LIVRE III, DOCUMENT CCXXV. i
partir de la réception de la présente lettre, vous faisant remarquer que si vous n'obéissiez pas à cette prescription dans le terme fixé, yous seriez privé canoniquement de toutes les charges que vous exercez dans Tordre des carmes déchaussés, et continueriez à vivre sous le coup des censures établies par le droit commun et par nos constitutions.
Puissiez-vous, mon révérend Père, écouter notre voix et le cri de votre conscience; puissiez-vous rentrer promptement et sérieusement en vous-même, voir la profondeur de la chute que vous avez faite, et, par une héroïque résolution, vous relever généreusement, réparer le grand scandale que vons avez causé, et consoler par là FÉglise votre mère, que vous venez de tant affliger. Ce sont les vœux les plus vrais et les phis ardents de mon cœur; c'est là aussi ce que vos frères désolés et moi, votre père, demandons de toute la ferveur de nos âmes à Dieu tout-puissant, à Dieu si fécond en miséricorde et en bonté.
Fr. Dominique de Saint-Joseph, Préposé général des carmes déchaussés.
(22 jumet 1869)
Lettre du supérieur général des carmes au P« Hyacinthe, dont il est question
dans le document précédent.
Rome, le 22 juillet 4869,
Mon très révérend Père Hyacinthe, définiteur,
J'ai reçu votre lettre du 9 juillet courant, et, peu de temps après, le discours que vous avez prononcé à la Ligue de la paix. Je n'ai pas trouvé, heureusement, dans ce discours, la phrase hétérodoxe qu'on vous attribuait. Il faut avouer cependant qu'il y a des propositions vagues qui se prêtent d'elles-mêmes à des
iaterprétations fâcheuses, et qu'un tel discours ne va pas trop bien à un religieux. L'habit du Carmel n'était pas là non plus certainement à sa place.
Mon révérend Père et cher ami, vous savez combien a été grand Tintérêt que je vous ai toujours porté. Dès le commencement de vos prédications à Notre-Dame de Paris, je vous ai vivement exhorté à ne pas vous mêler des questions agitées parmi les catholiques et sur lesquelles tous n'étaient pas d'accord. Car, du moment où vous vous attachiez ostensiblement aux uns, votre ministère devenait plus ou moins infructueux pour les autres. Or, il est patent que vous n'avez tenu aucun compte des avis de votre père et de votre supérieur; car vous écriviez, l'année dernière, une lettre à un club de Paris, dans laquelle vous faisiez voir franchement vos opinions là-dessus, en faveur d'un parti par trop sage et en opposition avec les sentiments du Saint-Père, de l'Épiscopatet du clergé en général. J'en fus alarmé, et, avec moi, le clergé français.
Je vous écrivis immédiatement pour vous faire voir la fausse voie dans laquelle vous veniez d'entrer, afin de vous arrêter. Mais ce fut en vain; car, quelques mois après, vous autorisiez de vous-même une revue périodique de Gênes à publier une autre lettre, qui vous a valu à vous et à moi tant d'ennuis !
Enfin, durant votre dernier séjour à Rome, je vous ai fait de sérieuses observations, même des reproches un peu forts sur la fausse position oil vous vous étiez placé par votre imprudence; et, à peine arrivé à Paris, vous avez fait publier, de votre propre autorité, une lettre qui a déplu à tous, même à vos amis.
Dernièrement, votre présence et votre discours à la Ligue de la paix ont fait naître un grand scandale dans toute l'Europe catholique, comme cela est arrivé, il y a environ six ans, à l'occasion de votre discours dans une réunion à Paris. Vous avez dû donner sans doute quelque prétexte à de semblables récriminations par quelques phrases obscures, hardies et nullement prudentes.
J'ai faitjusqu'à présent tout ce que j'ai pu pour vous défendre