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CHAPITRE Vlli

Choix des légats, — Ils se rendent à Trente, — Comparution de Vambassadeur de Charles V.

1. Le pape, consumé d'années et de fatigues, ne se sentait plus la force de résister au climat rigoureux des contrées voisines des Alpes. Il se détermina donc à envoyer des légats à Trente, non plus seulement pour procéder aux seules formalités de cérémonial, comme il avait jugé à propos les deux autres fois, mais aussi pour porter des décrets de foi et des lois de réforme, avec l'intention de s'y transporter ensuite lui-même en personne, mais dans le cas seulement où une urgente nécessité l'y appellerait. Cela posé, il lui sembla convenable de choisir trois légats dans les trois ordres de cardinaux, lesquels ne portassent pas ombrage aux princes, et qui fussent considérés pour leur vertu et leur savoir. Parmi les évêques il choisit {le 6 février, d'après les Actes consistoriaux) Jean-Marie del Monte, évêque de Palestrina, homme qui par son mérite fut jugé digne de la tiare, tant qu'il n'eut pas à la porter en effet; Marcel Cervini, dont la

cette entreprise, et par conséquent témoigner destinée fut de succéder à son collègue dans

qu'il était satisfait de M publication du con- le pouvoir suprême, mais de le précéder dans

cile , comme demandée par lui, comment l'estime de la postérité; et Renaud Polus, qui,

Soave ose-t-il raconter ici que l'empereur, dans le conclave où le premier des trois fut

par le dépit que lui causa cette publication, élu pape, réunit assez de suffrages dans plu-

défendit à trois Espagnols récemment promus sieurs tours de scrutin pour qu'on le crût au cardinalat [le 19 décembre, d'après les

2. Soave ne manque pas de mêler ici parmi quelques fleurs d'éloges les épines de la calomnie : il dit que le cardinal del Monte fut choisi parce qu'on savait bien qu'il n'aurait pas (1) sacrifié la fidélité envers ses maîtres aux exigences du devoir : comme si, dans le cas où le pape aurait cherché des hommes de cette trempe pour une pareille charge, il aurait adjoint à del Monte deux collègues d'une intégrité si inattaquable que la dent maligne de Soave lui-même n'ose entreprendre de la déchirer. Nous ne lisons

défense n'était pas connue : or cette cause fut le déplaisir de n'avoir pas obtenu, malgré d'instantes recommandations, que dans celte promotion fût compris (1) Pierre Pacheco, évêque de Jaen. L'empereur [Cest ce qu'on toit par divers passages des Actes consistariaux) permit ensuite que les autres acceptassent la dignité qui leur était offerte ; et il eut satisfaction [le 16 décembre 1545, d'après les Actes consistofiaux) peu de temps après au sujet de Pacheco, ainsi que nous aurons occasion de le raconter. Mais si c'est une grande

audace dans le calomniateur de supposer de 1- -». .,««0 ..v> ..c^.,^

pures inventions en place de la vérité , c'est d^ailleurs nulle part que lecardinaldel Monte aussi une terrible charge pour celui qui le fût sous le coup de cette sinistre opinion que

réfute, d'être continuellement obligé de prou- "'^*- ^^-^'^ '^'-'—'•' "-' '- ^- -'-'— --'

ver que ce sont des inventions et non point des vérités; car nous n'avons pas de pierre de touche pour discerner lé vrai d'avec le faux. C'est bien ce que nous souhaitent les déclamateurs et les poètes comme la plus grande félicité pour la condition humaine; mais la nature, bienveillante mère, qui nous

(i) Âdfîani, livrô V. C'est èe qui est insinue par iinè feiiie du cardinal d AugsboVjrg au cardinal F'arh'èse, écrite de A^ornïs, le 9.1 mars 1545, aorès ur*e conversaiioii sui ec suict avec Granvcilé.

notre bon historien revêt ici des dehors insidieux de la réputation d^ fidélité. Il est mêrne bon de savoir que del Monte reconnaissait (Cappelloney dans ses narrations) devoir son élévation à la belle conduite de son oncle, le cardinal Antonio. Ce dernier, ainsi (^ue nous l'avons rapporté en une autre occasion, au

