-
conlre le siège apostolique. Au contraire, 29. La seconde condition, qu'on ne les aide Henri VIII avait motivé sa déclaration de néanmoins en aucune sorte à conquérir auguerre contre François Ier,surl'alliancedece cun pays catholique : car ce n'est pas seuledernier avec les mahométans, et il avait en- ment une injustice, c'est une impiété de souvoye contre eux quarante mille écus au roi mettre les fidèles de Jésus-Christ à la tvran-
^^^^"?!Î/J^2,y^*'^^^^'"'?>?."^^"^?'*®^^^^"^ n^« ^e ceux qui les contraignent ou à
" * . renoncer à sa doctrine, ou du moins à se
révolter contre son vicaire. C'est à défaut d^
, celle condition que Paul 111 détesta la ligu«
ramené a de plus saines pensées, de même entre Charles et Henri, parce que cette ligue
qu après des égarements semblables Henri II facilitait à ce roi schismatique la conquête
était revenu à de bons sentiments, au temps des terres catholiques de France,
d Alexandre HI. Mais le duc ne se servit point Mais quiconque observera la suite entière
d un moyen de défense que Soave attribue à de ces événements pourra reconnaître corn-
1 empereur, savoir : que le pape trouvait bon bien toute société avec les serpents est fu-
queleaipereurseservîtenHongriedusecours neste. François 1er de cette alliance avec les
des proteslants , pires certainement que Turcs, ne relira d'autre fruit, outre le blâme
Henri VHI, puisque celui-ci niait seulement éternel des Français eux-mêmes , que la
1 obéissance due au chef de l'Eglise, tandis mort prématurée de son second fils. Or si ce
que les protestants rejetaient un très-grand prince eût assez vécu pour la célébration du-
,, w , r ^^^ — ^..v, -« .jgnee ^v. ....
que l Anglais pour la croyance, et bien au- troisièmefils deFrancois 1er. En effet, commo
irement redoutables pour les pays catholi- on le verra dans la suite de notre récit, l'ap-
ques. Au reste, ce rapprochement, dirigé ici pel fait aux forces ottomanes ayant réduit
contre le pape, comme s'il approuvait et l'empereur à faire une ligue avec le roi d'An-
uesapprouvait des actions identiques selon la gleterre, non-seulement leurs armées réunieS|
myersitede ses passions et de ses intérêts, pillèrent les terres de François 1er, mais lô'
est un des moyens employés assez souvent contraignirent d'accepter un traité avec l'em-
parfeoave pour répondre aux plaintes des percur, qu'il avait autrefois refusé. Et tandis
papes contre les ligues des chrétiens avec les qu'il espérait tirer avantage de ce traité par
mudeles. 11 fait ainsi parler les inculpés la stipulation d'un mariage entre son fils
parce que c'est sa coutume de mettre les in- Charles, duc d'Orléans, et la fille ou la nièce
venlions de sa perversité dans la bouche ou de Charles V, dont la dot serait la Flandre
a un personnage honorable , ou de tout un ou le Milanais , la continuation de la guerre
rrpi 1 " ^**'®^^^s ne perdent pas toute {Adriani, liv. V) avec les Anglais amena en
t-reance dans la sienne : à peu près comme France une multitude et une variété infinie
de milices étrangères. Elles y firent plus de, lui;était le plus cher et qui était le plus conravages par les maladies qu*elles y apporte- sidéré dans le sacré collège.
Le 27 novembre, dans une congrégation
rent, que par leur bravoure; car elles y répandirejit un mal contagieux qui non-seulement fit mourir une multitude de paysans, mais qui n'épargna ni la jeunesse, ni la famille royale , et qui , en enlevant la vie au jeune duc, âgé de vingt-trois ans, enleva au roi le fruit de tant de guerres et Tespoir de perpétuer sa race, bien mieux garanti par une double branche.
30. D'autre part, si l'empereur, au lieu de s'abaisser jusqu'à contracter alliance avec un prince qui avait si odieusement outragé sa tante, avait accordé le Milanais au duc d'Orléans , celui-ci, ou du moins son succès seur, devenait bientôt prince italien d'affection, et cessait d'être Français par une rivalité toute naturelle avec cette puissance voisine ; ainsi qu'il arriva pour les ducs de Bourgogne. Et en attendant, l'empereur aurait maintenu dans sa famille la possession de la Hongrie, aurait soumis les protestants, aurait obtenu pour lui et pour ses descendants une véritable prépondérance en Alie-
consistoriale, il lui donna la croix (Tout ceci est consigné dans les actes consistoriaux). L'ambassadeur de l'empereur parut dans cette réunion et présenta une copie d'une lettre et instruction du roi François I" au duc d'Orléans, son fils, dans laquelle il parlait de rechercher l'amitié du landgrave de Hesse, et se montrait disposé à introduire îc luthéranisme dans le duché de Luxembourg L'ambassadeur cherchait par ce moyen à persuader au pape d'en venir à une rupture avec les Français. Mais le pape remit à uii antre consistoire la délibération sur celte pièce; et donna ainsi au comte Parisi le temps de parler dans cette réunion d'une pragmatique établie par Charles V, en Espagne, au détriment de la liberlé ecclésiastique : soit pour rabatlrc un peu par ce reprocha tacite la confiance avec laquelle les impériaux exaltaient la soumission de leur maître envers l'Eglise , et pour salaire venaient demandor à cette même Eglise une
magne , et enfin aurait partagé l'Angleterre ligue contre le roi de France comme contre avec François I*"^ : tandis qu'il est arrivé, un ennemi ; soit afin que l'empereur , pour au contraire, que la puissance anglaise unie, justifier la raison alléguée dans sa demande.
et par sa position géographique et par l'esprit de secte, aux Flamands révoltés , leur est venue en aide pour secouer le joug autrichien et fonder une inexpugnable et formidable république dans les fameuses provinces des Pays-Bas. D'ailleurs la longue et malheureuse guerre entreprise pour le recouvrement de ces provinces , et la guerre si pénible et si sanglante entreprise pour la défense du Milanais, ont été deux veines ouvertes dans le corps de la monarchie autrichienne, pour verser tout l'or des Indes et le meilleur sang de l'Espagne. Que si peut-être les conjectures humaines sont trop bornées
se prêtât plus facilement à se désister de tout ce qui serait préjudiciable à l'Eglise. Touchant l'affaire des écrits en question produits contre François 1er [le 5 décembre) y comme ce n'étaient pas les originaux , il fut statué que le légat ou le nonce aurait commission d'en parler au roi , et d'écouter ses défenses. Quant à la pragmatique, après une discussion suivie dans plusieurs consistoires, il fut décidé [le "1 janvier 1544, d'après les actes consistoriaux) qu'on la déclarerait nulle ; mais le pape représenta aux cardinaux que l'ambassadeur de l'empereur était venu le trouver, avouant qu'il reconnaissait
pour pouvoir pénétrer dans les événementsqui la nullité de ces constitutions, et demandant
appartiennent encore à un avenir purement du temps pour en donner avis à son souve-
condilionnel ; du moins le mal qui est déjà fait rain qui , comme il en avait l'espérance , les
se montre à découvert, et le bien qui aurait révoquerait : il se détermina donc à lui don-
poi CHAPITRE V.
Le cardinal Farnèse se rend de nouveau, corn-
gée la bulle contre ces constitutions.
2. Dans cet intervalle le légat passant, par la France [d'après les actes consistoriaux, le 8 oc/oôre), avait tiré du roi le dernier mot aume légat, auprès des deux monarques, pour quel il prétendrait s'en tenir en signant la traiter de la paix. Diète de Spire , et décret paix ; et ensuite s'étant rendu auprès de l'em-
de clôture nuisible à la religion.
1. Le pape jugea qu'il ne devait pas abandonner les négociations pour la paix, sachant bien que parfois , si elle ne se conclut pas , c'est uniquement à défaut d'un médiateur en considération duquel les parties belligérantes se montrent disposées à se laisser désarmer. Il députa donc de nouveau le comte Farnèse [le 21 novembre IS'i-S, cVaprès les actes consistoriaux) pnur conclure cette négociation; et il voulut montrer ainsi linîérêtet le vif désir dont il était animé pour la paix , en envoyant celui des cardinaux qui
pereur, en Flandre , il l'avait trouvé d'une roideur inflexible en présence de pareilles conditions. Il donna donc avis au pape du peu d'espoir qu'il avait d'en venir à une conclusion; et le pape ayant fait lire la lettre dans le consistoire du'^8 février, chargea les cardinaux de réfléchir sur celte affaire, attendu qu'il avait résolu d'agir désorinais en juge, coïume nous l'avons annoncé plus haut.
