‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 356 sur 368 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ordre donné par le vice-roi de Naples aux évêques de ce royaume. Correspondance tou^ chant V ouverture du concile.

1. Les orateurs du roi des Romains étaient aussi arrivés, et on était dans une grande perplexité touchant l'ouverture du copcile, qui était l'article principal pour lequel avait été retardée la rédaction des instructions

écrites.

D'un CQié{Lettre du légat au cardinal Farnèse, du BOmars) il ne paraissait pas qu'il y eût de la convenance à procéder à cette grande solennité avec un si petit nombre d'évêques. D'autre parX il semblait que l'ouverture du concile empêcherait la chrétienté entière de croire que ce fût une fausse alarme, rt mettrait en mouvement ceux en qui la lenteur était entretenue par rincerlilude. Néanmoins cette raison n'était pas jugée suffisante pour commencer sous de si faibles, auspices une si grande entreprise; n'était-ce pas en diminuer l'estime , qui Ist la base de machines semblables. On apprenait parle témoignage de Mendoza que ^les évêques d'Espagne se mettraient bientôt en route. Et ceci était confirmé par les lettres du nonce Poggio (datées de Valladolid, au cardinal j<ar' nèse, communiquées par lui aux légats , le 1* , mars) , qui déclarait que les ordres royaux, les plus précis avaient été expédiés a ceux qui devaient aller au concile. Ceux d Italia

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étaient aiguillonnés par les injonctions les poup le moment les ordres donnés pour Vou-

les admonitions n'allaient pas jusqu'aux ri- procureur ; mais que chacun fût obligé, sous

gueurs extrêmes, peut-être pour ne pas aes peines graves , d'y venir en personne,

frapper séparément ceux qui , bientôt unis , Quoique cette défense fût réputée inexécuta-

devaient être les défenseurs de l'Eglise et les ble pour l'universalité des évêques (quoique

législateurs de la chrétienté. en réalité elle ne le fût pas) et que le pape

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allures de la diète par l'organe de Migna- vice-roi se fût désisté de ses étranges préten-

nelli. Mais on n'apprit autre chose, si ce n'est lions. Aussi, bien que le cardinal électeur de

que l'empereur avait le projet [Lettre des lé- Mayence eût envoyé vers ce temps-là son

gats au cardinal FarnèsSy du 9 avril) d'y pro«* procureur avec de légitimes excuses, fondées

mettre une autre diète impériale sur les con- sur la nécessité d'assister à la diète pour la

troverses de religion , si elles n'étaient pas défense de la cause catholique , il fallut sus-

terminées par le concile; ce qui semblait, de pendre l'acceptation de ces excuses, et lui

sa part, annoncer l'intention de tenir en faire savoir qu'on le dispenserait plutôt par

échec le pape et le concile lui-même. Les un bref séparé. Et si ce que Soave raconte

choses demeurant ainsi obscures, ordre fut est vrai, savoir, que la bulle parut trop sé-

donnéaux légats {par lettre du cardinal Far- vère aux légats , et que pour cela ils en re-

nèse, du 11 avril) d'attendre qu'un plus grand tardèrent la publication comme une source

points de religion. Si le voir pas vu les réponses de Rome : c'est que

cas se présentait , ils ouvriraient le concile, les légats reçurent avis que la bulle parlant

n'importe comment ; et protestation serait des seuls négligents, expression qui suppose

faite à Worms qu'on ne pouvait délibérer sur une faute, et une faute grave quand il s'agit

ces matières ailleurs que dans le concile déjà de peines graves, elle ne devait inquiéter

ouvert. aucun de ceux qui agiraient avec une con-

3. Mais il survint un incident qui fit sus- science probable {Lettre du cardinal Santa

pendre la seconde partie de la commission Fiora aux légats, dulQ mai). En coaséqiiei\ce

par un postscriptum dans la même lettre, la bulle du pape fut imprimée et publiée ,

C'est que Pierre de Tolède , vice-roi de Na- comme nous le dirons, et les légats , d'aprè?

pies, écrivit aux évêques de ce royaume, que cette décision, se tranquillisèrent {Lettre des

pour l'utilité de l'Eglise , il aurait désiré le légats au cardinal Santa Fiora, du 27 mai),

concours d'eux tous au concile ; mais que 5. Dans l'intervalle une lettre des légats

sachant le dommage qui en résulterait pour (qui n'étaient que deux, Polus n'étant pas

leurs diocèses , il leur commandait au nom encore arrivé) {Il arriva le k mai, d'après une

du roi d*envoyer leurs procurations à quatre lettre de ce jour adressée par les légats au

évêques nommés par lui , lesquels devraient cardinal Santa Flora) détermina le pape à

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assërtibler. Mais eux , tout d'une voix , s'é- communiquée par Sa Ma'jesté , était conçue

talent opposés en disant qu'ils avaient in- en ces termes :

pre conscience. Cette contradiction ne fît pereur juge plus opportun que, même dans le

qu'animer l'esprit altier du vice-roi à presser cas où le concile sera ouvert,' la question de la avec plus de violence l'exécution des ordres réforme soit ajournée pour le moment: parce ^'^ysux. ^ ^ qu'en attendant on verra comment le concile

touchant

concevoir cm-

k. Cette conduite du vice-roi fit d'autant procède, et ce qu'on peut en attendre

plus de peine au pape qu'il s'y attendait la réforme ; que si l'on ne peut conc

moins ; c'était en effet une invention au cune espérance à cet égard , jusqu'à la fin de

moyen de laquelle les princes réduiraient la diète présente , on en convoquera une autre

les centaines de voix à quelques suffrages dans laquelle on délibérera absolument sur la

qui leur seraient dévoués ; ainsi ils devien- religion et la réforme, draient impérieusement les modérateurs du D'après cela les légats faisaient observer

concile, en lui ôtant la liberté, et par consé- que la guerre contre les Turcs pouvait for-

quent la vénération , et les bons résultats cer l'empereur à dissoudre inopinément la

attachés à la liberté. Une telle nouveauté fut diète d'un jour à l'autre, et à porter le décret