(1) Dans la première édition de Londres, on lit le contraire, mais par la conioimre du pnssage, il esi évident que c'est une faute (Pinipres-ion : et la coi^rection a été ainsi faite dans toutes les éditions àwi-

oremier livre de celte histoire, sut préférer à l'appei, tant qu'ils ne sont pas aiguiUonle devoir de la conscience à la volonté du nés par la nouvelle de l'arrivée des chefs, maître lorsque, sourd aux instantes recom- 5. Soave poursuit en entassant faussetés mandations de Jules II, il prononça une sen- sur faussetés : il affirme que le pape, désirant Icnce contraire à ce qu'on exigeait de lui, faire alliance avec l'empereur, donna cornet ensuite s'enfuit à Naples, redoutant les mission au nonce de négocier cette alliance premières fureurs de ce pontife emporté; au moyen d'offres opportunes contre les Turcs mais celui-ci, quand ses esprits furent un et les protestants, et que celle affaire fut par peu calmés, l'honora du chapeau. Et en mé- lui menée à bonne fin. Or ce fut précisément moire d'une conduite si magnanime, le neveu tout l'opposé : Granvelle, qui connaissait les dont nous parlons, lorsqu'il fut plus tard pensées les plus intimes de l'empereur, et élevé au souverain pontificat, voulut faire qui fut par lui envoyé ( Lettre des légats au revivre en sa personne le nom de Jules. cardinal Farnèse, le ik mars 1545) en Alle-

3. Le pape envoya aussi à Trente Tévêque magne avec les pouvoirs les plus étendus délia Gava, avec le titre d'internonce, et avec qu'il eût jamais accordés, se plaignit (1) à la mission qui lui avait été imposée dans la Olhon Truxes, évêque d'Augsbourg, nouvelconvocation précédente. Les deux premiers lement promu au cardinalat par nomination légats y arrivèrent presque aussitôt après (l); de Ferdinand, de ce que le pape avait été mais le cardinal Polus (2) tarda un peu da- trop réservé, dans ses communications avec vantage parla crainte des embûches qu'au- l'empereur touchant le concile, la diète et le raient pu lui dresser dans le chemin les sa- secours contre les Turcs ; il s'offrit pour métellitcs du roi d'Angleterre. diateur, afin de dissiper tous les nuages qui

i. Soave, selon sa coutume, se montre in- pouvaient rester encore dans l'esprit de l'em-

génieux et* fécond en commentaires, sur ce pereur, et il fit tant que ce même cardinal,

que le pape s'empressa d'envoyer les légats confident du pape, lui envoya son secrétaire,

avant de leur remettre la bulle des pouvoirs pour presser vivement la négociation; et

et l'instruction écrite. l'affaire fut reprise ensuite, auprès des légats

L'une etl'autrecirconstanceestvraie; mais àTrenle,parrambassadeurMendozaet leroi

la bulle fut envoyée (C'est ce qui est rapporté Ferdinand lui-même.Paul sut si bien tenir son

dans une lettre du cardinal Farnèse, du l'Omar s rang dans cette affaire, que les lépls et le

1545) avant le jour fixé pour l'ouverture, et cardinal de Trente lui ayant proposé, comme

cela suffisait. De plus, il fut encore question un moyen très-eflicare, d'envoyer avec le

depuis [Voy. deux lettres du cardinal Farnèse cardinal Farnèse un bref portant promesse

atta? /^^o<5,dM 14 mars 1545) d'y ajouter quel- du cardinalat à l'cvéque d'Arras, qui était

ques clauses, comme le désiraient les légats ; dévoré de cette ambition, et dont le père

toutefois cela ne se fit point, et on leur en- était l'arbitre de toutes les délibérations im-

voya d'ailleurs des brefs conférant des pou- périales, il s'y refusa constamment, parce

voirs particuliers, comme il se pratique tou- qu'il lui sembla qu'il ne convenait pas à un

jours. L'instruction leur avait été donnée en pape d'acheter même un aussi grand avan-

grande partie de vive voix ; or, parce que tage, par l'avilissement qu'il y aurait à mettre

certains points pouvaient plus facilement être les honneurs sacrés à la merci d'un favori

ajournés et demandaient une plus mûre dé- ambitieux.