L'empereur, tout préoccupé de la guerre, mit dans l'^'spr't d'attirer à sa saile i ' corj)s entier de la nation allemande, n'importe par quel moyen que ce fût. Et ainsi, au commencement de l'année 1544, il fit réunir à Spiie
1015 HISTOIRE DU COiNClLE DE TRENTE. 1016
(Beaucaire^ livre 23, num. 53) une diète, où convention matrimoniale entre le prince se trouva un concours extraordinaire de saxon et le duc de Clèves, laquelle avait ét^ tous les électeurs, d'un grnnd nombre de stipulée dans le mariage de l'électeur avec princes et dedéputés.Or, afin de pouvoir, avec Sibille, sœur du duc. En vertu de cette connioins de contestations, et moins de risque vention les enfants mâles de l'électeur hérid'offenser le parti du pape, user de condes- talent des terres de leur oncle maternel , s'il cendance avec la faction luthérienne, il prit venait à mourir sans lignée masculine*. De congé du légat à Worms, avant d'arriver à plus l'empereur promit pour le fils aîné de Spire. Là parut un héscini {Beaucnire, livre l'électeur de S?ixe la main d'Eléonore, fille de 23, wwm. 54) de la part du roi de France, le- Ferdinand. Mais l'empereur n'accorda ces quoi demandait un sauf-conduit pour les am- deux avantages que sous une condition sebassadeurs qu'il désirait euvoyer à la diète, crèle qui fut tenue cachée par lui et par l'cafin de se décharger des accusations qu'il lecteur aux protestants : c'est qu'auparavant prévoyaitdpvoir être intentées contre lui par l'électeur et les autrichiens s'accorderaient l'empereur dans celte assemblée. Le héraut sur la religion. Ce fut pour cette raison que le fut conduit sous bonne garde en présence de mariage n'eut pas lieu, et Eléonore épousa l'empereur et des princes. GranvcUe reçut de depuis Guillaume, duc de Mantoue. L empesés mains la lettre du roi; puis on le retint, reur gagna enfin dans cette diète, que le roi toujours bien gardé, pendant quatre jours; et de Danemarck renonçât à l'alliance de Franensuite, après lui avoir rendu la lettre sans çois I", et que le corps entier de l'empire dél'ouvrir, on le renvoya sous l'escorte de la clarât, dans la diète, qu'on tiendrait le parti même garde à Nanci : non sans qu'il oûf été do l'empereur contre le roi de France, en danger de perdre la vie, car on alléguait 5. Le décret de Spire remplit d'inquiétudes i que le droit de la guerre n'accordait aucune et de craintes tous les bons catholiques. On sûreté aux messagers de François, alors en- y voyait non pas seulement l'impunité et Téncmi déclaré de l'Empire, comme le suppo- galité absolue accordée aux hérétiques en sait Charles V. Mais les ambassadeurs du roi toutes choses, mais surtout des germes fu-' se firent entendre au moyen d'une langue nestes qui préparaient à l'Allemagne un qui ne craint ni les gardes, ni les proscrip- monstre de religion imaginée au gré des seuls lions ; ils firent imprimer le discours qu'ils Allemands, et en dehors du sentiment de ï^-» tenaient tout prêt et qui tendait uniquement glise universelle ainsi que de l'autorité de son à justifier l'alliance contractée par leur mai- chef. Or, plus que tout autre, le pape s'en tre avec la puissance ottomane. émut.
3. Dans le cours de la diète les luthériens se Jugeant, néanmoins, que si le mal dont moi m.
reur plus désireux de les gagner, obtinrent enfin, dans le décret de clôture qui n'était point assez altérée pour qu'on ne pût parut le 10 juin, la suspension de Fédit lui venir en aide par des médicaments plus d'Augsbourg jusqu'à un concile universel, énergiques , il annonça la résolution de prochrétien et libre, célébré en Allemagne avec céder à des réprimandes pleines de liberté et Finlervention de l'empereur (sans faire même à des menaces rigoureuses. Il mit donc l'afmention du pape), ou du moins jusqu'à un faire en délibération en plein consistoire , concile national : et si cela devenait impossi- d'abord {On le voit par les Actes consistoriaux) ble, jusqu'à une diète qui se tiendrait l'au- le k juin, et ensuite le 30 juillet; et il fut délonme ou Fhiver prochain, et dans laquelle cidé, premièrement, que le pape ne cesserait des homm.^s pieux et doctes des deux partis point d'agir paternellement avec les deuîf établiraient, avec l'autorité de l'empereur, ce monarques en tes exhortant à la paix, at-» qu'on devrait observer jusqu'à la célébration tendu qu'il était visible que les besoins seuls du concile. Dans l'interva^'e il était ordonné de la guerre contraignaient les deux rivaux
liationdeségliscs. A ceiaélaientajontées plu- gats furent choisis, habiles, éloquents, et
sieurs clauses : les protestants devenaient agréables à celui auquel ils étaient envoyés :
habiles à la fonction d'assesseurs dans les ju- le cardinal Morone à l'empereur, et le cardinal
gements de la chambre impériale, dont ils Grimani à François l^^. Secondement, il fut
étaient auparavant exclus; les catholiques fait lecîurc d'un bref adressé à l'empereur, étaient vances
sédées par ,
soif aux uns, soit aux autres, le droit d'élire fait également honneur et au zèle de Paul et
les maîtres d'école et les prédicateurs, qui à la piété de Charles : d'abord au zèle de
seraient rétribués par les biens ecclésiasti- Paul, qui montrait tant de courage dans la
ques et les pieuses coniribulions des fidèles, décrépitude des années contre un empereur
4. L'électeur de Saxe consentit dans celte si grand, et surtout si puissant en Italie, par
diète {Beaucnire, livreXXlU, num. 57) à re- conséquent si redoutable poiir lui et plus cn-
connaîlre Ferdinand pour roi «Jes Romains; corc poiir la famille des Farnè.e, dont la
et en retour l'empereur confirma une plus grande force était la parenté de cet il-
iient auparavant exclus; les catholiques tait lecîurc a un nrei aaresse a i empereur,
lient obligés de payer les anciennes rede- et qui fut ensuite signé et envoyé par le pape,
nces aux églises, quoiqu'elles fussent pos- le 2k août. Or je suis bien aise de Irai'scrire
lées par des lulhéri*^ns ; et on attribuait ici ce bref tout au long, comme une pièce qui
1017 i; : -^/ LIVRE CINQUIEME. ?' 1018
lustre monarque : celte pièce ne fait pas pris part aux délibérations des impics, et
moins d'honneur à la piété généreuse de c'est ce qui affermit en nous la confiance
Charles, qui reçut avec respect et suivit avec que nos exhortations paternelles ne seront
obéissance, les avis austères [Voyez Sponde, pas sans effet auprès de vous. Toute la ques-
\ à Vannée 154-^t, num, 7, c. 8) du vicaire de Je- tion , ô mon fils , se réduit à un seul point :
sus Christ. Ce ne fut donc pas sans raison c'est de ne pas vous laisser détourner de l'u-
que les hérétiques, et en particulier Luther nilé de l'Eglise , c'est de ne pas vous écarter
et Calvin, rendus furieux par une démons- des exemples de vos ancêtres, princes si re-
tration si hauie et si mémorable de la puis- ligieux; mais de vous en tenir, en tout ce
sance pontificale, vomirent contre celte lettre qui concerne la discipline , l'ordre et l'insli-
des torrents de fiel et de soufre dans leurs tulion de l'Eglise, à la ligne de conduite que
odieuses invectives. Voici donc quelle était la vous avez suivie depuis bien des années , en
teneur du bref. donnant de si éclatâmes marques de votre
TRAPiTttF VT esprit religieux. Il s'agit donc, toutes les fois
titlAFJiKL VI. qu'il s'élèvera des disputes sur des matières
Bref adressé par Paul III à Charles V, dans appartenant à la religion, d'en remettre ab-
lequel il le réprimande pour redit de Spire. solument la décision au siège apostolique, et
de ne rien statuer sans avoir pris son avis.
1. « Par l'éditde Votre Majesté, nous avons Et cependant, ô mon fils , soit que vous pareu connaissanee des décrets de la diète de liez du concile général, comme d'un remède Spire. Et touchant ces décrets, noire amour plus que tout autre applicable aux maux de paternel pour Votre Majesté ne nous permet l'Eglise et en particulier de l'Allemagne, pasde lui taire notre senMmenl. Les devoirs de soit que vous parliez du concile national , ou la charge que Dieu nous a confiée pour les de la future dicte qui doit se tenir l'automne inlérêls du Christ, et la sollicitude pour l'E- prochain, et dans laquelle vous promettez de glise universelle, nous font une loi de vous traiter de la religion et des matières qui s'y parler ouvertement. Et ce qui n'est pas pour rattachent; vous agissez et vous décrétez en nous le motif le moins puissant, c'est le ter- telle forme que vous supprimez le nom de rible exemple de !a sévérité divine à l'égard celui auquel les lois divines et humaines, apdu grand prêtre Héli, Contre ce pontife, pour prouvées par le consentement de tant de sièavoir traité ses fils avec trop de condescen- clés, ont donné le pouvoir souverain de con-
i dance et pour avoir f^'rmé les yeux sur leurs voquer les conciles , d'établir et d'ordonner
i égarements, fut prononcée la sentence d'en tout ce qui se rapporte à l'unité de l'Eglise.
