CHAPITRE XI
Commission donnée par le pape aux légats d'ouvrir le concile le trois mai, non mise à exécution f et pourquoi? Passage du légat Farnèse par Trente,
1. Cette lettre, ^parvenue à Rome après le départ du cardinal Farnèse (Lettre du cardinal Santa Fiora aux légats, du 25 avril 1545), décida le pape à ordonner que le concile s'ouvrît sans retard le jour de la fête déjà indiquée : en même temps il en donna connaissance à ses nonces auprès des. différentes cours, et il résolut de chanter lui-même une messe solennelle avec des prières publiques pour l'heureux succès de cette œuvre commencée. C'est ce qui aurait eu lieu en effet, contrairement à ce qui se passait à Trente ; mais il arriva qu'une lettre des légats, reçue le lendemain {Lettre du cardinal Santa
iOSl .■ HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. 1052
Fiora aux légats sous la date du même jour, nèse dans la charge de surintendant des af- 23 avril) et dans laquelle sans révoquer le faires du palais.
conseil donné précédemment, ils ne le réité- 4. Dans l'intervalle, le cardinal Farnèse raient pas non plus, inspira au pape quelque arriva à Trente (1) ; et le 20 avril , quand il soupçon qu'ils pourraier.î avoir changéd'avis. était sur le point de continuer son voyage. Ainsi il se réserva à célébrer celte solennité les légats reçurent de Rome ce nouvel ordre projetée, après qu'il aurait reçu la nouvelle d'ouvrir le concile. Ayant délibéré ensemble certaine de l'ouverture du concile. sur cette affaire , ils décidèrent d'un avis unà-
2. En même temps fut publiée la bulle nime que l'on publierait devant dix évêques dont nous avons parlé, et dans laquelle il déjà présents, l'ordre d'ouvrir le concile au était ordonné aux évêques de se rendre au jour que les légats auraient choisi et sous un concile. Cette bulle imposait aux négligents très-bref délai , mais non celui qui désignait peine de suspension des offices divins et de le jour ; ils décidèrent même que l'ouverture l'administration des Eglises , et défendait à n'aurait pas lieu le jour indiqué par le pape, chacun de se faire suppléer par des procu- et qu'ils temporiseraient jusqu'à ce que le reurs , lesquels d'ailleurs ne seraient pas cardinal Farnèse en eût donné communicaadmis. lion à l'empereur, ainsi qu'il devait le faire
Dès que cette bulle parut, le vice-roi cher- sous peu de jours. Ce qui persuada aux cha {Lettre en espagnol du vice-roi au pape, légats qu'ils pourraient interpréter ainsi les du 2 7nai 1545) partie à expliquer, et partie volontés du pape, c'est que d'abord le pape à maintenir les ordres qu'il avait donnés : il s'était déterminé à donner ces ordres d'après
leur conseil, et que d'ailleurs ils avaient pour eux l'opinion et le désir du cardinal son pelit-fils, et, pardessus tout , la gravité des raisons contraires qui étaient survenues.
5. Ces raisons étaient, premièrement, que l'empereur avait paru extrêmement satisfait de l'envoi du légat Farnèse; que toute amer^
écrivit au pape que ces ordres ne s'adressaient qu'aux seuls évêques empêchés ou par la pauvreté ou par la maladie; que pour ceuxci il valait bien mieux qu'ils se fissent représenter par des procureurs assurés de pouvoir faire le voyage, et non suspects pour l'habileté ou l'intégrité , que s'ils ne s'étaient fait suppléer en aucune manière , ou s'ils
pnere qi
au pape de ne pas ajouter foi aux interpré- gneuse empoisonner cette joie naissante , et
talions calomnieuses de son décret, néan- de procéder à un acte si important quelques
moins la bulle ayant ensuite été distribuée jours seulement avant l'arrivée du légat et
par le nonce Arcelli (Lettre d'Arcelli , du 9 sans l'en avoir prévenu , comme si on agis-
mai 1545) à tous les métropolitains, et par eux à chacun des évêques, il n'en fallut pas davantage pour refroidir l'empressement à donner des procurations ; et peu de temps après les démarches du légat Farnèse auprès de l'empereur obtinrent {Lettre du cardinal Farnèse aux légats, datée de Worms, 22 mai 1545) des ordres tels pour le vice-roi qu'il dut absolument renoncer à ses prétentions.
3. Ce fut donc après avoir pris ses précautions par cette bulle que le pape se détermina, comme nous l'avons vu, à ordonner l'ouver-
sait ainsi à dessein pour lui montrer, à lui et au monde entier, que dans celte entreprise il n'était appelé à aucune part ni d'action, ni d'estime^; d'autant plus que le cardinal de Trenle et Mendoza, auxquels on avait communiqué l'ordre de faire l'ouverture, mais non celui qui fixait le jour, avaient regardé comme un préliminaire indispensable que le légat le notifiât d'abord à l'empereur, si on voulait qu'il ne se crût pas très-grièvement offensé. En outre , le soupçon qui avait d'abord déterminé les légats à tant de précipitation était entièrement dissipé.
puisqu on tui-e du concile. Là-dessus Soave n'ayant pas savait que l'empereur ne serait pas arrivé à en main les pièces écrites, et n'hésitant pas la diète avant le 15 de mai; en sorte qu'on à combler cette lacune par des conjectures n'avait pas à craindre d'édit préjudiciable
de sa façon, raconte nombre de faussetés : par exemple, que les ordres pour l'ouverture parvinrent à Trente avant l'arrivée du cardinal Farnèse , et qu'à sou passage par cette ville, il y porta la confirmation de ces ordres. C'est ce qui montre que cet auteur, comme nous l'avons dit, non-seulement n'a pas vu les lettres écrites de Rorne aux légats, mais n'a mênae pas vu toutes celles que les légats écrivirent à Rome : puisque dans une de ces lettres ( écrite au cardinal Santa Fiora, te 28 avril 154^) que nous rapporterons bientôt, on voit tout le contraire: savoir, que toutes ces choses furent réglées à Rome après le départ du cardinal Farnèse, et furent kotiué^s aux légats par le eardinal de Santa Flora, lequel avait remp'-^cé le cardinal Far-
avant l'ouverture , quand bien même on la retarderait jusqu'à l'arrivée du légat. Mais ce qui était d'un plus grand poids, la diète ellemême, déjà ouverte sous la présidence de Granvelle avant l'arrivée de l'empereur, avait spontanément décidé que sur les points de religion on s'en rapporterait au concile. Ainsi il convenait de saisir tous les moyens d'attacher au pape d'une manière stable et l'empereur et les Allemands de son parti , en les supposant [de bonne volonté, plutôt que de dresser des batteries d'opposition pour les tenir éloignés comme hostiles 6. Les présidents du concile considéraient
(1) Tout ceci se trouve dans une le.ltre de^ légats âU* cardinal de Sania Fiora, du 2îJ avril.
encore que dès lors qu'on publiait l'ordre de prochaine ouverture, quoique non à jour fixe, on coupait court à l'interprétation qui supposerait le légat chargé d'y mettre obstacle. D'ailleurs la mission du cardinal Farnèse, auprès de l'empereur, n'étant pas de délibérer avec lui conime sur une chose douteuse , mais de lui en donner connaissance comme d'une chose arrêtée, le retard ne