libération, on différa la rédaction delà pièce 6. Soave s'imagine ensuite que le pape

entière qui leur arriva [Elle fut envoyée le voulut avoir un légat en Allemagne, pour

14 mars, d'après une lettre du cardinal Far- s'opposer à ce que l'empereur, mécontent de

nese aux légats) peu de temps après. Cette lui, ordonnerait ou permettrait dans la diète,

manière de procéder ne peut d'ailleurs prêter mais que dans la crainte qu'à Worms son

beaucoup à soupçonner quelques mystères légat ne reçût quelque avanie, il prit le parti

secrets, si ce n'est pour |les personnes qui de l'envoyer, non à la diète, mais auprès de

ignorent les occupations du palais et ses usa- l'empereur, qu'on croyait ne devoir pas se

ges indispensables. D'un autre côté, le zèle trouver dans celte assemblée, afin que le

des légats à se trouver présents à Trente légat, passant par Worms à cette occasion,

procurait deux avantages: prouver au monde donnât à ses confidents les ordres convena-

qu'on agissait d'une manière sérieuse et près- blés, e* pût d'un lieu voisin aviser aux be-

ser les évêques de se mettre en mouvement ; soins occurrents. Il ajoute enfin que le pape,

car il arrive, dans toute assemblée, que les en attendant, envoya comme nonce auprès

membres particuliers sont lents à se rendre du roi des Romains, Fabius Mignanelli, évêque de Grosseto.

(1) Le 13 mars, d'après un manuscriide la famille Pardonnons cette dernière erreur d'attri- Cervini, inséré par le P. Mansi dans ses Mélanges, buer à Mignanelli, dès celte époque, l'évêché t. III, p. 492. qu'il n'obtint que depuis ; à celui qui si sou-

(2) C'est ce qu'on voit par diverses Içlires des deux ^ent déshonora des personnes sans nombre autres légats au cardinal Farnèse ; ^l^jjj^^'il^f^^^^ par ses faussetés , il semble qu'il doive être mai, d'après les journaux. Ce qui couceruc le cardi- ^ . o . d'attribuer fausspment un liai Cervini et les lettres reçues ou écrites par lui, permis une lois a aiiriDuer laussemeni uu soit en son nom seul , soit au nom de ses collègues , , , , , ,. i ainsi que les autres écrits qui ont passé entre ses (1) Tout ceci se trouve dans la lettre du cardmal mains, tout cela ost transcrit d'après les archives d'Augsbourg au cardinal Farnèse, et dans la réponse des Cervini, ses héritiers , qui conservent toutes ces de celui-ci communiquée aux légats , sous la date uu pièces, " 12 avril 1515.'

honneur à quelqu'un. Mais venons au fond de l'affaire : le malheur de cet homme est

concile, et ensuite obtenir le consentement de Tempereur à l'investiture de Parme et de que toutes les fois qu'il raconte ce qu'il ima- Plaisance,, sollicitée par le pape en faveur de gin'e, ses imaginations se trouvent contraires son fils . Ces petites inventions méritent quel-

à ce qui s'est fait, et les pièces de conviction existent dans des écrits.

7. Le pape ne songeait à rien moins qu'à envoyer le cardinal Farnèse ; car dans le consistoiredu23janvier (Voyez les Actes cousis toriaux ) , das'S lequel il fut arrêté qu'on enverrait trois légats iiu concile, il fut décidé aussi qu'on enverrait à l'empereur un légat

que chose de plus que le blâme réservé au jugement téméraire d'un esprit obscurci par la passion, parce que Soave , ayant vu (comme il le déclare hautement) les lettres du légat, cardinal del Monte, à Rome, ne peut pas n'y avoir pas lu ce que nous avons rapporté plus haut sur l'origine de cette légation , et qui est toute différe^ite des deux in-