I haut en ces termes sévères : Puisqu'il savait 3. «Or ce n'est pas en cela seulement que
I que ses fils agissaient indignement, et qu'il ne nous nous plaignons de ce que vous navez
les a pas corrigés , que V iniquité de sa famille pas observé la tradition des anciens et de
i ne soit jamais expiée par les victimes ni les l'Eglise, ainsi que les institutions divines;
I offrandes. Telle fut la sentence de Dieu, et mais on lit plusieurs autres décrets de la
elle ne tarda pas à être sanctionnée, d'abord diète précédente qui violent essentiellement
par la mort violente et soudaine des fils du toutes les lois; par exemple, quand vous
grand prêtre, ensuite parcelle dHéli lui- voulez que les laïques mêmes puissent juger
même, et successivement, par l'exclusion du des choses spirituelles; lorsque vous altri-
sacerdoce, étendue à toute sa postérité. buez ce droit non-seulement aux laïques,
2. «Nous donc, 6 mon fils, reconnaissant mais indistinctement même aux hérétiques; par les écrits ci-dessus mentionnés , que vous lorsque ensuite vous faites des constitutions avez porté, dans la diète de Spire, certains dé- touchant les biens ecclésiastiques, et sur les crets indignes de vous, que vous en avez futurs litiges dont ils peuvent être l'objet; projeté d'autres encore plus indignes, et tels lorsque vous rendez leur ancien rang dans que s'ils étaient exécutés (ce qu'à Dieu ne les jugements et dans les tribunaux à plaise! ), non-seulement ils mettraient votre ceux qui sont hors de l'Eglise, et qui lurent âme en péril évident pour son salut éternel , autrefois condamnés par vos cdits ; lorsque
le principal objet de nos soins : nous n'avons obéissance : quel est celui des points mentionpas voulu vous abandonner à vous-même, nés ici qui soit conforme aux constitutions vous qui nous êtes confié de Dieu pour être et aux lois par lesquelles a toujours été goutraité avec tous les égards et toute l'affection vernée l'Eglise? n'est-il pas plus vrai au condus à un fils aîné , mais nous avons résolu traire qu'ils font disparaître de l'Eglise toute par ces lettres de vous avertir du danger discipline , tout ordre, sans quoi aucune auquel vous êtes exposé et l'Eglise avec vous, société humaine ne peut se gouverner? Plus Nous ne pensons pas néanmoins que vous ces choses sont étrangères à toute bonne disayez besoin d'être averti de la même manière cipline,et à tous les usages des anciens, que les fils d'Héli , lesquels, par leur volonté moins nous pouvons nous persuader qu elles perverse et leurs coupables habitudes, étaient aient pu prendre naissance dans votre esprit; devenus comme incapables d'écouter (es mais plutôt nous croyons que votre piété a conseils de la sagesse ; mais plutôt vous de- été pour un temps subjuguée dans votre cœur vez être averti comme il convient à un prince par ks conseils de quelques hommes pervers qui, pendant longues années, n'a jamais et rebelles envers le saint-siége; lesquels,
s'ils n'ont pas pu obtenir que vous approuvassiez ce qu'ils voulaient faire contre ce même siège , se sont efforcés du moins d'obtenir que par de semblables édits voiis donnassiez quelques signes de malveillance. Et nous sommes d'autant plus affligés qu'ils en soient venus à bout , que nous ne pouvons pas douter, si vous ne rentrez bientôt en vous-même, qu'il n'en résulte un grave dommage et pour vous et pour l'Eglise.
k. «Or nos craintes à cet égard doivent augmenter chaque jour, lorsque nous considérons attentivement quels sont ceux avec lesquels vous vous liez d'amitié. Que si l'Apôtre dit : Les entretiens avec les pervers corrompent les bonnes mœurs ; combien cela est-il plus indubitable de celui qui les associe à tous ses conseils, à toutes ses entreprises ? Certes nous supposons bien que c'est sous couleur de piété , d'utilité, d'honneur, qu'iis V0U1S ont engagé à cela; mais il n'y a point de si mauvais, de si pernicieux dessein qui ne se revête de quelqu'un de ces titres honorables, comme d'un habit précieux. Or plutôt , notre cher fils, interrogez votre père^ et il vous le dira; vos ancêtres, et ils vous instruiront: tous unanimement ils vous exhortent , et depuis longtemps par les actions ils vous ont exhorté à conserver l'unité de l'Eglise, l'honneur et l'obéissance envers ce saint-siége. Et si vous consultez tout ce qu'il y a de plus saints personnages et de plus instruits dans la loi divine, ils vous raconteront les terribles vengeances de la colère divine sur ceux qui ont voulu usurper les fonctions du grand prêtre, n'importe sous quel prétexte, ou sous quelle fausse apparence de piété. Or parmi ces prétextes il en est un surtout que les rebelles ne manquent pas d'alléguer quand ils exhortent les princes à monter sur le siège du grand prêtre, et à s'arroger le droit et le pouvoir de connaître et de juger les questions religieuses :ils ne manquent pas de les enhardir à celte entreprise en leur représentant la négligence des prêtres , comme un motif suffisant de prendre en main la conduite de l'Eglise et de se constituer juges des controverses religieuses et des affaires ecclésiastiques. En effet quel est celui qui ne jugerait pas une œuvre semblable tout à fait digne d'éloges? Personne assurément, si l'on considère l'œuvre en elle-même. Mais de même que dans une maison bien ordonnée , dans laquelle les diverses fonctions et les charges sont distribuées entre plusieurs , il n*est permis à personne de les exercer toutes à la fois, quoique chacune dans son espèce soit excellente , et si quelques-uns tentent de le faire , quoique à bonne intention, ils sont justement réprimandés par le père de famille , pour avoir par un zèle intempestif et autant qu'il est en eux détruit le plus bel ornement de la maison, c'est-à-dire l'ordre, sans lequel aucune chose n'est durable, et pour avoir ainsi fait une grave injure à celui qui avait établi cet ordre; ainsi dans l'Eglise de Jésus-Christ, qui est la maison de Dieu, dans laquelle tous les ministères sont distincis , et distribués à chacun de manière que les inférieurs n'exer-
cent pas les fonctions des supérieurs , il est d'autant moins permis de troubler l'ordre, que l'Eglise a été ordonnée avec une plus grande sagesse qu'on ne peut l'imaginer d'aucune maison.
5. ftOrc'esttoujourslà une très-grave injure contre la prudence et la sagesse de Dfeu; mais tous ne s'en aperçoivent pas, et nous ne croyons pas que vous, ô empereur, vous ayez encore suffisamment fait attention combien vous faites injure à la Providence divine, dans cette maison de Dieu, où la souveraine autorité est confiée aux prêtres, lorsque vous vous arrogez leur dignité et leurs fonctions. Ozias non plus n'y fit pas attention lorsque, suivant j l'arche portée par des bœufs, et voyant que ceux-ci regimbaient et faisaient craindre îa chute de l'arche, il voulut, sous prétexte de piété, la soutenir en y portant la main. Quel homme aurait osé blâmer cette action? qui ne l'aurait pas au contraire jugée digne des plus grands éloges? Avoir avancé la main pour soutenir l'arche, en l'absence des prêtres, et dans un danger imminent pour l'arche, puisque le bœuf rebelle l'avait déjà fait pencher, comme le dit l'Ecriture : certes il n'y aurait eu personne qui n'eût recommandé cette action comme une action pieuse, si Dieu, par la sévérité du châtiment, n'avait fait voir que cette action ne lui était point agréable. La vengeance divine frappa incontinent de mort Ozias, non point pour aucune autre cause, comme le témoigne l'Ecriture, si ce n'est parce qu'il avait témérairement osé suppléer à ce qui appartenait aux fonctions des prêtres et des lévites. Qui jamais aurait soupçonné qu'il y eût dans cet acte une si grande faute? Mais Dieu voulut, par cet exemple, nous avertir de ne pas tomber dans le même piège de la colère divine; et nous avons voulu, ô mon fils, vous en instruire, afin que les trompeuses insinuations de certaines gens, qui ont toujours à la bouche la réformation de l'Eglise, sous prétexte que les prêtres qui la soutiennent sur leurs épaules sont autant de taureaux indociles, ne vous entraînent à porter sur elle une main téméraire, tandis que c'est là l'office et le ministère des prêtres de Dieu.
6. « C'est dans ce même piège que tombèrent Dalhan, Abiron et Coré ; eux qui, ne pouvant souffrir que, dans le peuple saint, il y eût un seul homme qui brillât parmi tous les autres par la dignité de grand prêtre, s'opposèrent tout à la fois à Moïse et à Aaron, en leur disant : Il doit vous suffire que tout ce peuple soit saint, et qu'au milieu d'eux soit le Seigneur; pourquoi vous élever au-dessus des autres? Or, quoique ces paroles paraissent dites contre les deux, néanmoins l'interprétation même de Moïse nous enseigne que toute leur indignation était causée par le souverain sacerdoce d'Aaron, parce qu'il ne leur paraissait pas convenable que là où toute la multitude est sainte, un homme soit élevé au-dessus de tous les autres en dij^uiié. Or combien cela déplut à Dieu, nous le voyons par le remarquable exemple de justice et de sévérité divine contre les coupables.
puisqu'ils furent engloutis vivants par la terre enlr'ouverte, avec tout ce qu'ils possédaient. Je cite ici ces exemples anciens, parce que, comme dit TApôtre, tout cela n'arrivait qu'en ûgure, et a été écrit pour notre instruction, de nous, qui existons à la fin des temps, afin que nous apprenions tous que si, à l'occasion du sacerdoce qui était attaché au service du tabernacle, c'est-à-iiire d'une ombre, et qui était destiné par la divine providence à être anéanti avec le tabernacle, Dieu manifesta une telle sollicitude, qu'il ne laissa pas sans vengeance le moindre changement introduit par l'esprit de l'homme, combien plus grand est le respect dû aux prêtres qui ne sont pas attachés au service du simple modèle et de l'ombre, qui doit s'évanouir, mais au service du vrai tabernacle, lequel ne sera jamais transporté; combien moins devons-nous songer à opérer des changements dans les moindres institutions qui s'y rapportent; combien enfin devonsnous juger et plus^rave et plus insupportable l'orgueil de ceux qui bouleversent cet ordre établi, ou s'efforcent d'attirer à eux l'autorité, et veulent constituer les choses tout différemment de ce que permet et enseigne le long usage de l'Eglise, fondé sur le témoignage de l'Ecriture?
