‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 358 sur 368 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

Difficultés que le cardinal Farnèse rencontre dans Vempereur ait. sujet de l'ouverture dti concile.

1. Le légat fut bien accueilli par l'empereur ; mais dans les premières audiences il put bien s'apercevoir que ce n'était pas une ombre, mais une réalité qui avait déterminé

pourrait être que de très -peu de durée, et les légats de Trente (1) a suspendre le coucette déférence envers l'empereur engagerait cile, et qu'en effet on n'en voulait pas ; car, Sa Majesté à favoriser une entreprise qui pa- à la première proposition, Charles, qui jusraîtraitetà lui-même etau monde, commencée que-là s'était donné avec ostentation comme sous les auspices de son bon plaisir. Les l'auteur de cette mesure, tant qu'il l'avait légats {Lettre adressée au cardinal de Santa crue agréable à l'Allemagne , changea pour Fiora, le 28 avril , dix heures du soir) firent lors de langage, parcequ'il vit que passer à connaître tout ceci au| pontife, par un cour- l'exécution, c'était précipiter dans les fureurs rier spécial dépéché en grande hâte. Et ils en les plus désespérées la terrible faction des donnèrent légat nonce lès

des bruits en sens contraire de ce qui se fe- surtout comme il s'était passé un temps courait. Ils de s'inquiétèrent pas des ullramon- sidérable sans qu'il y eût de concile univertains , parce que, regardant l'ajournement sel ; ainsi il ne pouvait dire autre chose , si comme assuré, ils jugèrent que ceux-ci rece- ce n'est qu'il s'en remettait au jugement de vraient par les premières lettres l'avis tout à Sa Sainteté, et qu'il louait ses bonnes intenla fois et du retardement et de l'ouverture. lions. Il reconnaissait néanmoins , qu'il 7. Mais comme ils connaissaient le carac- était nécessaire de prendre des mesures 1ère du pape, qui autant il acceptait volontiers des conseils de la part de ses ministres,

quelconques à l'égard de ces hérésies , et qu'il résulterait du moindre retard que

vât point la liberté qu'ils avaient prise de prélats espagnols; mais il se tranquillisa

suspendre l'exécution de ses ordres les plus bientôt là-dessus lorsqu'on lui répondit que

précis. Le cardinal Farnèse était à cet égard l'ouverture n'était qu'une cérémonie, que

dans une telle anxiété {Lettre du cardinal néanmoins elle hâterait l'arrivée de ceux qui

Farnèse aux légats, datée de Filengen, sur le étaient convoqués , et qui verraient que leur

Danube, 6 mai), que ce fut à peine si les dé- voyage ne serait pas sans objet; enfin qu'en-

fenses expresses du roi Ferdinand l'empê- tre l'ouverture et la première session, et

chèrent de passer incognito sur les terres du bjen plus entre les autres sessions, dans

ducde Wittenberg, qui n'étaient point sûres lesquelles on traiterait de matières impor-

pour lui, impatient qu'il était de ne pas al- tantes, il y aurait des intervalles considé-

longer son voyage de quelques jours en pre- râbles et bien suffisants pour l'arrivée .de

nant une route plus sûre. ces prélats. Mais le légat s'apercevant que

l'empereur n'était pas bien fixé, ou sur sa

Le pape néanmoins approuva {Lettre du cardinal Santa Fiora aux légats, du k mai) ce qui s'était fait ; et non-seulement il envoya aux légats un bref avec le pouvoir de suspendre le concile ( Lettres du cardinal Santa Fiora aux légats, datées des 21 et 22 moî), comme ils l'avaient demandé, pour avoir ainsi, en tout temps , une garantie , mais il laissa à leur prudence d'ouvrir le concile sans de nouveaux ordres , selon les avis qu'ils pourraient recevoir du cardinal Farnèse. Le pape comprenait très-bien qu'outre , , ,, . - • j 1" * qu'on ne peut de loin prévoir toutes les né- près du egat, en compagnie de 1 eyequc * ^ ^ il n'y a d'Arras et du secrétaire Idasques. La, s étant