avecdes pouvoirs tout à fait limités, et tels tentions qu'il lui plaît d'imaginer. D ailleurs qu'ils ne convenaient pas à la personne de il ne peut pas n'y avoir pas vu que, n«»n-seuson petit-fils et de son premier ministre. En- lement le légat n'avait pas commission de suite on renonça au dessein d'y envoyer un distraire l'empereur de la procédure du conlégat d'aucune sorte, parce que le pape jugea cile ; mais qu'il y alla avec le dessein arrêté les ordres donnés à ceux de Trente suffisants de faire que le concile s'ouvrît et se contipour s'opposer aux tentatives profanes qui nuât en dehors de toute subordination aux pourraient avoir lieu à Worms; cette léga- vues de l'empereur, parce que les envoyés tion ne fut donc pas due à un mouvement du pape, à leur grand regret , commençaient spontané du pape, mais aux vives instances à soupçonner qu'il n'était plus aussi bien deGranvelle, et c'esLiiu nom de celui-ci que disposé pour le concile, comme nous le dile cardinal d'Augsbourg écrivit au pape. Le rons, et comme Soave lui-même le raconte, pape résista d'abord , et répondit qu'il suf- attestant ainsi maladroitement s€s propres fisait là de la présence de Mignanelli, nonce mensonges. Le légat se rendit donc auprès auprès du roi des Romains, qu'il envoyait en de l'empereur avec le dessein prémédité de poste, afin que cette nonciature, laissée va- lui donner connaissance de la prochaine cante par Verallo, qui était passé en Flandre ouverture du concile, comme d'une détermiauprès de l'empereur, ne demeurât pas va- nation déjà prise, et non pour en délibérer cante pendant un temps notable , comme Tes avec lui comme sur une affaire pendante, légats de Trente le lui avaient recommandé 9. Reprenons la suite de l'histoire. Lors- (Lettre du cardinal Farnèse, à la date du 13 que les légats arrivèrent {Lettre des légats, mars). Or, dans le choix de ce nonce, le pape sous la date des Ik et 18 mars) à Trente, ils procéda avec sa circonspection accoutumée, n'y trouvèrent aucun autre évêque que cevu que Mignanelli avait été employé dans un lui délia Gava ; mais peu de temps après, ils ministère semblable et pour de semblables virent arriver Thomas Campège, évêque de affaires, lorsque le cardinal Aléandre y exer- Feltri, et frère Cornélius Musso, évêque de çait les fonctions de légat; et il répondit si Bitonto. Diego Mendoza y revint aussi de bien aux espérances , par sa bonne conduite Venise, en qualité d'ambassadeur de l'em-

dans cette mission et autres semblables, que, sous le pontificat suivant, il parvint à la plus haute dignité.

8. Ensuite le pape {Lettre des légats au cardinal de Santa Fiora, du 26 avril ) , à la

pereur, et on s'accorda sans difficulté avec lui pour le cérémonial; car, quoiqu'il eût désiré {Lettre des légats, des 12 et 16 mars) d'abord exposer solennellement dans l'église le sujet de son ambassade, il se contenta en-

:gsDourg ,

obéi à une impulsion partie de plus haut), son langage fut respectueux. On arrangea prit la détermination d'envoyer à l'empereur aussi assez facilement pour lors la contestale cardinal Farnèse (1), d'autant plus que cette légation ne pouvait pas prêter aux anciennes imputations d'avoir pour but l'acquisition du Milanais , puisque déjà Charles avait déclaré et signifié au pape , qu'en exécution du traité de paix, il se déterminait pour le mariage du duc d'Orléans et de la fille de Ferdinand , avec ce duché pour dot : et le pape en avait fait part au consistoire.

Cette légation toutefois n'a pas échappé aux perfides interprétations de Soave, car il rapporte un peu plus bas que cette légation avait un double but : d'abord engager l'empereur dans une guerre contre les protestants, afin de le distraire des affaires du

(1) Lettre du cardinal Farnèse aux légats, du 12 aviil 1545, et deux leures des légats au cardinal, S(îu§ h date des 15 et U mars.

tion qui s'éleva pour la place qu'il convenait de lui donner dans les actes publics; mais elle se renouvela par la suite, comme nous le raconterons ailleurs ; car il en est des contestations comme des corps dans la nature; tout ce qu'il y a de plus léger et de plus vide est aussi ce qui est plus difficile à fixer.

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