7. « En quelque manière, et sous quelque couleur de piété que l'on tente ces entreprises, il n'y a nul doute que l'orgueil, racine du mal, ne soit toujours l'objet de la haine de Dieu. C'est ce que nous révèle en particulier l'exemple du roiOzias, danslequeH'Ecriture nous montre tout à la fois la source de ce mal et la terrible vengeance qui en fut tirée. Ce roi, du reste, digne des plus grands éloges sous les autres rapports, d'après le témoignage de la divine Ecriture, est seulement taxé d'orgueil en ce qu'il voulut brûler l'encens sur l'autel des parfums. Or qui n'aurait vu dans ce désir plutôt de la. piété que de l'orgueil? Et pourtant l'Esprit de Dieu nous dit dans la sainte Ecriture, quand il nous raconte ce fait, que le cœur d'Ozias s'enfla d'orgueil. Et en quoi s'enfla-t-il d'orgueil? en ce qu'il exerça le ministère d'autrui; de quoi étant averti par les prêtres et ne leur ayant pas cédé, il fut à l'instant frappé de lèpre. Nous vous rappelons ici ces exemples, ô notre très-cher fils, afin que vous compreniez que si ce fut un acte d'orgueil de la part d'Ozias de brûler l'encens sur l'autel des parfums, combien il y a plus d'orgueil à brûler cet encens sur l'autel même du corps de Jésus-Christ, et à vouloir porter la main sur les autres choses qui se rattachent à la religion.
8. « Et vous ne croyez peut-être pas que ce soit un encens devant Dieu que de faire des lois sur la religion? C'est bien un encens volontiers et|plus agréable que tout autre. Persuadez-vous donc que Dieu ne reçoit plus aucun autre parfum ; mais ce n'est pas là votre ministère, ô empereur! c'est celui des prêtres du Très- Haut, et c'est particulièrement le nôtre, à nous, à qui Dieu a donné le pouvoir de lier et délier : vovez maintenant dans quelle par-
tie du temple vous entrez , lorsque vous usurpez un semblable ministère. Ce n'est plus seulement dans le parvis ou dans le snncta, comme Ozias : car cette action n'est pas seulement sainte, mais très-sainte. Puis donc que par vos ordonnances vous pénétrez jusque-là , c'est dans la maison de Dieu , c'est dans le sancta sanctorum , c'est dans le propre corps de Jésus-Christ que vous pénétrez en vous en attribuant l'office. Et ce n'est pas une excuse pour vous que l'œuvre soit sainte ou que vous prétendiez ne vouloir pas faire des lois à perpétuité , mais seulement pour un temps et jusqu'au concile: parce que, toutes pieuses que sont ces entreprises en ellesmêmes , toutefois dans ceux qui n'en ont pas reçu de Dieu la mission, elles sont impies. Vous vous revêtez ici de la personne de Dieu même, auquel seul il appartient de juger les prêtres : or il n'est permis à qui que ce soit de revêtir celte personne, même pour un temps; car c'est Dieu qui a dit aux mauvais pasteurs : Moi-même je demanderai compte du troupeau que j'ai confié entre leurs mains. Or comme Dieu saura bien en son temps faire rendre ce compte, ceux qui, en attendant, ont osé tenter de tirer, pour ainsi dire, cette affaire d'entre les mains de Dieu , ont toujours subi les plus sévères châtiments pour une telle audace.
9. « Tandis que, au contraire, dans aucun siècle. Dieu n'a manquéde faire voir par certains signes évidents qu'il réservait pour récompense les grâces les plus signalées, soit intérieures, soitextérieures, et toute espèce de biens à ceux qui, en procurant l'avantage et l'honneurde l'ordre sacerdotal, ont prêté l'appui de leur puissanceetde leurfaveurà l'unité de l'Eglise et au premier siège, ainsi qu'il est déjà arrivé à Constantin le Grand , à Théodose, et à Charlemagne. Nous voyons en effet|que jamais empereurs chrétiens ne furent ni plus illustres par les faveurs divines, ni plus heureux par leurs victoires. Au contraire, ceux qui résistèrent aux prêtres, non-seulement Dieu les laissa tomber dans toute sorte do desordres honteux, mais souvent, en témoignage de sa divine colère , il voulut les châtier par quelque supplice exemplaire. Nous ne parlons pas de ceux qui s'efforcèrent d'étouffer l'Eglise naissante comme les Néron , les Domitien et autres semblables, mais de ceux qui l'ont persécutée, lorsqu'elle avait déjà pris de l'accroissement, et lorsqu'elle commençait à exercer l'autorité de son ministère sur les princes , après que le siège de Pierre eût été, en présence de tous les princes constitué et affermi. Ceux donc qui ont été rebelles à son autorité, nous savons que Dieu les a punis de manière à faire connaître ouvertement combien lui est et lui a toujours été agréable l'obéissance envers le saint-siége, et combien la désobéissance envers ce même siège lui est odieuse.
10. « Parmi les empereurs qui firent éclater ouvertement leur révolte et leur mépris contre le sainl-siége, nous trouvons d'abord Anastase l'\ Ce prince fut averti parGélase,
fîiSTOIRE IjU concile DE TRElNTE.
iOU
pontife romain, de ne pas favoriser le parti obéissance, plus ils parurent livrés en proie ri'Ar,nrA^v^niinHarnncfaniinnr.io ^r»«Hn,vir.A gux plus horriblcs passiotts d*avarice, de
d'Acace, évéque de Constantinople, condamné par le siège apostolique; mais il n'obéit point à ses admonitions; et au contraire il
reçut d'abord avec mépris et congédia ensuite outrageusement les légats d'Hormisdas, successeur de Géiase, lesquels lui avaient été envoyés pour le détourner de communi-
luxure et de cruauté, après leur révolte impie contre cette même Eglise : et c'est ce que nous montre l'histoire de cet Anastase, dont nous avons déjà parlé.
12. « Et plût à Dieu que le siècle présent ne nous offrît aucun exemple de ce genre ! Mais qucr avec les hérétiques; mais enfin la ven- la divine vengeance, provoquée par la régeance divine le fit périr par la foudre. Après volte contre le premier siège, n'a pas éclaté luî, mais à divers intervalles de temps, plu- seulement sur des particuliers, mais aussi sieurs autres empereurs montrèrent qu'ils sur les nations et sur les provinces, parmi avaient hérité d'une impiété semblable; tels lesquelles nous voyons que si le châtiment furent un Maurice, un Constance II, un Jus- le plus sévère est tombé sur celles qui ont
rent par divers genres de mort, mais toujours ou violente ou ignominieuse, et après avoir été auparavant dépouillés de l'empire et de toute grandeur ; en sorte qu'évidemment la colère divine a montré qu'elle punissait en eux la désobéissance. On pourrait continuer celte énuméralion jusqu'à ce Henri qui, après avoir cruellement attaqué le siège apostolique, se vit enfin emprisonné à Liège, par son propre fiis. La divine vengeance le fit mourir dans sa prison, afin qu'il fût puni par son propre fils, lui qui avait de tant de manières persécuté la personne et méprisé rautorilé de celui que la divine providence lui avait donné pour père dans l'Eglise. On nations, le Christ n'a jamais souffert que le
vicaire de Jésus-Christ. Or, parmi les nations punies et affligées de Dieu, nous en remarquerons deux particulièrement jadis trèsflorissantes , l'une desquelles est demeurée obstinée à nier le Christ, et Taulre, pendant quelque temps, a lutté surtout contre son vicaire. La première est celle des Juifs, de laquelle on peut dire que nulle autre nation n'a eu à supporter de plus grandes infortunes. La seconde est celle des Grecs, qui a fait autant de pas dans l'adversité qu'elle en a fait vers l'impiété des Juifs. Par conséquent, si lorsqu'il s'est agi des autres empereurs, des autres rois, des autres peuples et des autres
pourrait en dire autant de Frédéric II, avec cette différence qu'il périt d'un genre de mort plus malheureux encore, ayant élé étranglé de la propre main de son fils.
11. «Or, supposé que Dieu ne punisse pas toujours ainsi les rebelles et qu'il permette à quelques-uns d'assouvir tous leurs désirs, en telle sorle qu'ils semblent, quant à la
mépris pour l'autorité de son vicaire demeurât sans vengeance, en même temps qu'il maintenait celte autorité par une succession non interrompue, et si en châtiant avec tant de sévérité les rebelles» il a montré que leurs tentatives lui furent odieuses; combien plus odieuses devons-nous croire que seraient au près de Dieu et auprès des hommes les en-
peine extérieure, pécher, avec impunité, Jet treprises que vous, ô empereur (ce qu'à Dieu
quant à l'abondance des biens terrestres, ne plaise 1), vous formeriez contre ce même
vivre.heureux, les saints Pères n'ont pas laissé siège, vous qui descende^ d'empereurs, les-
de croire pieusement que la Providence agit quels reçurent de lui autant d'honneur qu'ils
ainsi, et ne punit pas tous les impies ici-bas, lui en rendirent.