propre volonté, ou sur la manière de la rendre ; et désirant que les choses fussent dites avec clarté^ parce qu'il savait bien que les paroles ambiguës dans les négociations sont toujours interprétées par l'autorité du plus fort à son avantage , pria l'empereur de vouloir bien examiner l'affaire et lui rendre une réponse précise. Il consentit à le faire, et il dit qu'il lui donnerait connaissance de sa manière de voir par l'organe de Granvelle. Celui-ci se rendit le jour suivant au-

plus de soin le succès de l'exécution, quand . site ttu conçue , " ^«^""""^^'^^^X? H'I . '

il se reconnaissent eux-mêmes pour les au- ^^^^^ »^ ^J?"^^ ^^^ ^'? Pf^^^.^^^^^^^^^

leurs de la mesure prise. . ^ condamnes , voudraient , des l ouverture du

m^jsure pris

■ (1) Deux lettres du cardinal Farnèse aux légats, du 22 mai, ainsi qu'un projet de lettre du uiêiue des*

unee au pape.

ïo^e

concile, comme si c'était un nouveau temple de Janus, courir aux armes, non-seulement pour ne pas se laisser surprendre, mais pour opprimer les catholiques et porter la guerre en Italie , qui était comme la forteresse de la religion abhorrée par eux, et qu'ils espéraient trouver au dépourvu. Tout cela était évident pour lui ; et en conséquence il désirait apprendre quels étaient les préparatifs que le pape tenait en réserve contre ces attaques. Il soutint que du côté des catholiques d'Allemagne il n'y avait rien à attendre, parce que les forces et le courage leur manquaient tout à la fois, que l'empereur ayant versé tant de trésors dans les guerres précédentes , ne pouvait offrir que sa personne ; ensorte que le nerf de la guerre devrait être fourni par le pape uniquement.

2. Cette déclaration parut fort étrange au cardinal, et il répondit que le pape, dans toutes les circonstances précédentes , avait montré une générosité de cœur supérieure à la modicité de ses ressources , et qu'il ferait de même présentement à proportion; mais le peu d'étendue de son domaine temporel ne sufGraitpas pour soutenir le poids d'une si grande entreprise. Le Christ lui avait donné les armes spirituelles , et il était tout disposé à les employer avec intrépidité pour la défense delà religion. Quant aux temporelles, le ciel les avait accordées plus puissantes à Sa Majesté et aux autres princes , afin qu'ils les tournassent contre ceux qui méprisent les coups invisibles des premières. C'étaient les Allemands qui dans plusieurs diètes avaient demandé le concile ; le pape l'avait toujours promis et convoqué pour les endroits le plus à leur convenance ; tout dernièrement, dans la diète de Spire , Trente avait été choisie par eux ; le pape avait ensuite convoqué le concile , et Sa Sainteté en avait reçu des remercîments dans la diète de Nuremberg. Il fallait donc de toute manière en venir à l'exécution , non-seulement pour dissiper tout soupçon apparent d'avoir trompé le christianisme, mais pour qu'à la faveur de celte éclatante lumière du Sainl-Esprit , on pût voir clairement d'un côté la pureté intacte de la doctrine catholique, et d'autre part les taches de l'hérésie ; et enfin pour chercher par des délibérations et des résolutions communes un remède aux abus qui pouvaient avoir énervé et altéré la discipline ecclésiastique.

H y eut beaucoup de paroles , beaucoup de^ pourparlers consécutifs ; et chaque fois Granvelle parlait comme en son nom privé , et non pas au nom de l'empereur, avec qui il ne dissimulait pas néanmoins d'en avoir conféré. Mais il finit toujours par conclure que si le pape voulait néanmoins ouvrir le concile et le continuer, il pouvait suivre son idée ; insinuant en même temps que l'empereur se tiendrait à l'écart. Le roi des Romains ne parla pas différemment au légat en présence du cardinal d'Augsbourg.