«onc pour le pape un motif de suspendre de clôture , dans lequel , si le concile n'était

lOSO

pas îiîcore ou^^êrt, il convoquerait la diète future touchant les matières religieuses, et frapperait ainsi la religion d'une plaie incurable. Après cela les Allemands ne seraient plus retenus par une nouvelle convocation du concile, vu qu'elle était demeurée si souvent sans résultat. Que si , après l'ouverture du concile , l'empereur obtenait par ses instances auprès du pape que le concile fût ajourné, pour pouvoir s'occuper uniquement de la guerre des Turcs, on n'aurait rien perdu, on en tirerait au contraire un double avantage : l'un , d'avoir arrêté la périlleuse invasion de la future diète dans les matières religieuses ; l'autre , de faire connaître au monde que le pape , autant qu'il était en lui, voulait en effet le concile.

6. lis disaient, en second lieu, qu'ils avaient quelque raison de croire que l'empereur, dans le secret, ne désirait plus le concile; et qu'ils lisaient cette pensée sur le front de Mendoza, mais que néanmoins Sa Majesté s'en cachait, parce qu'il tenait beaucoup à sa réputation, et qu'ihne voulait pas que le pape pût lui rappeler les paroles de l'Ecriture qu'il lui avait appliquées dans le bref public, rapporté ci-dessus: J'ai appelé, et personne n'a entendu ma voix; nous sommes venus, et personne ne s'est présenté; paroles qui l'avaient touché au vif, comme Granvelle le di connnlivQ { Lettre de Mignanelli au cardinal Cervini , du 9 avril 1545) à Mignanelli. En conséquence il serait bien aise que les légats demeurassent dans l'inaction, afin de rejeter sur eux la faute des concessions préjudiciables à l'Eglise, qu'il se prétendrait obligé de faire à l'Allemagne et aux protestants, sous prétexte que le concile n'aurait pas été ouvert; et il alléguerait pour sa décharge, la communication préalable qu'il avait faite aux légats de la proposition qu'il devait présentera la diète.

7. La troisième raison qu'apportaient les légats, était: que les peuples ne voulaient pas se persuader que le pape agît sérieusement touchant le concile, ou parce qu'ils prenaient pour mesure de ses intentions son intérêt présumé, ou bien parce que, inhabiles à discerner les événements fortuits des événements fruits de l'artifice, ils se persuadaient que rien n'arrivait dans le monde que par la volonté des grands ; et ainsi ils attribuaient aux combinaisons du pape tout ce qui était venu traverser les précédentes convocations; ou, enfin, parce que avec leur vulgaire crédulité, ils étaient dupes de récits malveillants. En sorte qu'il était bien possible qu'ils vissent le concile déjà commencé par le pape, et que cependant encore ils n'y crussent pas d'abord. Or tout cela était également confirmé par les lettres de Mignanelli. En sorte qu'il était à craindre que lorsqu'il faudrait, pour résister aux Turcs , faire céder les affaires de la religion à celles delà guerre, si l'ouverture du concile s'ajournait trop longtemps, le peuple ne se plaignît qu'on ne l'avait ouvert qu'après avoir prévu la nécessité de le suspendre immédiatement»

8. Ils disaient, en quatrième lieu, de con-> sidérer que par suite de l'opinion préconçue des répugnances du pape, on interpréterait en mauvaise part la mission du légat, comme si elle avait pour but d'obtenir de l'empereur l'ajournement du concile. L'empereur, en effet, s'était ingénié par toute espèce de démonstrations, à faire croire qu'il n'était pas seulement le promoteur, mais le créateur de cette entreprise; et au contraire, le pape, pourl'honneurdusiégeapostolique, avait employé tous ses soins pour constater qu'il en avait été spontanément le premier moteur, et qu'il n'avait pas eu besoin d'instigateurs pour lui tracer la voie, mais seulement de coopérateurs pour l'y suivre. Aussi, dès qu'il avait eu connaissance de l'assentiment des deux monarques, avait-il convoqué le concile, sans attendre le retour à Rome de l'ambassadeur Vega ; afin qu'il ne parût pas que le chef de l'Eglise fût entraîné par le bras, et non le bras par le chef. En conséquence, les légats concluaient ainsi: Ou après la légation du cardinal Farnèse le concile s'assemblerait de fait, et en ce cas le monde n'en aurait pas obligation à l'empereur seul, comme si dans sa volonté de procurer le bien public de l'Eglise, il avait été sourd aux prières contraires même de son chef; ou bien le concile ne s'assemblerait pas, et l'empereur demeurerait tout excusé, comme s'étant rendu à l'in^portunité de celui qui finalement en doit porter la sollicitude, et sur qui en repose l'obligation personnelle. Dans les deux cas, la mauvaise réputation du souverain pontife diminuerait le respect et l'aiTection pour la dignité pontificale: deux dispositions cependant les plus nécessaires pour conserver dans les cœurs la foi catholique. Celle-ci en effet ne se distingue de toutes les sectes du christianisme que par l'union avec le souverain pontife, comme son chef. Au contraire, si le concile s'ouvrait avant l'arrivée du cardinal Farnèse en Allemagne, le légat y étant précédé par cette nouvelle, comme par un vent favorable, trouverait tous les esprits de cette nation bien disposés.

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