afin que les hommes n'aillent pas croire qu'il 13. « Nous n'écrivons pas ces choses , ô
ne resle pas un autre tribunal de la justice notre cher fils, pour nous être persuadé que
divine. Ainsi Dieu en punit quelques-uns ce soient là des résolutions fixes et arrêtées
ouvertement ici-bas, pour l'exemple des autres, et afin d'être reconnu comme juste; et lorsqu'il «iissimule, c'est qu'il en réserve quelques-uns pour le futur jugement, qui sera bien plus sévère. Mais la justice divine ne laisse aucun péché impuni. Or, de toutes les punitions, la plus terrible c'est lorsque ceux qui oft'ensent le plus grièvement le Seigneur croient pouvoir le faire impuné-
dans votre cœur; mais en père aimant et jaloux du salut et de l'honneur d'un fils. Dès que nous vîmes l'édit de la diète de Spire , nous jugeâmes que nous devions d'autant plus sérieusement vous avertir, que nous connaissions le danger qui vous menace. Enfin si nous avons accumulé toutes les raisons capables de vous détourner d'usurper la juridiction et l'autorité décisive
ment. En effet, ils sont tous aveugles d'esprit lorsqu'il s'agit de concilier les différends en
et sont livrés en proie aux passions les plus matière de religion, ne pensez pas que ceci
ignominieuses et à leur sens réprouvé, cliâ- ait été écrit parce que la conciliation de ces
timent que l'Apôtre nous présente comme le différends ne serait pas l'objet de tous nos
châtiment particulier des impies. Or, quoique désirs les plus empressés: car notre con-
ce châtiment soit commun à tous les impies, science nous rend le témoignage que pour
il est plus particulièrement le partage de obtenir un arrangement convenable, nous
ceux dont l'impiété s'exerce à combattre le donnerions volontiers notre vie et notre
siège apostolique et à rompre l'unité de l'E- sang ; mais nous avons voulu, par lesexem-
glise. C'est ce qui s'est vu dans quelques-uns pics tirés de la divine Ecriture et de l'histoire
qui, plus ils brillèrent par leurs vertus, tant ecclésiastique, vous avertir de ne pas vous
qu'ils conservèrent pour l'Eglise une sainte arroger ce droit, et de ne pas sanctionner
par votre autorité impériale ce qui n'appartient pas à votre ministère; et enfln nous avons voulu vous exhorter par l'exemple de Constantin le Grand, très-illustre serviteur de Dieu, et très-heureux empereur, à laisser le soin de corriger etde juger les préirestantà leur prenvierjuge qu'à leursautres supérieurs. 14'.«Co»istantin le Grand, quoique les prêtres eux-mêmes l'eussent prié de se constituer juge de leurs controverses, refusa de la manière la plus absolue ; et sa réponse est rapportée dans les termes qui suivent par les historiens qui étaient présents : Lieu vous a établis prêtres, et il vous a donné le pouvoir de nous juger nous-mêmes; mais vous, vous ne pouvez pas être jugés par les hommes; ainsi quant aux questions qui vous divisent de sentiment, quelles qu'elles soient, attendez le jugement de Dieu , et réservez-les pour ce divin examen. Ainsi parla ce grand homme, surnommé le Grand, non pas tant à cause de rétendue de son empire, qui était considérable, qu'à cause de sa piété et de ses autres vertus; et nous désirons, ô empereur, que vous lui ressembliez en tout. Quant au zèle et au désir que vous exprimez de voir terminer les différends en matière de religion, et renouveler dans toute l'Eglise quelques points de discipline dans l'intérêt des bonnes mœurs, nous vous donnons de grands éloges, et nous vous prions de prêter l'appui de votre coopération à ceux à qui Dieu a confié ce ministère. Car, si nous ne croyons pas devoir en ces matières souffrir que vous agissiez comme chef, nous n'en désirons pas moins le secours de votre bras, parce qu'il peut nous être d'une grande utilité. C'est
bercail du Seigneur les brebis égarées, et de voir cette noble province unie au cbef et au reste du corps, dans la foi, dans la religion, et dans les sentiments les plus sincères de bienveillance et d'amitié; nous en avons ci-dessus donné les raisons. Mais vous, présentement, tandis qu'ils demeurent désunis de leur chef et du reste du corps (car nous ne parlons que de ceux-là), tandis qu'ils sont hors de l'Eglise, et condamnés d'après la teneur même de votre édit , vous faites plus de cas qu'il ne convient de leur amitié, et vous les traitez avec trop de condescendance : car cette condescendance de votre pari, et les déclarations faites par vous en dehors de vos précédents édits, n'ont nullement servi jusqu'à cette heure à les rame-r ner vers de meilleurs sentiments ; mais au contraire, comme l'expérience l'a montré, elles n'ont servi qu'à les rendre plus insolents et plus ardents à s'emparer des pro^ priétéâ de leurs voisins, de sorte que par une telle conduite vous semblez plutôt entretenir, qu'éteindre les dissensions.
IG. «Mais comme nous espérâmes toujours, et que nous espérons encore, qu'avec l'aide de Dieu, ces choses pourront très-bien être ramenées à une meilleure forme, non par des moyens étrangers à toutes les traditions et à toutes les coutumes de nos ancêtres, et même à tous les principes du droit divin| mais par le moyen du concile général ; en ence, également attentiî* aux inté-
consequei
rets de toutes les provinces, nous envoyâmes nos légats jusqu'aux portes de l'Aiiemagne , jusqu'à Trente; mais nous criâmes et per^ sonne ne nous entendit ; nous nous présenl'assurance de cette disposition de votre part, tâmes, et personne ne comparut. Nous ne requi a fait qu'à la moindre espérance de pou- nonçons point pour cela à notre entreprise ; voir réunir un concile œcuménique, non- niais nous crions encore, et nous faisons seulement nous nous sommes montrés prêts un appel à vous et aux autres princes, en à le convoquer; mais encore partout où a élevant la voix avec David : Venez, pleurons brillé la moindre lueur d'une pareille espé- devant le Seigneur ; parce que nous ne saurance, nous nous sommes empressés d'y rions mieux commencer le concile : ou bien envoyer nos légats, ainsi que nous avons avec Daniei : Je prie pour mes péchés et pour fait en dernier lieu, quoique ce n'ait pas été ceux de mon peuple ; je m'accuse, je confesse, avec tout le fruit que nous ne cessons de je supplie; Seigneur ^ nous avons péché, nous désirer. Mais nous avons voulu plutôt tenter avons commis l'iniquité, et nous nous sommes toutes choses que de manquer à une légère éloignés ; nous portons tous notre confusion occasion , que nous attendons toujours de sur notre visage, nous, nos rois, nos princes.
la bonté divine.
15, «Nous voulons d'une volonté!énergique la convocation du concile, et l'utilité de l'Eglise universelle, ainsi que de l'illustre nation allemande en particulier, qui est de-
et nos anciens, parce que nous avons péché; mais en vous. Seigneur, est la miséricorde et la propitiation. Nous vous invitons donc à ce concile, dans lequel nous espérons que nous aurons les anges pour assesseurs ;
puis si longtemps cruellement agitée par les car s'ils se réjouissent pour un pécheur qui
disputes de religion. Nous avons toujours fait pénitence, combien plus se réjouiront-
espéré que pour le salut de celte Eglise, ainsi ils sur toute l'Eglise , dont ils font partie, et
que le dit également Votre Majesté, nous qui sera assemblée pour faire pénitence,
pourrions trouver un remède opportun dans 17. «En outre nous ne voyons pas com-
un concile général. Et si nous nous plai- ment on pourrait pourvoir à la sûreté
gnons que vous ayez consulté des hommes du peuple chrétien contre l'imminente ty-
déjà condamnés par le siège apostolique, ce rannic des Turcs, ces puissants et perpétu Is
n'est pas que nous désirerions qu'ils soient ennemis de notre nom, si ce n'est aver les
pour toujours exclus de notre amitié , ou forces des chrétiens réunies par la foi et la
que nous entendions qu'étant présentement charité. Aplanissez donc la voie à ce concile,
conriamnés , ils demeurent ainsi condamnés ô notre fils bien-ainié; c'est là proprement
pour toujours. Dieu nous est témoin que votre charge. Or vous l'aplanirez, soit qu'au-
nolre vœu le plus cher est de ramener au tant qu'il dépendra de vous, vous rendiez à
la république chrétienne la paix, si ardemment désirée de toute part, soit que du moins vous suspendiez les hostilités jusqu'à ce que l'Eglise aJt pu se réunir en concile; c'est dans cette assemblée qu'il vous convient de terminer vos différends , plutôt que par la force. Voilà ce que vous avez à faire, vous et les autres princes chrétiens ; nous les exhorterons de toutes nos forces à en faire autant, et particulièrement celui avec lequel vous êtes en guerre. Déjà le concile est en bon acheminement ; déjà depuis longtemps il est publié; il n'a pas été dissous, quoique à raison de la guerre il ait été renvoyé à un temps plus commode. Donnez donc à cela toute votre attention, ô mon cher fils; rendez ainsi la joie au peuple chrétien qui depuis longtemps est épuisé par des guerres intestines ; et rendez-nous aussi la joie à nous qui ne croyons point avoir au monde rien qui nous soit plus cher que vous-même, puisque vous tenez dans nos affections le rang de fils aîné. Donnez-nous une preuve que la divine vertu réside en vous, et vous ne haïrez pas votre père, qui vous donne de tendres avis, ainsi que le haïssent ceux que Dieu, en signe de délaissement, abandonne en proie à tous leurs désirs; mais vous l'entourerez de toute votre tendresse, comme vous étant envoyé par ordre de Dieu, afin qu'il vous retienne lorsque vous êtes prêt à tomber, et qu'il vous délivre du grand danger auquel est exposé le salut de votre âme. Ecoutez volontiers sa voix ; observez ses avis. Oui, vous les observerez, parce que, étant homme, vous avez bien pu, par des considérations humaines, être détourné de cette voie sainte dont parle le prophète, et qui a été le chemin royal suivi par vos ancêtres, ces princes si religieux ; mais, maintenant qu'on vous a indiqué de nouveau où est cette voie, vous saurez, grâce à votre noble caractère, la reconnaître pour ne plus la quitter, et vous vous mettrez en l'esprit de ne plus vous attribuer aucun droit, ni aucune autorité en ce qui touche la religion. Observant les ordonnances et les coutumes de l'Eglise, vous aurez soin que tout examen de l'ordre sacerdotal et de la foi soit absolument exclu des actes des diètes impériales, dans lesquelles n'assistent pas ceux qui ont autorité pour connaître de ces matières, et vous les renverrez à leur propre tribunal. Vous ne statuerez rien sur les biens ecclésiastiques, parce que ces causes sont renvoyées et confiées aux prêtres de ce même Seigneur, pour lequel ces biens sont réservés ; vous mettrez bas les arm^s, et vous tournerez toutes vos vues vers la paix ; que si elle ne peut autrement se conclure, vous permettrez au concile de prononcer sur ces différends, qui alimentent tlepuis si longteinps entre des chrétien> des guerres si désastreuses. Enfin vous casserez et annulerez tout ce que vous avez accordé par une excessive condescendance à ceux qui sont opiniâtrement rebelles envers le saint-siége. 18. « En effet, ô mon fils bien aimé, comme €0^ choses vous mettent en grand danger