3. Le légat naturellement porté aux soupçons, comme nous avons observe ailleurs, craignit que l'empereur n'agît avec des arti-

fices subtils. Ne voulait-il pas, d'un côté, par rajournem.entdu concile, tirer des protestants adoucis tous les secours qu'il pourrait, et particulièrement les fonds mis en dépôt l'année précédente pour la guerre contre la France, et dont la meilleure partie, après le traité de paix, était demeurée entre leurs mains ? D'autre part, en persuadant au pape de soumettre les hérétiques à main armée, ne voulait-il pas tirer de lui présentement ^ une grosse somme d'argent, laquelle lui ser- | virait à tenir les protestants dans la soumis- ' sion en le rendant plus formidable pour eux? Ainsi il emploierait cet excellent électuairequi se forme avec les éléments combinés de terreur et de concessions, d'amertume et de douceur. Au lieu que, le concile une fois ouvert, l'empereur pouvait craindre que les protestants ne l'abandonnassent dédaigneusement dans la diète et ne lui refusassent tout ce qu'il demandait. Ces soupçons prenaient d'autant plus de consistance dans l'esprit du légat, qu'il savait de l'empereur luimême que ce prince ne craignait plus pour lors d'être attaqué par les Turcs;au contraire, à la persuasion du roi de France, il avait envoyé à Gonstantinople un agent pour négocier une trêve. Aussi ne comprenait-il pas comment lui qui était déjà comme débarrassé des périls et des besoins d'une guerre étrangère , se trouvait si timide et si faible dans la lutte contre les seuls luthériens.

4. Tous ces détails que j'ai vus moi-même dans les lettres du cardinal Farnèse aux légats de Trente, et dans une copie de ce qu'il avait intention d'écrire au pape, prouvent l'extrême fausseté des assertions de Soavc, lorsqu'il prétend que le voyage du cardinal avait pour but d'engager l'empereur dans une guerre contre les protestants, et de le distraire ainsi de ses demandes touchant le concile. Et à cet égard il n'a pas péché seulement en donnant commo positif ce dont la vérité ne lui était pas assez connue , mais eu affirmant ce qu'il savait n'être pas vrai. En effet, sans parler des lettres du cardinal Farnèse, qui furent inconnues à Soave, il suffirait d'une réponse que lui adressèrent les légats de Trente ( le 26 mai ), laquelle est contenue dans le registre qu'a lu Soave, et que nous rapporterons bientôt : or cette réponse démontre tout l'opposé de cette calomnie,

5. Les légats voyant donc que les évéques étaient disposés à se séparer dès que l'ouverture se ferait trop allcndre, et que l'on ne pourrait plus ajouter foi aux précédentes annonces, obtinrent du pape {Lettre des légats au cardinal Santa Fiora du 22 mai) des ordres anticipés, d'après lesquels ils pussent en venir incontinent à l'exécution dès qu'ils auraient reçu du cardinal Farnèse des renseignements* touchant les dispositions de l'empereur. Et dans cette vue ils représentèrent au pape que la réponse de l'empereur pouvait offrir une de ces trois hypothèses : ou il approuverait absolument l'ouverture du

, concile, ou il §'eti remettrait à Sa Sainteté,

ou il y niellrait opposition. En conséquence ment dangereux et déshonorant de le ferils prièrent Sa Sainteté de leur indiquer ce mer d'une manière définitive, ou de le t^nir

ainsi suspendu ; et il était vraisemblable que, vu l'opposition de leurs intérêts, les princes ne s'accordaient pas là-dessus. D'autre part, ouvrir le concile sans leur agrément, ce serait célébrer un concile qui en réalité ne serait pas œcuménique, parce qu'il était visible que les évêques n'y vien-

qu'ils auraient à faire dans chacune de ces trois occurrences. Il leur fut repondu (Lettre du cardinal Santa Fiora,du 21 mai 1545), que dans la première supposition, ils ouvriraient lo concile immédiatement; dans la seconde pareillement, pourvu que tout en s'en remettimt au pape l'empereur ne proposât point

quelque raison contraire et digne d'être mû- draicnt que sauf le bon plaisir des princes

rement examinée; auquel cas, ainsi que sous la domination desquels se trouvaient

dans la troisième supposition ils attendraient leurs Eglises.

la décision de Rome. 8. Or cette raison était d'autant plus forte,

6. Or dès qu'ils reçurent du cardinal Far- que le roi de France paraissait ne pas mon-

nèse les communications dont nous avons trer moins de froideur pour le concile. Aussi

parlé, ils furent dans une agitation extrême, non-seulement jusqu'alors n'y avait-il en-

et ils lui écrivirent dans le sens qui suit voyé personne ; mais le comte de Grignan,

(/e 26 mai) : La résistance des protestants son ambassadeur auprès de l'empereur, avait

au concile légitime n'était ni nouvelle ni in- dit (1) que, au lieu de concile, il aimerait

attendue. Ils étaient donc étonnés que l'em- bien mieux qu'on députât des hommes de

pereur, pour cette raison, se départît des toute nation pour disputer et traiter d'un ar-

intentions énoncées depuis longtemps. Mais rangement avec les luthériens; et il ajouta

que puisqu'on ne pouvait faire qu'il en fût que, comme ceux-ci ne viendraient jamais à

autrement, ils recommandaient instamment Trente, ils pourraient peut-être se décider à

au légat de procéder dans cette affaire avec se réunir à Metz, où il serait plus facile d'é^

tant de clarté que le monde entier pût voir tablir un rendez-vous de toutes les nations.

cution que par la force, et parce que l'em- avaient pas connaissance, ou ils soupçon-

poreur y était opposé. Cette clarté dans le naient qu'il n'y avait encore dans tout cela

langage devenait d'autant plus nécessaire à que de simples paroles et des apparences

cause de la proposition laite par l'empereur sans aucune valeur.

publiquement dans la diète, ainsi qu'il a été Dans cette perplexité, ils concluaient qu'à

rapporté, et dans laquelle il promettait de leur avis, il conviendrait d'attendre de nou-

convoquer une autre diète pour s'occuper des veaux éclaircissements de l'arrivée du légat ,

disputes de religion, si le concile n'était pas et ils ne pensaient pas qu'il fallût appréhen-

ouverl à la fin de la diète actuelle. Il conve- der au sein de la diète aucun décret qui eût

nait donc de faire connaître à cette assemblée des suites irréparables, parce que, les crain-

et à toute la chrétienté que le concile s'ou- tes qu'inspiraient les Turcs étant dissipées ,

vrait, autant qu'il était au pouvoir du souve- on n'était plus aussi pressé de la terminer, rain pontife, et que par conséquent la non- rTTAPTTRF Yîlï

ouverture n'autorisait pas l'empereur à L.iiAfnnji Aiii.

observer sa promesse conditionnelle, si pré- Retour du cardinal Farnèse, Traité de guerre judiciable à l'autorité pontificale. contre les protestants. Divers événements à

En envoyant copie de cette lettre à Rome, Trente. ils ajoutèrent à la suite les paroles suivantes,

comme il se voit par une autre lettre qu'ils 1. Les soupçons du cardinal Farnèse touadressèrent le même jour au cardinal Santa chant les intentions de l'empereur, furent iioràLi En tant qu'il est en nous, nous rappel- contredits par l'événement. Les effets prouverons à Sa Sainteté^ qu'elle devrait plutôt se vèrent que s'il voulait l'ajournement du conrésoudre à quitter son siège et à remettre les cile , c'est qu'il voulait sincèrement qu'il clefs à saint Pierre, que de laisser le pouvoir s'ouvrît entouré de plus de force, puisqu'il se séculier s'arroger l'autorité tout entière dans préparait à joindre contre les luthériens la la décision des matières religieuses, sous COU' terreur des armes temporelles à la vigueur leur que l'autorité ecclésiastique n'aurait pas des armes canoniques. Mais comme les imrempli son devoir quant à la célébration du périaux se faisaient une idée exagérée des concile, forces du pape, et que d'après cette mesure

7. Ils exposèrent ensuite; longuement au imaginaire, ils le trouvaient avare de secours

pape (Lettre écrite au cardinal Santa Fiora, et froid dans le déploiement de son zèle ; de

le 26 mai) qu'ils voyaient des embarras de leur côté aussi les gens du pape grossiss.iicnt

toute part. D'un côté ils comprenaient que dans leur imagination la puissance de l'em-

part.