pour votre salut éternel , et vont toujours troublant de plus en plus la paix de l'Eglise, vous voyez bien en quel embarras vous nous jetteriez si vous ne vous hâtiez pas , comme nous l'espérons, de porter remède à tous ces maux. Vous nous forceriez ou de manquera la charge que Dieu nous a confiée par l'intermédiaire de son Fils, ce qui serait au grand détriment de l'Eglise , ou bien vous nous forceriez d'agir une autre fois avec plus de sévérité que ne comportent notre habitude, notre nature et notre inclination : toutefois, manquer à notre charge dans un si grand péril, c'est ce que nous ne devons, ni ne voulons, autant que nous pouvons répondre de nous-mêmes, avec la grâce de celui dont, quoique indignes , nous tenons la place sur la terre. Nous avons dans l'esprit et devant j les yeux ce même exeznple, dont nous avons I parlé en commençant, de la sévérité divine envers le grand prêtre Héli. Nous ne voyons pas que ce pontife ait été condamné pour n'avoir en aucune sorte repris ses fils ; il paraît au contraire, par les Ecritures, qu'il les reprenait; mais, dit saint Jérôme, il les traitait plutôt avec la mansuétude d'un père, que avec l'autorité d'un pontife. Or si les décrets de Spire avaient été mis à exécution, ce qu'à Dieu ne plaise, vous voyez, par l'exemple d'Héli, à quelle nécessité pénible vous nous réduisiez. Examinez donc, ô empereur, ce qui vous convient davantage, ce que exigent plus impérieusement vos devoirs envers Dieu et envers l'Eglise, ce qui importe plus à votre honneur et à vos intérêts, ou de prêter l'appui de votre bras à notre sévérité dans les choses qui se rapportent à l'utilité de l'Eglise, ou plutôt de favoriser ceux qui, après en avoir séparé quelques branches, travaillent avec ardeur à la briser misérablement et à la disperser en éclats. Que le Dieu de paix, par son immense miséricorde, délivre Voire Majesté. des conseils des impies; qu'il affermisse dans votre cœur les pensées qui sont pour la paix, afin que ne formant qu'un seul cœur et une voix, nous rendions gloire à Dieu le Père par Jésus-Christ, auquel avec le Saint- Esprit soit rendu honneur dans tous les siècles. »
19. Quoique Soave rende très-fidèlement la substance de cette lettre , néanmoins deux méprises , en cette occasion , ajoutées à un grand nombre en d'autres matières, montrent que souvent il ne voyait les pièces écrites qu'avec les yeux d'autrui; et les uns, par défaut d'intelligence, les autres, par défaut d'attention, l'ont plusieurs fois induit en erreur. La première méprise est qu'il la donne comme signée le 25 août, et elle le fut le 24. La seconde est qu'il prétend que le pape se plaignait de ce que l'empereur voulait admettre les ignorants à juger des points de religion : or ni l'empereur n'y pensa jamais, ni le pape n'en eut jamais l'idée. L'objet de la plainte était, comme il a été dit ci-dessus, que l'empereur admettait à ce tribunal non pas les ignorants, mais les laïques.
20. Ce bref ne fut point écrit sans de mûres délibérations et sa«ià prendre conseil. J'ai vu
1029 LIVRE CINQUIÉMK. 1030
de mes yeux la commission (1) qui fut donnée cun en avait fait autant selon son rang^ son
à ce sujet au secrétaire d'une congrégation état et sa qualités on attrait échappé à tous
(le cardinaux, après qu'eut été lu en consis- les maux auxquels est aujourd'hui en proie le
îoire le sommaire du décret de Spire. Or dans monde chrétien. C'est ce que Sa Majesté prou-
cctte commission sont renfermés tous les vera de manière que la faute en retombera sur
points qui sont ensuite développés dans le ceux qui le méritent , et la vérité l'emportera
bref; et deux précautions en général sont sur toute espèce de détraction, d'imputation et
recommandées au rédacteur : l'une de mon- de calomnie. C'est ainsi qu'il fut répondu à
trer à la fois, d'une part, charité et affection la lettre pontificale. Du reste elle fut reçue
caution est d'écrire en telle sorte que l'em- par lui aux protestants, avant même que le
percur, dans, la réponse, fût contraint de pape eût pris la plume pour les lui reprocher,
déclarer ce qu'il entendait faire dans la future 11 prit néanmoins des précautions pour la
diète. Je retrouve même tout dressé un autre cacher (1), et il vit avec peine qu'on en eût
modèle de lettre plus menaçante el plus se- publié des copies. Mais le pape , qui ne les
vère , laquelie fut ensuite mitii^ée d'ciprès de avait laissé publier que pour prévenir dans
sages avis. On comprit très-bien que lorsque la chrétienté le scandale de ceux qui avaient
la conscience oblige les prêtres à faire de la imputé au chef de l'Eglise une dissimulation
peine à quelque grand personnage , le parti coupable, répondit que plutôt l'empereur
le plus conforme à la religion est de se ren- devait en être bien aise, puisque ce serait
fermer dans les limites de la pure nécessité, une légitime excuse pour révoquer les pro-
en sorte que ni trop d'ardeur ne lui fasse messes que d'autres lui avaient arrachées
apercevoir la colère à la place de la pitié, ni des mains, dès lors qu'il les voyait condamnées
le peu de respect ne trahisse à ses yeux une par le vicaire de Jésus-Christ. Toutefois (2)
ostentation d'autorité au lieu de l'accomplis- les ministres de l'empereur admettant que la
sèment forcé d'un devoir; autrement l'oppo- lettre eût été écrite à l'occasion du décret de
sition des personnes sacrées ne sera pas res- Spire, excusé par eux à titre de pure néces-
pectée par lui comme Teffet du zèle , mais il site, ne cessaient de se plaindre que Tévêque
la détestera comme le fruit de la passion , et de Gava l'eût portée en Allemagne à tous les
il finira par la fouler aux pieds comme une princes catholiques, en sorte qu'étant tombée
entreprise de l'orgueil. entre les mains des hérétiques, elle avait été
CRAPfTRF VU ^^^ ^"^ imprimée avec des commentaires
tiiiAFiitiii vil. pleins de reproches , et l'empereur se plai-
Courtes réflexions sur la lettre qu'on vient de gnait en particulier de ces paroles : Noiis
lire. Paix entre l'empereur et la France. criâmes et personne ne nous entendit, nous
Nouvelle convocation du concile faite par nous présentâmes et personne ne comparut,
le pape* Si les autres n'étaient pas venus , il avait
envoyé à Trente Mendoza, el soit lui, soit 1. Cette lettre fut portée à l'empereur par le roi Ferdinand, ils n'avaient pas attendu David Odasio de Bressia,camérier de Paulin, qu'on les appelât, mais par de continuelles et il en reçut la réponse écrite que nous al- instances ijs avaient depuis bien des années Ions donner ci-dessous , réponse grave à la aiguillonné le zèle des papes pour cette fois et modérée, dans laquelle l'empereur sainte entreprise. A cela on répliquait que repoussait les accusations, mais sans entrer les effets subséquents n'avaient pas répondu dans une discussion fastidieuse et compro- aux précédentes instances ; que pour cémetlante. Cette réponse n'est parvenue à lébrer un concile, il ne suffisait pas d'un notre connaissance que dans ces derniers amoassadeur, mais qu il fallait la présence mois par les soins d'un autre David de la des évêques , auxquels on ne pouvait que même famille, qui nous en a communiqué le trop appliquer les paroles précédentes, puismanuscrit. Donnée en langue espagnole, cette qu'ils ne pouvaient se déplacer que du con-
aulorilé et de sa dignité impériale, ainsi que manquer au respect par une défense vigou-
de sa réputation^ remet en temps et lieu op- reuse, ni s*exposer, en confessant son erreur
portun ses réponses sur le tout, pour déclarer et en promettant de la réparer, à s'aliéner alors et montrer suffisamment que Sa Majesté
n'a été en aucune sorte la cause des maux sauf- (1) Ceci est lire de deux leiires : l'une du cardinal
fcrls par la chrétienté; qu'au contraire, pour d'Angsbouig, éciiie de Worms au cardimd F;.riiè e,
le^ prévenir et y apporter remède, il n'a épar- le 21 mars 1545, dans la.|..elle esi rapporieo une
ané ni <ia nronrener^onne ni rien de ce oui conversaiion avec Granvclle; l.-mire du c..rd.n:.l
(/ne m sa propre pet sonne, ni rien aece qui p.^^.,,^ ^„ ,.^p,„„e à la piécédenie, sous la date du
ejait à lui, comme c était le devoir de tout 5 .,^^11. 'ces deux Irnressen.ia riiées ci-après.
bon empereur et comme l'exigeaient de lui et ^^ U^uve de Fabius Migii3nelli,évê.iue de Lucera.
la dignité impériale , et sa qualité de prince ^y uwae auprès de Ferdinand, écriu* de Wurms, le 9
catholique , et les égards qu'à ce titre il devait avrd 15i5, au cardinal Fainèse. Parmi les nianuscriii
toujours avoir pour le saint-siége. Or, si cha^ des Cervini.