si on n'ouvrait pas le concile, les hommes qui communément font plus attention aux actions qu'aux paroles, ne manqueraient pas de calomnier dans Sa Sainteté toutes les promesses précédentes comme frauduleuses, et toutes les excuses à venir comme des paroles dorées. En ce cas il serait d'ailleurs égale-

pereur,etse persuadaient qu'il ne voulait

(1) Tout ceci est prouvé pnr une leUre des légats au Ciiiclinal Santa Kiora , du i2 mai; ainsi «iue par une leilre encliiiïres qui leur fut écrite par le nonce Mignanelli, le 28 avril.

l'u) A FonlaineDleau , le 30 mars 1545. D'après un

ms ce qu'il prétendait ne pas pouvoir : car c'est l'ordinaire des hommes que personne ne veuille croire qu'un autre éprouve dans ses affaires la même gêne à laquelle on est soimême réduit. , , , ,

2 Le retard de l'ouverture n eut également aucun résultat fâcheux, parce qu'il suffît (Lettre du nonce Mignanelli, du 30 mai) de cette déclaration du pape, publiée à haute voix dans l'Allemagne par ses nonces, pour faire connaître finalement qu'il n'usait d'aucune feinte, et pour encourager les catholiques à traverser l'exécution du précédent décret de Spire. D'autre part, cette lenteur à commencer {Lettre du cardinal de Trente au card. Farnèse , du 18 mai) suspendit un peu la fureur des* luthériens, et les empêcha de former aucune entreprise précipitée contre les catholiques , ce qui aurait causé Un desordre extrême , avant qu'on eût conclu la suspension d'armes avec les Turcs, ainsi que le cardinal de Trente le mandait au légat.

Dans cet intervalle, soit pour éviter l'ap-

toujours agréable

lent, et pour empêcher que l'ennui, comme il arrive aux armées pendant un long siège, n'amenât la désertion parmi eux; lé cardinal de Trente conseillait que l'on s'occupât chaque jour de préparer les opérations préliminaires, et c'est ce qu'on lit. Les esprits ne manquaient aucun jour ni de nouveautés pour leur servir de pâture , ni dé difficultés pour leur servir d'exercice. Successivement {Diverses lettres des légats , particulièrement au card. Farnèse, desi et S juin) arrivèrent les évêques et les théologiens les plus distingués des différents royaumes, et entre autres les quatre Napolitains députés par le viceroi, lesquels cependant, ni à Rome auprès du souverain pontife, ni à Trente auprès des légats, ne fiient mention de procuration au nom d'autrui. On apprit que le roi de France avait destiné au concile quelques prélats et quelques docteurs des plus renommés, lesquels arrivèrent bientôt après. Pour quelques-uns qui n'étaient pas riches, il fut nécessaire {Lettres des légats au card. Farnèse , des 20 juin et k juillet) que le pape pourvût à leur entretien.

* 3. Avec les procureurs de l'évêque de Mayence {Lettres des légats aU card. Farnèse, des T et 12 jum), il fallut user de beaucoup d'adresse, parce qu'à la seule mention de la bulle qui s'opposait à ce qu'ils fussent admis, ils s'emportèrent outre mesure, en sorte que les légats s'avancèrent jusqu'à dire que la bulle, dans son véritable esprit, n'emportait pas leur exclusion. Et sous prétexte de leur procurer une occasion de se distraire, on leur persuada d'aller voir Venise {Lettres des légats au card. Farnèse, des 23 et dernier jour de juin ) , afin d'obtenir en attendant du pape

recueil français de manuscrits relatifs au concile, que nous ciierons plusieurs fois, avec les additions qui y ont éic faites quand on l'a imprima,* à Paris 16;i4, chez^ Cramoisi.

l'autorisation de les admettre. Mais ce fut une chose étrange que l'ordre venu aux ambassadeurs du roi des Romains de requérir les légats qu'ils eussent à s'employer auprès du pape, pour hâter l'ouverture du concile , tandis que ce roi et l'empereur son frère étaient ceux qui la retardaient. Ces ambassadeurs voulaient exposer solennellement ce message pour la satisfaction des évêques, entretenus là par Ferdinand et qui commençaient à s'ennuyer. Mais les légats les exhortèrent à attendre auparavant le retour de l'ambassadeur de l'empereur , Mendoza, qui était allé à Venise pour raison de santé, leur représentant qu'ils recevraient de lui et plus de lumière et une direction plus sûre, pour se contormer à la volonté du roi et à celle de l'empereur. Le cardinal de Trente, sur l'avis des légats, leur persuada ensuite d'écrire à Ferdinand, avant d'exécuter ses ordres, pour ne pas forcer les légats de se disculper par une réponse vraie, mais poignante.

k. Pour moi, tout en parcourant ces faits, je ne pouvais à chaque instant m'empêcher de compatir au sort des papes, qui sont obligés de conduire la barque de Pierre dans un golfe où il y a plus d'écueils que de vagues, sous des vents tout opposés entre eux , et tous, excepté le souffle du Saint-Esprit, contrariant la course de la barque. Eti même temps je considérais que la condition des papes est telle que, si parfois la barque vient à heurter, ils sont accusés de n'être que des nochers oisifs et imprévoyants ; si sa course est heureuse sous leur direction , ils sont traités d'hommes artificieux et intéressés : comme si la vigilance humaine était la toutepuissance divine , ou comme si les intérêts mondains les portaient à négliger la navigation pour ne s'occuper qu'à jeter leurs filets. Il est certain que, lors même que PaUl III n'aurait pas eu, dans sou laborieux gouvernement, à supporter un plus grand poids de sollicitude que ce qui en est présenté en raccourci dans cette histoire, il semblerait néanmoins qu'une telle charge était au-dessus des forces de sa caducité. Il fut néanmoins consolé par l'avis qui lui vint de son petit-fils, que l'empereur voulait sérieusement tirer le glaive contre l'hérésie; or, comme l'âme de cette affaire était un secret impénétrable, elle ne fut d'abord communiquée aux légats euxmêmes que d'une manière obscure. Le car* dinal Farnèse leur écrivit (Ceci est tiré d'une lettre des légats au cardinal Farnèse, du 20 juin) que le pape et l'empereur agissaient de concert dans l'affaire du concile. Après son retour à Rome, lequel eut lieu vers le commencement de juillet, on observa un secret moins rigoureux à leur égard, et, un jour, ils reçurent avis {par le cardinal Farnèse, le 13 juillet) que l'empereur, donnant toute son , attention à la ligue catholique, avait désiré qu'il ne fût pas fait d'innovation touchant le concile ; qu'en conséquence Sa Sainteté no voulait pas contrarier le désir du prince ^ quoique ce retard lui fît de la peine; maià que ce relard ncanmoîtis ne èerait pas long. 5. A Worms, on ea était veau à des réftoUï*

continuer à garder sous sa domirtatioh le duché de Milan : ces raisons étaient que tes deux villes, passant de là doùiination du pape sous celle d*un duc particulier, inspireraient à Sa Majesté moins de défiance à cause de leur voisinage, et qu'il lui serait plus facile de les recouvrer quand il le voudrait. Par là on voit que cet homme ne raconte pas, mais invente, parce qu'à cette époque on était si éloigné de considérer Milan comme devant demeurer longtemps en la possession de l'empereur, que vers ce temps-là même le duc d'Orléans était allé {Lettre des légats de Trente à Beccatelli , leur secrétaire, sous la date du 30 mai) le remercier de la promesse qu'il avait faite de lui

Î061 LIVRE ClNQtlEMË.