1031 flïSTOIRE DU COiSXILE DE TRENTE. 1332
de honte à se laisser reprendre par un per- de ce nouveau Samson entraînât l'asservisse-
fellement plus élevé par son pouvoir surhu- que la facilité à commettre les unes dût era-
niain, que le mépris n'aurait pas été gran- pécher d'avoir horreur de tomber dans les
deur de courage, mais impiété. autres? Certainement si Paul n'eut pas la
2. Les hérétiques d'abord se livrèrent à des gloire d'éviter les premières, cela même rend
pousser la verge pastorale : aussi se promet- par Thonorabie zèle du bien public et de la
taient-ils qu'il éclaterait tout d'abord contre religion. Aussi jamais ne recula-t-il devant
Paul avec bien plus d'énergie que ne le fit la crainte de s'attirer la haine d'aucun prince
Henri contre les premières remontrances de par une juste résistance et jamais ne seplia-
Clément VII; mais quand ils virent ensuite t-il à les gagner par une flatteuse condescen-
que l'empereur, non-seulement continuait à dance, toutes les fois qu'il découvrit dans leurs J
honorer le siège de Rome, mais se soumit en actes ou dans leurs prétentions le préjudice
se désistant des profanes décrets de Spire, spirituel de l'Eglise ou le dommage temporel
comme nous le rapporterons, les transports de la chrétienté. C'est ce que sera obligé d'a-
de joie se changèrent en frémissements, et, ne vouer quiconque observera , sans passion,
pouvant supporter l'aspect de ce trophée de l'ensemble de sa condu te. l'autorité ponlifitale, ils travaillèrent à le 3. Dans la longue série de ses prédéces-
souiller par d'atroces invectives et de bon- seurs, nul ne fut plus zélé que lui à défendre
teuv commentaires. Je ne veux pas dissimu- le siège apostolique ; nul ne fit autant de ré-
1er la première des objections qui fut faite formes dans les mœurs de la cour; nul ne
contre ce bref, par Calvin, parce qu'elle est l'orna de personnages plus considérés; nul
pe -,
traits qui s'émoussent suffisamment contre le les révollés dans ses propres Etats. Le plaisir bouclier de la foi. Comment Paul» dil-ii, se qu'il trouvait à voir auprès de lui ses deux faisait-il un point de conscience crimiler, en- petits-fils, les plus tendrement aimés, n*emvers Vempereur, la condescendance coupable pécha point, dans sa décrépitude, qu'il ne d'Héli envers ses fils, quand il usait de tant de consentît à s'en séparer pour longtemps en condescendance envers ceux qui étaient ses fils chargeant l'un de messages lointains, et enpar le sang? C'est là une manière d'argumen- voyant l'autre combattre pour la religion et 1er d'autant plus concluante pour la légèreté la cause publique. Je ne veux pas affirmer du vulgaire, qu'elle est peu solide au juge- qu'il atteignit pour cela la mesure de la permenl des sages. Donc, parcequ'un prince se fection pontificale, mais c'est là précisément laisse aller à une affection excessive envers ce qui fait le plus bel éloge de la divine prinquelqu'un. il fera mal de n'avoir pas ce fai- cipauté dont Jésus-Christ est le fondateur : ble pour un autre, et de ne pas jeter de côté la on peut exiger d'elle une vertu si élevée, que balance et la verge de la justice pour la ruine ses propres ennemis ont le champ libre pour de la république? Malheur au monde si tous blâmer même les papes dont ils sont obligés les rois, dès qu'ils manquent à leurs obliga- de confesser tout le bien que j'en raconte, et lions, en quelque chose ou envers quelque qui suffirait, en fait de principautés profanes, personne, devaient y manquer de même en pour procurer la gloire d'une vertu à jamais tout et envers tous 1 Les ïhéodose dès lors admirée dans la mémoire de la postérité, deviendraient des Venceslas ; les Spartes les Mais reprenons le fil de notre narration, mieux disciplinées deviendraient de licen- 4-. Pour faciliter la convocation du concieuses Babylones. Mais peut-être parce que cile, il plut à Dieu d'accorder la paix aux David commit un adultère et un homicide, catholiques. La flotte des Turcs, après avoir fal'ait-il le blâmer s'il ne permettait pas à été retenue jusqu'au printemps par leur chacun l'adultère et l'homicide? D'ailleurs aWid [Beaucaire, à la fin du livre WUl) et \\i\ quelle comparaison y a-t-il entre ces deux avoir été plus à charge qu'à profit, élaitsponnïau*quemenls: être faible pour les Farnèse, tanément retournée dans les mers d'Orient, et être insouciant pour la religion? agrandir non sans faire des dégâts sur les côtes de la la puissance de ses proches, comme il fit en- Toscane et de Naples. François avait eu quelsuite, par l'acquisition de deux villes, et ques avantages : il avait fait diverses conquêsouffrir que la religion tombât en ruine dans tes dans le pays de Flandre^ et il avait rem-
Alpes. L'empereur d'aulre part, non-seulement avait vaincu et pris le duc de Glèves, lui avait enlevé la Gueldre et l'avait forcé de renoncer au projet de mariage et à l'alliance avec les Français ; mais avec le secours de Henri VIII ( Voy, Beaucaire.au commencement du livre XXIV) il avait pénétré en France, y
avait pris quelques places et avait ballu la citations.
iOZi et qu'étant au courant des affaires il pouvait en parler, tout en remplissant de simples devoirs de courtoisie. Ilenvoyaau roi de Ç'ranco Dandini son secrétaire qui peu d'années auparavant avait été envoyé comme nonce auprès de ce prince pour hâter la conclusion de ce traité qui allait être l'objet de ses féli-
paix : les deux princes avaient, par quelques par méprise), et dans laquelle il le
victoires, fait preuve de valeur et de puissance, et tous deux étaient demeurés convaincus qu'ils ne pouvaient pas complètement l'emporter.
5. Ainsi sans autre médiation que celle d'Eléonore, épouse de François et sœur de Charles, les deux princes signèrent la convention suivante, àCrépy {Dans Vexposé des articles de ce traité les historiens varient et commettent des erreurs), le 17 septembre (non le 24 comme prétend Soave; : le roi fournirait à l'empereur des secours considérables de troupes dans les guerres contre les Turcs ; ils agiraient de concert dans les affaires de la religion ; chacun d'eux rcslitueraitce qu'il avait pris. L'empereur donnerait l'antique religion, convinrent aussi, dans ïê
., , . convo-
quait pour le quatorzième jour de mars, qui était cette année-là le quatrième dimanche de carême, jour de joie dans l'Eglise. Le même jour il en signa une autre, par laquelle il ordonnait que si le siège venait à vaquer d'une manière quelconque, la nouvelle élection devrait être faite par les cardinaux, et à Rome , avec quelques autres mesures de précaution dont ce n'est pas ici le lieu de parler.
7. Notre historien est vraiment admirable dans ce qu'il raconte et dans les observations qu'il fait touchant celte convocation. 11 raconte, premièrement, que les deux potentats étant convenus entre eux de soutenir
en mariage au duc d'Orléans, ou sa fille, apportant pour dot les Pays-Bas et la Bourgogne, échue à Charles, comme héritier de son aïeule ; ou sa nièce, avec l'investiture du Milanais, mais en retenant les châteaux de Milan et de Crémone, jusqu'à cequ'il naquit un enfant mâle ; et pendant le même temps le roi de France retiendrait les forteresses des lieux qu'en vertu du traité il devait restituer au duc de Savoie. Enfin dans peu de mois l'empereur déclarerait laquelle de ces deux dernières conditions il accepterait. Dans le traité furent compris les alliés de part et d'autre ; et ainsi, des deux côtés le pape fut nommé en premier lieu.
6. J'entremêle de temps en temps dans celte histoire ces récits sommaires, quoique d'événements étrangers à mon sujet , parceque je me suis aperçu que comme pour bien distinguer les caractères, il faut d'abord voir 1*0 papier sur lequel ils sont tracés ; de même
même but, de demander de concert la convocation du concile et de procurer la réforme de la cour romaine, d'où dérivent toutes les dissensions.
Cet article ne se trouve point dans leur traité, et il ne s'en trouve pas un seul dans les bons historiens. Au contraire, il est certain, que ces deux princes étant dans la di-sposition de demander du secours au pape, comme ils ne tardèrent pas à faire, Tun contre l'Anglais , qui était encore maîîre de plusieurs places en France, l'autre contre les Turcs et les protestants, ils ne purent pas convenir de l'insulter de concert.