tions plus précises touchant la guerre; et, comme le pape fit toutes les offres que Ses ressourcés comportaient, l'empereur cessa de demander l'impossible et de refuser, pour sa part, le nécessaire. Ce prince ne voulut pas que ces négociations fussent vues de face et d'une manière bien distincte par les protestants, pour ne pas les poussera bout; mais il voulut qu'il leur en apparût comme une ombre, pour les contenir par la crainte. Elle est donc contre toute vérité la remarque faite par Soave, que le légat partit précipitamment de WOrms pour dissiper les soupçons conçus par les protestants. Et en effet, l'ambassadeur Mendoza [Lettre des légats au cardinal F arnèse, du *7 août) donna, de ^ran-

des louanges à la conduite du souverain pon- donner la main de sa 'nièce avec ï'investuûrè tife en présence des légats, sur ce qu'il avait de ce duché. Et la mort de ce jeune prince fait d'abord des préparatifs d'armements en {Lettre des légats de Trente au cardinal Farfaveur de l'empereur, et les avait ensuite nèse, du '2,0 septembre), qui changeaVéiat des suspendus, et toujours, dans les deux cas, au choses, n'eut lieu que depuis, au mois de gré de Sa Majesté. C'est que Charles, par le septembre suivant. Or,en.'vérité, l'instruction fait, était bien aise de faire connaître aux [Lettre au cardinal F arnèse, après son départ, protestants qu'il avait à sa disposition une sous la date du 27 avril) que reçut Farnèse ,

bonne épée, mais qu'il ne voulait pas s'en '"* — ^ ^'"- ^ -^-^ * "

servir tant que leur insolence ne le forcerait pas de la tirer du fourreau. Dans le même but, il envoya à Rome Andalotto, son confident, qui avait fait une autre fois ce voyage pour conduire Marguerite, la fille de l'empereur.

6. Dans le motif de ce voyage il faut distinguer en quelque sorte la moelle et l'écorce. L'écorcc fut la mission de visiter la duchesse au nom de son père; mais la moelle fut la mission de négocier avec le pape touchant le concile et la ligue; et de cette moelle l'empereur n'était pas fâché qu'il en parut quelque chose comme au travers de l'obscurité,

et que j'ai eue sous les yeux, ne renfermait que deux points uniquement : fournir un secours d'argent contre les Turcs, et réchauffer le zèle de l'empereur à favoriser le concile en y renvoyant toute discussion des questions religieuses. Parmi ces méprises de j)remière grandeur, ce n'est pas la peine d'en énumérer une autre qui est plutôt une faute de négligence qu'une faute calculée, savoir, que la redevance imposée par Paul 111 au nouveau duc de Parme et de Plaisance en reconnaissance du fief était de huit mille écus, quoiqu'il n'y ait pas un seul homme de la cour à Rome qui ne sache qu'elle est de neuf mille ducats de la chambre. Il n'est mais dételle sorte néanmoins que les protes- pas d'homme si instruit qui n'ignore des faits

tants espérassent d'en paralyser les effets par une soumission modérée. Le prompt départ du cardinal Farnèse n'eut donc pas une cause nouvelle, mais il fut conforme au dessein pris depuis longtemps, comme nous l'avons déjà dit, de se trouver à Rome avant la clôture de la diète, afin de communiquer au pape les renseignements qu'il avait recueillis : de manière que, si les circonstances le demandaient, il fût à temps de prévenir, par l'ouverture du concile, les dangers d'un édit préjudiciable à la religion. Aussi Beaucaire, historien bien plus véridique et bien plus circonspect que Soave, se contente de rapporter {livre XXIV, n. 15) que le cardinal Farnèse arriva à Wormsle 17 mai^ un jour après Var^ rivée de V empereur, et qu'il y séjourna peu de jours sans laisser paraître au dehors la cause ni de Valler ni du retour,

7. Voici un plus énorme mensonge que Soave invente touchant cette légation. Persévérant dans la fausseté que nous avons précédemment mise à découvert, savoir, que le voyage du cardinal avait principalement pour but d'obtenir le consentement de l'emî)ereur à l'investiture projetée de Parme et de Plaisance, il le représente cherchant à persuader l'empereur par des raisons qui supposeraient dans ce prince l'intention de

parfaitement connus de quelqu'autre; mais nul homme prudent ne s'expose à se faire tourner en ridicule, en racontant des fiiils qu'il ignorcj et que d'autres connaissent parfaitement. Maintenant laissons là Soave, et retournons vers un pays qui lui est plus odieux que tout autre, je veux dire Rome.

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