8. 11 poursuit en disant que, malgré cette convention des princes, le pape ne recula pas devant la convocation du concile, parce qu'il savait bien que dans le concile il conduirait les affaires de telle façon que son autorité ne pourrait qu'y gagner. En quoi la demande du concile pouvait-elle donner des
on ne peut représenter clairement l'état spi- craintes au pape, lorsque, après l'avoir deux
rituel du christianisme sans retracer l'état temporel, qui fait comme le fond du tableau.
Le pape ayant reçu les nouvelles de la paix (Journal des Massarelli, dans les préliminaires du concile. Ce journal se trouve parmi tes manuscrits des BorghèseJ , ordonna d'en rendre à Dieu de publiques actions de
fois convoqué, au lieu de recueillir des marques de satisfaction universelle, il s'était vu obligé d'y entretenir longtemps ses légats et ensuite de l'ajourner forcément, parce que les princes n'y envoyèrent pas les évêques de leurs Etats, et lorsque, dans la lettre officielle écrite récemment à Charles pour le détourner de l'exécution du pernicieux édit
grâces dans toute la chrétienté,et fit lui-même de Spire , il n'avait mis en avant que la confaire dans Rome des processions très-solem- vocation du concile?
nelles.ll voulait en féliciter les deux princes; et pour cela il envoya vers l'empereur, en qualité de nonce, Jean François Sfondrato , archevêque d'Amalfi, lequel peu de mois après parvint au cardinalat, et qui auparavant ayant été marié avait un fils, qui plus lard fut Grégoire XIV. 11 fit choix de lui à dessein, parce qu'il avait assisté en qualité de nonce spécial à la dernière diète de Spire,
CONG. DE TrEISTE. I.
11 ajoute que Paul voyait bien le peu de temps que le terme fixé dans la bulle laissait aux évêques pour s'y rendre des contrée!» lointaines , mais qu'il était bien aise de commencer le concile avec un petit nombre d'évêques, qui seraient des Italiens, ses sujets, ses courtisans dévoués , et gagnés par lui, parce qu'il faudrait commencer par traiter du mode de procéder , d'où dépendait
(Trente-trois,)
IllSTOIRË DU CONCILE DE TRENTE.
im
tout le reste. Cet homme aurait dû écrire son histoire pour les antipodes et non pas pour nous, qui savons que les quatre cinquièmes des évêques d'Italie appartenaient ou aux possessions de Charles , ou à des principautés tout à fait indépendantes, comme le Piémont, Florence, Sienne, Lucques et autres de ce genre, tandis que les évéques sujets du pape y étaient en petit nombre, sans qu'il soît besoin de dire que dans le voisinage de Trente étaient un grand nombre d'évêques allemands, lesquels dans la précédente convocation s'étaient montrés aussi zélés que les évéques italiens. Mais, si le
veillance ^ et non d*obtenîr Tacceptation de ces populations allemandes. En effet, il n'avait pas besoin de précautions pour faire accepter le concile de Trente par les catholiques alletnands , puisqu'ils l'avaient accepté déjà dans Tavant-dernière diète de Spire, et depuis dans celle de Nuremberg; èl quant aux hérétiques, il n'y avait pas espoir qu'ils acceptassent un concile gouverné par le pape.
10. Mais renonçons à établir la fausseté en ce qui est moins facile à reconnaître, savoir, les intentions purement intérieures, et passons à des faussetés plus palpables toti-
pape observa cette politique , pourquoi l'au- chant des actions devenues publiques. Soave
Ire fois avait-il ordonné aux légats de ne pas ici est si peu dans le vrai que les Français,
ouvrir le concile jusqu'à ce qu'il y eût un aussi bien que les Allemands, avaient déjà
nombreux concours d'évêques? Avec de pa- exprimé au pape un désir impatient de voir
reilles vues , ne valait-il pas mieux s'assurer convoquer le concile. Et si cela était inconnu
de la manière de procéder, d'où dépendait le à cet écrivain lorsqu'il construisit sts fables
tout, et ouvrir le concile avec ce petit nom- sur la présupposition contraire, il devait se
bre de prélats dévoués^ que Paul cette fois-là souvenir de l'avertissement que doivent écou-
aussi (selon le récit de Soave) y avait envoyés ter les poêles s'ils veulent être crus : c'est de
des premiers? Et quelle était donc l'habileté ne pas choisir des faitsmodernes pour les
de Granvelle , lorsque (si nous nous en rap- orner de leurs fictions , parce que dans ces
portons au récit de cet homme) il pressait sortes de faits 1 urs fictions risquent tou-
dans ce temps-là les légats d'ouvrir le con- jours d'être discréditées par quelque preuve
cilo avec ce petit nombre de sujets du pape, inattendue, tandis que pour les événements
et de commencer à traiter de ce qui était l'occasion des animosités les plus vives, savoir, la réforme? Mais venons-en à la plus solide preuve , qui est celle de l'expérience. iPourquoi le pape, s'il se réglait là-dessus, fit-il retarder ensuite l'ouverture du concile par ses légats, pendant six autres mois, c'està-dire jusqu'au 13 décembre, attendant qu'il y eût un nombre convenable de prélats ultramontains ; en sorte que, et dans cette première session , qui n'était que de cérémonie, et surtout dans les suivantes, où l'on mit la main à l'œuvre, on comptait incomparablement plus d'évêques et de théologiens qui , par vasselage ou par la position de leurs diocèses, dépendaient des princes séculiers, qu'il n'y en avait qui dépendissent du pape
anciens, pourvu qu'on observe les vraisemblances historiques, on peut ajouter, avec l'assurance que les additions ne seront pas convaincues de mensonge.
La narration de Soave est donc si opposée à la vérité, que, premièrement, le roi de France, à la date du 28 octobre, avait écrit à son orateur à Rome, qu'il demandât au pape et de se liguer avec lui contre le roi d'Angleterre, et d'employer sa médiation pour faire aussi entrer l'empereur dans cette ligue. Or, voyant que le succès d'une pareille entreprise dépendrait principalement de l'union entre tous les autres chrétiens, et que le meilleur moyen de procurer l'union était, de l'avis commun des deux puissances, le concile dont elles avaient approuvé la convocation à Trente, il suppliait , en conséquence,
9. Plus loin, Soave affirme que l'empereur le pontife d'en lever présentement la suspen-
yit avec peine la convocation du concile faite sçontanément par Paul , parce qu'il aurait désiré qu'on l'en crût le principal promoteur, soit pour sa réputation, soit pour faire plus facilement accepter le concile en Allemagne, mais que le pape voulut le prévenir, parce que, s'il avait convoqué le concile à la requête d'autrui, il aurait semblé ne s'y prêter que par contrainte , et non sans préjudice pour son honneur.
Que ce fût le désir de l'empereur d'être regardé par les Allemands, comme l'auteur du bien qui devait résulter pour eux d'un concile , c'est une chose très-véritable ; à tel point que,, dans la diète suivante j tenue à Worms, ses ministres lui attribuèrent l'honneur d'y avoir disposé non- seulement le pape, mais encore le roi de France ; et cependant cette assertion ne s'accordait point avec
sion, et de le convoquer en celle ville dans le délai de trois mois. Remarquons que le pape ne cacha point cette demande, comme il aurait fait s'il avait affecté de paraître agir spontanément et sans en être prié; au contraire, il la fit lire en consistoire le 7 novembre, ainsi qu'il est constaté par les Actes consistoriaux ; et douze jours après il leva la suspension. Il est si vrai qu'il iic mit pas d'artifiee à fixer un terme trop rapproché pour les Allemands^ et suffisant seulement aux évêques seà sujets, qu'il y ajoutft le délai d'un mois, en sus de ce qu'avait demandé le roi François I". ' 11. Le même désir avait été exprinaé au pape par les impériaux : Granvelle avait dit au nonce Poggio, après l'arrivée de Sfoiidrato, que le pape ferait sagement de levçr la suspension du concile , sans attendre de
ce que le roi avait fait signifier au pape par nouvelles instances; et Poggio en écrivit au son ambassadeur. Mais le but de Charles cardinal Farnèse,le 8 octobre. En eonséaans cette occasion était de capter la bieu- quence, le cardinal lui répoïi&ii [Lettre du
cardinal IFarnèse à Poggio^ du 19 novembre 1544), que le sentiment des deux princes avait été l'objet d'un rapport dans deux conî^istoires, et que ce jour-là même, il avait été décidé que la convocation aurait lieu.
12. L'empereur, dit ensuite Soave, eut recours à des démonstrations de tout genre pour faire voir qu'il était l'auteur principal de celte détermination, et que le pape n'avait fait qu'y adhérer; c'est dans cette vue qu*il envoya des ambassadeurs pour inviter tous les princes, comme si l'entreprise eût été son ouvrage. Pourrait-il y avoir de détraction plus injuste? Si Charles avait montré de la froideur, Soave aurait dit que l'empereur, choqué de se voir prévenu parle pape, évitait le concile ; et parce qu'il fut ardent à en presser la convocation, Soave dit qu'il le fit avec la pensée artificieuse de se représenter comme le principal auteur, et le pape comme adhérent. De même que dans l'estomac du serpent tout aliment se convertit en poison, ainsi toute action dans le cœur du méchant Se convertit en objet de blâme. Pour être à l'abri des morsures des chiens préposés à la garde de la maison, il suffit de ne pas être un voleur; mais contre la dent des chiens atteints de la rage il n'y a pas d'innocence qui soit en sûreté. Enfin, si l'empereur voulait^ comme il le voulut à n'en pas douter, montrer avec ostentation qu'il était le promoteur de
^ refuse cette faculté, et les philosophes initiés à ses secrets pensent que ce serait un véritable malheur.